IDÉE FAUSSE SUR LA CONTEMPLATION
Ce que je viens de dire de la méditation, s’applique aussi à la contemplation proprement dite. Les | simples gens, vous affirme-t-on, pourront peut-être méditer, mais à coup sûr, ils ne pourront pas contempler. Il n’y a, en effet, selon eux, qu'une con- ! templation, la contemplation infuse laquelle suppose : les extases, les ravissements, les visions, etc., et ! accessible seulement à quelques âmes d'élite. L’hu- ! milité nous ferait même un devoir de ne pas la désirer, à moins que Dieu lui-même ne nous y conduise. Donc, conclut l’objection, la presque totalité des : chrétiens en est forcément exclue.
Je ne relèverais pas pareille fausseté si, mal- ! heureusement, elle ne traïnait encore dans des au- ! teurs qui continuent de jouir d’une certaine vogue, ! en dépit de leurs écarts de doctrine. En outre, elle nous aide à nous expliquer cette opposition tenace qui n’a jamais voulu voir dans le Rosaire, une con- ! templation digne du nom.
Le démon ne triomphe jamais plus sûrement que | grâce à l'ignorance du véritable enseignement de! l'Eglise. Or, d’après cet enseignement exposé par l’un de ses interprètes les plus autorisés, saint Thoinas’, il y a à côté de la contemplation infuse réservée à quelques âmes seulement, la contemplation ordinai- : re à portée de toutes les bonnes volontés, et qu'il défi- { nissait un simple regard de l’âme, uni à un élan du:
ia, Q. 8, art. Iet IV ; Ils Ilse Qu. 171-182. !
matos
et
cœur vers Dieu. A celle-ci tous sont appelés, et de celle-ci tous sont capables.
s’appli- Ÿ La contemplation infuse pousse les âmes dans les >, Les @ ‘oies extraordinaires; la contemplation ordinaire ut-être À est qu'un développement normai de l'âme chré. as con- À lienne; c'est un sommet, mais le sommet où l’ache-
ne con- M mine le simple exercice des vertus morales. II ne suppose 4 faut donc pas y voir un article de luxe, une entrave te., et À à la vie active, laquelle, au contraire, doit y chercher L'hu- À son aliment et son soutien de tous les jours. Par la dési- conséquent, la contemplation des mystères du Ronduise. % saire telle que la demande l'Eglise, ne requiert auité des À Cunement, une autre nature que la nôtre, mais, 4 cadre parfaitement avec ce que nous sommes.. L’es- 1 sentiel, c'est d’abord de la bien connaître. i, mal- .
pere .Ne nous en laissons donc pas imposer par cette bo lle à piété bien intentionnée mais à courte vue, élevant tenace À S°5 préjugés à la hauteur de dogmes, les dressant, me con- À Comme une nouvelle muraille de Chine, pour enrayer la marche triomphale d’une dévotion si chère ent que 4 au Cœur de Marie et à l'Eglise.
nent de ? En dépit de tous les efforts en sens contraire, il osé par M reste acquis que grâce au Rosaire, la méditation et nt Tho- À contemplation sont aujourd'hui l'apanage de tous, réservée À LE Pain même des petits enfants. Certes, — et nous ordinai- % pouvons le déclarer bien haut — il n'a jamais été x'il défi. @ dans les intentions de l'Eglise d'en réserver le priélan du À Vilège à une espèce d'aristocratie fermée, une sorte 4 de Confrérie Sérénissime des hauts et puissants man- 171-182. #4 darins de la vie intérieure. Tous ses enfants y ont
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droit à titre égal; c’est même un devoir qui les atteint tous.
Un pauvre paysan de France fit, un jour, cette question au Bienheureux Jourdain de Saxe, successeur de S. Dominique, en 1222, comme Général des Dominicains : ‘‘Maître, le Pater a-t-il autant de mérite sur nos lèvres, à nous qui sommes ignorants et n’en connaissons pas la valeur, que sur les lèvres des gens d'église, qui, eux, savent.” — ‘Tout autant, — répondit celui que l’on appelait le Très Doux Père — comme une pierre précieuse garde sa valeur, même aux mains de celui qui en ignore le prix.”
Le Rosaire est aux mains des fidèles, une pierre précieuse détachée du diadème de leur Mère du Ciel ; mais, à la différence du brave homme de tout à l'heure, il ne dépend que d'eux de savoir tout aussi bien que les gens d'église, et le prix qu’elle vaut, et les avantages immenses qu’elle leur assure; de fixer à leur propre couronne dans l'éternité, un peu de sa douce et virginale splendeur.
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