MYSTERES JOYEUX
Premier mystère joyeux.
L'Annonciation de la Très Sainte Vierge.
Prions pour obtenir ou conserver l'état de grâce.
Dieu a résolu de se faire homme afin de sauver le monde. Mais, il y a sur la terre une puissance qu'il lui est impossible de ne pas consulter au préalable, rien ne devant se faire sans son. concours. Dieu a appelé un de ses anges, Gabriel, et lui a donné pour mission, de soumettre à cette puissance, une demande qu'elle sera libre d'agréer ou de rejeter.
L'ange se dirige vers le village de Nazareth. Là, dans une pauvre maison, une jeune fille est en prière. L'esprit céleste la salue comme une reine, et, de même qu'il s'était prosterné devant le Tout- Puissant qui lui donnait sa mission, il s'incline ici comme devant le sanctuaire où Dieu lui-même réside : "Le Seigneur est avec vous."
Gabriel expose à Marie, la demande du Dieu qui désire l'avoir pour mère, et .... il attend. La Trinité, dans la personne de son ambassadeur .... attend. Dieu a un tel respect de la liberté humaine en Marie que même pour sauver l'univers, il ne forcera pas le consentement qu'il exige d'elle.
Cette modeste jeune fille qui se troublait tout à l'heure aux paroles de l'ange, va lui répondre, — ce qui sera aussi répondre à Dieu — et cette réponse est une question: "Comment cela se fera-t-il" ? Gette hésitation ne doit pas nous étonner, car, avant de voir Dieu dans les magnifiques promesses de l'ange, elle le regardait dans son cœur de vierge, et là, elle le trouvait plus beau encore. L'ange a rassuré Marie dans sa délicatesse virginale, et elle donne à Dieu un consentement qui la fait devenir sa Mère, alors qu'elle rient de se dire sa servante.
Chacun de nous, peut-on dire, a aussi son mystère de l'Annonciation dans lequel, à la place de Gabriel, Jésus-Christ lui-même, l'Ange du Grand Conseil, nous offre de devenir ses frères et les héritiers du Ciel. Mais, si Dieu n'a pas voulu forcer le consentement de la Sainte Vierge, quand il éta:t question de sauver le monde, il ne forcera certes pas !. nôtre, et après nous avoir créés sans nous, il ne nous sauvera }><ts sans nous.
Deuxième mystère joyeux.
La Visitation de la Très Sainte Vierge.
Demandons la grâce de ne donner que de bons exemples.
Elisabeth, épouse de Zacharie, se cachait dans sa demeure, depuis six mois. Pendant ce temps, elle n'avait cessé de prier, la sainte femme, soutenue par l'intense et religieux respect que lui inspirait son enfant — le futur saint Jean Baptiste — dont le Ciel lui avait annoncé la naissance.
C'est alors que Marie, sa cousine de Nazareth, après avoir reçu la visite de l'ange Gabriel, se mettait en marche pour visiter elle-même sa vieille parente. Riche d'un trésor qui n'était autre que Dieu lui-même ayant pris corps en elle, la Sainte Vierge ne voulait pas le garder pour elle seule.
Après un voyage de quatre ou cinq jours, elle est arrivée à la maison d'Elisabeth qu'elle salue à la façon juive: "Que le Seigneur soit avec vous — Dominus tecum." — Ce souhait tout ordinaire n'est tombé des lèvres de Marie, qu'après avoir passé par son âme sainte, et le Seigneur fait aussitôt sentir sa présence, de façon admirable, à Elisabeth, et purifie, du même coup, l'âme de son enfant.
tbeth reconnaît dans sa cousine, la Mère du Dieu qui vient enfin sauver le monde. Elle ne sait comment exprimer sa joie, el prononce ces paroles qui n'ont pas cessé d'être répétées depuis 1ers :
"Vous êtes bénie au-dessus de toutes les femmes, "et il est béni, l'enfant dont vous êtes la mère."
Il en est ainsi des âmes justes où Dieu habite : elles le font sentir autour d'elles, ne fût-ce que dans un regard, une bonne parole, voire même, à l'exemple de Marie, un simple bonjour. "Partout où pas- "sent les saints, — ■ disait le Bienheureux Curé "d'Ars, — ils laissent quelque chose de Dieu."
Marie l'emportait sur Elisabeth, de toute la hauteur incommensurable de la dignité de Mère de Dieu; et cependant, c'est elle, sa supérieure, qui fait un long voyage pour la visiter, et salue la première. .Dans l'Annonciation, Mario s'était déclarée la servante du Seigneur ; dans la Visitation, elle se fait, durant trois mois, la servante de sa serrante, Elisabeth. Ces deux mystères ainsi rapprochés nous montrent, de façon bien saisissante, que le service de Dieu — le vrai — ne fait qu'un avec le service du prochain, et que nos vertus privées finiraient par se résoudre en pur égoïsme, si elles n'étaient trempées dans la charité pour autrui.
Troisième mystère joyeux.
La Naissance de Notre-Seigneur.
Demandons la grâce d'être des âmes de bonne volonté.
Le Ciel est descendu dans l'étable de Bethléem, et les anges, en chantant, adorent dans son corps
il'- chair, Celui qu'un des leurs annonçait, il y a neuf mois, à Marie de Nazareth. Le Christ est né : le Sauveur esl enfin arrivé. Une mangeoire d'animaux a reçu ses petits membres mis qu'une mère pauvre s'empresse de recouvrir de langes bien pauvres aussi. Le Dieu de toute grandeur s'est abaissé jusqu'à revêtir un corps de houe. Le Tout- Puissant qui autrefois, jetait dans l'espace, des milliards et des milliards de mondes, est là sous nos yeux, dans la quasi impossibilité de faire un mouvement. Le Verbe, c'est-à-dire la parole elle-même, s'est condamné à ne pas proférer une seule parole. Mais n'y aura-t-il personne pour lui prêter sa voix, exprimer le sentiment qui fit battre son cœur, son Sacré Cœur, en ce moment mille fois béni de son arrivée? Ecoutons ces chants qui viennent d'en haut: "Paix, sur la terre, aux âmes de bonne volonté." Voilà le salut de bienvenue que l'Enfant Dieu adresse au monde, par l'intermédiaire des anges.
La paix dont il s'agit, c'est la réconciliation avec Dieu, laquelle doit avoir pour terme, l'immense bonheur du Ciel. Cette pair non* est offerte, mais à une condition: la bonne volonté: la bonne volonté de nous faire la guerre à nous-mêmes, de soutenir avec courage, la lutte contre les tentations du démon, contre les séductions d'un monde corrupteur et corrompu. Nous n'irons pas nous persuader que
notre salut pourra se faire, sans trop nous déranger, en prenant nos aises, en jouissant le plus possible-, des plaisirs de la vie. Non, notrv bonne volonté de-
vra marcher de pair, arec la bonne colonie même de Dieu.
Allons donc auprès de cette crèche, et adressonslui du fond du cœur, cette courte prière : Mon Dieu, qui êtes descendu dans l'abîme de mes misères, pour me tendre la main et me sauver; donnez-moi, s'il vous plaît, d'être une âme vraiment courageuse, vraiment généreuse à vous obéir et servir, ô vous qui avez daigné être généreux à l'infini, pour moi.
Quatrième mystère joyeux.
Lu Présentation de Notre-Seigneur au Temple.
Demandons le respect et l'amour de la Sainte Eucharistie.
Quarante jours après sa naissance à Bethléem, Jésus est porté par sa Mère, au Temple de Jérusalem, et présenté à Dieu, selon que l'ordonnait la Loi de Moïse.
Dans l'offrande qu'il fait alors de lui-même, de tout lui-même, avec ses travaux, ses années de silence et d'humble obéissance, jusqu'au Grand Sacrifice qui marquera la fin de sa vie, c'est notre salut qu'il a en vue.
Qui va reconnaître Dieu ainsi déguisé sous les
pauvres apparences dont il a voulu s'envelopper?
Tl y avarl alors au Temple, deux vieillards, Siméon
\nne la Prophétcsso. fluides par une attraction
surnaturelle, ils vonl à lui et discernent sous les
(rails de ce petil enfant, le Sauveur si longtemps désiré e1 attendu. Siméon prend l'adorable nouveau-né dans ses mains tremblantes, le contemple avec ravissement, puis demande à Dieu de rappeler son âme, à lui, de fermer à la lumière du jour, ses yeux sanctifiés par la vision de la Lumière du monde elle-même. Anne, une vénérable et chaste veuve de quatre-vingt-quatre ans, veut consacrer ses dernières forces, à parler à tous, du Dieu enfant qui vient de réjouir sa vieillesse.
Oh! les vieilles gens, quand ils voudront aussi être de saintes gens, ils verront Dieu plus facilement que les autres.
Nous pourrions être tentés d'envier le bonheur de Siméon et d'Anne, si nous ne nous rappelions qu'il nous est donné mieux que de tenir l'Enfant Jésus dans nos bras, l'Eucharistie, en effet, nous mettant à même de posséder Dieu au plus intime de notre être, par la Sainte Communion.
Qui va découvrir Dieu sous cet, autre déguisement? Ceux qui appartiennent à la famille de Siméon et d'Anne, c'est-à-dire ceux qui fréquentent l'église, font, à leur exemple, la part voulue à la prière et à la pénitence, gardent la chasteté : toutes choses qui ont le secret de faire voir Dieu même sur la terre où, par le Sacrement de l'Autel, il a fixé sa demeure au milieu de nous. Quand, par contre, on ne sait plus reconnaître Dieu dans la Sainte Eucharistie, n'est-te pas parce que la prière, la mortification et la chasteté oe sont plus là pour ouvrir, purifier les yeux de notre âme, lui faire discerner
sons ses traits d'emprunt, le Dieu qui nous aime et vient nous sauver.
Cinquième mystère joyeux.
Le Recouvrement de Notre- Seigneur au Temple.
Demandons l'éducation sainte des enfants.
La Sainte Vierge et saint Joseph conduisant l'Enfant Jésus alors âgé de douze ans, étaient venus de Nazareth à Jérusalem, pour les fêtes de Pâques. Trente-deux lieues séparant les deux villes, ce voyage exigeait au moins trois ou quatre jours de marche. Après avoir passé sept jours dans la Ville Sainte, ils reprirent le chemin de Nazareth en compagnie d'autres pèlerins. Cheminant par groupes séparés, Marie supposait que l'enfant était avec son père , tandis que celui-ci le croyait avec sa mère ; Jésus n'y était pas. On chercha parmi les parentset les amis, mais toutes les recherches furent inutiles. Le lendemain, au point du jour, le père et la mère plongés dans une tristesse indicible, repartirent pour Jérusalem où ils n'arrivèrent qu'à la nuit. Ce fut seulement le lendemain, et par conséquent le troisième jour que Marie et Joseph trouvèrent leur fils, au Temple, entouré des savants juifs qu'il émerveillait par sa sagesse.
La Sainte Vierge avec la confiante audace que lui inspirait son cœur maternel, lui demande pourquoi
il les a ainsi quittés. " Votre père et moi, — ajoutet-elle — nous vous cherchions tout affligés." Il leur répondit: "Ne saviez-vous pas qu'il me faut "m'occuper des affaires de mou Père Céleste?"
C'est la première parole du Sauveur qui nous ait été transmise. Les larmes des pieux parents é- I aient, séchées, et ils ramenaient avec eux, leur enfant bien-aimé.
Dans ce mystère, Notre-Seigneur nous donne une grande et belle leçon, à savoir, que le service de Dieu, la pratique du devoir qu'il nous commande, doit passer absolument avant tout. Le service de Dieu, voilà, en effet, la mention de tout chrétien. Cette leçon était d'autant plus remarquable qu'il la donnait, à un âge où l'enfant ne s'appartient pas, mettant ainsi davantage en relief, cette vérité : que l'enfant relève de Dieu d'abord, et de ses parents ensuite, fussent-ils parfaits comme Joseph et Marie. S'occuper des affaires de leur Père du Ciel, c'est pour eux aussi, dès leurs tendres années, l'unique nécessaire, le but suprême de leur vie encore dans sa fleur.
MYSTEKES DOULOUPEUX.
Au couvent de Prato, ville de Toscane, non loin de Florence, vivait une religieuse dominicaine du Tiers Ordre Régulier de saint Dominique, issue de la noble famille florentine des Ricci. Elle étail entrée en ce monastère, à l'âge de 13 ans, en 1535.
Humble et pure, elle s'offrit à Dieu, comme victime d'expiation, s 'unissant d'esprit et de cœur à la Grande Victime du Calvaire. De 1542 à 1554, c'est-à-dire durant douze ans, Catherine de Ricci eut, toutes les semaines, du jeudi à midi jusqu'au vendredi à quatre heures, la longue extase de la Passion. Suivant pas à pas la voie douloureuse, elle souffrait avec lui, les horribles supplices du Sauveur. Un jour, Notre-Seigneur imprima sur son corps, les stigmates de ses mains, de ses pieds et de son côté; comme son Divin Maître, elle portait les signes sacrés de la croix.
Il est remarquable que les recherches les plus sérieuses n'ont fait que confirmer la vérité du drame de la Passion tel que revécu, toutes les semaines, par sainte Catherine de Ricci. Nous y puiserons certaines indications dont nous ferons précéder chaque mystère, afin d'en rendre la méditation plus facile.
Premier mystère douloureux.
L'Agonie de Notre-Seigneur.
Agonie avec sea trois phases : prière de Jésus, la face contre terre ; sa répugnance et sa résignation devant le calice de la Passion ; la sueur de sang et l'apparition de l'ange. Durée, trois heures: de 8 heures à 11 heures du jeudi soir.
Demandons la contrition de nos fautes et l'horreur du péché.
Jésus avant d'aller à la mort, voulut se rendre sur la colline des Oliviers, pour y prier une dernière
fois. Trois apôtres, Pierre, Jacques et Jean, l'acci mpagnaient. Plein de jeunesse, de santé, de vigueur, il va ouvrir sou âme toute grande, à des douleurs si affreuses qu'on leur a donné le nom du de ru icr combat que soutient la vie avant de rendre les armes à la mort : l'agonie.
Le spectacle du mal passa devant sa conscience sainte. Ayant pris sur ses épaules, le poids de toutes les malices, de toutes les lâchetés, de toutes les hontes, Jésus, le Verbe fait chair, se sentait devenu aux yeux de son Père, comme le péché Vivant, le Péché fait chair, ne devant s'attendre, en cette qualité, qu'à être broyé sous les coups de sa vengeance.
D'autre part, tous les maux qu'il devait endurer en retour de son dévouement pour les pécheurs, se dressèrent devant lui : la trahison des siens, la flagellation, les coups, les crachats, les moqueries, l'injustice des puissants, l'ingratitude du peuple, les tortures de sa douce mère; enfin, tout son sang répandu sur la croix, supplice des scélérats et des infâmes.
Et puis encore, ces souffrances atroces vont être inutiles pour tous ceux qui vont se perdre. Sous les yeux terrifiés de Jésus, l'enfer ouvre ses abîmes d'épouvante où le mal est châtié sans relâche, sans fin; les hurlements de ses blasphèmes, les clameurs de son désespoir frappent ses oreilles. Eperdu. seul, dans la nuit, en face de ces horreurs réunies de la terre et de l'enfer, il demande grâce à son Père, le conjurant de l'épargner, d'éloigner de lui, si possible, d'aussi affreuses tribulations. Mais, se
ressaissisant, la douce Victime haletante et résignée répétait bientôt: "Mon Dieu, que votre volonté soit faite."
Il avait prié trois fois, de la sorte, quand il éprouva les mystérieux épouvantements d'une agonie si atroce, que son corps se couvrit d'une sueur de sang qui s'épandit jusque sur le sol. A bout de forces, Jésus tomba la face contre terre. Ce sang, ces prières ardentes, ces plaintes avaient monté jusqu'à son Père, et un ange venait le réconforter. Prêt à la croix et au martyre, il se lève pour aller audevant des bourreaux qui le cherchent.
Dieu a voulu, dans ce mystère de son agonie, nous montrer que le péché suffisait par lui-même, à donner à son Christ, le coup de la mort. Puissions-nous ne jamais oublier, pour notre propre compte, qu'il n'y a pas d'autre mal que celui-là et l'enfer où il conduit.
Deuxième mystère -douloureux.
La Flagellation de Notre-Seicjneur.
Durée, une heure et quart : de 6 heures à 714 heures, le matin du vendredi.
Prions pour réparer nos injustices et nos scandales.
Ce traitement était si horrible qu'il n'était pas rare de voir la victime expirer en le subissant. Les Romains l'infligeaient avec des fouets dont les la-
nières de cuir riaient armées de petits os carrés ou de balles de plomb. Le patient, dépouillé de ses vêtements, était lié à un poteau, de façon à avoir le dos courbé et la peau très tendue. Les soldats romains s'acharnèrent sur Jésus, — à leurs yeux, le type du juif méprisable et détesté — et comme leur loi ne réglait pas le nombre de coups à donner, tout fut laissé aux inspirations de leur cruauté. Quatre soldats devaient frapper. Sous ces horribles fouets, la chair délicate de la divine victime fut arrachée par lambeaux, le sang coulant en abondance lu long des membres. C'était, du reste, l'intention de Pilate d'en faire un objet de pitié pour les juifs eux-mêmes; aussi, les bourreaux s'acquittèrent de leur mandat avec une barbarie qui fit du corps du Sauveur, une lamentable loque de chair sanglante. Nous pouvons nous demander où était la Sainte Vierge en ces affreux moments. Le Fils ensanglanté passa-t-il sous les yeux de la Mère en pleurs? Mère de Douleur, elle va suivre, en effet, l'Homme d<> Douleur.
Recueillons cette nouvelle effusion du sang de Xotre Seigneur et pénétrons-nous des enseignements qui nous sont donnés dans ce mystère de souffrance. Nous prenons des précautions infinies pour que rien ne gêne les inclinations de notre chair. Nous trouvons dans ses caprices et ses faiblesses, mille prétextes pour la dispenser des salutaires contraintes de la vie chrétienne et des rares sacrifices que lui impose l'Eglise. Aussi, les sens montait, et, dans la même proportion, les âmes baissent. Elles baissent
pour rouler à la boute et à la ruine éternelle. Voyons à quel prix, Notre Seigneur veut nous rappeler au respect de notre corps. Ce corps appelé aux honneurs même du Ciel, il ne faut pus hésiter à lui faire connaître, au besoin, les déchirements du sacrifice.
Troisième mystère douloureux.
Le Couronnement d'épines.
Durée, trois quarts d'heure : de 714 heures à 8 heures, matin du vendredi.
Demandons le zèle à nous instruire de la Religion, et la victoire sur le respect humain.
Les bourreaux ont détaché le condamné. En aura-t-on enfin pitié? Non. Les soldats de Pilate, rassemblés autour de lui, n'entendent pas perdre une si belle occasion de s'amuser.
Jésus s'étant appelé Roi, ils vont trouver dans ce titre, l'idée de nouveaux outrages. On lui jette sur les épaules, un lambeau d'étoffe rouge, pour rappeler le manteau des souverains, et on lui met dans les mains, un roseau en guise de sceptre. La grosseur ordinaire de cette sorte de roseau, était d'un pouce, et sa longueur d'environ six pieds. Tressant à la hâte, des branches d'épines aux dards multiples et très longs, ces misérables en font une espèce de casque militaire qu'ils placent sur la tête de Jésus,
et, comme il ne peut- tenir, l'y enfoncent à coups redoublés. Les veines si nombreuses de la tête étanf ouvertes laissent couler le sang en abondance. Sainte Catherine de Sienne qui contempla cette scène, dans une vision, écrivait ces paroles qui concordent pleinement avec le récit de l'évangile : "Qui le croirait? Certaines épines de sa couronne "avaient pénétré jusqu'au cerveau." C'est affreux, mais, c'est gai pour ces brutes : on rit. Prenant cet air grave de bouffons qui imitent une cérémonie solennelle, ils s'approchent les uns après les autres, se mettent à genoux devant Jésus, en disant: "Sa- "lut, roi des juifs." Puis se relevant, ils saisissent le roseau et l'en frappent sur la tête pour y faire entrer plus à fond les épines, lui bandent les yeux, le frappent au visage, le souillent d'infâmes crachats. Rarement la lâcheté devait se montrer plus vile, plus monstrueuse.
Pilate jugeant le moment propice, montra au peuple, sa victime ruisselante de sang, couverte de plaies béantes, épuisée, méconnaissable. Attendri par ce spectacle, le peuple se taisait. Mais, sa fureur rallumée bientôt par les excitations d'ignobles politiciens dont il avait fait ses chefs, lui arrachait de nouveau le cri "Crucifiez-le, crucifiezle." Marie entendit-elle ces rugissements de tigres altérés du sang qui restait encore à son fils?
Que cette troisième effusion du sang de Notre- Seigneur nous rappelle entre autres devoirs, celui de nous instruire le plus possible, de notre religion, Dieu nous a donné une intelligence pour méditer le bonheur et les beautés de son éternité ; il ne faut
pas qu'une ignorance coupable la tienne éloignée de cette essentielle occupation. Là où il n'y a pas d'instruction, le flambeau de la foi qui la suppose, s'éteint; ce qu'il faut éviter à tout prix, si nous voulons nous sauver. Enfants d'un Dieu qui s'appelle le Père des Lumières, nous devons à notre tour, être des porte-lumières en travaillant à le connaître et à le faire connaître.
Quatrième mystère douloureux.
Le Portement de la Croix.
Durée, une heure : de 10 heures à 11 heures, avant-midi du vendredi.
Demandons le courage dans les tentations et les épreuves.
La sentence de Jésus vient d'être prononcée. Une route que la vénération des siècles a nommée Voie Douloureuse ou Chemin de la Croix, va s'ouvrir devant le Divin Condamné.
Les soldats s'emparent de nouveau, de Jésus, lui enlèvent le haillon rouge dont ils l'avaient affublé, lui remettent ses vêtements qu'ils lui avaient enlevés pour le fouetter, puis, lui laissant sur la tête son horrible couronne d'épines, chargent une croix pesante sur ses épaules déchirées. Jésus s'avançant avec la plus grande peine, traverse les rues de Jérusalem. Il approchait des murailles de la
ville, quand, clans la crainte de le voir mourir en chemin, on obligea un homme appelé Simon, à porter la croix derrière lui. A la vue de l'Homme de Douleurs mené ainsi au supplice, un frémissement de pitié agita encore une fois, la foule, et une troupe de femmes poussèrent des cris et des lamentations. Jésus ne voulut pas de ces larmes trop faciles et de cette compassion stérile. "Ne pleurez pas sur moi, — leur dit-il, — mais sur vous-mêmes et sur vos enfants."
Quelles fortes leçons nous sont données dans ce Chemin de la Croix ! Irions-nous oublier ce que le Sauveur disait un jour : "Que chacun porte sa croix et me suive." Voilà non pas un simple conseil, mais un ordre. La croix, pour le chrétien, ce sont les souffrances, les ennuis, les dégoûts, les tristesses de la vie, les difficultés que comporte le devoir de chaque jour. Faire son devoir, voilà, en effet, la grande croix, car, il est dur de résister au démon, de réprimer ses'penchants mauvais, de s'imposer les sacrifices qui répugnent tant à notre nature affaiblie et corrompue.
Ne travaillons pas à faire de la terre, un Paradis ; nous n'y réussirons pas. Après tout, porter la croix de son devoir quotidien, c'est encore la meilleure façon d'être heureux ; et, à ces gens assez mal avisés pour nous plaindre, nous répéterions les fières paroles de Jésus: je n'ai que faire de vos doléances; ne vous apitoyez pas sur moi, mais bien sur vous, et faites pénitence. — Qu'il est consolant de savoir que si les fatigues de notre voyage vers l'éternité,
sont accablantes, un repos et un bonheur infinis nous attendent au ternie. Remercions-en la miséricorde de notre Père et de notre Dieu.
Cinquième mystère douloureux.
Le Crucifiement de Notre-Seigneur.
Durée, une demi heure pour le dépouiller de ses vêtements et le clouer à la croix: de 11% heures à midi. A midi, la croix était dressée et Jésus y restait trois heures.
Demandons pour les agonisants et pour nous-mêmes, la grâce d'une bonne mort.
Jésus est arrivé au sommet de la colline du Golgotha, appelé aussi Calvaire. Les bourreaux lui arrachent ses vêtements, ouvrant ainsi brutalement les plaies de la flagellation. Cette douleur si affreuse en elle-même, n'est que le prélude de plus affreuses encore. On le couche sur la croix, et, à coups de marteau, on lui enfonce des clous, dans les mains et dans les pieds. C'est horrible. Enfin, la croix lugubre se dresse, et la Victime est saluée par une bordée d'insultes et de blasphèmes, de la part d'une foule immonde qu'attirent l'odeur du sang et les spasmes de l'agonie. La croix, voilà le trône qui manquait au Roi que l'on couronnait d'épines, tout à l'heure.
Nous ne pouvons que recueillir les sept paroles^ que Jésus fit entendre au cours des trois heures de son supplice.
Les premières concernaient ses bourreaux : "Père, pardonnez-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font."
Les deuxièmes accordaient le pardon au voleur converti: "En vérité, aujourd'hui même, tu seras "avec moi, en Paradis." (Paradis ne signifie pas ici le Ciel proprement dit où le Bon Larron ne devra entrer que le jour de l'Ascension, à la suite de Jésus. Il s'agit des Limbes ou prison des justes où descendra l'âme de Notre- Seigneur, après sa mort.)
Les troisièmes étaient adressées à sa vaillante et sainte Mère, ainsi qu'à Jean son apôtre préféré : "Femme, voilà ton fils. — Voilà ta mère."
Les quatrièmes furent cet appel de détresse qui perça les ténèbres du Calvaire en deuil. Suspendu entre les malédictions de la terre et les malédictions du Ciel qui le repoussait comme le Péché Vivant, il jeta un cri: "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi "m'avez-vous abandonné"'
Les cinquièmes disaient cette soif brûlante tourment horrible des crucifiés que dévore le feu de la fièvre : "J'ai soif."
Les sixièmes: "Tout est consommé," c'est-àdire, tout est fini, mon œuvre est achevée, j'ai fait tout ce que j'ai pu pour sauver les hommes.
Les septièmes et dernières : "Père, — fit-il, poussant un grand cri — je remets mon âme, entre vos mains,"
On le vit baisser la tête, et il expira.
Rappelons-nous que nous avons été rachetés à
' ini grand prix, le sang même d'un Dieu. Pensons
aussi à l'enfer réservé à ceux qui n'auront pas pro-
fité des grâces dont ce sang est la source, lequel nous est communiqué surtout dans la réception des Sacrements. Serions-nous effrayés du Calvaire du devoir, "Oh ! — s'écriait une âme courageuse — du Calvaire au Ciel, le chemin n'est pas long."