MYSTERES GLORIEUX
Premier mystère glorieux.
La Résurrection de Notre- Seigneur.
Prions pour la conversion des pécheurs.
A la mort de Jésus, son âme était descendue aux enfers, c'est-à-dire, comme le mot l'indique, les prisons souterraines où étaient détenues les âmes depuis le commencement du monde.
De quelle façon fit-il sentir son pouvoir dans la prison des damnés? Entra-t-il dans celle des enfants morts sans avoir été purifiés du péché originel? Visita-t-il celle du Purgatoire pour y faire de son sang, une aspersion plénière qui en aurait libéré tous les captifs, ainsi que le veut une tradition? Rien de certain au sujet de ces trois enfers ou prisons.
Nous savons seulement — et de certitude de foi — qu'il visita l'enfer ou prison des justes où étaient rassemblées toutes les âmes saintes qui avaient passé sur la terre, depuis Abel immolé par son frère jusqu'à Notre-Seigneur lui-même immolé aussi par
ses frères déicides. Heureuses, il ne leur manquait pour L'être tout-à-fait que le bonheur surnaturel de la vision de gloire, c'est-à-dire ce bonheur goûté dans la vision de Dieu face à face, sans voile quelconque pour en intercepter l'infinie beauté. L'apparition de Notre-Seigneur dans la prison des justes leur apportait enfin les joies, la dignité, la beauté qu'impliquait la vision béatifique méritée par ses souffrances et sa mort. C'était donc le bonheur du Ciel, sans le Ciel entendu au sens de la demeure personnelle de Dieu, où Jésus sera le premier à faire son entrée à leur tête, le jour de l'Ascension.
Le troisième jour arrivé, l'âme du Sauveur remontait sur la terre, s'unissait de nouveau à son corps, le faisait revivre d'une vie merveilleuse, triomphante, bienheureuse. Jésus ressuscitant, sortait de son sépulcre sans le disjoindre, ainsi qu'eût fait un rayon de lumière traversant un bloc de pur crystal.
Il se faisait voir à ses apôtres, à ses amis, à sa mère. Son corps qui, durant la Passion, passait par des souffrances atroces et criait grâce sous les coups de la justice de son Père, est donc maintenant ef pour l'éternité, à l'abri de tout malaise, de toute douleur. Avec la plus entière facilité, il se déplace au gré de l'âme, ni retardé par une pesanteur incommode, ni arrêté par un obstacle quelconque. Comme couronnement de ces dons, le corps de Jésus avait reçu une beauté éclatante dont rien ne saurait nous donner une idée. Un jour, il en avait laissé transpercer quelque chose sur la montagne du Thabor, et les apôtres ravis ne se possédaient plus de bonheur.
Nous devons nous rappeler que, si nous vivons saintement, Dieu ressuscitera, un jour, notre corps, sur le modèle du sien. N'allons donc pas ambitionner pour lui, des satisfactions grossières, de misérables succès de parade, des applaudissements, des flatteries. Ces ambitions, sont trop basses, et Dieu les veut hautes, nos ambitions, aussi hautes que lui, car il nous appelle à monter jusqu'à lui. Béni soit donc le sang de Jésus qui en a rendu la réalisation possible.
Deuxième mystère glorieux.
L'Ascension de Notre-Seigneur.
Prions pour les Ames du Purgatoire.
Quarante jours après sa résurrection, Notre-Seigneur ayant achevé d'instruire ses apôtres et ses disciples, les conduisit sur la montagne des Oliviers qui avait été — on se le rappelle — témoin de son agonie. Ils étaient au nombre de cent vingt. En présence de o?tte foule silencieuse et ravie, Jésus s'élève dans les airs, lentement, bénissant encore une fois, ceux qui étaient chargés de continuer son oeuvre dans le monde. Puis, une nuée de lumière vient le dérober aux spectateurs dont les yeux persi>,tent à fixer le point du Ciel qui a vu disparaître le Sauveur. Deux anges interviennent alors pour les arracher à leur ravissement et à leur tristesse.
"Pourquoi rester ainsi à regarder en haut? — leur disent-ils. — Il ne reviendra qu'à la fin des temps." Sur ces paroles, tous s'en retournèrent à Jérusalem. Voilà le récit de l'Evangile, et l'événement qui y est rapporté, renferme le mystère connu sous le nom de la montée ou de l'Ascension de Notiv- Seigneur. Représentons-nous cette scène des adieux du Maître. Autour de lui, invisibles, mais vivantes et glorieuses, les âmes des saints qu'il a délivrées de leur prison et initiées aux exultantes surprises de la vision béatifique. En bas, se tiennent les Apôtres et les Disciples. Ceux-là, le repos n'est pas leur partage, mais bien le travail et la souffrance. Jésus-Christ s'élève dans les airs, répandant les bénédictions sur ses amis, et surtout sur cette mère bien-aimée que nous nous serions attendus à voir partager le triomphe de son Fils en l'accompagnant au Ciel. Mais la présence de Marie était nécessaire en ce monde, et Dieu demande à son cœur maternel, ce lourd sacrifice de la séparation.
Le Dieu de l'Ascension a d'abord voulu être — ne l'oublions pas — le Dieu de la Crèche, le Dieu qui eut faim et soif, comme le dernier des hommes, le Dieu que l'on vit insulté et mis à mort avec des raffinements inouïs de cruauté. Ce qu'il a voulu pour lui, Notre- Seigneur l'exige des siens, proportion gardée. Et veut-on avoir sous les yeux, bien marquée, notre ligne de conduite, saint Paul nous la donne dans ces quelques mots qui résument tout : "Personne ne sera couronné, si auparavant, il n'a pas courageusement combattu." Nous sommes
donc invariablement ramenés à l'idée centrale et directrice de toute vie véritablement chrétienne, le sacrifice.
Troisième mystère glorieux.
La Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres.
Prions pour que la vraie Keligion se répande de plus en plus dans le monde.
En prière depuis les dix jours qui s'étaient écoulés depuis l'Ascension, les Apôtres et les Disciples sentirent tout à coup, la maison où ils étaient, ébranlée comme sous les secousses d'un grand vent. Bientôt apparurent des langues de feu qui s'arrêtèrent sur la tête de chacun des assistants. L'Esprit- Saint, troisième personne de la Sainte Trinité, venait d'entrer en scène, à l'effet de compléter l'œuvre du rachat des hommes.
Le mystère de la Pentecôte pourrait être appelé celui de la Naissance de l'Eglise. Jusque-là, en effet, l'Eglise n'était qu'un corps sans âme, sans vie par conséquent. Il était réservé au Saint-Esprit d'être cette âme. Aussi, tout change à son arrivée, sous les puissantes impulsions dont il anime cette Eglise représentée par les Apôtres, les Disciples et la Vierge Marie.
La vie qu'il apporte, elle est maintenant dans leur intelligence, car, ils ont reçu la vérité; elle a
aussi jailli dans leur cœur, car, ils ont reçu la foire qui eu fera des martyrs. L'Esprit-Saint venait de se révéler ce qu'il est par-dessus tout, c'est-à-dire un Esprit de Write, et un Esprit de Force. Une preuve saisissante en est aussitôt donnée. Pierre, un ignorant tout à l'heure, fait maintenant entendre des paroles qui témoignent d'une science surhumaine. Et il n'a plus peur : il parle avec une telle force, du crime de ceux qui ont crucifié la Bonté même de Dieu, que des milliers de personnes se prosternent à ses pieds et demandent le baptême.
Cette Vérité rendra l'Eglise Catholique incapable de mentir, comme cette Force va la rendre incapable de mourir: voilà le présent qu'apportait le Saint- Esprit, à l'Eglise au berceau. Demandons-lui, pour notre part, la plus grande docilité à nous laisser guider par lui, et à correspondre généreusement aux inspirations de sa grâce : tout ce qui regarde la grâce, forme, en effet, son domaine propre. Nous avons reçu ses dons au Baptême et à la Confirmation ; que ces dons, à raison de notre apathie, ne nous soient pas inutiles. Efforçons-nous surtout, de dissiper notre ignorance et de secouer notre mollesse, afin de préparer le libre accès de la vérité dans notre intelligence, et du courage dans notre cœur.
Quatrième mystère glorieux.
L'Assomption de la Très Sainte Vierge.
Demandons la charité parfaite et l'esprit de pénitence.
Dieu a voulu que sa Mère mourût parce que lui-même était mort, mais il ne voulut pas qu'elle subit la corruption du tombeau. Et de même qu'elle avait imité son Fils, toute sa vie, elle l'imita aussi dans son triomphe sur la mort : elle ressuscita. Ce fut le troisième jour qui suivit son trépas, selon la Tradition. Son âme descendit du séjour des Bienheureux, s'approcha de son corps immaculé, le ranima, le revêtit pour ainsi dire, une seconde fois ; cette fois, pour toujours. Quoique la fête liturgique de l'Assomption célèbre à la fois sa résurrection ef son triomphe au Ciel, le mystère de l'Assomption regarde particulièrement sa résurrection. Il représente pour Marie, ce que la Résurrection fut pour Jésus, comme son couronnement au Ciel aura eu son pendant et son modèle dans l'Ascension.
Félicitons Marie, de ce privilège qu'elle est seule à partager avec son Fils, et demandons-lui bien souvent, de mériter nous aussi par une vie sérieusement chrétienne, le suprême honneur de la résurrection dr corps, dans la joie, la jeunesse et la beauté qu'il devra garder toujours.
Nous serions bien à plaindre si, menacés constamment par les flétrissures de l'âge et les coups de la mort, nous ne pensions pas à ce .lendemain de
magnificence qui attend notre corps; ces qualités dont il sera revêtu comme d'un éternel manteau d'honneur, lesquelles s'appellent V impassibilité , l'agilité, la subtilité et la clarté. Par l'impassibilité, le corps ressuscité sera incapable de souffrir; par l'agilité, il n'aura plus de pesanteur et suivra l'âme dans son vol ; par la subtilité, aucun obstacle matériel ne gênera sa marche; par la clarté, il recevra une beauté proportionnée à la beauté même de son âme.
A la fin des temps, sur l'étendue de la terre entière, tous les corps se lèveront et apparaîtront soit avec les marques de la honte du péché, soit avec les dons merveilleux de l'état de bonheur, Evidemment, pour mériter ces hautes destinées, les luttes seront longues, acharnées; mais nous inclinerons Dieu luimême à nous défendre, en recourant souvent à lui, par la Confession et la Sainte Communion. C'est dans la fréquentation des Sacrements que le chrétien place la sauvegarde de la chasteté qui impose le respect du corps. Il ne peut arriver aux honneurs de Dieu que par le chemin de l'honneur.
Cinquième mystère glorieux.
Le Couronnement de lu Très Sainte Vierge <lnns le
Ciel.
Prions pour que la dévotion du Rosaire soit plus connue et mieux pratiquée.
Le moment de sa résurrection marque pour la Vierge, le plus grand des triomphes. Le Fils va
décerner à sa Mère, des honneurs d'autant plus magnifiques, qu'il a au service de sa tendresse, toute la puissance, toute la richesse d'un Dieu.
Voilà que le Ciel entier est en mouvement. Les armées innombrables des Anges et des Bienheureux ont abandonné leurs trônes. Tous ces esprits de flamme, depuis les simples anges jusqu'aux séraphins, sont accourus au-devant de la Vierge de Nazareth, s'élevant en corps et en âme vers les hauteurs où son Jésus l'appelle. Est-ce bien là, cette humble femme ignorée du monde, l'épouse de l'ouvrier Joseph, la mère d'un malheureux qui finit sur le gibet des infâmes? Oui, c'est bien elle. Laissant loin derrière, les Anges et les Archanges, les Trônes, les Vertus, les Dominations, les Principautés, les Puissances, elle dépasse encore dans son vol, les Chérubins et les Séraphins, toutes ces créatures pourtant si pures et si parfaites. Oh ! elle ne doit s'arrêter que dans les bras de son enfant. A côté de son trône, Jésus en a préparé un à sa mère, et devant toute la cour céleste émerveillée, frémissante de bonheur, il la couronne Souveraine du Ciel et de la Terre, Keine des Anges et des hommes. Quelle récompense! Quel triomphe! C'est bien aujourd'hui, ô Marie, qu'il convient de répéter les paroles que vous faisiez entendre aux jours de votre jeunesse: "Toutes les générations m'appelleront Bienheureuse."
Il y a au Ciel quelqu'un qui ne pense pas comme les autres, qui ne juge pas comme les autres, et qui pourtant, un jour, mettra à exécution ce qu'il a dit :
"les premiers seront les derniers, et les derniers, les premiers." Les premiers sur la terre, s'ils veulent conserver leur rang dans l'éternité, n'ont qu'un moyen, celui de surpasser les autres en générosité à accomplir leur devoir. Dieu a inauguré la réalisation do cette promesse, en plaçant son humble mère, au plus haut du Ciel. Ce n'est qu'un commencement : il réserve bien d'autres surprises à ceux qui jugeraient des personnes autrement que par la valeur de leur âme.
Toi que n'osa frapper le premier anathème, Plus reine par ton cœur que par ton diadème, Toi qui naquis dans l'ombre et nous fis voir le jour ; Mère avec l'innocence et Vierge avec l'amour,
Je t'implore là-haut, comme ici-bas je t'aime, Car tu conquis ta place au céleste séjour ; Car le sang de ton Fils fut ton divin baptême, Et tu pleuras assez pour régner à ton tour.
Te voilà maintenant près du Dieu de lumière, Le genre humain courbé t'invoque la première, Ton sceptre est de rayons, ta couronne est de fleurs,
Tout s'incline à ton nom, tout s'épure à ta flamme, Tout te chante, ô Marie ! Et pourtant quelle femme Même au prix de ta gloire eût bravé tes douleurs?
Henri de Rochefort (écrit en 1855)