CHAPITRE P
Divisions générales du saint Office
Il y a dans l'Office une partie fixe qui en est comme le fond et qui se répète tous les jours; et une partie variable, qui se modifie suivant les temps , pour s'adapter aux mystères qu'on célèbre et aux saints qu'on honore. L'étude de la première rentrant seule dans notre plan, nous serons bref sur la seconde : nous nous bornerons à en donner une idée, et à dire quelques mots sur ses modifications.
Le saint Office a pour fin, comme la liturgie, la gloire de Dieu ou des trois divines personnes. Mais ce n'est pas l'auguste Trinité envisagée en elle-même , dans l'unité de
sa nature ou dans la distinction de ses personnes, qui doit faire habituellement l'objet direct de notre culte sur la terre. Nous ne sommes pas de purs esprits, comme les anges du ciel. Dieu ne nous dévoile pas, comme aux bienheureux, son essence adorable. Lorsque le jour en sera venu et qu'il nous sera donné de contempler la lumière incréée dans sa clarté même, la Majesté divine, se découvrant à nos yeux, fixera à jamais sur elle nos adorations et nos regards. Mais en attendant, ce n'est guère qu'en l'Homme-Dieu (ju'il nous est donné de contempler et de bénir ses perfections adorables '. Ainsi le Verbe fait chair termine et résume en sa personne toute la religion d'ici-bas. Il en est l'objet principal et comme la première source; de sorte que ce n'est pas seulement avec lui et par lui, mais c'est encore en lui et dans sa personne comme terme, que tout honneur et toute gloire doivent être rendus par nous à l'adorable et indivisible Trinité : Ut glorificetur Pater in Filio ^. Fer ipsum, cum ipso, et in ipso^. Voilà pourquoi le calendrier de l'Eglise n'a qu'une seule fête consacrée à la Trinité *, tandis que toutes les autres sont employées à honorer Jésus-Christ dans sa personne et dans ses membres. Voilà pourquoi le saint Office est sans cesse occupé à reproduire et à glorifier quelque scène de la vie de l'Homme-Dieu. Voilà pourquoi , enfin ,
^ JésuB- Christ s'est oublié lui - même pour honorer son Père : Dieu à son tour se met en oubli, comme s'il ne voulait d'hommages que dans son Fils. Cest ce que Notre-Seigneur a fait remarquer en disant qu'il ne cherchait pas sa gloire. Est qui quterat, ajoute -t- il. « C'est à mon Père de régler l'honneur qu'il veut que je reçoive; et un jour le monde sera jugé sur ce qu'il m'aura donné de mépris ou de gloire.» Olieb, Attributs divins, rx. — Cf. Thomasius, Cur non sit festum Patri dicatum; et Frenicle, Explica' tion des cérémonies et offices de V Église j p. I, sect. i, ch. I et ii.
2 JoAN. xrv, 13.
^ Per Christum ad Christum venls : per Christum hominem ad Chrlstum Deum ; per Verbum camem factum ad Verbum quod erat In principio Deus apud Deum. S. Ara, Tr. xm , in Joan.
* Il est pourtant juste de dire que tous les dimanches, c'est-à-dire la septième partie des jours de l'année , sont consacrés directement au culte de Dieu, sans aucun rapport particulier à la seconde personne. De ces dimanches , qnatre dans l' Avant et neuf de la Septuagésime à Pâques sont privilégiés et se placent par cela même au rang des fêtes de première ou de seconde clause.
toute l'histoire du Sauveur s'y reproduit et s'y déroule d'une manière continue, de sorte que nous en suivons constamment le fil et que le cours de l'année s'identifie pour nous avec celui de ses mystères ',
En e.Tet, on peut rapporter toute la vie terrestre du Sauveur à quatre faits principaux : sa naissance, sa mort sur la croix, sa résurrection , son triomphe au ciel et dans l'Eglise. Or ces quatre faits forment la division de l'OtTice et en caractérisent les diverses parties. Placés à une distance convenable les uns des autres , et entourés des faits secondaires qui s'y rapportent, ils se succèdent assez lentement pour que nous puissions nous pénétrer parfaitement de chacun, en méditer toutes les circonstances, en comprendre toutes les raisons, en recueillir toutes les grâces.
D'abord, c'est la naissance du Sauveur qui signale et consacre le commencement de l'année et celui de l'Oifice. Elle est précédée par le temps de l'Avent, c'est-à-dire par quatre semaines de préparation et d'attente, destinées à nous rappeler les quatre mille ans écoulés avant la venue du Rédempteur. Elle est suivie des fêtes qui se rattachent à l'enfance du Verbe fait chair : la Circoncision, l'Epiphanie, le saint Nom de Jésus , sa Présentation au temple, etc.
Après avoir honoré l'enfance du Sauveur et sa vie cachée, l'Eglise dirige nos regards vers sa passion et sa
* Ecclesia in toto anni currioulo repraesontare Btndet Christl actlones à primo adventu ia carne usque ad secundum In fine mundi adventum. Ga-. TANT. Thésaurus sacrorum Rituum. — Reprœseatat : en effet , ce ne Bont pas les annlvei-salres que l'Église entend célébrer, mais les faits mêmes qne les anniversaires rappellent. Elle se les rend présents; elle suppose qu'ils s'opèrent , qu'on les voit , qu'on les a sous les yeux. Gras erit vobis salus, dit- elle. Hodiè nalus est voiis Salvator. C'est qu'étant toujours vivante et toujours la même depuis son Institution, elle a droit de se placer à toutes les époques de son histoire , de remonter à son originG et de se donner pour témoin des faits qu'elle retrace ; d'autant plus que la substance de ces mystères persévère dans son sein, et qu'elle en perpétue les fruits en en renouvelant la mémoire. Cf. S. Bern. In Vigil. Nativ, ri, 6.
mort. Mais, pour nous faire apprécier le bienfait de la rédemption et nous pénétrer de l'esprit de sacrifice, elle commence par nous rappeler, durant deux mois entiers, le besoin que nous avions d'un Sauveur et les motifs qui nous pressent de faire pénitence; elle nous prépare aux souffrances de l'Homme-Dieu par le récit de ses tentations, et à son crucifiement par son jeune de quarante jours, qu'elle nous propose à imiter.
La Résurrection, qui a inauguré pour nous une destinée nouvelle, toute glorieuse et toute céleste, ouvre dans l'Office une nouvelle période liturgique qui se distingue de la précédente par l'allégresse et la jubilation *. Celte période se prolonge naturellement jusqu'au retour du Fils de Dieu au ciel par l'Ascension, et même jusqu'à la descente visible de l'Esprit- Saint dans l'Eglise le jour de la Pentecôte.
Le reste du temps, de la Pentecôte à l'A vent, répond au règne du Sauveur dans le ciel et dans l'Eglise. Tout incomplet qu'il est, ce règne est déjà magnifique et incomparable, et il éclatera dans toute sa splendeur au jour du jugement universel , dont l'annonce termine l'année liturgique î.
* Illud quod est ante Pascha siguiflcat tribulationem in quâ mod6 sumus, quod verô post Pascha beatitiulinem ia quâ erimus... Quid habituri suraus in illâ patrlâ? Quid acturi sumus ? In sœcula sœculorum laudabuntte, Inquit : hoc erit totuni negotium nostrum sine defectu Alléluia. S. AuG. In Ps. cxLviii. L' Alléluia qu'on i-eprend et qu'on répète si souvent au Temps pascal, est un chant du ciel. Il a été chanté pour la première fois ici-bas, par le prophète Aggée, à la vue du temple rebâti suivant la prédiction de Tobie : Per vicos Jérusalem alléluia cantahitur. Tob. xiii, 20; Apoc. XIX. — In Septuagesiraâ intermittitur, quia peccato liominis veteris a conventu angelicas jubilationis expulsi in hujus miserœ vltae Babylonem, super flumina e]us sedemus et flemus, dum recordamur illius Sion In quâ Beum decet hymnus. G. Hi duo; De Cotisée, dist. 1.
'- Ecclesia sanctissimâ prudentiâ ita distribult totius anni OfiBcinm nt non solùm nobis proponat omnem vitam Christi Dominl , sed prœterea ita tempérât eum ordinem ut nobis proponat statum vitaî nostiœ quô hic peregriuamur à Dec. Liturgicon, 1. 111, p. 585. Duaci, 1605.
Comme ces mystères, tableau vivant des dispositions du Sauveur, les livres de la sainte Ecriture, autre expression de son esprit, remplissent le saint Office et se partagent le cours de l'année. Or il y a entre les uns et les autres un rapport trop sensible et une harmonie trop soutenue pour que cette correspondance puisse venir du hasard. Voici, du reste, dans quel ordre ces livres se succèdent, et à quelle époque ils se trouvent placés ^.
Durant l'A vent, c'est-à-dire dans l'attente de la Nativité, on lit les prophéties d'Isaïe, l'évangéliste anticipé du Verbe fait chair.
De Noël à la Septuagésime, alors qu'on doit commencer une vie nouvelle avec Jésus -Christ, on lit saint Paul, l'Apôtre par excellence du Dieu Sauveur, celui qui a prêché avec le plus de zèle sa venue en ce monde, et qui fait le mieux connaître les fruits qu'il doit produire dans les âmes.
A la Septuagésime, où s'annonce le temps de la pénitence, on prend la Genèse, pour se rappeler le péché du premier homme, cause de notre chute, et toutes les misères dont Notre-Seigneur nous a délivrés par sa mort.
Jérémie se lit entre la Passion et Pâques, parce qu'il a prédit et figuré, plus clairement qu'aucun autre, les soulTrances du Sauveur.
Après Pâques viennent les Actes des apôtres, qui montrent les fruits de la résurrection du Sauveur et retracent les origines de l'Église, la ferveur des premiers fidèles'; puis l'Apocalypse, évangile du Sauveur triom-
^ Cf. Dist. 15 c. Sancta Romana Ecclesia de S. Gélase. Voir la dernière partie, de S. Grégoire VII, relative à l'OfSce. — Rupert. De divinis 0/flciis XII, xxrv et xxv.
2 Usage déjà établi du temps de S. Augustin et mentionné par lui, Serm. cccxxv, l , et ccxlvu.
phant, révélation merveilleuse du royaume qu'il s'est acquis et de la gloire où il est entré par son Ascension ; enfin les épîtres de saint Jacques, de saint Pierre, de saint Jean, de saint Jude, qui toutes rendent hommage au Sauveur ressuscité et à la puissance merveilleuse de sa grâce.
Aussitôt après la Pentecôte, on reprend la suite des livres historiques, interrompue au temps de la Passion ^.
Les ecclésiastiques , destinés à remplacer sur la terre le Pontife suprême, trouvent, dans les livres des Rois, des modèles en rapport avec leur vocation. C'est Samuel, ce lévite selon le cœur de Dieu, qui mérita, par son innocence et son dévouement, d'être substitué aux enfants d'Héli dans le gouvernement d'Israël ; c'est Saûl , choisi d'abord pour ses excellentes qualités, puis rejeté pour son orgueil et son ingratitude; c'est David, tour à tour pasteur de troupeaux et pasteur des peuples , persécuté et victorieux, pécheur et pénitent; c'est Salomon, si sage et si fidèle dans sa jeunesse, ensuite si aveugle et si coupable; enfin ce sont les prophètes Elie et Elisée, qui soutiennent, au péril de leur vie, le culte du vrai Dieu. Suivant Rupert, les deux premiers de ces livres, où l'on voit David, en butte à mille ennemis, sortir de toutes les épreuves et s'asseoir glorieux sur le trône, rappellent les combats que l'Eglise eut à soutenir aussitôt après la Pentecôte, et la victoire qu'elle finit par remporter sur ses persécuteurs. Les derniers, qui s'ouvrent par la séparation des deux royaumes et qui sont pleins des récits les plus affligeants, sont une allusion aux schismes et aux hérésies qui succédèrent aux persécutions, et qui enlevèrent plus d'enfants à l'Eglise que les tortures des plus cruels tyrans.
A la suite des hérésies et des persécutions, sont venus les grands docteurs, appelés de Dieu à éclairer l'Eglise et à faire estimer et respecter sa doctrine. Aussi les livres Sapientiaux, les Proverbes, l'Ecclésiaste, la Sagesse, l'Ecclésiastique, succèdent- ils aux Rois. On les lit dans le
* Voir Freîîicle, Explication des cérémonies et Offices, t. lU, p. II, scct. II, c. vu.
mois d'août pour fortifier la foi et animer la charité et la ferveur.
Dans les mois de septembre et d'octobre, les exemples viennent encore à l'appui des conseils. On voit dans les histoires de Job, des deux Tobies. de Judith, d'Esther, les plus beaux traits de force, de justice, de tempérance et de prudence. Chacune de ces vertus est mise à l'épreuve, et toutes sont récompensées suivant leur mérite. Les victoires des Machabées nous rappellent en outre que la vie présente est une lutte continuelle, que notre âme est entourée d'ennemis aussi bien que l'Eglise, et que, pour l'une comme pour l'autre, il n'y a de vrai soutien qu'en Dieu, et de repos qu'au ciel.
Enfin, dans le dernier mois, Ezéchiel, Daniel, et les autres prophètes, dont les oracles ont soutenu, animé, consolé l'ancien peuple jusqu'aux approches du Messie, viennent renouveler leurs exhortations et leurs promesses, et annoncent l'avènement prochain de Fils de Dieu^
Ainsi chaque livre, soit de l'Ancien Testament, soit du Nouveau , vient à son tour, au moment de l'année où l'on est le mieux disposé pour le comprendre et pour en profiter; et loin de distraire l'esprit du mystère que l'on célèbre , il offre un moyen de plus pour en saisir le sens et pour s'en pénétrer '.
^ Voir à la fin la Note VIII.
2 Ce n'est pas un dos moindres avantages de l'Office divin , dit un pieux évêque d'Augsbourg , Mgr Wittmann , d'obliger les ecclésiastiques à relire, au moins une fois chaque année, les passages les plus remarquables des livres sacrés : « Qnot nostrûm nisi lege ecclesiasticâ ad Horas adstringeremur, singulis annis totam Scripturam percurreremus î Et si qui id fecerint , an cum orandi affectu facturi essent , nisi inter preces quotidiè singula loca légère deberent? » Deutilitate morali Horarum canon. Augsb. 1801; 5 86. — Le Vén. Odon, évêque de Cambrai, signale cet avantage comme la première raison de l'institution des Heures canoniales : « Ut assuescant divinis litteris quas gcilicct imbibere statim ao dlligeuter debeat,ut eas ad unguem teneant. i> Append. de Liturg,
Il en est de même des fêtes de la sainte Vierge. Distribuées dans l'année à des intervalles convenables, et se succédant dans l'ordre le plus parfait, elles complètent la série des fêtes du Sauveur, en y mêlant une agréable variété. Un certain nombre , comme l'Annonciation, la Purification, la Visitation , la Compassion , ont rapport à Notre-Seigneur autant qu'à sa mère. Quant aux autres fêtes, comme l'Immaculée Conception, la Nativité de Marie, ia Présentation au temple..., on peut les regarder comme une préparation permanente aux mystères de l'Homme -Dieu, qui composent le fond de l'Office; car c'est au moment même où la vie du Sauveur, achevant de se dérouler, semble toucher à sa fin , que les premières scènes de celle de sa Mère , apparaissant au second plan , annoncent pour l'année qui s'approche le retour des mêmes mystères et des mêmes solennités K
Quant aux fêtes des saints , on cbercherait en vain, dans leur succession , cette suite naturelle et ce rapport avec les mystères du temps. Elles s'y mêlent plutôt qu'elles ne s'enchaînent. Néanmoins elles n'entravent pas la marcbe générale de l'Office; et même leur mélange, leur multitude, leur variété , présentent à l'esprit un spectacle d'une haute signification. Quand on en considère l'ensemble d'un seul coup d'œil, ne semble-t-il pas voir cette foule d'élus de toute nation, de tout état, de tout âge , de tout sexe,
^ La Mère de Dieu a , daus le Calendrier général , une fête de première classe : l'Assomption ; cinq fêtes secondaires de deuxième classe , dont deux avec Octave :laKativit6 et l'Immaculée Conception; et huit fêtes de trol- Biènio classe. Somme totale, quatorze fêtes.
que saint Jean vit au ciel , se presser autour du Sauveur, lui faire cortège , et recevoir, pour les lui offrir, notre admiration et notre culte : Turbam magnam quam nemo dinumerarepoterat, ex omni tribu, et lingua, et natione ' ? Gomme celte élite glorieuse des Saints honorés par l'Eglise représente bien ces milliers innombrables d'âmes pures, saintes, célestes, que le sang de Jésus-Christ a fait germer dans toute l'étendue du monde, que sa grâce a nourries, que son Esprit a fécondées et enrichies de fruits si précieux • ! Comme sa sainteté rayonne dans la splendeur de leurs vertus! Comme ses trésors éclatent dans les dons qui les décorent! Dominus in eis, inSinà, in sando^. N'est-ce point là le vêtement de pourpre et de lin que demande sa sainteté, la ceinture d'or dont il se pare , et l'auréole qu'il préfère à toutes les couronnes * ? Te glonosus apostoloram chorus , Te prophetarum laudabilis numerus, Te rnarlyrum candidatus laudat exercitus !
On sait que l'Eglise ne consacre pas à tous les saints le même Olïïce, Pour faire mieux ressortir les vertus de chacun et mettre dans un plus grand jour les richesses de la
* Apoc. vn, 9.
2 Le Martyrologe romain ne porte que 4,600 noms ; mais Stadler, dana son Lexique des Baints , en donne plua de 20,000 authentiques. Les Acta Sanctorum ajoutent encore à ce nombre. Et qu'est-ce que cela auprès de la multitude des saints oubliés ou connus de Dieu seul ? Quand on ne considérerait que les martyrs, ils sont innombrables, dit Eiisèbe. H. E. VIII. rv. « Quis coeii stellas enumeret, » s'écrie S. Théodore Studite, « ac difEusam ad httus arenam ? Tôt sunt martyres. » Serm. x , in Martyr. « Totum mnndum aspicite, » dit S. Grégoire le Grand, « Martyribus plenus est. Jam penè tôt qui videamus non sumus, quot veritatis testes habemus. » Hom. xxvn in Ev. Le savant P. Florès , résumant les travaux des érudits sur ce sujet dans son grand ouvrage sur les martyrs De inclyto agone martyrum , estime qu'on ne peut pas réduire à moins de onze millions le nombre de ceux qu'on a immolés dans les trois premiers siècles , ni à moins de deux millions et demi ceux qui ont versé leur sang dana la seule vUle de Rome. IV, m , 1. Cf. FEitRAUis. Biblioth. Art. Martyres.
3 PaAUI. LXVU, 18.
* Vidi similem Fllio homiuia vestitum podere et praecinctum zona aureâ. Afoc. 1, 13. Et datum est illi ut cooperiat se byssino splendenti et candido : byssinum autem justiticationes sunt Sanctorum. xis, 8. Et iris erat in circultu sedis, similis visioni smaragdinae. iv, 3. — Prtecinclum sonâ aureâ, id est Sanctorum catervà quibus quasi vcstimentis pretiosis circumdatur, ut ait Psalmiata ; Dominas regnavit, decorem indutua est. Pontificale. ûrciin. iiuod.
divine grâce, elle les a distribuées en sept ordres : les Apôtres, les Martyrs, les Pontifes, les Docteurs, les simples Confesseurs, les Vierges et les saintes Femmes. Ce sont comme les sept rayons du Soleil de justice qui éclaire la cité céleste, ou les sept dons du divin Esprit, source de toute sainteté. En y joignant la bienheureuse Vierge, on a l'ensemble des béatitudes, le concert de toutes les perfections , la variété des vertus.
Ces sept classes de saints fournissent à l'esprit autant de points de vue différents pour considérer les psaumes, et par les diverses applications qu'elles suggèrent , font ressortir la richesse des prières communes *.
Ajoutons que, pour les apôtres et pour les martyrs, le Bréviaire a deux Offices. Outre l'Office des temps ordinaires, consacré à célébrer leurs combats, leurs vertus, leurs mérites , il a celui du temps pascal , où l'Eglise , tout entière à la pensée du ciel , s'applique à célébrer la gloire dont ils jouissent auprès du Sauveur ressuscité.
Enfin, pour la solennité de ces fêtes, on distingue trois degrés ou trois rites : le simple, le double et le semidouble; non que l'Eglise prétende graduer le mérite de ses Saints et le degré de gloire dont ils jouissent, mais parce qu'elle juge conforme aux vues de la Providence de proportionner ses actions de grâces aux services qu'elle en a reçus, et de mesurer les honneurs qu'elle rend à chacun d'eux sur l'éclat extérieur qu'il a plu à Dieu de donner à ses vertus ^.
* Psalmorum varfetas aut pretiosissimo lapidi topazio ant pulcherrimo pavoni congrue forsitan comparatur, qui loties diverses reddunt colores corporis sui quoties in eis deflxus f uerit oculus intendentis. Cassiod. In Paalm.
2 Ut ab Ecclesiâ tanto propensius honorari se sentiant quanto Ipsam prse caeteris excellentius illustrarunt. Bonit. VIII. Décret, circa cultum SS. Doctor (1298). Voir pour le détail, D. Guéraxgeb, Année liturgique. Les Ecclésiastiques trouveront dans cet ouvrage, également pieux et savant, une mine précieuse pour leui' édiâcatioa et celle des fidèles.
Nous n'avons pas parlé, de la division de l'année en semaines : périodes de sept jours qui se succèdent et se reproduisent sans interruption. On sait, et les Hymnes propres à chaque jour le rappellent, que la semaine a été destinée dès l'origine à honorer l'action du Créateur dans les six premiers jours du monde, et le repos dans lequel il est entré au septième. Tçut en gardant le souvenir de cette destination primitive, l'Eglise chrétienne la consacre avant tout à honorer l'œuvre surnaturelle de la régénération du monde, accomplie par le Verbe fait chair. Le dimanche, où notre semaine se renouvelle, est le jour où le Sauveur est sorti du tombeau \ et où l'Esprit-Saint est descendu sur les apôtres. C'est celui dans lequel la rédemption a été achevée , et l'Eglise définitivement fondée. On peut le regarder comme la commémoraison de ces deux mystères : les jours qui le suivent , ou les fériés , en seront comme l'octave ou la prolongation ».
* Le P. Louis de Grenade fait mention d'un Docteur contemplatif, qui était si frappé chaque dimanche , à son réveil , de la pensée de la résurrection du Sauveur, qu'il lui semblait entendre toutes les créatures du ciel et de la terre s'écrier: In resurrectione tuâ, Christe, cœli et terra latentur. Brev. Off.pasc.
2 Le mot férié a une signification religieuse dans l'Ancien Testament : n<B sunt ferice Domini quas vocabitis sanctas. Lev. xxiii, 2. Le Bréviaire attribue à saint Sylvestre l'adoption officielle de ce terme pour la langue ecclésiastique, et 11 Indique en même temps le sens qu'il y faut attacher : Babhati et Dominici diei nomine retento , reliquos heidomada dies Feriarum nomine distinctos, v.tjam antèin Ecclesiâ vocari cœperant, appellari voluit; quo signiflcaretur quotidiè clericos , abjectâ catcrarum rerum eurâ, uni Deo vacare débere. 31 déc. lect. VI. Ainsi, dans la pensée de l'Église, il n'y a plus de jours profanes pour ses ministres: chacune de leurs journées est un jour d'allégresse et de saint repos, et l'année entière est comme une fête continuelle , symbole de la fête éternelle que les élus célèbrent au ciel. Saint Augustin , expliquant aux fidèles ces termes adoptés par l'Église, leur recommandait de les préférer aux mots en nsage dans le paganisme : Meliua de ore christiano ritus loquendi eccleaiaaticua procedit. In Psalm. xciu, 3. Il eût voulu que les chrétiens parlassent toujours chrétiennement, et qu'au lieu de termes qui rappellent
Dès le quatrième siècle , tout le Psautier a été distribué entre ces sept jours < , de sorte que chaque prêtre le réciterait en entier chaque semaine, si l'Otfice des fériés n'avait pas à céder sa place à des Offices majeurs. Tel fut l'état des choses jusqu'à la fin du moyen âge. Aussi les anciens auteurs se sont -ils appliqués avec le plus grand soin à commenter ces offices de la férié et à rendre raison de tout ce qui les concerne. Les fêtes s'étant multipliées avec le temps, les fériés sont devenues fort rares -, et les observations dont elles sont l'objet ont perdu, au point de vue de la pratique, une grande partie de leur importance.
Nous nous bornerons à ces courtes notions sur la division générale de l'Office. Un plus long détail nous ferait sortir des limites que nous nous sommes tracées dans l'intérêt de nos lecteurs.
des Bouveuirs d'idolâtrie, ou donnât aux jours de la semaine des noms qui nous avertissent que tous ces jours sont au Seigneur, et que nous devons les considérer comme autant de fêtes destinées avant tout à honorer sa sainteté. Cet usage s'est établi en effet dans certains pays , en Portugal, par exemple, ou l'hebdomadaire de l'Office est passé dans la langue. Cf. Ven. Beda, lib. de tempore, c. iv.
* La tradition rapporte à saint Damase et à saint Jérôme cette répartition. On la trouve dans l'Antiphonaire de saint Grégoire le Grand. Cf. S. Gbeg. m. lib. VIII. Hp. Lxin. Radulph. De Canon, observ., Prop. vin et Baronius, Aun. 60.
2 Voir là-dessus Guyet, Heortologia, I, i, 20; et Gavantds, t. II, sect. m, c. 6. — Depuis la réforme du Bréviaire, ordonnée par le Concile de Trente, les fêtes des saints se sont considérablement multipliées. Daus l'édition donnée par saint Pie V, elles n'allaient pas au delà de 110; cent ans plus tard elles montaient à 170 ; aujourd'hui , après trois siècles et près de cent canonisations nouvelles , elles sont au nombre de 210 , la plupart doubles. Daus le même espace de temps , on a établi diverses fêtes eu l'honneur de la sainte Vierge : la fête de la Présentation , celle des Sept Douleurs, celle de Notre-Dame du Carmel, celle de la Rédemption des Captifs, comme pour suppléer au petit Office et à l'Office in Sabbato, autrefois prescrits. Mais le peu de fériés qui restent, à moins qu'elles ne soient privilégiées, doivent presque toutes céder leur place aux fêtea propres des diocèses.