X'SALM. LXX
peut- on trouver à la récitation du saint Office, si l'on y apporte un esprit dissipé et un cœur indifférent? En vain les lèvres prononcent les plus belles formules, si la pensée est absente, si le sentiment fait défaut. C'est l'esprit qui vivifie*; c'est la moelle, non l'écorce, qui nourrit l'âme. Loin de réjouir et de fortifier, une prière purement extérieure rebute et fatigue. On sent que c'est un exercice stérile , une tâche ingrate , un labeur sans raison et sans fruit : Cogitationes meœ dissipâtes sunt, torquentes cor meum : ubi est mine prœstolatio mea^?
Avec les consolations de la prière, un prêtre dissipé perd la plus grande partie de ses mérites.
L'Office bien récité a certainement une grande valeur devant Dieu. C'est une suite d'actes de religion, de reconnaissance, d'amour, de componction, de louanges, des plus excellents et des plus méritoires. Croyez-le bien , dit saint Cyrille de Jérusalem, aucun de ces actes n'est sans fruit; aucun n'est perdu devant Dieu. Vous ne faites pas une invocation, vous ne récitez pas un psaume, soit en particulier, soit en public, dont le Seigneur ne tienne compte et qu'il n'inscrive au livre de vie ^.
0 quanlis nobis, aliisque, profectibusessent
Verba precum, sapidè si recitata forent! Essent scripla Del, psalmi, solatia nostra,
Inque fide edoctis quàm pia sensa darent! Actibus in lectis heroum cliristicolarum
Dura peteremus idem cor, sequeremur e^s, Sanctorumque Patrum sermones inslruerent nos.
Immemores horum, repère nonne pudet''?
Aussi, un saint ecclésiastique qu'on exhortait à la confiance sur son lit de mort demandait-il qu'on lui mît son
' II CoB. m , 6.
* Job XVII, 13. — MIsceri non possunt vera vanls, aeterna caducis, spirltnalia corporalibns , summa imis; ut paiiter sapias quae sursum sunt et qnae super terram.» Hlnc ista sterilitas animas et devotioris inopia. Non saplt psalmus; non légère libet ; non orare delectat. Ideo ad opus piger, ad -v-lgilias somnolentus. S. Bebv. In Cant. liv, 8.
^ Conflde ; operare ; nihil enim eorum perdetur. Inscripta est omnisoratlo tua et psalmodia. S. CiTill. Hier. Catech. xr.
* Sartelon.
Bréviaire entre les mains. « C'est là ce qui m'encourage le plus, disait-il. Après avoir béni et prié Dieu si longtemps sur la terre, ne puis-je pas espérer d'être admis à le prier et à le bénir éternellement au ciel! » Le prêtre qui parlait ainsi était un homme de foi, de charité et de recueillement. 11 ne s'était pas contenté de réciter extérieurement et servilement les paroles sacrées, il les avait méditées durant le jour, comme le Psalmiste ' ; il s'en était entretenu en lui-même, suivant l'avis de saint Paul; il les avait chantées continuellement au fond de son cœur *. Mais si c'eût été un prêtre négligent et dissipé, aurait-il eu la même confiance? S'il n'avait prié que des lèvres, sa prière eût-elle duré plus d'en demi-siècle, de quoi son Office lui aurait- il servi au tribunal de Dieu? Quid prodest psalmus nisi devotio comitetur? Psallere sine devotione est quasi os sonans et cymbalum tinnieyis '.
Hélas ! combien de ministres sacrés à qui Dieu dira au moment de la mort qu'ils ont perdu leurs prières et leur peine * ! Combien d'ecclésiastiques pour qui il vaudrait mieux n'avoir jamais exercé ce saint ministère, ou n'y avoir consacré que les premières années de leur vie sacerdotale! Le Brémaire, disait le père Eudes aux membres de sa société, le Brémaire à réciter, quel compte à rendre au dernier jour! Je ne doute pas qu'un grand nombre ne soient retenus longtemps dans le purgatoire pour leur tiédeur à s'acquitter de ce devoir !
' Exiiltabiint labia mea, Bed et lingua mea totâ die mcditabltur justitiam tuam. Psalm. lxx, 26. — Os justi meditabitur sapientiam. Psalm. XXXVI, 20.
^ Ephes. V, 9.
' S. Hier. Can. Xon mediocr. 23. De Consec. dist. 5.
* Semlnastis multnm, et intulistls parutn; comedlstis, et non estis saturati. Agg. i, 6. — Sic nos tu visitas, sicut te colimus, disait souvent un fervent religieux.
^ Vie du P. J. Eudes, par le P de Montigny, 1. X. — Un des ecclésiastiques les plus pieux du dix-septième siècle, Ant. Roussier, avait pour le saint Office une grande dévotion. Il ne négligeait aucune occasion d'In-^pirer Testime et l'amour du Bréviaire. Quelques moments avant de mourir, priant à haute voix pour le clergé, il disait : Seigneur, faites à tous vos prêtres la grâce de bien dire l'Office. P. Haxart, Recueil de vies de bons prêtres. 1GS5.
Réciter rOfiice avec négligence, sans attention et sans ferveur, ce n'est donc pas seulement changer une pratique consolante et méritoire en un travail rebutant et stérile : c'est encore se rendre coupable envers Dieu , et abuser positivement d'une de ses grâces les plus précieuses *.
Heureux les ecclésiastiques à qui la conscience ne reproche rien à cet égard, qui sont habitués à méditer les paroles qu'ils prononcent, et qui nourrissent leur âme en glorifiant le Seigneur! Comme un arbre planté sur le courant des eaux et rempli d'une sève vigoureuse, ils donneront dans la saison un fruit abondant et savoureux. Mais malheur aux prêtres dont la pensée n'aime pas à se fixer sur le divin Maître, dont le cœur désavoue les paroles qu'ils lui adressent, qui récitent des prières sans rien désirer, sans rien ressentir, sans rien demander! C'est en vain que leurs lèvres se fatiguent'. Au lieu d'être pour eux une source de grâces, leur prière fera leur condamnation'; et loin de leur concilier l'indulgence du souverain Juge, leur piété purement apparente attirera sur leur tête un châtiment plus rigoureux : Simulantes longam orationem, hi acdpient damnationem majûrem^.
Encore s'ils ne compromettaient qu'eux-mêmes; mais une telle négligence nuit essentiellement au bien de l'Eglise et aux intérêts de Dieu.
Il existe, avons-nous dit, entre l'Église et Dieu une sorte de pacte, d'engagement réciproque, qui oblige l'une à demander et à remercier sans cesse, l'autre à accorder sans mesure. En même temps il y a entre l'Église et ses mi-
* QnsB Begnltia est alienari et capi cogitatlonibus ineptis et profanis, cùm Bominnm precaris, quasi Bit allud quod debeas magis cogltare quàm quod cum Deoloqueris? Hoc est, quando oras Dominum, majestatem Dei negligentiâ orationis offendere. S. Cypr. de Orat. Dom.
' On trouva dans le Bréviaire du savant Hortius, curé de Cologne ( m. en 1644), cette maxime écrite de sa main : Si cor non orat, in vanum lingua làborat. Cest la même que celle de S. Isidore de SévlUe : Oratio cordis est, non labiarum.
3 Labor lablomm Ipsorum operiet eos. Psalm. cxxxix, 10. Ore suc benedicebant et corde suo maledlcebant. Psalm. lxi, 5.
■* Luc. XX, 47. Voir Acta Saxct., 16 Juin. — Vie de sainte Lutgarde,
nislres saciés un aulre contrat, en vertu duquel ceux-ci sont tenus de prier Dieu pour elle, et de lui offrir, au nom de tous ses membres, un tribut de louanges et de supplications *. Cet engagement lie de la manière la plus étroite le sacerdoce et le peuple chrétien; et même, à l'égard des pasteurs, il prend un caractère de justice encore plus rigoureux, puisqu'ils n'entrent en possession de leur dignité et qu'ils ne peuvent en revendiquer les avantages qu'à condition d'en accepter la charge et d'en remplir les obligations ■-. Exemple admirable d'une pieuse et touchante solidarité! Obligés de vaquer aux soins matériels de la vie, la plupart des chrétiens ne pouvaient satisfaire convenablement par eux-mêmes au précepte de la prière^; l'Église, leur mère commune, choisit parmi eux ceux qu'elle juge les plus dignes de ce ministère, et les consacre corps et âme au culte du Seigneur; elle statue qu'à l'avenir ils auront à louer Dieu et à l'invoquer en faveur du peuple : fungi sacerdotio et habere laudem in nomine ejus*; et en même temps elle déclare que le peuple, fournissant à leur subsistance, aura part à leur mérite et sera déchargé de sa dette à l'égard de Dieu. Par ce moyen, tous les intérêts se concilient, tous les besoins sont satisfaits, tous les biens deviennent communs; et chaque fidèle contribue à rendre au Seigneur l'hommage incessant que sa grandeur réclame^.
' Presbyteri officinm in orando Deum pro totios Eccîesiae prosperitate situm est ; ideôque proventns et beneflcia sacerdotibus confernntnr ut ipsi pro populo precibus ac votis insistere, ejusque debeant peccata portai o. S. Pktr. Dam. Epist. xiv, lib. IV.
* C. Presbyter mane, dist. 91. — C. Si quis sacerdotum ; etC. Eos etlam. dist. 81. — Omnibus dictum est : Petite, et accipietis ; his vero ut semper pelant, nec pro semetipsis tanlùm sed et pro totâ Ecclesiâ Dei, ut vincat populus qui sub ipsis est hostes illos Invislbiles ; ut stent sicut Moyses, levaiis temper Interioribus animi manibus in cœlum, in conf ractione , in conspectu Dei, ad avertendam iram ejus, ne disperdat populum suuiu a?siduè precantem. Conc. Colon., p. II, c. iv, 1536.
^ Solliciti sunt quae sunt mundi, et divisi sunt. I Cor. rn, 33.
* ECCLL .XLV, 19.
^ Sicut In uno corpôre multa membra habemus, omnia antem membra non eumdem actumhabent, ita multi unum corpus sumus in Christo.fingnll autcm aller altcrliis membra, tiabentes antem donâtioneâ Eecundiim gratiam quae data est nobis différentes. Rom. xti, 4,6.
Maïs que s'ensuit-il, par rapport aux ministres sacrés? C'est qu'ils n'ont pas d'obligation plus stricte que le saint Office, et qu'ils ne sauraient mettre trop de soin à s'en bien acquitter; c'est qu'ils doivent s'appliquer à euxmêmes l'avis que le roi Ezéchias adressait aux prêtres et aux lévites de l'ancienne loi : Filii met, nolite negligere : vos elegit Deus ut ministretis ei colatisque eum^. D'un côté, il est de foi que nul ne peut acquérir par lui-même aucun mérite, que la grâce est nécessaire pour la persévérance des justes comme pour la conversion des pécheurs, et qu'une multitude d'âmes se trouvent à chaque instant en suspens entre le ciel et l'enfer, de sorte que leur sort éternel dépend des secours plus ou moins puissants qu'ils reçoivent d'en haut. D'autre part il est incontestable que la prière est la condition ordinaire pour attirer les dons de Dieu, et que la prière publique, surtout celle de l'Eglise, exerce une influence directe et considérable sur la part de grâces faite à chacun de ses membres. S'en acquitter avec négligence, sans attention et sans piété, c'est donc mettre obstacle à l'effusion de ces grâces ; c'est en réduire la mesure , c'est diminuer d'autant les chances de salut ou de sanctification d'un certain nombre de fidèles. Comment affronter sans frayeur une telle responsabilité? Comment ne pas se reprocher la perte de ceux qu'on devrait sauver? Moïse eûtil donc été innocent de la défaite de son peuple, s'il avait négligé de lever les mains en sa faveur, ou s'il les eût laissées tomber avant la fin du combat? Ou bien serait-ce seulement lorsqu'il s'agit de la vie temporelle et des biens d'ici-bas qu'on tiendrait pour indubitable la maxime des saints docteurs : Si non iMvisti, occidisti? C'est être homicide que de ne pas sauver celui qu'on peut soustraire à la mort.
Oh ! si l'on réfléchissait à ces vérités , si l'on s'en pénétrait, qu'on changerait bientôt de conduite et de langage!
'il PaCAL. XXIX, n.
u6 LE SAINT OFFICE
Il est rare de se trouver dans une réunion d'ecclésiastiques sans entendre d'amers gémissements sur l'état de l'Eglise. Chacun déplore les progrès du libertinage et de l'incrédulité. On s'afflige du refroidissement de la piété; on se fait part des scandales dont on est témoin ; on s'écrierait volontiers comme un prophète : La vertu n'est plus sur la terre, et il faut désespérer de l'y ramener *. Quel est le pasteur qui n'ait à se plaindre des dispositions de son troupeau? L'enfance est peu docile, la jeunesse déréglée, l'âge mûr insensible et indifférent. En vain s'efforce-t-on de préserver l'innocence et de ramener les pécheurs. La prédication n'est pas écoutée ou n'est reçue qu'avec défiance. La table sainte est abandonnée. Le sacrifice ne s'accomplit plus que dans la solitude. On semble faire une grâce au Seigneur en consentant à recevoir son pardon... Ces maux ne sont que trop réels, assurément; mais tandis qu'on en gémit , songe-t-on assez à se demander si l'on fait tout ce qu'on doit pour en arrêter les progrès? N'oublie-t-on pas que la prière est l'arme la plus puissante contre les ennemis du salut ^, que le saint Office surtout est le bouclier des forts ^, que Notre-Seigneur et les apôtres ont plus fait pour la conversion du monde en priant qu'en travaillant, que saint Pierre était en prière au moment où il reçut les envoyés de l'officier Corneille*; enfin, qu'il n'y a que le Seigneur qui puisse changer les cœurs, donner l'efficacité à notre ministère et soutenir l'édifice qu'il a fondé : Ego Dominas qui dico Jérusalem : JEdlficaberis; et templo : JFundaheris^?
On ne veut pas dire sans doute que tous les péchés du peuple sont imputables aux prêtres, et que les ecclésiastiques répondront seuls du dérèglement des fidèles. On ne
' VsB mihll periit sanctus de terra, et rectus in hominlbus non est, MicH. vn, 2. Curavimus Babylonem, et non est sanata : derelinquamus eam. Jerem. u, 9.
* Agendum vote et preclbus, si corrigl objargatlonlbus non potest. S. AuG. conlr. Epist. Farm. III, ir.
3 II Keg. I, 21.
* Ascendlt ad superiora, clrca horam sextam. Act. x, 9, 17. ^ ISAUî xrjî, 28.
prétend pas qu'une prière bien faite suffise pour changer une paroisse; mais on dit que tout pasteur doit prier de cœur et d'âme pour l'amendement de son troupeau; que, s'il prie bien, ses prières ne resteront pas stériles, et que pour l'ordinaire il tardera peu d'en recueillir les fruits : Quoniam vos estis presbyteri in poimlo Dei, ex vobis pendct anima illorum * .
Elie était un homme comme nous, aussi faible que nous ; mais par sa prière il ouvrait et fermait le ciel à son gré , suivant que l'intérêt de Dieu l'inspirait à son zèle ^. Onias n'avait à offrir au Seigneur qu'un sacrifice figuratif; il semble que sa prière devait avoir moins de crédit que la nôtre; néanmoins sa piété était pour Jérusalem et pour tout son peuple une source de bénédictions '. Pourquoi , avec le même moyen, ne pourrait-on plus produire les mêmes effets? Pourquoi demanderions-nous sans fruit des grâces bien plus nécessaires et plus conformes aux desseins ordinaires de la Providence? Rogante pro eis sacerdote, dit l'Esprit-Saint, propitius erit eis Bominus ^. Oh ! combien de pasteurs, qui prétendent avoir tout fait inutilement pour le salut de leurs ouailles, s'apercevront un jour qu'ils ont négligé l'instrument de conversion le plus essentiel et le plus efficace ! Combien se réservent pour l'avenir de douloureuses déceptions 1 Aujourd'hui ce sont eux qui se plaignent des âmes qui leur sont confiées. Ils les accusent de
* Judith, vm, 21. — Qaemadmodum cùm viderls arborem pallentibus foliis, intelllgls quia allqiiam culpam habet clrcam radicem, Ita cùm videris populutn indisclplinatum et irreligiosum, cognosce quia in sacerdotibus culpa est. Sicut de templo omne bonum egreditnr, sic et de templo omne malum procedlt. S. Chrys. de Precatione. — Crédite nobis.fratres, omnium qu» nos exercent malorum , totius igtius quam , non obstantibus laboribus et studils nostris, ager dominicus exhibet, sterilitatis causa in eo praecipuè cubât, quod laus Dominl multum attenuata est in populis, Bed In primis ore sacerdotum. Non satls curant eacerdotes ligna manô Bubjicere altarl. Gard. Ep. Zagrabiensis Epist. past. 1857.
2 Jacob, v, 17.
3 Sancta clvitas habitabatur In omnl pace, propter Onias pontlflcis pietatem. II. Mac. m, 1. In vitâ suà suSulsit domum et in diebus suis corroboravit templum. Quasi Stella matutina In medio nebulae et quasi thus redolrns in diebus iestatis. In asceusu altaris eanctl gloriam dédit sanctitatis amictum. Eccli. l, 1-12.
* Levit. IV, 20.
58 LÇ SAINT OFFICE
dureté, d'indolence, d'insensibilité ; mais plus tard, lorsque ces âmes, éclairées de la lumière divine, verront dans le passé les périls où elles se sont trouvées, les ennemis qui les ont combattues et les précipices dans lesquels elles sont tombées , ne se demanderont-elles pas ce qu'ont fait pour les sauver ceux qu'on leur avait donnés pour guides et pour gardiens? Et quand elles s'apercevront que, malgré leurs eflbrts apparents et leur zèle prétendu, ces pasteurs mercenaires ont été assez indifférents à leur salut pour ne faire que des lèvres et comme à regret les prières auxquelles ce salut était attaché , de quels reproches ne les accablerontelles pas? avec quelle indignation ne dénonceront-elles pas au tribunal de Dieu cette négligence comme une injustice et une trahison?
Aux plaintes des âmes tristement délaissées, s'ajoutera l'indignation du Seigneur pour sa gloire avilie et son nom méprisé.
Il est beau, il est glorieux pour le souverain Maître d'avoir ici-bas des ministres qui louent ses perfections par toute la terre , tandis que les esprits bienheureux les célèbrent au ciel ; mais c'est à condition que ces louanges soient sincères et qu'elles sortent du cœur. Si les paroles qu'on lui adresse n'étaient qu'un vain son , un exercice des lèvres , une simple formule, comment pourrait- il s'y complaire? Les hommes se contentent des apparences , parce que l'extérieur les trompe et qu'ils ne peuvent voir au dedans; mais Dieu, qui pénètre les cœurs, considère les dispositions ^ Il exige le tribut des affections et des pensées*, et il rejette comme dérisoire, comme indigne de lui, tout hommage qui n'a pas au fond de notre âme son principe et sa réalité ^ : Hypocritœ, bene prophetavit de voMs
* Dominus posult oculum super corda. Eooli. xvii, 7. Qui autem scrutatur corda Deus scit quid desideret spiritus. Rom. vjii, 7.
^ Fide plurituam hostiani Abel quam Gain obtulit Dpo. Hbbb. Xt, 4. Non Abel ex operibus, sed ex fide Abel jaunera oblata placuerunt. S. Queg. Magn. Moral. XXII , xxi.
' C'est se moquer de Dieu, disait saint Vincent Ferrier, c'est lui faire uuG offrande dérisoire que de se borner à réciter la lettre de rOffice : O.uaiulo COI- non reputat quce dicuntur ore, fit encanium Deo de ovia va-
Isaias * dicens : Populus hic labiis me honorât : cor autan corum longe est a me^ !
Rien de plus terrible que les reproches adressés sur ce sujet aux ministres de l'ancien culte par un des derniers prophètes ^. Quoiqu'ils soient pleins d'instruclion pour nous, c'est à peine si nous osons les répéter ici : a Ecoutez mes paroles, leur disait-il , prêtres infidèles et aveugles; c'est à vous qu'elles s'adressent : Xd vos, o sacerdotes, qui despicitis nomen meum et dixistis : In quo despeximus? J'avais fait un pacte avec Lévi votre père : je lui donnais la vie et tous les biens qu'il pouvait désirer; et lui, de son côté, m'honorait et me respectait : Pactum meum cum Levi, vitœ etpacis, et dedi ei timorem, et timuit me. Il fut fidèle à sa parole; moi , je le fus à la mienne : il jouit de toutes les bénédictions que je lui avais promises : Lex veritatis fuit in ore ejus : in pace et in œquitate ambulavit mecum, et multos avertit ab iniquitate. Maintenant, vous ne voulez plus marcher dans cette voie; vous foulez aux pieds ce pacte. Au lieu d'édifier vos frères en leur apprenant à vénérer ma souveraine majesté, vous les scandalisez par votre irrévérence et vos profanations. Préparez-vous à subir les arrêts de ma justice. Malheur à ceux qui connaissent ma j^randeur, et qui ne m'honorent pas selon ma grandeur! Malheur à celui qui m'a voué une offrande précieuse et qui y substitue une hostie sans valeur! Malediclus dolosus quivotum faciens immolât débile Domino! J'ai promis de glorifier au ciel ceux qui m'auront glorifié sur la terre; mais quiconque m'aura méprisé , je le livrerai au mépris dès cette vie. Donc , ô prêtres , écoutez encore ce dernier oracle : Et nunc, ad vos, o Sacerdotes! Si vous ne vous hâtez de rentrer en vous-mêmes et de rendre à mon nom le respect que
euîs, et reputat se deîusum. — «t Mes frères, disait un fervent religieux à quelques ecclésiastiques qui paraissaient peu recueillis, nous ne nous acquitterons pas envers Dieu, si nous ne le payons en bonne monnaie. » (Vie du P. Gaspard de Bono, Hinime.)
* ISAL£ XTS, 13.
2 Matth. xy, 8. Lougè est : Inde discere possunius quomcdo aliquis appropinquet Dec. S. Hier, in hoc verb.
^ Malach. I,
VOUS lui devez, ma prédilection pour vous se changera en dégoût; je répondrai par des anathèmes à vos bénédictions dérisoires ; je repousserai votre encens comme une exhalaison infecte : Si nolueritis ponere svper cor ut detis gloriam nomini meo, maledicam benedictionibus vestris, et disperdam super vultum vestrum stercus solemnitatum vestrarum... Eh! ne voyez-vous pas que déjà cet arrêt commence à s'accomplir, et que vous subissez vous-mêmes les premiers le mépris que vous provoquez contre moi? Propter quod et ego dedi vos contemptihiks omnibus populis^ . Qui contemnunt me erunt igjiobiles ^. »
' Malach. n, 9.
- I Reg. n, 30. — Voii' à la fin la Note II , Sur les distractions.