MAP.C. , TITI
2 « J'ai vu un des plus gi-ands docteurs du monde, même un religieux, ne pas savoir faire d'actes de foi à l'heure de la mort, pour s'être trop exercé à la science et peu à la foi. Il en avait fait si peu d'estime , gue Dieu alors prenait plaisir à lui montrer, à lui et à tous ses confrères, de quoi sert la science à l'heure de la mort. » Olieb, Opinions nouvelles.
point se dévoilent et semblent surgir à nos regards; une foule d'autres dont on n'apercevait ni la grandeur ni les rapports se révèlent dans toutes leurs proportions. Ce qui paraissait perdu dans l'éloignement du temps ou de l'espace devient actuel et présent ; ce qui était imperceptible étonne par ses dimensions. C'est comme un monde nouveau qui se dégage de l'obscurité : l'horizon s'agrandit; les nuages s'éclaircissent et se colorent ; le côté divin des choses devient visible et éclatant : Quoniam Beus qui de tenebris dixit lucem splendescere , ipse illuxit in cordibus nostris '. Alors tous les objets religieux frappent, saisissent, transportent : les mots qui ne disaient rien au cœur, transfigurés, pour ainsi dire, avec les images qu'ils évoquent, sont des traits de feu qui embrasent. Dieu n'est plus cet être lointain, presque inconnu, qu'on atteignait à peine dans les nuages de sa grandeur : on l'a devant les yeux ; on le voit, on le sent en soi-même, mille fois plus grand et plus parfait qu'on ne se le figurait au ciel : Deus e vicino, et non de longe-. Alors l'action divine ne semble plus comme autrefois se borner aux grands ressorts de l'univers. On la voit s'exercer partout, tout diriger, tout régler; mille fois plus sensible et plus admirable dans les faits les plus vulgaires qu'elle ne paraissait dans les grands événements du monde'. La création cesse d'être une simple collection d'objets remarquables par leur variété et par leur harmonie : c'est une manifestation vivante et convaincante de l'être infini qui en est l'auteur*. Le ciel et l'enfer ne sont plus deux mots vagues qui donnent l'idée d'une alternative éloignée et peu connue : c'est l'infini en félicité ou en tourments qui se découvre à l'âme, près de devenir pour jamais son partage. Enfin Jésus-Christ ne paraît plus
' n Cor. IV, 6.
- Pntasne Deus è vicino ego sum, et non de longe? Jerem. xxm, 23. Ecce omned gentes quasi stilla situlse et quasi momentnm staterae reputatae sunt. ISAi^ XL, 15.
' Numquld erlt malum Jn civltate , quod Dominus non fecerlt? Amos ni, 6.
'' O Israël, qnàm magna est domus Dominl et Ingens locus possessionis ejusl Baruch in, 24. .
simplement ce qu'il semble aux sens et à la raison incrédule, un personnage merveilleux, sans égal parmi les hommes, d'une influence incomparable dans l'histoire des peuples : c'est la grande réalité du monde, le principe, le centre et la fm de toutes choses, le fondement sur lequel tout repose, le pivot autour duquel tout se meut et se coordonne* : c'est Dieu lui-même devenu homme sans cesser d'être Dieu, abaissant tout devant sa grandeur, dominant tout par sa puissance , absorbant tout dans son immensité, réduisant tout au silence par ses oracles, prêt à tout régler pour l'éternité par un jugement sans appel.
Ainsi, pour une âme docile, la foi change l'aspect des choses, et en les montrant du côté du ciel, elle fait resplendir à ses regards comme un monde nouveau : Est argumentum non apparentiiim * . Par une conséquence nécessaire , elle ouvre en même temps dans le cœur une source nouvelle de sentiments et d'affections' : affections surnaturelles, sentiments tout divins, qui, rejaillissant vers leur principe, forment comme un hymne continuel à la gloire du Très-Haut et une supplirîalion incessante en faveur de noire indigence : Tune repletum est gaudio osnostrum, et lingua nostra exuUatione * . Alors la prière n'a pas besoin d'être commandée, dictée, formulée; elle s'élève spontanément des profondeurs de l'âme : Credidi; propter quod locutus sum^. Elle ne demande qu'à s'épancher au dehors, et quand elle trouve une expression digne d'elle, ce lui est un bonheur de s'en revêtir et de l'animer. Alors, éclairée des lumières du Psalmiste et remplie du même esprit, l'âme s'écrie : « Je vous louerai, Seigneur, tous les jours de ma vie ; il faut que je bénisse votre nom dans l'assemblée des saints ; mon cœur et mon âme s'élancent d'euxmêmes vers le Dieu vivant *. » Alors elle s'adresse à tous les êtres de la création; et les voyant comme elle comblés