‹ Le saint prêtre ou nécessité et moyens d'acquérir ou de perfectionner la sainteté sacerdotaleChapitre 32 sur 51 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

fioti éteittt)le. ^ Modestie. — Amour de là fëlMè, dé là ^Ife tX dfe rétttdè. —Vie sainte*— Excelleiité feflfetS du boti cxempléj — Ruine des âmes par le seandale dès prétreS.

210i -^Nous pkçotîs lé bon exemple à la fltt des vertus ecclésiastiques, tioti pas parbe qu'il leur est inférieur sous le rapport de Timpôrtàtice, taais pai*cé qu'il les rappelle et les renferiile toutes , et qu'il en est comme le rèsumé complet.

-mi-

Xçytes le^ vertus se trouvent che?: le gaint psêtre; aussi le saint prêtre é4ifle!-t-il tout \e monde p^ le hou exen^ple qu'il donne,

Lg mauvais prêtre, au çoptraire, et n^ênie te prêtre tiède pt relâché;, manquent de quelques vertus esîsep-î tielles ou pratiquent très -imparfaitement les f^l)les vertus qu'ils possèdent j aussi leur vie est-elle ou scapdal^use ou fprt peu édifiante.

Il est impossible de posséder les vertus ou d'en êtr§ privé, sans édifier les peuples p^r le l)on exensple ou sans les porter au mal p^r le scaod^te. C'est ce qui faisait dire à Mas^illon ces paroles remarquables ; a L'exemple est le premier devoir de notre état; sans » lui^ ou toutes nos fonctions devieunent inutiles, ou » elles sont uu§ occasion de chute et d^ scandale aux » peuples que le Seigneur npu§ ^ confiés dans ?a co- » 1ère. »

E§t-il besoiu d'insister sur la uéce^^ité indisp^psable poiir tput prêtre d'édifier les peuples par le §pect4cle de sps vertus? Ne suffit-il pgs d'un mPmept de réflexion pour voir les raisons puiss^pteg et nombreuses qui font ressortir cette nécessité ? Rappelons seulemept lç§ prip? cip^es.

2il. — Nous devons édiQer par we vi^ vraimeut sainte : pourquoi ? Parcp que potre divin gauveUT W>us donn§ ppur mission de guider les peuples et d'être lepr lumière ; Vos estislusp munçli^ Qu'est-ce qu'une lumière sous le boisseau? Qu'est-ce qu'un guide qui court aux abîmes?

— Nous devons édifier : pourquoi encore? Parce qne la Imftière que uous sommes chargés de pvé^i^ter 5iux hommes doit leur découvrir )a s^iutet^ de uot|*6 vie et

réclat de nos bonnes œuvres : Sic luceat lux vestra coram hominihus ut videant opéra vestra bona,

— Nous devons édifier les fidèles parce que le grand Apôtre nous en fait un précepte formel et en des termes qui ne souffrent point de réplique; pesons bien toutes ses paroles : In omnibus teipsum prxbe exemplum bonorumoperum, in doctrinâ , in integritate^ etc. Exem-plum esto fidelium in verboj in conversât ione y in charitate, etc.

— Nous devons édifier, parce que FÉglise dans ses conciles, les saints par leur doctrine et par leurs exemples nous rappellent sans cesse cette obligation rigoureuse et fondamentale.

Quoi de plus précis que ces paroles du saint concile de Trente que nous connaissons tous : Habitu , incessu, sermonCy alusque omnibus rebus, nihil nisi grave , moderatum ac religione plénum (sacerdotes) prx se ferant.

In incessu , avait déjà dit saint Augustin , dont le concile de Trente semble avoir emprunté les paroles ^ statu y habitu et omnibus motibus vestris , nihil fiât quod cujusquam offendat aspectum^ sed quod vestram deceat sanctitatem,

a Tout pasteur qui scandalise, dit le même saint ^ » donne la mort aux brebis qu'il doit paître : » Omnis qui malè vivit , in conspectu eorum quibus prxpositus est y quantum in se est, occidit oves,

«La vie des clercs, disait en 1537 un synode de » Tours , est le livre des laïques : » Liber laicorum, vita clericorum,

— Nous devons édifier, parce que notre mission essentielle est de sauver des âmes, et que nous les sauverons bien plus par Texemple d'une vie sainte que par nos talonts et nos prédications.

— Nous devons édifier, parce que, pour un prêtre , ne pas édifier, c'est scandaliser, et scandaliser c'est renverser, c'est anéantir le sacerdoce; cest se faire Fauxiliaire du démon et détruire Tédifice du salut des peuples que Jésus-Christ a élevé par son Évangile, par ses travaux, par ses fatigues , par ses sueurs et par son sang.

— Nous devons édifier, enfin, parce que si nous donnons Texemple des vices au lieu de celui des vertus, nous autorisons les pécheurs à perpétuer leurs désordres, et nous nous condamnons à la honte de ne pas pouvoir leur en faire un reproche. Conmient tonner contre les intempérants, s'ils pouvaient dire: Notre pasteur fait comme nous? Comment foudroyer Timpudique, s'il pouvait dire : Tel ou tel prêtre est mon modèle? Comment attaquer Tavare, s'il pouvait dh*e : Mon curé thésaurise? Comment censurer l'amateur efiréné du jeu , s'il pouvait dire : Les prêtres y passent les jours et les nuits?

Le saint prêtre peut stigmatiser tous les vices parce qu'on sait qu'il n'est l'esclave d'aucun; il peut prêcher les vertus sans exception d'une seule, parce qu'on sait qu'il les pratique toutes.

Pour la gloh*e de Dieu, bien-aimés confrères, pour l'honneur de notre sacerdoce , conservons la sainte liberté de la parole; n'aliénons jamais le droit que nous devons toujours avoir de combattre le vice et de préconiser la vertu. Ne soyons pas de ces hommes que le grand Apôtre flétrissait avec tant d'énergie ; Ducem cœcorum,.. qui alium doces, teipsum non doces : qui prxdicas non furandum, furaris; qui dicis non maeckandum, inœcharis : qui abominaris idola , sacrileyium facis : qui in lege gloriaris , per praevaricatimiem legis Deum inJiO'

noras; et pesons bien surtout oes dernières paroles : Nomen emm Dei fer vos èlasphematur inter gentesK

2iS^.*--Mais, hâtons-nous de le dire, nous détestûns> nous abhorrons les scandales énormes; et si par^ fois qudqoe Judas apparaH dans notre sainte cœporation, semblables aux apôtres fidèles, nous av^ms des larmeA pour sa misère et un frémissentent d^indignation pour ses orioies.

Cela est certain, ehers confies, el nous devons nous en réjouir de tout notre cœur devant Dieu. Mais ne nous faiscMds pas illusion, et ne croyons pas que tout soit en règle dans notre conchnte parce que nous ne donnons pas aux peuples les graves scandales qui les rèvoH^t.

Oserons-nous le dire? On ea sera surpris tout d'abord, mais, avec un peu de réflexion, on rec<mna!trà que la mauvaise vie d'un prêtre gravement coupable, d'un prêtre impudique, par exemple, ivrogne ou avare, car voilà les trois grande crimes d'un prêtre scandaleux, n'est peut-être pas ce qui détermine le plus drames à se séparer de Dieu pour s'attacher au péché. Dans le monde, et même dans le monde le plus pervers et le plus corrompu, un tel prêtre est bafoué, honni, méprisé; on sait qu'il trahit tout ce qu'il y a de plus saoré sur la terre, qu'il ensevelit son sacerdoce dans Fordure, qu'il foule aux pieds les lois de Dteu et de l'Église et qu'il porte un coeur dégradé sous un habit saint. Les âmes pieuses gémissent sur ses désordres, ses vénérables confrères en sont consternés, son érêque le frappe de suspense, chacun s'écrie : Cest un misérable l et tout est dit. Sa conduite est plutôt repoussante que contagieuse. Sans doute il produit des maiix

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effiroyabtes dans l'Église^ il y occupe quelquefois h place d\in saint prêtre; il est sans zèle, et laisse tomber les âmes en enkr sans en être touché; son ministère est d*nne stérilité désolante^ c^est un ministère de rooart que Dieu réjm)Bve e* maudit. Tout cda, hélas! n'est que trop Trai; mais, au point de vue spécial du scandale proprement dit, c'dsl^ihd^ de Tefntralnement des antres an mai par le fait même an mauTàis exemple que d(>nne ce prêtre indigne, nous le répétons, la contogion n'est pas aussi foneste qu'on le pourrait croire. Les pécheurs qui, dans le inonde, se livrent aux graves désordres dont nous venons de parler, savent bien qu'ils sont de grands ccmpabèes, et ce n'est pas parce qu'un mauvais prêtre s'y livrera comme eux, qu'ils se croiront autorisés à violer impudemment la loi de Dieu. Presque tous seraient et continueraient d*être œ qu'ils sont, lors même qu'ils n'auraient pas sons tes yeux les scandales d'un pré^pe qu% méprisent comme tout le monde.

lims il n'en est pas ainsi de certains péchés, moins graves en enx -mêmes, que commettent habituellement des prêtres qui, sur plusieurs points , sont irréprochables , et que perscmne ne voudrait qualifier de scandaleux dans l'accq[)tion la phis odieuse de ce mot. Ces péchés n'étant pas des crimes, inspirent beaucoup moins d'horreur que ceux que nous avons s^nalés pins haut 3 et qtmiA on les voit commettre par des litres qui ne sont point réputés mauvais prêtres, on se persuade aisément qu'ils sont sans gravité et qu'on peut se les periMttre à peci près sans scrupule; ce qui est un grsusd mal et la soqufce des plus graves désordres. An reste, n'onblicns pas cpte nom sonimes obligés de donner bcm exemide en toutes choses, non-seulem&Bi pour ne pas entraîner les peuples au mal par le

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scandale, mais encore pour glorifier Diai^ pour faire respecter et bénir la religion 5 pour honorer et féconder notre ministère, pour sauver les pécheurs^ pour édifier et sanctifier de plus en plus les justes. C'est pourquoi tout ce qui, dans notre manière d'être^ met obstacle au développement continuel de ces fruits de sanctification, doit être impitoyablement réfornié, selon Tordre de saint Paul : Oportet.., irreprehenstfnlem esse... sobrium, prudenierriy omatum, pudicum, hospitalem, dociorem, non mnolentum, non pet^citssorem , sed modestum, non litigiesum, non cuptdum, etc.

Voyons donc si nous sonmies des prêtres exemplaires, des prêtres modèles, des prêtres irrépréhensibles y en un mot^ selon Texpression de T Apôtre.

213. — Nous devons édifier par tout ce qu'il y a d'extérieur dans notre personne et dans notre conduite. Un acte intàîeur de foi, d'espérance, de diaiité, d'humilité, n'édifie point le prochain : pourquoi? Parce que Dieu seul en est témoin. Sans doute cet acte contribuera indirectement à l'édification du prochain, en ce sens qu'il entretiendra dans Tâme les vertus dont il est un fruit, et que ces vertus se produiront infailliblement par des actes extérieurs qui porteront au bien ceux (pi les verront opérer; mais^ par lui-même, cet acte purement intérieur n'est point à proprement parier un acte édifiant. Nous le répétons, c'est la conduite extérieure qui édifie.

Le pr^e doit être dans l'Église un type vivant et manifeste de toutes les vertus. En le voyant et en l'entendant chacun doit dire : Voilà un saint prêtre. Si sur un seul point nous nous conduisons de maniée qu'on ne puisse pas faire de nous cet éloge, il y a certaine-

ment là cpielque ebose à corriger, quelque réforme à entreprendre.

Nous pouvons réduire à trois points ce qui^ chez le prêtre, doit édifier le prochain : sa personne extérieure — ses paroles — et ses oeuvres. Sommnes-nous des su* jets d'édification sous ces trois rapports? C'est ce que nous allons voir.

Qu'on ne soit pas surpris si nous revenons sur certains points déjà touchés : nous Tavons dit^ la matière que nous traitons en ce moment est le résumé succinct, la récapitulation rapide de ce qui précède.

214. — Nous disons d'abord que le prêtre doit édifier par sa personne extérieure; ce qui revient à dire qu'il doit édifier par sa modestie.

La modestie est la composition digne, aimable et bien r^lée de tout Textéiieur. ËUe est une vertu chrétienne quand elle est pratiquée pieusement à l'imitation de la modestie de Jésus-Christ et en vue de lui plaire.

Rien n'est édifiant comme la modestie quand elle est telle que nous venons de la définir. Ceux qui la voient, dit le pape Innocent II, sont entraînés à se modeler sur elle: Intuentium forma et exemplvm. Elle est, dit un concile de Latran, une prédication perpétuelle féconde en firuits de salut : Assidua salutts prsedieaiio. Par elle, le prêtre devient imitateur fidèle du divin Sauveur, ce modèle achevé de toute perfection : Totius sanctitatis exemplar et cunetarwm norma virtutum,

La HKMiestie d'un saint prêtre charme et ravit tout le monde. L'impie lui-même subit son influence : autant il est mordant, railleur et acerbe contre le prêtre dénué de cette vertu, autant il admire, autant il exalte celui qui la possède.

La mddeBlie n^est pas seulement un puisNmt tno^fen d'édification pour le prochain, elle est encore un prin* dpe efficace de sanctification personnelle pour celui qui l'observe, à tel point que le P. Guilloré, trèsHsavant dans les voies spirikiriles, a consacré plus de dix pages à la démonstration rigoureuse et parfaitement établie de cette vérité, que la modestie seule est tm pniêsant mùyen pour vaincre ses passimis,

315.-^ La vartu de modestie embrasse Thommeexté^ rieur tout eniiw: elle le compose, die le règle, elle le façonne, elle lui donne je ne sais quel heureux ensemble où Ton trouve tout ce qui plaît, et où l'on ne trouve rien de ce qui choque. C'est, dans des proportions parfaitement convenables, un mélange complet de bonté» de douceur, de simplidlé, de dignité, de dmdeur^ de modération, d'enjouement contenu et de gravité sans sécheresse.

Dès qu'on voit un prêtre ainsi disposé, on s'attache à lui par les liens du respect, de l'estime, de la confiance et de l'affièctioa. Notre modestie inspire*t^le au prochain ces heureux sentiments? Examinons.

Quel est notre extérieur, considéré dans son ensem* ble? quelle impression pensons-nous qu'il fasse généralement sur les personnes avectesquelles nous sommes en relation?

Il est assez difficile de se faire à soi-même une réponse exacte à ces questions. Nous nous connaissons si peu, nous sommes si aveugles sur nos défauts, même extérieurs, que très-souvent nous en avons qui déplaisent à tout le monde et dont nous nous croyons ooraplétement exempts. Qu'il serait important, mais Torgueil ne le permet point, d'obtenir d'un ami vertueux

et sincère qu'il nous révélât sans ménagement tous les défauts qu'il remarquerait en nous I Cependant, puisque nou6 sommes abandonnés à nous-mêmes> réflé-» chissoDs, faisons des rapprochements.

216. — N'avons-nous point observé ou même entendu dire que Ton était en général un peu saisie un peu craintif et embarrassé quand on avait à traiter avec nous? Si nous savons qu'il en est ainsi, concluons à coup sûr qu'il y a dans notre extérieur ou de la sèche* resse, ou du dédain, ou de la iroideur, ou de la brusquerie^ ou une gravité trop sérieuse, ou une sévérité excessive, et veillons sur nous-mêmes avec une attention continuelle pour donner à cet extérieur défectueux les qualités qui lui manquent*

Avons-nous remarqué, au contraire, qu'on se mettait un peu trop à Taise avec nous, qu'on ne craignait pas de nous offenser par des plaisanteries peu convenables, qu^on usait même à notre égard de certaines familiarités^ de certaines libertés que nul ne se permet1i*&it envers un prêtre parfaitement modeste? Soyons sûrs que nous sommes nous-mêmes trop peu graves et trop peu réservés; observons-nous avec soin et nous verrons qu'il y a certainement dans nos manières trop d'aban* don, trop d'épanchement, trop d'entrain et de laisser'* aller : autant de choses que la modestie condamne et qu'elle doit réformer.

217. —Nous est-il revenu, par une voie plus ou moins directe, qu'on nous faisait une certaine réputa«* tion de propreté excessive, qu'on trouvait dans notre costume, dans notre chevelure et dans toute notre personne quelque chose qui n'était pas assez simple?

Soyons persuadés qu'il y a en nous trop de recherche, trop d'élégance, trop d'application à des futilités qu'on pardonne aux gens du monde , mais que la modestie sacerdotale défend avec rigueur aux ecclésiastiques.

Savons-nous, au contraire, qu'on se dit en souriant que nous sommes l'antipode de l'éléganbe, que la simplicité de notre costume va trop loin, qu'elle se confond avec la saleté qui déplaît à tout le monde parce qu'elle est un défaut et non une vertu? Corrigeons cet excès; et sans rétrograder jamais jusqu'à l'élégance, soyons simples, mais soyons propres, soyons convenablement vêtus, et, comme nous l'avons recommandé dans la Pratique du zèle, soyons tels qu'en voyant notre mise, personne ne dise : C'est élégant, c'est malpropre, mais que tout le monde dise : C'est convenable.

218. — Avons-nous appris qu'on trouvait quelque chose de curieux, de scrutateur et d'immodeste dans notre regard? Savons-nous que cela nous fait passer pour des prêtres légers, dissipés, évaporés et trop occupés du monde extérieur et frivole? Hâtons-nous de réformer ce jugement en corrigeant ce qui autorise à le porter, et donnons à nos yeux cette modestie pieuse, cette retenue édifiante qui est un des traits saillants du saint prêtre.

Savons-nous, au contraire, qu'on nous trouve trop concentrés, qu'on regarde la sévérité excessive de notre regard comme une affectation déplacée qui rebute au lieu d'attirer? Laissons la modestie corriger légèrement, très-légèrement cet excès; tenons-nous dans les bornes du recueillement qui édifie, et n'allons pas jusqu'au recueillement qui fait rire.

"• 219. — Nous* a-t-on quelquefois dit ou du moins laissé entendre que nous étions dans notre attitude^ dans notre démarche, dans tout notre extérieur en général^ trop affectés, trop guindés, trop maniérés, trop occupés de notre petite personne? Profitons, profitons de cet avertissement, et revenons bien vite à cette aimable simplicité que ^e monde, et le monde même le plus raflSné, veut trouver chez un prêtre avant de lui accorder son estime.

Mais savons-nous qu'on s'amuse de nos manières gauches , de notre air lourd et agreste, de notre démarche sans convenance et sans dignité, et qu'on nous fait génàralem^it un reproche d'une certaine négligence poussée à l'extrême? Chargeons encore la modestie de châtier en ce point ce qui est excessif, et de nous rendre tels que nous puissions nous présenter partout sans provoquer autre chose que le resppct, l'estime et rédification.

Tels sont les points principaux sur lesquels il nous a paru nécessaire d'insister, relativement au bon exemple que nous devons donner aux peuples dans notre personne extérieure.

220. — Nous avons dit en second lieu que nous devions édifier par nos paroles.

Nous avons à cet égard une tâche laborieuse à remplir; car, hélas ! de quels désordres la langue n'est-elle pasTiûstrument!

Nous devrions être si édifiants et si réservés sur ce point, que chacun dit de nous ce que Ton disait de notre divin Sauveur en l'entendant parler : Omnes mirabantur in ver bis gratiœ quœ procedebant de ore ejiis. En est-il ainsi? Nous allons en juger.

Ua pramier défaut que imhis devons détruire pour être édifiants > sous le rapport de la langue^ c'est la surabondance du discours. Il y a des prêtres si grands discoureurs qu'ils réduisent tout le monde au silence quand ils se trouvent dans une société* Quel que soit le sujet que Ton traite^ ils s'en emparent, ils le discutent, ils l'exploitent, ils l'envisagent sous tous les aspects qu'il présente, et ne laissent pas aux autres le temps do dire ce qu'ils en pensent. Quand ils le croient suffisamment approfondi, ils passent à un autre qu'ils traitent de même. Si, par surprise* la parole leur est enlevée par un interlocuteur qui veut parler à son tour, ils la ressaisissent à la première occasion et se dédommagent d'un moment de silence par un quart d'heure de verbiage. Ils ne se font pas scrupule d'int^rompre ceux qui parlent au milieu de leur rédt^ et pour colorer cette interruption, ils soulèvent un incident en forme de pa* renthèse^ mais la parenthèse une fois ouverte^ on ne sait plus quand elle va se clore. Quelque charitables que soient leurs auditeurs , il leur est difficile de ne pas penser qu'il y a^ au fond de ce nmUiloçuium insipide, un fonds de vanité , un secret désir de se faire admirer et applaudir, désir qui assurément n'est pas toujours satisfait. Les grands parleurs, en eifet^ quoiqu'ils puissent dire et penser, moissonnent beaucoup moins d'applaudissements que de critiques. Ce qui met surtout leur défaut en relief, c'est la présence de quelque personnage grave, plus âgé et notoirement plus instruit qu'eux, lequel est aussi sobre de paroles qu'ils en sont prodigues.

Évidemment cet excès doit être réformé, et ce serait être bien aveugle que de ne pas sentir la nécessité de mettre un frein à cette insupportable loquacité^

Saâfe douter il ne faut pas se poi'tet* à Une ë^ttémité opposée en m condamnant à un mutisme excessif qui pourrait faire languir la conversation. Cet excès, quoique beaucoup moins blâmable que l'autre 3 est cependatit un excès et doit être évité* Parlons modérément, parlons à |m}pos, et n'oublions pas la sentence du Sage : Omn(a tempuB kabent.i. t^mpm taeendi et tempus loquendL

221. — Un second défaut qu'un ecclésiastique doit éviter encore ^ c'est l'ardeur du débit, l'élévation dô la voix 9 le ton magistral, l'emphase du geste et tout ce qui s'éteigne d'une sage modération i «La modestie, dit saint Amtn^oise, va jusqu'à peser le son de la voix : 0 Ipmm voeis sonum librat modesHn.

On en voit qui ne peuvent rien dire avec une aitnable réserve; ils dominent toutes les voix par l'éclat de la leur; les choses mêmes qui, par leur nature, sëmbleut demander un ton doux et paisible , ils les disent avec leur énergie habituelle. Outre que ceci antlonôeun vice d'éducation qui serait fortement censuré dans lin monde poli 4 il est certain qu'en parlant de k sorte, on dôilne à tout ce qu'on dit une teinte passionnée qui atténue plutôt qu'elle n'augmente la puissance des falëoftS que l'on s'efiforoe de faire prévaloir.

Quelquefois) et cela n'est pas rare dans les sôtiiétés d'ecclésiastiques un peu nombreuses > il s'en tt'ouve plusieurs qui ont Thabitude du défaut que nous signalons. Quand la multitude s'anime et qu'il y a conflit, alors on ne s'entend plus; c'est une pluie de gros mots, Ce sont des flots d'arguments qui s'entre-choquettt ; ce n'est plus une conversation , c'est une tempête au milieu de laquelle la modestie expire. Nous avons quelquefois été témoin de cette animation depài'oles, et

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nos oreilles surtout s'en souviennent encore. Quatre hommes ainsi disposés feront beaucoup plus de bruit que vingt prêtres pieux et modestes. Assurément ils en feront plus surtout que n'en faisaient les douze Apôtres unis à leur divin Chef, dans les divers entretiens qu'il avait avec eux. Ah ! c'est que la modestie de Jésus- Christ présidait à ces saintes assemblées ^ et que souvent y hélas ! elle est bannie des nôtres.

222. — Mais que dirons-nous des paroles non plus seulement déplacées^ mais positivement mauvaises?

Paroles de mensonge ou tout au moins d'exagération qui^ venant tôt ou tard à être reconnues pour telles, diminuent notablement si elles n'enlèvent pas tout à fait la confiance et Testime dont tout prêtre doit jouir.

Paroles railleuses, médisantes peut-être, qui assurément sont loin d'édifier les personnes qui les entendent.

Paroles piquantes, paroles de blâme, qui atteignent quelquefois les supérieurs ecclésiastiques et les divers actes de leur administration.

Paroles hautaines , dédaigneuses et presque méprisantes qui blessent du même tirait la charité, la douceur et la modestie.

Paroles bouffonnes et quasi-grossières qui eussent vivement choqué saint Bernard, lui qui prononçait cette sentence si connue : In ore laicorum nugx, nugœ sunt, in ore sacerdotum, blasphemias.

Paroles aigres , paroles flatteuses, vaniteuses et tant d'autres dont il faudra bien rendre compte à Celui qui défend , même aux simples fidèles , celles qui ne sont qu'inutiles : Dico vobis , quoniam omne verbum otiosum quod locuti fuerint homines , reddent rattonem de eo in die judicii.

Que de réformes à opérer ! que de scandales à éviter ! cpie de travail pour le prêtre ainsi disposé , s'il veut remplir à tout prix le précepte de FApôtre : Exemplum esio fideltum in verbof

223. — C'est violer encore la loi du bon exemple imposée aux ecclésiastiques, que de s'ingérer à parler avec chaleur et avec la démonstration d'un vif intérêt des nouvelles du monde , des bruits qui circulent , des firivolités du siècle et de mille petits riens qui intéressent les mondains, mais auxquels un prêtre ne doit pas sembler attacher de l'importance.

Le saint prêtre, quand il est dans la compagnie des laïques, ne rompt pas brusquement la conversation engagée sur ces matières; il ne s'impose pas même un silence complet qui serait une censure déplacée; mais il s'y prend de manière qu'on voit qu'il se prête plutôt qu'il ne se livre à l'entretien futile auquel il prend part; et quand, sans rien froisser, il peut adroitement donner un autre cours à la conversation , il s'empresse de le faire et trouve le moyen de dire des choses et plus intéressantes et plus utiles.

224. — Il édifie encore par ses paroles dans les circcmstances si délicates où il lui est impossible d éviter une discussion à laquelle on le convie. Si elle est sans importance , il passe condamnation , et tout finit là. Si la vérité, si la foi, si quelque autre vertu demande au nom de la gloire de Dieu qu'il se déclare, il le fait franchement, mais il le fait modestement; et si, après avoh* émis son opinion et l'avoir appuyée paisiblement des raisons qui la motivent, il ne peut convaincre son adversaire ; il s'abstient de prolonger une lutte inutile , sachant

bien qu'un débat passionné ne convaincrait pas celui qui résiste à la vérité ornée des diarmes de la doucair et de la modestie* Quant aux discussions sur des points douteux et controversés , il expose son doute , ne le donnant que pour un doute, et s'interdit de faire paraître aux autres comme une vérité certaine ce qui n'en est pas une, môme à ses propres yeuXé Et ici encore^ comme toujours, c'est ^ chez le saint prétre> le désir de se montrer édifiant en toutes choses qui lui fait adopter une règle de conduite si prudente et si sage.

225. — C'est ce même désir qui lui insinue sans cesse de s'observer avant de se produire, et de ne pas proférer une parole avant de l'avoir pesée > conformément à ce beau mot de saint Augustin < Omnia verba priùs ventant ad limam quàm ad linguam; bien différent de ceux qui, parlant toujours avec précipitation > commencent par lancer leurs flèches, sauf à gémir ensuite sur le mal irréparable qu'elles ont fait.

C'est enfin le besoin que le saint prêtre sent en luimême de donner bon exemple à tout le monde par ses conversations, qui le porte à régler tellement sa langue^ qu'il ne laisse jamais volontairement échapper une seule parole qui choque la bienséance ou une Vertu quelconque, se faisant un devoir de ne rien dire qUi ne tourne à l'édification du prochain 4

Heureux, trois fois heureux le prêtre qui se conduit avec cette sage réserve et cette sainte modestie! Il est béni de Dieu, il est le ministre chéri de Jésus, il est aimé et révéré des hommes^ il est toujours en paix avec lui-même : que dire encore? il est parfiût^ car il est un de ceux dont l'Esprit saint a dit t ^t guis in verbo non ùffendit, hic perfectus est vir.

336» — ^Nous dôvcms^ en troMème lieu^ édifier par nos œuvres,

Ici^ on le comprend^ le détail est immense. Si le prêtre ne fait rien ou fait fort peu de chose ^ il scandalise par son oisiveté; s'il agit, il doit rtéoessfeirement édifier par chacune de ses œuvres»

Il y a peu d'hommes dans une paroisse dont la mn* duite extérieure soit aussi généralement connue que l'est celle du prêtre^ surtout dans les petites villes et dans les campagnes. Gomme il est hotnme public > diargé presque toujours de fonctions apparente^ et éminemment graves) comme il est^ en une foule de localités 9 le personnage le plus important ^ conmie il est > par la nature de son emploi ^ en rapport néoessairé avec un grand nombre de personnes^ on peut dire que tous les regards sont portés sur lui ^ et qu'il a autant de juges qu'il y a d'habitants dans la cité ou le Irillage où il exerce son ministère. S'il édifie par une sainteté sans tache, tout le monde l'admire et fait son éloge; s'il scandalise au contraire^ ne fùirceque sur un seul points les méchants le critiquent et le méprisent , les bons s'ai&igent^ gémissent en seoret et lui retit*efat leur estime.

Lequel de ces sentiments nos œuvres font^Ueé naître dans la masse qui nous environne ? Pour le savoir, fat-» sons deux tableaux : montrons le pi'étre qui édifie et le prêtre qui scandaUse*

227. — Le premier, comme nous l'avons dit, désarme tout d'abord la critique par la modestie de sa p^sonne et par le charme de ses conversations^ Mais convaincu que ces deux traits seraient insuffisants si le reste de sa conduite n'était pas en raj^rt parfait avec eux^ il

s'observeavecuneattentionscrupuleuse pour ne donner sur aucun point la moindre prise à la malignité.

Il édifie par sa fervente piété. Voyant qu'il en pratique fidèlement les œuvres^ qu'il est modeste et recueilli dans réglise^ qu'il y fait de longues stations an pied de l'autel où il vient chaque soir adorer son Dieu, qu'il y célèbre les saints Mystères avec l'imposante dignité qu'ils exigent, et qu'il ne semble occupé que d'établir le règne de la piété dans les âmes , chacun dit en Tadmirant : Voilà bien le saint prêtre !

Il édifie par le ministère qu'il exerce. Quand on voit son zèle pour annoncer la parole de Dieu aux grands et pour catéchiser les petits, quand on le voit assidu au tribunal de la pénitence où il accueille tout le monde avec une égale bonté , quand on le voit prodiguer à ses malades la plus tendre charité , quand on le voit toujours digne , toujours pieux dans l'administration des sacrements, quand on le voit constamment empressé à se rendre au premier signal où l'appelle son devoir do pasteur , une voix unanime s'élève , et cette voix dit encore : Voilà bien le saint prêtre 1

Il édifie par son désintéressement et sa généreuse charité. Comment voir les œuvres qu'il fonde, l'église qu'il décore, les missions qu'il donne, les privations qu'il s'impose, les services qu'il rend aux dépens de sa bourse, le peu d'empressement qu'il met à exiger ses droits , les indigents surtout qu'il visite et qu'il soulage, sans s'écrier aussitôt : Voilà le père des pauvres ! voilà bien le saint prêtre?

Il édifie par la pureté de ses mœurs. Toujours chaste jusqu'au scrupule dans toutes ses paroles , toujours pieusement timide et réservé dans ses regards, toujours ennemi des fréquentattcms suspectes, loujonrs gi'aveet

saintement austère dans ses relations indispensables avec les femmes, toujours excessivement prudent dans les rapports épistolaires qu'il est quelquefois obligé d'avoir avec elles, toujours soigneux de les tenir à distance par la dignité et la modestie parfaite de son extérieur; il fait à chaque instant, sans y penser peut-être, l'éloge le plus saisissant et le plus complet de la sainte vertu qu'il pratique. Devant cette angélique pureté le libertin lui-même s'incline et s'écrio comme tout le monde : Voilà bien le saint prêtre !

Il édifie par la tempérance. Renommé dans la contrée qu'il habite pour sa sobriété exemplaire , fidèle à la loi qu'il s'est faite d'une frugalité convenable dans la manière habituelle de se nourrir, également éloigné et de l'abondance qui annonce l'homme sensuel, et de la lésinerie sordide qui dénote l'avare, fermement prononcé contre la fréquence des dîners extraordinaires, soit chez lui, soit ailleurs, attentif à se montrer plus sobre que les laïques avec lesquels il se trouve, trèsmodéré surtout dans l'usage des liqueurs fortes dont l'habitude se contracte avec une si déplorable facilité, s'observant avec soin pour ne pas laisser échapper un seul de ces mots ou de ces gestes qui n'annoncent que trop Tamour de la bonne chère et le plaisir qu'elle procure, il donne par son exemple une leçon pratique de tempérance à plusieurs qui, eux aussi, disent au fond de leur âme : Voilà bien le saint prêtre!

Il édifie par une vie réglée , studieuse et retirée. On sait généralement qu'il est l'heureux esclave du règlement qu'il s'est imposé; on sait que l'étude est son occupation favorite et qu'il s'y livre avec une sainte ardeur; on sait que la solitude fait ses délices, qu'il s'y plonge autant qu'il le peut, et qu'il y retrempe son âme

par une union plus étroite et plâs intime avec le Dieu d'funour qu'il y trouve; on sait qu'il ne fait brèdie à sa règle, qu'il ne s'arrache à l'étude, et qu'il ne quitte sa bienheureuse retraite que quand la gloire de Dieu , le salut des âmes^ les exigences de^on ministère ou qud^ ques justes bienséances lui en imposent l'obligation; mais on sait aussi que, ces devoirs remplis^ il reprend aussitôt et sa règle ^ et son étude ^ et sa chère retraite, ne voulant pas donner à l'oisiveté la plus petite parcelle d'un temps dont il apprécie la valeur. Conunent voir des habitudes si saintes et ne pas dire de celui qui les a contractées : Voilà bien le saint prêtre?

Il édifie enfin par ses rapports avec tout le monde et par le cortège de vertus qui l'accompagne toujours partout où il se trouve. Il n'a pas^ il s'en faut beaucoup ^ un attrait de prédilection pour le monde, et cependiûit il en est l'idole; il n'y paraît que pour y remplir un devoir de position, et il ne s'en concilie que mieux son estime et ses respects. On admire son aimable douceur, sa fervente piété, sa gracieuse modestie , son édifiante diarité, sa naïve candeur, son zèle d'apôtre, son a&bi^ lité de pasteur, et cette innocente gaieté toujours contenue par le juste degré de réserve que le caractère çacerdotal lui impose. On est heureux quand il parait, on le regrette quand il s'éloigne; et quand il a embaumé la maison qu'il quitte du parfum de sa vertu et de la douce odeur de Jésus-Christ, on ne se lasse point de re* dire : Voilà l'homme de Dieu ! voilà le bon pasteur! voilà, voilà le saint prêtre I

2^8. — Il nous répugne d'opposer à Téclat ravissant de la médaille précieuse que nous venons de contem** pler, tout ce qu'il y a de sombre dans son revers. Qu'il

nous suffisedô £iire observer en peu de itiot^ rimtnense intervalle qu'il y aurait , au point de vue du bon exemple, entre le saint prêtre dont nous venons de traaT l'esquisse^ et celui dont chaque trait ferait avec les siens un pénible contraste»

Si, par exemple^ U ne donnait presque aucune preuve de sa {nété, s'il n'avait aucun dignité dans le lieu saint y s'il n'y paraissait que pour y dire sa messe, s'il la célébrait avec une excessive rapidité, sans recueillement et sans modestie» dirait-on comme de son pieux confrère : Voilà bien le saint prêtre?

Si, pasteur de paroisse, il annonçait rarement la pa^rôle de Dieu, s'il montait en chaire pour n'y rien dire d'utile, s'il s'y permettait des expressions triviales ou des personnalités offensantes, s'il n'instruisait pas les petits enfants qui lui sont c(mfiés , s'il les rebutait par une rigueur excessive , par d'humiliants ref^roches , et peut-être même par de mauvais traitements, wmùieai pourrait-on dire : Voilà bien le saint prêtre!

S'il laissait voir que le saint tribunal l'ennuie^ qu'il n'y va qu'avec répugnance, que les pénitents lui sont à charge et qu'il a, pour quelques-uns seulement, d^ préférences marquées qui blessent <^i humilient tous les autres; s'il plongeait les âmes dans l'abîme du saori* lége en ne leur laissant pas l'entière liberté de s'adres*» ser à un confesseur extraordinaire quand elles le croient utile; si pendant ses fréquentes absences, peut-être même pendant qu'il est au jeu^ quelques malades dont il est le pasteur mouraient sans recevoir les secours de la religion, aurait-on seulement la pensée de faire son éloge en disant : Voilà bien le saint prêtre?

Si l'on savait, à n'en pouvoir douter, qu'il vit sans règle et dans un désordre perpétuel, que l'oisiveté a

pour lui autant d'attrait que Fétude en a peu, et que la vie de retraite lui est insupportable; s'il était toujoui-s en courses et en voyage , et qu'on le trouvât partout, excepté à l'église et chez lui, quelle voix s'élèverait pour dire : Voilà bien le saint prêtre?

S'il passait avec trop de raison pour être attaché aux biens de la terre, si même on le flétrissait du titre odieux d'avare, s'il ne faisait aucune œu\Te de zèle dès là qu'elle serait tant soit peu dispendieuse, s'il laissait son église dans luie saleté dégoûtante, dans un delà* brement complet, s'il rebutait les pauvres, ou si l'on savait qu'il ne les assiste qu'avec l'argent que les riches lui donnent et presque jamais avec le sien propre; si surtout, après avoir vécu pauvrement et sordidement, il laissait des coifres pleins d'or, qui oserait s'écrier sur sa tombe : Voilà bien le saint prêtre?

S'il donnait l'exemple du vice impur, ou si, sans afficher publiquement ses désordres, il passait généralement pour avoir des mœurs suspectes et plus quo suspectes; s'il était grossier dans ses paroles, immodeste dans ses regards , libre et familier dans ses rapports avec les personnes de sexe diflérent, et peu soucieux des sages conseils qui lui seraient donnés relativement à certaines fréquentations qu'il devrait rigoureusement s'interdire, qui pourrait entreprendre de faire son éloge? qui ne dirait, au contraire, en gémissant : Quel prêtre !

S'il noyait fréquemment sa raison dans le vin, si ses intempérances étaient connues et faisaient la risée des peuples, ou si, sans aller jusqu'aux derniers excès, il ne se plaisait que dans les festins, et laissait voir à tout le monde son goût prononcé pour la bonne chère, qui pourrait encore le proclamer saint prêtre?

Si &o&n on ne voyait en lui presque aucune vertu vraiment digne de louange, et s'il sacrifiait à chaque instant la douceur par ses vivacités^ le recueillement et la piété par sa dissipation, la modestie par Tinconvenance de ses manières et de ses discours, la charité par ses railleries et ses médisances^ quel murmure de désapprobation si une seule voix disait : Voilà Uen le saint {»*étre!

229. — Arrêtons-nous là, chers confrères , et prions Dieu de n'aôliger jamais l'Église par une vie si coupable et si peu digne du divin sacerdoce qui décore notre âme. Sauvons, sauvons les peuples par le bon exemple, et ne les conduisons pas aux enfers par nos scandales. Hélas ! ils ne s'y précipitent que trop par leurs propres crimes, n'accélérons pas leur chute par les nôtres. Chargés par état de les conduire au ciel, tremblons, tremblons de leur donner le droit de nous accuser au dernier des jours de leur étemelle infortune. Faisons-nous respecter et bénir par nos vertus , et ne nous faisons pas mépriser par nos vices. Pesons enfin ces divines paroles que l'Esprit saint nous adresse .* Ad vos mandatum hoc, ô sacerdotes.,.. recessistis de vm, et scandalizastis plurimos in lege, irritum fecistis pactum Leviy dicit Dominus exercituum. Propter quod et ego dedivos contemptibiles et humiles omnibus populisy sicut non servastis vias meas... Mittam vos in egestatem, et maledicam benedictionibus vestris et maledicam illis, quoniam non posuistis super cor. Méditons aussi celles que notre divin Sauveur nous adresse lui-môme : Qui scandalizaverit unum de pusillis istis qui in me credunt , expedit ei ut suspendatur mola asinaria in collo ejus , et demer' gatur in profundum maris. Puis enfin plaçons en re-

gturd des anathèmes contre le setnâale ^ ftaivitation pressante que iu>us &it le grand Apôtre de sauver les peuples par le bon exemple : /n omnihus exhibemm ncametip^oi sicut Dei mitmtraif m mtdtâ fatientià, m tr^latimibu^.^n in laboribus, m m§tlm, injejumisy in castitate, in merUiâ, in limgawmiaHj im sueantùie, in Spiritu $anci&, in charitait non fictâ.

Puisse chacun de nous, bien-aimés confrères, viwe de manière à pouvoir dire connue saint Paul :

miTATORES UBI ESIOZS. SICirr KT IGO GERHTIÎ

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