CHAPITRE VI
visites an saint saerement, — Nécessité et atantages ée cet e^eraiee. ^Gondiiite or^latire ta préIres à cet égard, «r^ Bàglas pratiques,
260. -^ iJi dévotion au très-saint sacrement de l'aur tel est si sainte^ si raisonnable et si féconde en grâces de toute espèce^ qu'il ne semble pas possible de la négliger quand on a la foi. Comment croire^fonueUement que Jésiia-Christ est pi^ésent dans nos tabernacles, qu'il
y passe^ par amour pour nous , les jours et les ouits , nous attendant avec patience^ nous appelant par ses iittpirations^ nous recevant avec tendresse^ nous parlant avec amour^ novs enrichissant de ses dons avec une*inépuisable abondance , comment croire tous ces prodiges de bontés et n'avoir qu'une froide indifférence pour celui qui les opère ?
Ces réflexions, vraies pour tout le monde ^ sont à bien plus fcnrte raison applicables au prêtre. La divine Ëudiaristie est sa vie^ elle est sa gkîre, elle est son bien propre et son trésor; disons plns^ elle est son œuvre, puisqu'il en est le ministre consécnrteur^ ainsi qu'il le reconnaît lui-même dans la directim d'intention qu'il récite avant de monter à Tantel : Ego volo missam celebrare, et coNncBRS corpus et sanguinem Domini nottri Jesu Christi. C'est lui qui^ par sa parole^ fait descendre Jésus-Christ sur l'autel^ c'est lui qui le dépose dans le saint ciboire, c'est lui qui l'enferme dans le tabemade^ c'est lui qui a la clef de cette prison d'amour^ c'est lui^ qu'on nous passe cette expression y qui est comme le geôlier de ce divin captif; oui c'est réellement à la disposition de son prêtre que se met Jésus-Christ , au point qu'il ne se permet pas, de lui-même, le moindre mouvement , ne voulant avoir que celui que son prêtre lui imprime. Quels étonnants rapports la divine Eucharistie nous révèle entre Jésus-Christ qui y est en réalité, et le prêtre qui en est le ministre ! Quelle obligation donc, pour nous prêtres surtout, d'avoir une dévotion toute particuK^ au très-saint sacrement de l'autel!
270. — Bourddoue, à l'occasion des visites au saint sacrem^t dont il recommande instamment l'usage dans sa Retraite spirituelle^ pose ces trois grands principes
qu'il déTdoppe ensuite : a H n'y a point de dévotion Bplus solide que celte de visiter le saint sacrement; » — > il n'y en a pdnt de plus conforme aux vues et aux » intenticms de Jésus-Christ, — et il n'y en a point de » plus salutaire pour nous-mêmes ni de plus utile. i>
Aussi voyons-nous tous les saints courir à Tautel avec une vivacité de foi et une ardeur d'amour qu'on ne peut exprimer; aussi les voyons-nous passer au pied des saints tabernacles des heures qui^ pour eux^ s'écou* lent comme des minutes ; aussi voyons-nous des laïques même consacrer tous les jours un temps considérable à visiter Jésus au très-saint sacrement. L'un d'eux, M. de Renti^ nous a donné à cet égard un magnifique exemple. Void ce que dit de lui le Père Saint- Jure^ qui a écrit sa vie : a II passait en prières plusieurs heures à h genoux devant le saint sacrement, et il dit un jour à » un de ses amis qui s'étonnait comment il pouvait y » demeurer si longtemps : Cest là que je délasse m(m » esprit et que je prends du rafraîchissement et des JD forées nouvelles. »
Y^9LVi&\2L Pratique du christianisme , ouvrage que nous avons composé pour la classe si nombreuse de ceux qui ont la foi sans les œuvres^ nous n'avons pas craint^ dans le plan de conduite que nous avons tracé pour les hommes du monde récemment convertis, de les exhorter à faire la visite du saint sacrement. Peut-être même ne sera-t-il pas inutile de reproduire ici pour les prêtres une partie de ce que nous avons écrit pour les simples fidèles. Ce qui est de haute convenance pour ceux-ci , ne devrait-il pas être d'obligation rigoureuse pour ceux-là?
«Ah! leur disons-nous, si vous connaissiez le don de Dieu : Si scires donum Dei! si vous saviez ce que
-us-
o'M <ta'i^ antal habM fwt Jéii») si voué Mnét les trésors que fenferme ce petit ooffire do marbre ou de bois que nous nomilKnis Tabernacle^ qui dit peu de chose aux sens^ mais qui ravit Tàme quand k foi FéclMTe et que Tamour l'emhrasel
» RéYeiUons-Ia^ cette foi, car die dort; ra&imônsle, cet amour^ car il est bien faible» et disons«iK>us à nous^mémeg poiur fondre toutes ces glaces : Si quel- ^^un venait en toute b&te m'i^prendre que Jésul^ Christ est corporellement visible en ce moment dims une église voisine, resterais«je nonchalamment chez moi^ dédaignant de noe donner la peine d'un déplacement pour voir le Fik de IMeu mon Sauveur et mon Juge? Non , assurément non; à l'iâstaot métioe Je volerais à sea pieds I sans aucun doute^... 0 homme inconséquent et frivole! qu'as-tu besoin de voir de tes yeux ce que tu vois si nettement par ta foi? Qu'importe le voile^ si tu sais qu'il enveloppe la réalité que tu adones? Ab! si un bon fils pouvait arriver jusqu'à la porte du cachot où repose tristement son père> refuserwt-il , quoiqu'il ne le vît point ^ de venir chaque jour lui glisser au travers de cette porte quelques tendres par rôles pour le consoler en lui prouvant qu'il Taime et qu'il pense à lui ? En vérité , je vous le dïk^lare > le tabernacle de nos autels est la prison d'amour où v^ose Jésus» et c'est sa tendresse pour nous qui l'y retient enchidné; c'est cette tendresse qui lui fait dire ces étonnantes et ravissantes paroles : a Mes délices sont d'être avec les enfants des hommes : » Delicim mew^ esse cum filiis hominumé
D On le voit maintenant^ visiter Jésus-Christ dans nos ^lises n'est point un exercice qui demande un haut effort de piété. Non , quand la foi dit que Jésus
est dam ie tab^macle^ le vkito est un acte de raison^ un acte de haute coûv^ance; disons plus > c'est, pour un cœur bien né^ un acte obligé de reconnaiâsance et d'amour \i>
Nous le répétons , si nous avons pu tenir ce langage à des hommes du monde, à combien plus foHe liaison UQ devons-nous pas le tenir à des prêtres !
371. — Mais, dira-t-on, cette insistance est^elle tiécessaire? Tout prêtre ne fait^il pas de la visite au saint sacrement un tu^ticle de son règlement quotidien? H nous serait bien doux de le penseo* et de le dire ; mais malheureusement il n'en est pas ainsi.
Le mauvais prèire ne connaît point la tendre dévo-^ tion du tabernacle. Il ne monte à Tautel que pour le profaner par le sacrilège, et quand il a commis son crime ^ il fuit la présence de son Maître; il se cache comme Adam après son péché> et ne reparaît que pour commettre une profanation nouvelle* Ah! s'il voulait venir chaque soir pousser un gémissement et Verser une larme au pied de l'autel , il recueillerait bientôt le fruit de ses visites; mais parce qu'il n'y vient point, ses ténèbres s'épaississent et son âme s'endurcit.
Le prêtre tiède et relâché imite sa désertion* Le pUA de l'autel est pour lui sans attraits Au fait^ qu'y fiBraiVil s'il veut rester tiède? Une muraille de glace sépaHB
> Pratique du ChrUHanisme » page 516* Puisqae roccMltn êé présente de parler de cet ouvrage « nous nous permettrobl â'«n recommander la propagation à nos vénérés lecteurs. Déjà nous . sdvotié (lue le Dieu de toute bonté a daigné s*en servir, si imparfait qu'il «Oit , pour opérer plusieurs conversions ; c'est cette cdùiidératidh qui nous fait désirer qu'il se répands parmi i«s pédi«un, malbeureusement si nombreux, qui ont la foi éans les œuvrea.
son cœur du cœur de Jésus; la divine Eudiaristie est pour lui sans douceurs y il s'ennuie auprès d'elle. Son cœur est ailleurs, la frivolité Tabsorbe, c'est elle seule qu'il aime. Si pourtant il voulait, lui aussi, reprendre le chemin du tabernacle qu'il fréquentait autrefois avec tant de bonheur, biaitàt sans doute sa tiédeur serait remplacée par Tamour, et à sa vie de désordre succéderait une vie sainte.
Mais le bon prêtre au moins est-il parfaitement exact à visiter chaque jour le très-saint sacrement? Cela nous coûte à dire, mais l'expérience nous démentirait si nous disions que tous les bons prêtres sont parfaitement fidèles à cette sainte pratique. Ils l'estiment sans doute, ils savent les heureux effets qu'elle produit, ils y puisent des lumières, des forces et des consolations quand ils s'en acquittent, ils se reprochent de n'y être pas aussi fidèles qu'ils le pourraient être, ils admirent ceux de leurs pieux confrères qui n'y manquent jamais, ils exhortent leurs pénitents à en adopter l'usage ; mais trop souvent ils s'abstiennent eux-n^mes de ce qu'ils conseillent aux autres.
Que de bons prêtres , pour des raisons parfois bien légères, omettent et omettent souvent ce saint exercice ! Ils le font quelques jours, et puis ils l'abandonnent; ils le reprennent de nouveau, et bientôt après ils l'abandonnait encore. Pour se justifier à leurs propres yeux , ils se disent que le temps leur manque, que les travaux du ministère ne leur laissent pas de loisir, qu'ils sont accablés de visites et d'affaires; mais s'ils voulaient être justes, ils conviendraient que c'est presque toujours un fonds de lâcheté qui les empêche de faire ce que faisaient les François Xavier, les Régis , les Vincent Ferriop, les Dominique, les Vincent de Paul, les Liguori
et tant d'autres qni étaient incomparablement plus occupés quils ne le sont eux-mêmes , et qui trouvaient cependant tous les jours des heures, et de longues heures, pour adorer Jésus dans le sacrement de son amour.
Les saints prêtres seuls se font une loi fixe et invariable de cette divine pratique* Tout aussi surchargés d'affaires que quelque prêtre que ce soit , ils aiment à passer chaque jour de délicieux moments au pied de Tautel. C'est là que, comme M. de Renty, ils délassent leur esprit et prennent du rafraîchissement et des forces ; c'est là qu'ils viennent se reposer des fatigues du ministère, dociles à la voix de Jésus qui leur dit comme à ses bien-aimés disciples : Venite seorsùm in desertiim locum, et requiescite pmllhm; c'est là qu'ils viennent épancher leur âme dans le brasier du divin amour et ranimer ses langueurs; c'est là qu'ils viennent s'éclairer dans leurs perplexités , leurs embarras et leurs inquiétudes ; c'est là qu'ils viennent puiser les grâces dont ils ont besoin pour combattre les tentations qui les attaquent; c'est là qu'ils viennent prier pour tous les pécheurs en général, pour le troupeau qu'ils conduisent , et plus spécialement encore pour les pénitents qu'ils dirigent.
Qui pourrait dire ce qui se passe dans ces longs entretiens des saints prêtres avec le divin Sauveur? Qui pourrait dire aussi Tédiftcation qu'ils donnent par leur fidélité à ce saint exercice? Qui pourrait dire la confiance sans bornes que leur accordent les peuples quand ils les voient tous les jours adorer comme des anges visibles le sacrement de Tautei ? Ne nous y trompons pas, souvent on sait et on remarque dans le monde si nous sommes fidèles à cette divine pratique, et autant on
s'édifie de nous la voir observer, aatant od s'étonne de ne nous rencontrer à l'église que quand une nécessité impérieuse nous y appelle.
Adoptons donc tous ce saint usage; dédommageons Jésus-Christ de la froideur de tant de cœurs ingrats qui l'outragent; édifions les peuples par notre assiduité à le visiter^ et sanctifions^nous nous-mêmes par la pratique constante de ce salutaire exercice.
S72. — Après avoir démontré avec sa logique ordinaire combien le divin Sauveur désire que nous lui rendions ce devoir, Bourdaloue ajoute ces paroles remarquables : a La conclusion que je dois tirer de cette » vérité, c'est que je ne puis guère montrer plus de mépris » pour le sacrement de Jésus*Christ que de le délaisser, » ni o£Penser plus sensiblement ce Dieu d'amour que de ïi n'avoir nul égard aux instances qu'il me fait et à la )) manière dont il me prévient. 4. Si la cour d'un prince » se trouve déserte, c'est une confusion (ju'il doit vive- » ment ressentir, parce que c'est un signe manifeste » du peu d'état que font de lui ses sujets* Et certes, ce » Sauveur si indignement traité et si justement irrité » d'un pareil oubli , peut bien me faire alors le même » reproche qu'il fit à ses apôtres qui s'étaient endormis D dans le jardin pendant qu'il priait : Eh ! quai^ vous » n'avez pu veiller une heure de temps avec moi? Ils » n'eurent rien à lui dire là-dessus pour se justifier, et » de quel prétexte pourrais-je me servir moi-même pour » excuser ma négligence ?»
Quelle impression ces paroles du grave Bourdaloue ne doivent-elles pas faire sur tant de prêtres qui, chargés d'un petit ministère , comme il en est plusieurs dans nos campagnes, conviennent eux-mêmes qu'ils n'ont