‹ Le saint prêtre ou nécessité et moyens d'acquérir ou de perfectionner la sainteté sacerdotaleChapitre 38 sur 51 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Examen particulier. — Démonstration de sa nécessité.— Conduite . des prêtres à l'égard de cet exercice. — Règles jHratiques. — Examen général.

264. — Nous connaissons tous la théorie de l'examen particulier; nous savons que, par cet exercice, nous nous appliquons à considérer chaque jour, non pas rétat général de notre conscience, mais son état spécial relativement à un vice ou à une vertu, ou à quelqu^un de nos exercices ou de nos emplois, afin de voir sur ces divers points les infidélités ou les péchés que nous avons commis, et de travailler sérieusement à nous corriger de nos défauts et à perfectionner nos vertus.

Cette simple notion n'est-elle pas plus que sufiîsante pour nous faire apprécier la haute importance de cet exercice spbituel? N'est-il pas évident que, par l'examen particulier, nous allons directement à la racine du mal , et qu'il est impossible que nous ne finissions pas par l'extirper si, munis de la grâce de Dieu qu'il accorde toujours aux âmes de bonne volonté, nous revenons chaque jour à la charge avec un nouveau désir de combattre nos défauts, disant avec David : Persequar inimicos meo8 et comprehendanif et non convertar donec de* fidant?

Tous lés exercices spirituels concourent sans doute très-activenient et très-efficacement à la destruction ds nos vices, surtout quand nous leur donnons cette direction par une intention spéciale; mais^dans FexameD particulier, cette intention ipécialQ eat précisément se qui en fait le fond et la substance^ puisque son but direct et essentiel est la destruction des défauts et Tacquisîtion des vertus.

Ne soyons donc pas surprix si nos plus sayants mitres da»» la vie spirituelle reçpnomandent ip^tamniiMit Texamen particulier comme un des plus puissants moyens de sanctification qui puissent être employés. Ne soyons pas surpris que Rodriguez, par exemple, s'exprime ainsi à ce sujet : c Saint Ignage préférait en » qiielque sorte l'examen à Toralson même; car ee » qu'on n*a fait que se proposer dans l'oraison dok se » pratiquer ensuite dans Fexamen^ où l'extirpation des ji vices et la mortification des passions est la diose dent D on doit principalement s'occuper. »

a Rien ne doit être capable , dit encore Rodriguee^ de S) nous détourner d'un exercice si saint : ou si qnelque » occupation indispensable nous empêche d'y vaquer » dans le temps marqué, il faut essayer d'y satisfaire If ensuite le plus têt qu'il est possible. La maladie même, t> qui nous dispense de l'oraison, ne nous dispense ni » de l'examen particulier ni du général; et ainsi il faut » tenir pour une maxime infaillible qu'on ne doit ja- » mais s'en exempter pour quelque cause que ce soit.»

Le même auteur nous apprend que saint Ignace, cet homme visiblement suscité de Dieu pour régulariser et formuler l'enseignement pratique de la perfection chrétienne, religieuse et sacerdotale, ne se contentait pas d'établir l'examen particulier dans sa Compagnie, mats

qu^ii voukH qu'on ftt tout êoa poMil)le pouv le Aiire adopter aux gens du monde. Il donnait lui-même l'exemple sur oe point ! dès qu^il entreprenait la euro de quelque malade spirituel , il lui ordonnait le remède salutaire de Texamen particulier. Pendant longtemps il n'anplûya à (a conduite spiritudle de sçs compagnons que FexêPQioÉ de l^ei^amen at le fréqu^it usage des sacrements ^ disant que pourvu qu'ils s'aoquittossent bien de ces deux choses, c'en ^tait assez pour semain-r tenir dans la vertu; ce que saint Ignace ne disait pas assinrément pour déj^^imer l'^ai^œi qu'il estimait infiniment. Au reste^ mi peut afSrmer, oe nous semble^ que l'examen particulier, régulièrement fait selon la méthode que nous en donna^ons^ est une espèce d'o-* maan y et que s'il en diffère en quelque chose , c'est bien plus p^u* la forme que par le fond.

265. *^ Ne croyons pas que la pratique de cet exer» cice soit une nouveauté ou une quasi*nouveauté dans l'Ëglise. Elle remonte à la plus haute antiquité. Saint Basile^ saint Augustin^ saint Chrysostome^ saint Antoine, saint Bernard^ et généralement tous les institu*^ teurs d'ordres veulent qu'on s'y applique tous les jom>s. Bien plus, selon le témoignage de saint Jérôme et de saint Thomas, Pythagore lui-même exigeait de ses di»dples qu'ils employassent deux fois le jour quelque temps à s'examiner sur ces trois demandes : Qu'ai-je fait? '«T. Comment l'ai-ja feit? ^— Et qu'ai-je manqué à foire? se réjouissant du l^en qu'ils auraient opéré et se repentant du mal qu'ils auraient commis. Selon Rodriguez, plusieurs autres philosophes, tels que Sé- Dèque, Plutarque, Ëpictète^ recommandent la même pratique.

Au reste ^ indépendamment de toute autorité extrinsèque^ n'est-il pas évident qu'un exercice qui nous fait descendre tous les jours au fond de notre conscience pour rediercher nos péchés^ pour les détester quand nous les connaissons ^ pour nous en humilier devant Dieu 9 pour lui promettre de nous en corriger, pour lui demander le secours de sa grâce , et enfin pour aviser aux meilleurs moyens de nous réformer; n'est-il pas évident, disons-nous, que cet exercice, bien fait, doit être souverainement efScace?

Convainquons-nous plus parfaitement encore de cette vérité si importante. Quelle est la source de toutes nos misères? — Nos défauts. — Comment les connaître? — En rentrant en nous-mêmes par l'examen. — Gomment les combattre ? — Par des attaques directes, vigoureuses et incessantes, c'est-à-dire par l'examen particulier qui, seul entre tous les exercices, livre à nos ennemis spirituels des combats de cette nature : — Donc cet exercice est nécessaire. Cela n'est-il pas palpable?

Procédons d'une manière opposée. Quelle est la source de toutes nos misères? — Nos défauts. — Qu'avonsnous à faire pour les ignorer? — Ne point rentrer en nous-mêmes pour voir le mal qu'ils y font. — Comment les entretenir et les fomenter? — En ne les attaquant jamais directement, vigoureusement, incessamment, c'est-à-dire en renonçant à l'examen particulier qui, seul, nous fait combattre de cette manière : — Donc cet exercice est nécessaire. Nous ne comprendrions pas qu'un seul de nos lecteurs trouvât cette démonstration incomplète.

266. — Mais, dira-tK)n peut-être, nous pouvons rentrer en nous-mêmes sans faire l'examen particulier,

par exemple dans Toraison , dans Faction de grâces après la messe ou dans la lecture spirituelle. Fort bien^ mais alors vous ferez Texamen particulier dans l'oraison, dans l'action de grâces et dans la lecture spirituelle; car rentrer en soi-même pour découvrir quelque défaut et le combattre, c'est faire Fexamen particulier; mais jamais il n'aura autant d'efficacité que si vous en faites un exercice à part, un exercice spécial dans lequel vous ferez ex professa ce que vous ne ferez que superficiellement, occasionnelleipent et incomplètement dans d'autres exercices qui n'ont pas pour but principal d'attaquer directement les défauts comme le fait l'examen particulier. D'où nous tirons avec Taplomb d'une con- ^ction inébranlable ces deux conclusions que nous érigeons en axiomes spirituels : Nous ne nom corrigerons jamais de nos défauts sans l'examen particulier, — Nous nous corrigerons certainement de nos défauts^ ou du moins nous les affaiblirons notablement par l'examen particulier.

Mais, dira-t-on encore, nous croyons être ce que vous appelez de bons prêtres, quoique nous ne fassions point l'examen particulier. Cela peut être; mais c'est parce que vous ne le faites point que vous n'êtes pas de saints prêtres; c*est pour cela que vous avez depuis fort longtemps, et que vous aurez probablement toute votre vie, plusieurs petits défauts qui vous retiennent et qui vous retiendront au second degré de la perfection en vous empêchant d'arriver au premier.

Mais, dira-t-on enfin, cet exercice est-il donc d'obligation? Oui, s'il est d'obligation de se corriger de ses défauts, puisque, comme nous l'avons démontré plus haut, on ne s'en corrigera point sans lui. Or, qui oserait, quel prêtre surtout oserait prétendre qu'il est per-

mis de tnuirigef avee «es défmis «t de renoncer à les eembaltpe?

W1. -^ Nous sommes profondément convaincu que le démon fait des efforts incroyables pour détourner les âmes et surtout les prêtres de la pratique assidue de Texamen particulier. H voit si Wen, ce que nwJhearettsement nous ne voyons pas comme lui , que cet exercice est éminemment salutaire; il en connaît si parfaitement les heureux effets diez ceux qui y sont constamment fidèles, qu'il ne cesse d'en inspirer le dégoût à ceux qui ne le pratiquent point ; et ^ il faut bien en convenir, ses efforts ne sont que trop souvent couronnés de succès.

En effet, combien est petit le nombre des préferes qui font régulièrement tous les jours leur examen particulier ! Les mauvais prêtres et les prêtreô relâchés ne le font jamais, et les bons prêtres eux-mêmes n'y sont fidèles que pendant les retraites et quelque temps peutêtre après ces jours de renouvellement et de ferveur. Les saints prêtres seuls en adoptent l'usage fixe et permanent , et même il en est encore parmi eux quelques* uns que Tennemi du salut détourne parfois de cetto sainte pratique. Mais aussi tous ceux qui la négligent restent stationnah-es ou même reculent dans leur voie, tandis que les saints prêtres qui s'en acquittent avec une constante régularité, font chaque jour de nouveaux progrès dans le chemin de la perfection.

Prenons donc la résolution ferme d*y être perpétuellement fidèles, et tenons pour certain que cet exercice nous procurera d'immenses avantages. Mais prenons garde : nous n'irons pas loin sans être tent^ de l'abandonner, et si nous le négligeons seulement quel-

-Iniques Jours, nous sercms probablement plusieurs mois saas le reprendre, et 9icœs nous reviendrons au train commun, qui consiste, en feit d'examen , à jeter le soir un simple coup d'oeil vagué et superficie sur les fautes de la journée, ce qui ne sufiSra jamais pour opér^ en nous une réferme radicale et complète. Du courage doBû^ et une sainte violence, le royaume de Dieu est à ce prix : JRegmim cœlomm vim patitur, et violenti ror pùmtUlud.

268. — Voici les règles principales que Ton doit observer pour assurer le succès de cet exercice.

Les fervents disciples de saint Ignace, nos excellents modèles en feiit de perfection , font chaque jour trois examens de conscience. Le premier dès le matin, qu'ils appellent examen de prévoyance , parce qu'ils se contentent de prévoir les fautes qu'ils vont être exposés à commettre pendant le jour sur le point qui fait la matière de leur examen. Lo second à midi , qui dure un quart d'heure plein et pendant lequel ils se demandent compte des fautes commises durant la matinée. Le troisième enfin vers le soir, qui dure aussi longtemps que le précédent et dtms lequel ils recherchent les divers manquements qu'ils ont à se reprocher pendant la seconde partie de la journée. Avec pne telle pratique , renouvelée tous les jours , ne nous étonnons pas s'ils nous édifient tant par la sainteté de leur vie. Quel défaut peut prendre racine dans une àme quand on le combat de la sorte?

Si nous n'avons pas le courage d'imiter complètement nos maîtres sur ce point , imposons-nous du moins l'obligatioQ de faba une UA^ chaque îouv l'examen particulier.

Quelc[ues-uns le font au milieu de la journée, vers midi , et alors leur examen embrasse le temps qui s'est écoulé depuis le midi du jour précédent. D'autres le font vers le soir, et dans ce cas leur examen embrasse le jour présent tout entier. Ces derniers disent, et cela semble assez plausible, qu'ils voient mieux les fautes qu'ils ont commises depuis le matin que s'ils étaient obligés de se replier sur la journée précédente, dont les actes sont déjà plus effacés de leur mémoire. Cest à chacun de voir ce qu'il croit pour lui-même plus favorable aux fruits de cet exercice.

Quant à la matière de l'examen particulier, les maîtres de la vie spirituelle recommandent de choisir avant tout les défauts qui offensent le prochain ou qui ]/b scandalisent, puis d'attaquer celui qui est comme le chef de tous les autres et qui fait ordinairement commettre le plus de fautes.

Un seul défaut ou deux tout au plus doivent être la matière de l'examen particulier. Quand on en choisit plusieurs, ce n'est plus un combat singulier. Les forces de l'âme se divisent, et Ton retombe dans Tinconvénîent des généralités, qui sont communément peu fécondes en bons résultats. La spécialité est toujours et en tout une excellente chose.

On ne doit choisir un autre défaut pour sujet de l'examen particulier que quand on a détruit ou notablement affaibli celui qu'on avait d'abord entrepris de combattre, à moins qu'on ne croie convenable d'en attaquer un autre pour peu de temps afin de revenir ensuite à la charge contre le premier avec un nouveau zèle.

Tout cela fait, il s*agit de se mettre à l'œuvre

On doit, autant que possible, diminuer la sécheresse

qui accompagne toujours plus ou moins un examen de conscience quelconque; car il est certain que c'est cette sécheresse qui en rebute plusieurs. 11 faut donc ne pas âe borner à une froide et pénible enquête qui, d'ailleurs, serait presque inutile, si elle n'était précédée et suivie de quelques considérations qui répandront dans l'examen un peu du doux parfum de l'oraison.

Pour éviter l'inconvénient que nous venons de signaler, voici les actes qu'il est bon de placer avant l'examen proprement dit :

i"* Se mettre parfaitement en la présence de Dieu et implorer son secours.

2° Le remercier des divers bienfaits qu'on en a reçus, insistant particulièrement sur ceux qui portent davantage à la reconnaissance.

3« Détester les péchés de toute la vie , et l'abus qu'on a fait des grâces et des bienfaits dont on a été comblé.

4* Considérer le préjudice causé par le défaut que l'on va combattre, préjudice qu'il continuerait de causer encore si l'on transigeait avec lui; considérer aussi combien il déplaît à Dieu , avec quel zèle les saints le

combattaient, etc Tout ceci ne doit pas être long;

mais quelques réflexions de cette nature enflamment la volonté et disposent favorablement à l'exmnen

5** Examiner avec soin ses pensées, ses paroles , ses actions et ses omissions , par rapport à la matière de l'examen particulier, parcourant Tune après l'autre les heures écoulées depuis l'examen précédent, et s'arrêtant davantage aux circonstances dans lesquelles on sait qu'on a dû faire le plus de fautes. A mesure qu'on découvre une infidélité nouvelle, surtout quand elle est un peu considérable , il est bon de pousser un pieux gémissement ou de faire une fervente aspiration, toujours

poui' parfumer Texamen et lui 6t^ de son âpr^.

6"* Quand la revue des fiautes est achevée, s'e^dter à lea délester par un bon acte de contrition , s'en hiimi- Uaat ppofoadément devant Dieu et lui en demandant pardon; puis s'imposer en ^prit de pénitence un on plusieurs actes de la vertu contraire au dé&ut que Ton combat. Un point essentid pour se bien corrige de ses dé&iits, c'est de ne laisser aucune fiiute impunie. Il est même bon que la pénitence qu'cm s'impose coûte un peu, surtout à Tamour-propre, afin d'expier oonvenabiement les fautes commises et de se préserver de celles qu'on pourrait commettre encore.

7^ Prendre ime ferme résolution de travailler avec une vive ardeur jusqu'au prochain examai à Tentirpation du défaut que Ton veut détruire.

8"* Enfin, réciter en terminant l'<H*ai8on dominicale ou toute autre prière.

On recommande , dans Tintervalle des examens , de s'observer avec un soin tout particulier pour ne pas commettre de faute délbérée relativement au défiaut qui fait la matière de l'examen, s'en punissant toujours dès qu'on s'aperçoit de quelque infidélité.

Avec certaines variantes, il est aisé de voir qu'on peut faire son examen sur une vertu, sur un exercice ou sur une f(Hiction du saint ministère.

Nous ne parlons pas de l'examen général qui se &it le ^oir et qui roule sur toutes les fautes commises pendant la journée. Sauf quelques différences qu'il est aisé de saisir, on peut lui appliquer les règles qui viennent d'4lra données pour Texamen particulier. Si celui-ci se faisait le soir, on pourrait, quand il serait terminé, faire une recherche générale des péchés coomiis pendant le jour» ayant soin cependant de conserver è

l'exiinen p&rtîculier mn caractère ^Mimi et {^péetil.

veuille que no» pieui^ laeten»! eo ndoptftDt TuMgi eoiBt staot ^ régulier l En retour de leur fidélité, nous leur promettoni des oonsoliktioiis ehandaimes, la deet^uotion dee défliute qui lei fwit^éinir» et Tecquieitioii dei iw«* tus qui^ sans cette utile pratique, resteraicoit toujours plus ou moios imparfisites*

No«6 leur eomseiUons , eomnae inoyen d^aidor leur fiiiblesse et de ooeoibattre leur IMieté, de prier leur confesseur de leur rappeler souvent roUigation de rexamen partioulier et de les interroger soigneusemait sur ee point» S'ils dirigent eu?(*»mémes quelques pré* très, nous les engageons à les presser vivement d'adopter Tusage de ce saint exercioe. Nous quittons à regret cette ourtière, tant nous sommes frappé de sa haute importance*

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