COLOSS. I
2 Hebb. XI, 1.
3 Credentes exultabitls laetitlH inenarrabiU et glorificatû. I Petr. i, 8.
* PSALM. cxxv, 2.
5 PsALM. CXV, 10.
" PSALM. CXLV, XXXrV, LXXXIU,
des dons de Dieu, elle les invite à chanter avec elle les louanges de leur commun Créateur : « Chantons ensemble la gloire du Très-Haut. Œuvres du Seigneur, célébrez le Seigneur avec moi^ » Alors, voyant d'un côté les jugements de Dieu profonds comme des abîmes, et ses arrêts écrasants comme des montagnes; d'autre part, considérant ce monde comme une mer parsemée d'écueils et bouleversée par la tempête, elle multiplie ses cris de détresse et fait monter jusqu'au ciel les invocations les plus pressantes* : « Tirez-moi de l'abîme, Seigneur, et préservez-moi du naufrage. Toutes les vagues de la mer sont déchaînées contre moi: vous êtes ma seule ressource, ô Dieu, principe de ma vie et protecteur de mes jours ! »
Si nous attribuons à la foi tous les accents de la prière, ce n'est pas que l'espérance et la charité y demeurent étrangères : c'est que ces vertus elles-mêmes se développent pour l'ordinaire à l'égal de la foi, et qu'elles agissent d'autant plus sur l'âme que nous saisissons mieux leurs raisons et leurs motifs ».
Les démons croient, et cependant ils ne prient pas, parce qu'ils n'ont ni espérance ni charité. Connaissant Dieu sans espoir d'en jouir, ils ne peuvent que le révérer et le craindre : Credunt et contremiscunt *. Mais pour nous , qui sommes appelés à le posséder, qui jouissons déjà de son amour et qui devons participer bientôt à sa gloire, à sa puissance, à sa félicité, tout ce qui nous le fait connaître
^ PsALM. xc:x et cxcxiv,
- PsALM. Lxvni, xLi, etc. — Fides fundit orationem : fnsa oratio etlam psi fidel impetrat firmitatem. 8. Ara. Serm. cxv, 1.
^ Pla fides sine epe et carltate esse non TUlt. S. AuG. Ep. cxx ad Consent. — Qulacredidistl, speraatl; quiasperasti, dllexisti. In Psalm. cxiv, 2. — Fides crédit : spes et caritas orant, sed sine fide esse non possunt; ac por boc et fiUes orat. Enchirid, vii.
'* JAC. n, 19,
et admirer nous le fait en même temps désirer et aimer. Il attire à la fois vers lui les pensées de notre esprit et les aspirations de notre cœur.
C'est l'espérance qui est la source principale de la demande, de l'invocation, de la prière proprement dite. Une âme dominée par cette vertu se tient dans un état de supplication continuelle devant le trône de Dieu ; et comment exprimer l'ardeur de ses vœux? Le Seigneur est sa force, son recours, son refuge, sa joie et son tout^. Elle peut dire chaque matin qu'il est le premier objet de ses désirs, qu'elle soupire après lui comme le cerf altéré après l'eau des fontaines ». Elle écoute avec avidité tout ce qui lui parle du ciel ; et ce qu'elle voit de plus magnifique et de plus attrayant sur la terre, n'est à ses yeux qu'un présage de l'avenir fortuné qu'elle attend. Elle aspire, avec le prophète, vers les douceurs de la patrie, et sous le voile des images saintes elle ne cesse de considérer la réalité des choses futures'. Jérusalem, terre des vivants, cité glorieuse et permanente , montagne de Sion , tabernacles sacrés, maison de Dieu, saint des saints, vous n'êtes pas pour elle des termes vides et sans valeur ou de froides ruines ensevelies dans la poussière du passé. Vous parlez à son cœur comme les objets les plus chers du foyer paternel; vous lui rappelez les souvenirs les plus émouvants et les plus intimes *, Anges du ciel, saints apôtres, glo-
* Dominus vii-tus mea, fortltudo mea, refagium meum, etc. Psalm, cxxxix , 8 ; xvu, 2,3; xxxi , 7, etc.
- PsAija. XLi, 2.
^ On peut voir dans l'Esprit de 8. François de Sales, II, 3, et dans la Vie de S. Vincent de Paul, par Atielly, p. I, l'impression que produisaient sur ces deux saints les désirs ardents du Psalmiste : Seu mihi, quia incolatus meus prolongatus est ! P^alsi. cxix, 5, et Super fiumina Babylonis iîlic sedimtis. Psalm. cxxxvi, 1.
^ Voici un trait que nous détachons de la Vie d'un saint religieux da xviie siècle, Michel des Saints (1591-1625), canonisé récemment. Une nuit, veille de Saint-Martin, il avait à chanter au chœur la vin» leçon de matines , où se trouvent ces mots : Ula autem Jérusalem quee in cœlo est, in quant militât fldes nostra. A peine eut-il prononcé ces paroles, que, frappé subitement d'une clarté céleste, il poussa un gémissement amoureux, puis resta absorbé et ravi, semblable à un séraphin, les yeux élevés vers le ciel, les bras en croix, le visage rayonnant d'une beauté céleste, comme s'il eût déjà revêtu les qualités des corps glorieux. On essaya de
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rieux martyrs, dignes pontifes, confesseurs, vierges de tous les temps et de tous les rangs, dont elle célèbre la mémoire et réclame la protection , vous n'êtes pas à ses yeux des étrangers ou des inconnus; elle voit en vous autant de protecteurs, de modèles, de concitoyens futurs, dans la société desquels elle espère vivre et louer Dieu pendant la durée des siècles. Ainsi toute sa vie ici -bas n'est qu'un désir du ciel; et plus ce désir s'accroît, plus ses prières s'embrasent et se multiplient ^
Malheureusement il est un trop grand nombre d'âmes dont l'espérance languit aussi bien que la foi, qui, sans renoncer au ciel , sans cesser d'y aspirer, n'y pensent presque jamais; qui semblent même redouter le moment qui doit leur en ouvrir l'entrée. De quelles prières de telles âmes sont-elles capables? Que peuvent-elles demander à Dieu, quand elles désirent si peu la seule chose que Dieu estime et qu'il tienne à leur donner? Avec quelle ardeur, avec quelle sincérité peuvent- elles gémir sur la longueur d'un exil qu'elles ne voudraient pas quitter, sur des tentations dont elles n'apprécient pas le danger, sur les misères et la perversité d'un monde qui a toutes leurs affections? ') Ministres du Seigneur, n'imitez pas les enfants du siècle. Ne laissez pas votre cœur s'appesantir et vos affections s'égarer à la poursuite de la vanité et du mensonge. Prenez les ailes de la colombe*; élevez-vous au-dessus de cette terre corrompue et coupable, et que votre âme tende vers Dieu par un désir soutenu et une prière incessante : Quœrite Dominum et confirmamini ; quœrite faciem ejus semper '.
le tirer de son extase; mais ce fut en vain. Un autre religieux lut la leçon; et la communauté, qui avait déjà l'expérience de tels prodiges, continua l'Office. On chanta le Te Deum ; on dit Laudes ; et l'on terminait , lorsque le Frère , revenant à lui et s' apercevant de l'attention dont 11 était l'objet, s'empressa de se dérober à tous les regards. Vie du saint, II : Son espérance.
1 Tota vita chrlstiani desiderium est... Quantô quisque est sanctior et deslderii sanctl plenior, tantô est ejus in orando fletus uberlor. S. Aug. In Epist. I. Joan., tract, iv, 6. De Civitate Dti, XX, xvii.
- PsALM. Lnr, 7.
' PSALM. CTV, 4.
Toutefois, quelque essor que l'espérance donne à Tûme il reste un moyen plus puissant pour nous porter vers Dieu et nous mettre en communication avec lui : c'est l'amour pur ou la charité.
La charité est l'affection principale du cœur. Elle éveille, inspire ou dirige toutes les autres. Elle retient ou meut à son gré toutes les facultés. Amor meus pondus meiim, dit saint Augustin; quocumque feror, amore ferorK L'amour fait dans les âmes ce que la pesanteur et l'attraction opèrent dans les corps. De même que chaque corps et chaque partie de ce corps ont une tendance continuelle vers l'objet qui les attire et qui est le centre de leur mouvement, ainsi l'âme et toutes les puissances de l'âme, toutes ses affections , toutes ses pensées tendent continuellement vers l'être qui les charme et auquel elles tendent à s'unir. Lors donc qu'on aime Dieu plus que toutes choses, on aspire à lui, on s'attache à lui plus qu'à tout le reste. Lorsqu'on aime Dieu uniquement et purement, on s'occupe uniquement de lui; on ne désire, on n'espère plus rien que lui seul ou pour lui. Enlin plus on a d'amour de Dieu, plus on trouve en lui de douceurs et d'attraits; plus on se plaît à le contempler, à le bénir, à l'admirer; plus on estime ce qu'il estime, plus on redoute ce qu'il défend, plus on recherche ce qu'il désire; et plus par conséquent la prière, l'application affectueuse et surnaturelle de l'âme à Dieu et aux choses de Dieu devient douce, pure et persévérante à la fois *.
Oui, pour une âme que l'amour de Dieu possède, la prière n'est plus l'exercice d'une vertu laborieuse : c'est
1 Conf. XIII , IX. — De Civitate Bel XI, xxvm.
- Qui diligit me, tnanlfestabo el melpsnm. JoAN.xiv, 21. — Cùtn dillgltnr IJ qnod ex quantacumqne parte cognoscitur, ipsa dllectione efficitur ut meliùs et perfectlûs cognoscatur. S. Aug. Serm, xc\t in Joan. 4.
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une jouissance, c'est un besoin, c'est bientôt toute sa vie '. Comme un malheureux plongé dans la tristesse gémit continuellement, à son insu et même contre son gré, ainsi cette âme est sans cesse en bénédictions et en prière. Elle prie sans y songer; elle prierait malgré elle si elle pouvait former le dessein de ne pas prier. Tout devient pour elle occasion et objet de prière*. Le nom de Dieu, celui de Jésus, ceux qui rappellent spécialement les vertus ou les grâces du Sauveur ne frappent jamais son oreille sans faire tressaillir son cœur : elle y répond aussitôt par un sentiment de pieuse vénération *. Si elle prononce ces noms, ce n'est pas comme des termes ordinaires : on s'aperçoit à l'accent de sa voix, aux traits même de son visage, qu'elle a fait un acte religieux; elle y met toute son intelligence comme toutes ses affections. Lit-elle la parole de Dieu dans les Ecritures, elle y trouve un attrait, un goût, une saveur toute spéciale*. Les maximes que les lèvres du Sauveur ont proférées ont pour elle une harmonie délicieuse et céleste *. Du reste, aimant l'Eglise de Jésus-Christ du même amour que Jésus-Christ lui-même, cette âme s'intéresse à tout ce qui la concerne; elle entre dans tous ses sentiments; elle se réjouit de toutes ses joies; elle s'afflige de toutes ses peines. Ce n'est pas elle qui écouterait avec indifférence ou avec une froide curiosité les persécutions auxquelles ses frères sont en butte, les scandales qui les désolent, les périls auxquels ils sont exposés. Chaque coup porté à la religion la frappe à l'endroit le plus sensible; elle considère que Dieu lui-même en est blessé; elle sent le besoin de lui offrir des réparations dignes de sa justice. Chaque
' Non jam est labor, sed sapor. S. Bern. In Cant. Serm. lxxxv, 8.
2 Cantaie auiantia est. Ycx liujus cantorl3 fervor est sancti amoris. S. AuG. iSerm. cccxxxvi, 1.
" Omnla ossa mea dicent : Domine, quia similis tibi î Psalsi. xxxiv. Cor mcum et caro mea exultaverunt In Deum Tivum. Psalm. lxxxiii , 3.
* Unctlo, sen quidam roseus liquor qui per totam animam se diflandit. 8. BosAV. de sept. Grad. contem.pt,
^ Litteras do melle coeli melleas et de lumlne Del luminosas. S. Aug. dmf. lib. IX, c. IV. — Sonet vox tua in auribus meis : vox enim tua dulcis, et eloquia tua jucunda. Cakt. u, 14.— Qui liabet sponsam spousus est; amicus autem sponâi qui stat et audit eum , gaudio gandet propter vocem sponsl. JoAN. in, 29.
triomphe remporté par la grâce excite son allégresse; et, comme le sort de l'Eglise est de passer sans cesse, dans toutes ses parties, de l'épreuve au succès et de la prospérité à la tribulation, cette âme porte toujours au fond d'ellemême les accents les plus vrais de la supplication et de l'allégresse, de l'affliction et de la reconnaissance *, Enfin , estimant uniquement ce que le divin Maître estime, aimant sans mesure tout ce qu'il aime, elle soupire continuellement après toutes ses vertus ; elle vénère tous ses amis , tous ceux qui lui appartiennent , tous ceux qu'il associe à sa gloire ; elle brûle de voir son nom sanctifié dans tous les cœurs , et son règne s'étendre dans tous les lieux comme dans tous les siècles : Exaltare super cœlos, Deus, et super omnem terram gloria tua*! Benedictus Bominus Deus in œternum: fiât, fiât ^ Avec de tels sentiments, comment ne seraitce pas à ses yeux un honneur et une félicité incomparables de participer dès cette vie à l'emploi des bienheureux, et de préluder sur la terre au cantique du ciel : Sedenti in throno et Agno, benedictio et honor, et gloria, et potestas in sœcula sœculorum *?
Ainsi la foi élève l'âme et lui inspire des sentiments de respect, de louange, d'admiration pour la majesté divine; l'espérance la fait soupirer vers les biens célestes par des vœux intéressés, mais justes et sincères; la charité, l'unissant à Dieu et à ses dispositions, met en elle des désirs ardents et purs autant qu'immenses et insatiables; et l'union de ces trois vertus, élevées à une certaine puissance dans un recueillement qui en facilite l'exercice habituel , forme la disposition la plus désirable pour bien prier, par conséquent pour s'acquitter dignement et fructueusement du saint Office ecclésiastique : In ipsâ ergo fide, speet caritate, continuato desiderio semper oramus =.
1 DoBiinicis gandens lucris et mœrens damnis. — Timet ne pereant homines Cliristo, contristatur cum périt allquis Christo : concupiscit acquirere homines Christo. S. ACG. Tract, lx in Joan. '6.