CHAPITRE VIII
Obéissance. — Devoirs du prêtre envers son évéque et les dépositaires de son autorité.
131. -— S'il est un trait distinctif et vraiment caractéristique du saint prêtre, c'est l'obéissance filiale à son évéque et Tamour respectueux qu'il professe pour sa personne sacrée; de même que la marque infaillible d'un prêtre qui n'est pas selon le cœur de Dieu , est la résistance dh*ecte ou indirecte aux volontés de son évéque et le peu d'attachement et de respect qu'il lui témoigne.
L'un des plus beaux spectacles que la terre puisse
offrir, est saas contredit celui d^m diocèse gouverDé par un saint évêque et renfermant un nombreux et édifiant clergé qui lui obéit comme à Dieu même, et qui se plaU à lui donner en toute rencontre des preuves incontestables de son profond respect et de son attachement cordial. Quand cette heureuse famille — car c'en est réellement une — consonmie son unité en s'inclinant respectueusement et amoureusement devant le Souverain Pontife qui en est le centre, alors la terre admire et le ciel applaudit.
Ne souffrons pas, chers confrères, que ce parfait accord soit détruit ou même simplement altéré par un seul d'entre nous. Serrons nos rangs pour faire tète à Tennemi qui voudrait bien nous diviser pour nous vaincre; abjurons nos plus légères discussions; groupons-nous autour de nos chefs; soyons de petits agneaux parfaitement soumis aux pasteurs chai^gés de nous conduire, et regardons comme un devoir d'alléger par notre obéissance et notre amour le lourd fardeau qui leur est imposé. ^
132. — Nous devons obéir à notre évêque, nous devons le respecter et Taimer pour plusieurs raisons que nous connaissons parfaitement et qu'il suffît d'indiquei' : — Parce qu'il est le lieutenant de Jésus - Christ à notre égard; — parce que c'est à lui-même, en la personne des apôtres dont il est le successeur, qu'il a été dit : Qui vos audit me audit , qui vos spernit me spemit; — parce que tout l'ordre hiérarchique est détruit si nous n'obéissons pas à celui qui en est la base; — parce que nous lui avons fait la promesse la plus positive de Tobéissance et du respect au jour de notre ordination : Promittis mihi et successoribus meis rêve-
rentiam et obedtentiam ? — Promiito ; — "parce que nous scandaliserons nos confrères et rassemblée des fidèles si nous manquons de respect et d'obéissance envers notre évéque; — parce que Die^ ne bénira point notre ministère, si nous n'honorons pas celui qui nous Ta confié de sa part.
Qu'on dise s'il est possible d'appuyer robligation d'un devoir sur des raisons plus solides et plus convaincantes.
133. — Nous le répétons, ces diverses raisons nous sont connues et n'ont besoin que d'être rappelées pour obtenir notre assentiment complet. Mais il en est une encore qui touchera probablement plusieurs de nos lecteurs. Cette raison se prend du côté de nos vénérables pontifes eux-mêmes. •
Nous devons obéir à notre évêque et lui témoigner beaucoup de respect et d'amour, parce que cette conduite , de notre part, lui procure la plus douce consolation qu'il puisse goûter au milieu des sollicitudes de sa charge.
Il est généralement assez naturel non -seulement de ne pas plaindre, mais même de trouver heureux ceux qui occupent des postes distingués. Dans ces emplois honorables, les inférieurs ne voient pas l'élévation, rindépendance, l'autorité, les honneurs et les avantages matériels qui sont le partage des hauts dignitaires qui en sont pourvus. Or, comment plaindraient -il s ceux qu'ils se représentent dans un état si prospère?
Cette réflexion , qui s'applique à toutes les dignités en général, trouve son application dans le clergé même.
Nous savons bien que nous pourrions aisément con-
— attrister notre évéque, et que nous n'aurions pour cela qu'à secouer le joug de son autorité , ou à le mettre ptff notre mauvaise conduite dans l'obligation de nous fî^pper de quelque censure. Mais savons -nous de même qu'il dépend de nous , si nous le voulons, de lui procurer des consolations réelles et un bonheur véritable? Convenons-en, chers confrères, non, nous ne savons point cela. Bien plus, nous ne pouvons guère comprend dre que cela puisse être. Quoi ! dba quelque pieux pasteur, moi, retiré, ignoré, oublié au fond de mon village, à trente lieues de mon évéque, qui assurément ne pense guère à moi, je puis lui procurer des consolations et accroître son bonheur et sa joie! Cela n'est point, cela ne peut pas être*
Il faut bien le reconnaître , voilà la disposition gênéraie des esprits dans le cleigé; voilà même la disposition des prêtres les plus édifiants , qui aiment sincèrement leur évéque, qui le respectent profondément, et qui lui obéissent en toutes choses avec une inviolable fidélité. Ils font tout cela par devoir, par esprit de piétés pour obéir à leur conscience, et avec beaucoup de mérite assurément; mais, du reste, ils ne pensent guère en agissant ainsi à procurer des consolations à leur premier pasteur.
La cause de ceci est que nous ne connaissons point les sentiments intimes d'un évéque dans son diocèse : ceux-là seuls qu'il admet dans le secret de son conseil et qui partagent le poids de son administration , savent combien est accablant le fardeau de responsabilité qui lui est imposé. Les autres membres du clergé ne voient que les distinctions qui accompagnent la charge épiscopale , et ne voient point la charge elle - même : Unetionem vident , crucem non vident.
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En supposant , ce que nous sommes loin d^admettre^ que nos dignes pontifes aient pu être y dans le principe^ éUouis quelque peu par la séduction des honneurs, il est certain que cet éblouissement a été de fort courte durée, et que bientôt la réalité de leur pénible sollicitude a remplacé le prestige de leur dignité.
Nous ne nous persuadons pas aisément qu'il en soit ainsi : cela se conçoit. En fait de peines, nous ne sommes vraiment bien sensibles qu'à celles que nous éprouvons nous-mêmes; quant à celles des autres, et de nos supérieurs en particulier, nous les croyons toujours bien moins vives que les nôtres ; et puis, comme nous Tavons dit plus haut, nous les trouvons amplement compensées par les avantages considérables dont jouissent ceux qui les endurent.
Mais si nous étions, comme Févêque, les confidents des embarras et des petites tribulations du clergé de tout un diocèse; si tous les jours nous étions informés des sujets de plainte que croit avoir un curé de la part de son vicaire, ou un vicaire de la part de son curé; si d'un autre côté , les administrateurs civils, les instituteurs, et une multitude de fidèles nous étourdissaient à chaque instant ^\x bruit de leurs plaintes, de leurs réclamations, de leurs reproches, de leurs accusations contre leurs pasteurs, et réciproquement; si chaque courrier nous apportait une masse de lettres qu'il nous serait pénible d'ouvrir parce que nous saurions d'avance qu'elles vont plutôt nous contrister que nous réjouir; si nous étions habituellement confinés dans notre cabinet, tantôt accablés de visites fastidieuses , tantôt occupés d'affaires administratives d'une sécheresse rebutante ; alors très -certainement il s'opérerait dans nos idées un changement notable ; alors nous comprendrions qu'il y
a autre diose qu'une honorable dignité sur la tête d'un évêque, et que la croix qui décore sa poitrine n'est pas simplement un signe de distinction, mais qu'elle est aussi le vrai symbole de ses peines et de ses ennuis de chaque jour.
Ajoutons à cela que l'évéque , quoique pasteur souverain de tout son diocèse, n'a pas à beaucoup près les éléments de consolation qui sont le partage d'un pasteur de second ordre, d'un curé dans sa paroisse , par exemple. L'évéque embrasse tout le troupeau en général , mais il n'est pas en relation spéciale avec les brebis qui le composent. Le curé a dans son ministère les Joies et les consolations sous sa main , si l'on peut ainsi parler : l'évéque au contraire n'a sous sa main que des épines ; il ne jouit guère que des consolations des autres. Quoi de plus heureux qu'un bon et saint -curé, tendrement aimé de ses paroissiens qu'il édifie, des pau\Tes qu'il assiste, des affligés qu'il console, des petits enfants ^ qu'il instruit , des vieux pécheurs qu'il convertit ! Tous les jours ce sont pour lui des consolations nouvelles et vivement senties, consolations que l'évéque ne goûte plus et ne peut plus goûter. Placé au sommet de la montagne pour avoir l'oeil sur tout son troupeau , il ne descend point dans la plaine pour y goûter de cœur à cœur les joies de la famille.
Si donc nous nous faisions une juste idée de cette position d'un évêque dans son diocèse, et si nous avions pour lui un amour tendre et vraiment filial , nous nous emploierions certainement, selon nos faibles moyens, à diminuer le poids de sa charge
i3/i. — Nous comprenons cela , diront sans doute quelques lecteurs ; mais quelles joies, quel bonheur
pouvons -nous procurer à notre évêque, n'ayant avec lui que des relations excessivement rares ?
Voilà précisément où nous en voulions venir. En ré- , fléchissant un instant sur le point que nous traitons, il est une pensée qui se présente tout d'abord a l'esprit , c'est que c'est surtout de son clergé qu'un évéque est en droit d'attendre des consolations. Quelque rares que soient ses rapports avec quelques-uns de ses prêtres, ils sont cependant bien plus fréquents encore qu'avec les simples fidèles. Malheureusement, par suite de l'aflaiblissement de la foi , les masses populaires, surtout en certaines régions, n'ont pas pour la personne sacrée d'un pontife cette vénération profonde et ce tendre attachement dont les témoignages publics et animés d'une foi vive lui procureraient de si douces émotions. On le laisse tranquille si son administration est paternelle ; mais on le jugerait avec une extrême sévérité , si par quelque mesure il froissait tant soit peu les populations. Point donc, en général, de grandes consolations pour lui sous ce rapport. Nous le répétons, c'est de son clergé surtout qu'il doit les attendre , et nous allons comprendre tout à l'heure qu'elles ne lui manqueraient pas, qu'elles lui arriveraient même de tous les points de son diocèse avec une inépuisable abondance, si nous étions à son égard ce que nous devons être.
Supposons en eflet que nous avons tous pour notre évêque un respect profond, un attachement vif et sincère, un dévouement complet, une obéissance aveugle, prompte , universelle et vraiment filiale; supposons que nous respectons et faisons respecter tous les actes de son administration, que nous nous conduisons de manière à ne mériter que ses éloges et jamais ses blâmes, que nous le consultons comme des enfants consultent
leur père, que nous le tenons au courant de notre ministère, lui racontant nos peines pour qu'il nous aide à les supporter, nos succès et nos joies pour qu'il ait le plaisir de les partager, et que tous ces bons sentiments de respect, d'attachement et de soumission, nous tâchons de les inculquer dans l'esprit des populations, afin qu'elles s'attachent tendrement à leur premier Pasteur quand elles le verront parmi elles, et qu'elles Paccueillent avec ces transports de foi, d'amour et de saint enthousiasme que faisaient éclater nos pères en ces solennelles occasions : supposons, disons-nous, que nous nous conduisons tous de la sorte à l'égard de notre évêque, et qu'il ait la certitude d'avoir en chaque membre de son clergé un coopérateur fidèle, soumis, cordialement dévoué, im saint prôtre enfin , qu'il chérit tendrement parce qu'il sait qu'il en est luimême tendrement chéri. N'est-il pas de toute évidence qu'un tel évêque , dans Teff'usion de son cœur reconnaissant, ne cesserait de bénir la divine Bonté de l'avoir appelé à gouverner un diocèse si digne de ses travaux et de ses veilles? N*est-il pas certain que, comme saint Paul , il s'écrierait avec un indicible bonheur : Brebis chéries, vous êtes ma couronne et ma gloire, vous me remplissez de consolation , vous me faites surabonder de joie au milieu de mes fatigues et de mes sollicitudes : Multa mihi gloriatio pro vobis; repletus sum consolaiione : super abundo gaudio in omni iribulatione.... Gaudeo quod in omnibus confido in vobis?
Nous ne savons ce que ces considérations produiront sur l'esprit et le cœur de nos bien-aimés confrères; nous croyons cependant qu'elles les pénétreront d'un sentiment d'amour et de vénération pour leurs dignes pontifes.
Pourcpioi faut-il que de la beauté , de la perfection de l'idéal^ nous ayons à descendre dans l'imper* faction, peut-être méme^ héks! dans la misère du réel?
Voyons donc avec quelque détail comment nous reœidissons nos devoirs envers celui qui tient à notre égard la place de Dieu même.
135. — Quelquefois, avant même que Tévêque qui nous est destiné ait pris les rênes du diocèse auquel nous appartiens , nous faisons déjà quelques pas sur le terrain de l'opposition et de l'indocilité. Au lieu de prfer et de faire prier beaucoup pour obtenir de Dieu un digne et saint pontife; au lieu d'attendre en paix le résultat de nos prières et de nos bonnes œuvres, nous disant à nous-mêmes que la responsabilité du choix de ce pontife ne pesant point sur nous, nous aurions tort de nous inquiéter, puisque, après tout, quel que soit révêque qui nous gouverne, nous pourrons toujours nous concilier ses bonnes grâces en vivant saintement et en sauvant des ftmes; au lieu de cette conduite si sage et si bien pratiquée par les saints prêtres , nous vivons dans un état de crainte, d'inquiétude et de préoccupation plus nuisible que profitable. Nous allons plus loin: le désir impatient de connaître notre auguste chef, nous fait prendre de différents côtés des informations minutieuses ; et quand nous sommes parvenus à découvrir l'élu du Seigneur, alors il faut que nous sachions ce qu'il est, ce que l'opinion publique en pense, quels sont ses principes sur tel et tel point, quel est son caractère , quels sont ses antécédents , ee que pense de lui le clergé du diocèse d'où il vient, et mille autres détails dont nous nous remplissons la tête et sur les-
quels nous basons déjà une appréciation quelquefois peu charitable.
Encore si nous gardions pour nous ce mauvais fruit de nos curieuses recherches; mais en ceci comme en bien d'autres circonstances, nous voulons savoir pour avoir le plaisir de raconter. Nous redisons donc à nos confrères tout ce que nous avons appris et , en échange de nos communications, nous recevons d'eux la confidence de quelques faits nouveaux dont nous grossissons notre répertoire. Tout cela se passant de la sorte sur les divers points du diocèse, on conçoit que Topinion du clergé se forme d'avance , et que si cette opinion n'est pas favorable au nouveau prélat, il trouvera déjà tous les esprits prévenus contre sa future administration, ce qui sera évidemment très-nuisible au succès qu'il en attendait.
Que faire pour éviter cet inconvénient dont les suites sont souvent bien plus fâcheuses qu'on ne s'imagine? Que faire ? Nous l'avons déjà dit : imiter les saints prêtres, qui ne s'embarrassent point dans ces frivoles enquêtes et qui emploient à prier, à faire de bcmnes œuvres et à remplir paisiblement leur ministère , le temps que leurs confrères dépensent en entretiens inutiles et plus qu'inutiles, attendant avec calme de la divine Providence celui qu'elle destine au gouvernement du diocèse. Que faire encore? Ne rien entendre, autant que possible, et surtout ne rien dire qui puisse paralyser d'avance l'action d'un évêque qu'il faudra en conscience seconder bientôt de tout son pouvoir par une coopération sincère et dévouée. Que faire enfin? Calmer les esprits autant qu'on le peut dans la contrée que l'on habite, et, sans vouloir faire la leçon à ses confrères , essayer cependant de les afnener à la pratique des règles de coiMluite qu'on ob-
serve soi-même. Telle est en cette occurrence la manière d'agir d'un prêtre qui ne prend pour guides que la charité, la prudence, le vrai zèle, et les inspirations d'une solide piété.
136. -—Mais plaçons-nous dans les circonstances or* dinaires et sous la direction actuelle de Tévêque qui nous gouverne. Nous lui devons incontestablement l'obéissance, le respect, l'amour filial et Tappui d'un concours sincère et dévoué. Voilà ce qu'il est ravi de trouver dans le saint prêtre; voyons s'il le trouve en nousmêmes.
Et d'abord, un point essentiel, c'est, il faut en convenir, l'obligation pour tout prêtre d'accepter l'emploi que son évêque lui assigne. Que deviendrait l'administration épiscopale si elle se mettait à la merci des goûts, des caprices , ou des volontés formellement exprimées de ceux qu'elle régit? Cette administration serait-elle possible, et n'est-il pas évident qu'une multitude de postes peu enviés resteraient inoccupés si aucun prêtre ne voulait s'y rendre, et si l'évéque se soumettait à ces volontés rebelles?
Qu'on lui fasse des observations justes et raisonnables sur des points importants qu'il ignore; qu'on les lui fasse surtout avec la protestation d'une soumission parfaite dans le cas où , après les avoir pesées , il ne les croirait pas assez graves pour revenir sur ce qu'il a primitivement arrêté; tout est dans l'ordre, et cette conduite ne mérite aucun blâme. Seulement nous recommanderons beaucoup d'examiner avec une grande attention et devant Dieu si les observations que l'on soumet sont réellement telles qu'on les présente, et si, en les exposant, on ne fait point ressortir leur puissance
par quelques coups de pinceau un peu trop énergiques, influencé que l'on est par le vif désir de se sousti*aîre à un emploi que Ton redoute.
i37. — II pourrait arriver que, n'ayant point d'observations valables à soumettre à notre évoque, et voulant cependant éluder sa volonté qui froisse beaucoup la nôtre, nous eussions recours à des moyens indirects pour atteindre sûrement nos fins. Ainsi, par exemple, nous pourrions être tentés de recourir à la bienveillante intervention de quelques personnages influents que nous saurions avoir du crédit auprès de l'autorité épiscopale, afin de gagner par leur complaisante entremise ce qu'il nous serait impossible d'obtenir par une autre voie.
Disons-le nettement, cette conduite n'est pas droite , elle n'est pas sincère, elle n'est pas loyale, elle fait brèche à l'obéissance que nous avons solennellement promise aux pieds de notre évêque, et très-certainement Dieu ne la bénira pas. a L'Esprit-Saint, dit le Sage, y) n'aime pas le déguisement : » Spiritm mnctm disci" plinœ effugiet fictum.
Nous dirons ici toute notre pensée, et nous croyons utile de la dire, car il nous semble qu'elle est un peu trop méconnue. Le fait de l'acceptation d'un poste oflert par l'évêque constitue une véritable vocation. La vocation au sacerdoce implique nécessairement cette seconde vocation ; c'est une vocation dans la vocation, si nous pouvons parler ainsi. S'y soustraire par une voie qui n'est pas légitime, c'est, selon les principes fondamentaux en fait de vocation, se soustraire par là même aux desseins de la Providence et au courant de grâces qu'elle nous destinait dans tel emploi , et qu'elle nous refusera
dans tel autre que aous aurons obtenu par les petits moyens détournés que nous aurons mis en œuvre. Or, si nous nous placions à la hauteur de vues du saint prêtre, nous saurions ce que c'est que de se priver des grâces abondantes d'une vocation spéciale dans Tétat sacerdotal oii l'on a mille fois plus besoin de grâces que dans aucun autre ; nous saurions surtout qu'il est, aux yeux de la foi, souverainement déplorable de passer des années entières, et quelquefois toute sa vie, dans un emploi que Fon occupe contre la volonté de Dieu.
Malheureusement tout ceci se passe dans des régions supérieures, mais trois fois saintes, où Tœil humain ne pénètre guère ; et quand les voies de la perfection ne sont pas nos voies, nous traitons avec légèreté ce que les saints considèrent comme très- important et trèsgrave, a Nous reconnaîtrons la tromperie à l'heure de » la mort, dit le P. Lallemant, et nous verrons que Dnous nous serons laissé amuser par des bagatelles
0 comme des enfants Nous ne devons jamais user
x> de finesses ni de politique quand nous traitons avec i> les supérieurs pour le regard de la disposition de nos j» emplois, ni pour quelque autre sujet ou en quelque » autre occasion que ce soit; car tout cela est la ptn- » dence de la chair réprouvée par Notre^eigneur : Pru^- » dentia camis mors est : prudmtia autem spiritûs vita » et pax. » {Bom, 8.)
138. — Mais si Tévêque ne m'oblige point d'accepter l'emploi qu'il me propose ; s'il me laisse libre de le refuser, ne puis -je pas le refuser en effet et être parfaitement tranquille?
Comme cet ouvrage est intitulé Le saint Prêtre , et que nous supposons en ceux qui nous font l'honneur
de lire , le désir de devenir effectivement de saints prêtres , nous répondrons sans balancer à la question proposée qu'ils ne doivent pas refuser l'emploi qui leur est offert sans obligation de Taccepter, s'ils n'ont pour motiver ce refus que des raisons frivoles, raisons que peut-être, à cause de leur frivolité même, ils n'oseraient pas exposer à leur évêque. Si les raisons qu'ils ont à alléguer sont gravés, ils feront acte de bons prêtres en les proposant telles qu'elles sont, sans déguisement, et toujours avec déclaration qu'ils sont prêts à acquiescer au simple désir de l'Autorité.
Le seul fait de la proposition d'un emploi par Tévèque, est pour un saint prêtre l'indication suflSsante de la volonté de Dieu ; et quand cette volonté nous est connue, nous ne devons pas nous y soustraire par de futiles motifs, mais nous devons bien plutôt dire à Dieu avec notre divin Sauveur : Non mea voluntas , sed tua fiât.
Souvent, en ces circonstances, le vif désir de notre évêque est, au fond, que nous acceptions ce qu'il nous offre. S'il n'insiste pas davantage , si même il nous dit positivement qu'il nous laisse libres de lui répondre par un refus , c'est peut-être de sa part un sentiment de bonté , de paternelle condescendance qui le fait agir. C'est un tendre père qui nous traite en enfants gâtés; il nous ménage et craint de nous affliger ; nous avons peut-être rendu quelques services au diocèse, et il croit, par ce motif, nous devoir pour ainsi dire des égards : qui sait même, hélas! si notre peu de vertu n'est pas, en cett^ rencontre, la cause de sa conduite indulgente à notre égard? S'il prévoit notre indocilité, il peut' se faire qu'il ne veuille pas mettre notre obéissance à une épreuve dont jl redoute l'issue. Quoi qu'il
en soit, nous le répétons, le simple fait de sa proposition est à notre égard l'expression de la volonté de Dieu, et nous répondrons par un généreux fiat^ si nous faisons notre réponse au pied du crucifix, nous figurant entendre Jésus nous dire : Estote perfeciiy sicut et Pater vester cœlestis perfectus est. .
Nous dirons, à cette occasion, que nous ferions une chose excellente et vraiment digne d'un saint prêtre, si nous déclarions une fois pour toutes à notre évêque que nous sommes entre ses mains comme l'argile entre celles du potier, que nous avons mis notre bonheur à lui obéir, et que nous le prions d'agir constamment à notre égard en toute liberté pour la plus grande gloire de Dieu et le plus grand bien du diocèse. Que de grâces seraient la récompense d'une telle conduite! Quelle joie elle procurerait au pontife! et combien elle aplanirait de difficultés et d'embarras dans son administration !
139. —Pour moi, dira peut-être quelque pieux confrère, je n'ai point, grâce à Dieu, de reproches à me faire sur les points qui viennent d'être touchés. J'ai accepté jusqu'ici tous les emplois qui m'ont été offerts par mes supérieurs; mais, je Tavoue, il est tel de ces emplois que j'ai peut-être accepté sans mérite, par la raison que je le désirais beaucoup, et que j'ai employé quelques moyens détournés pour me le procurer, moyens, au reste, qui n'ont été connus que de moi seul.
Dieu veuille que ceci doive être rangé parmi les conceptions chimériques d'un esprit trop scrutateur! Si pourtant il n'en était pas ainsi, et si réellement quelques prêtres devançaient la volonté de leur évêque par les empressements et les industries de leur volonté
propre, il est de toute évidence que Dieu ne bénirait point de tels empressements et de telles industries. Le vrai obéissant ne demande rien, ne refuse rien; il est là, inerte et passif devant son supérieur, comme l'instrument qui ne dit point à l'ouvrier : Prenez-moi, ou comme l'argile qui ne dit point à celui qui la façonne : Faites de moi un vase d^ honneur. U tremble de prendre sur lui l'ombre d'une responsabilité , en se procurant un emploi qui ne lui eût peut-être pas été proposé sans ses petites manœuvres; il sait que pour être parfaitement assuré du secours de Dieu dans un poste quelconque, il faut y avoir été installé par lui-même et par lui seul; il sait que quand on s'est conduit de cette manière, on reçoit les peines qui surviennent avec une patience calme et résignée, et même quelquefois avec bonheur, fort de cette pensée qu'on n'a rien fait pour se les attirer, ce qui n'a pas lieu quand on s'est ingéré à peu près de soi-même dans Femploi qu'on occupe. Laissons agir la Providence, bien-aimés confrères, et ne prévenons jamais la réalisation de ses plans par l'expression directe ou indirecte de nos désirs. Ayons assez de confiance en la bonté de notre Père céleste pour croire qu'il sait bien mieux que nous ce qui est ou ce qui n'est pas favorable à nos intérêts étemels. Laissons aux enfants de la terre ces intrigues, ces petites ruses et tous ces biais artificieux que, du reste, la délicatesse mondaine elle-même n'approuve point; méprisons tous ces faux-fuyants de l'amour-propre et faisons-nous gloire d'adopter à l'égard de notre évêque la devise du parfait obéissant que nous avons mentionnée plus haut : Ne rien demander — ne rien refuser,