IV. — L’estime que le Prêtre doit faire de sa Messe
Ceci est une conséquence inévitable de tout ce que nous avons dit jusqu’ici. Si le Prêtre n’estimait pas sa Messe, il ne la comprendrait pas ; et c’est pourtant la première science qu’il doit avoir. S’il ne l’estimait pas par-dessus tout, elle ne lui serait pas la chose qu’il doit préférer à
tout ; et il serait fort exposé à la mettre parfois au second plan
Si cette estime n’exerçait pas une sérieuse influence sur toute sa vie, elle perdrait avant longtemps de son attrait et de son efficacité.
Le Prêtre ne peut rien recevoir de plus ; et, dès lors, que pourrait-il désirer qui le satisfasse ? Jésus n’a rien de plus à lui donner ; et quelle ingratitude ce serait de ne pas savoir apprécier, après avoir tant reçu
Rien ne l’associera jamais aussi étroitement au Sacerdoce de Jésus, que de coopérer au même Sacrifice, par la participation aux mêmes mérites infinis, dont il est la source. Il serait inutile d’aspirer plus haut, puisque au-<lelà il n’y a rien de plus grand et de plus divin.
S’il en est ainsi, le Prêtre doit être tellement épris de sa Messe, qu’il l’étudie sans cesse, qu’il y pense souvent, qu’il soit heureux d’en parler, qu’il cherche à s’en pénétrer, et qu’il apporte à la célébrer une attention et une ferveur qui correspondent à l’estime qu’il en a
* « Deus non quærit sacrifîcia, sed offerentium animum. >* S. Hier., 1. 18 super Isaiam, c. 66.
* « Non minus videtur facere Deus in hoc quod quotidie dignatur discendere de cœlo super altare, quam cum naturam humani generis assumpsit.» S. Bonav., De Inst. Novit., p. i,c. il.
3 « Voici que vous avez été fait prêtre et consacré pour célé-
LA MESSE DANS LA VIE DU PRÊTRE
Cela se fait remarquer par la piété avec laquelle on traite tout ce qui regarde le Saint Sacrifice de la Messe : et dans la préparation qu’on y apporte, et dans le recueillement et la modestie dont on l’entoure, et dans le silence qui le précède et le suit, et dans l’application à en observer toutes les rubriques, et surtout dans la ferveur exceptionnelle apportée à sa célébration
Pour que l’estime de la sainte Messe ne soit pas un vain mot, il est indispensable de la manifester en parole, en attitude et en acte. Là où est son trésor, là est aussi son cœur On parle volontiers de ce que l’on aime. Au silence qui ne caractérise que trop souvent les entretiens ecclésiastiques sur ce point, même en de simples allusions, devinerait-on l’estime et l’amour que l’on doit avoir pour ce plus grand des mystères?
V. — La préoccupation du Prêtre de célébrer toujours mieux le Saint Sacrifice de la Messe.
Donner la première place à sa Messe dans sa
brer; faites maintenant en sorte d’offrir dévotement et fidèlement à Dieu en son temps le saint Sacrifice et de vous montrer vous-même irrépréhensible... Par là, vous êtes engagé à un plus haut degré de sainteté. » Imit. de J. C., 1. 4, c. 5.
^ « Satis apparet omnem operam et diligentiam in eo ponendam esse, ut quanta maxima fieri potest interiori cordis munditia atque exteriori devotionis ac pietatis specie, peragatur. » CoNC. Trid., Sess. 22, Decr. de obs. in cel.
2 Mat., VI, 21,
vie, c’est évidemment s’appliquer à la célébrer toujours plus saintement. La Messe est un mystère auquel on ne doit pas s’habituer, comme s’il suffisait d’y croire pour rester immobile sur ses positions.
La foi dans le Sacrifice de la Messe peut toujours se raviver et s’accroître. Il y a là un sujet fécond de considérations, sur lequel il est bon de revenir souvent. Cette assiduité pour un Prêtre à étudier sa Messe et à en approfondir les divers aspects, est déjà une preuve de sa piété et une assurance d’intelligence croissante de ce divin Mystère.
Plus le Prêtre se préoccupera de sa Messe, pour la bien comprendre, pour en apprécier la divine excellence, pour en connaître toutes les rubriques, pour se pénétrer des sentiments d’un vrai Sacrificateur, pour y apporter un amour toujours plus ardent, et plus il comprendra dans quelle pureté il doit vivre et avec quel zèle il doit tendre à la perfection L
^ « Que le jeune homme, disait saint François de Sales, qui vient de célébrer sa première messe est heureux ! Désormais il ne vivra plus que pour Dieu, et il lui est comme impossible de rofFenser. Eh quoi î lui dit-on, est-ce que l’autel rend impeccable ? ce prêtre est toujours homme ; il peut pécher comme auparavant. Non pas comme auparavant, reprend le saint. Ceux qui parlent ainsi ne savent pas ce que c’est que d’être prêtre, qu’offrir le divin Sacrifice, que toucher et recevoir chaque jour
LA MESSE DANS LA VIE DU PRÊTRE
Le Saint Sacrifice de la Messe en lui-même ne peut recevoir rien de plus que ce qui le constitue essentiellement ; mais dans le Prêtre qui célèbre il y a des augmentations de foi, de piété et d’amour qui comportent des ascensions. Le Prêtre peut toujours être plus saint ; et sa perfection aura son premier contre-coup sur sa Messe. Le Prêtre peut toujours s’appliquer avec une nouvelle ferveur à mieux célébrer sa Messe, et infailliblement son Sacrifice sera plus agréable à Jésus et plus sanctifiant pour les âmes L
Il n’aurait point d’autre ambition que celle-là, qu’il arriverait sûrement à être plus vertueux et plus saint en toutes choses. Ce doit donc être là sa première et grande préoccupation. Il le doit à Jésus qui l’associe miséricordieusement à son Sacrifice Il le doit à l’honneur de son Sacerdoce, qui ne devrait avoir que des Prêtres
le corps et le sang de Jésus-Christ. On ne mérite pas le nom de prêtre si l’on n’a pas la pureté d’un ange. »
^ « Sacerdotes quanto digniores fuerint, tanto facilius in necessitatibus, pro quibus clamant, exaudiuntur. » S. Alex. Papa, In decr. Grat., p. 2, causa i, q. i.
2 « Certe ibi loquitur Christus cum ministre suo : Altare, inquit, cui assistis, quam pro te sustinui repræsentat crucem, et calix sepulchrum in quo mortuus quievi ; patena lapidem superpositum, corporale sudarium ; substratoria corporalis, linteamina quibus involutus fui ; hostia quam vides jam non est panis, sed caro mea, quæ pependit in cruce pro mundi vita. » S. Bern., Serm. i in Cœna Dom.
saints pour accomplir un aussi sublime ministère.
VI. — L’obligation pour le Prêtre de s’établir dans des conditions morales et spirituelles qui favorisent sa Messe.
La Messe occupe une place trop prépondérante dans la vie du Prêtre, pour qu’elle ne commande pas à tout le reste ^
Naturellement ce qui en pourrait compromettre la sainteté doit être impitoyablement écarté Ainsi, le péché est diamétralement opposé à la sainteté du Sacrifice. Mieux, cent fois mieux, vaudrait ne pas célébrer, que de célébrer avec une conscience souillée.
La vie tiède et nonchalante n’est pas non plus une disposition à bien célébrer la Messe. Quand, dans l’ensemble de la vie, il n’y a pas plus de ferveur, comment y en aurait-il au saint autel? La Messe habituellement célébrée dans ces conditions devient une condamnation, qui ira s’aggravant, si le remède n’est pas vite appliqué.
^ « Qui divino Sacerdotio honorati, et in clericorum ministerio constituti sunt, nonnisi altari et sacrifîciis deservire, et precibus atque orationibus vacare debent. » S. Cyprian., Ep. 66 ad clerum.
* « Tarn sanctum est sacerdotii nomen, ut nulla vitiorum nota maculari se sinat. » S. Isid. Hisp., De summo bono, 1. 3, c. 34, sent. 2.
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On ne vit pas mollement, lâchement, en négligeant la gloire de Jésus et les intérêts de son âme, pour monter ensuite audacieusement à Fautel du Sacrifice, et croire qu’on peut le faire impunément.
Le Prêtre doit avoir une compréhension suffisante de son Sacerdoce, pour savoir qu4l est tenu de vivre saintement s’il veut dire sa Messe dignement. Que la pensée de sa Messe dite ou à dire, non seulement le maintienne dans le devoir en face du sacrifice et de la tentation, mais encore l’excite à une pratique toujours plus parfaite de la vertu et à une fidélité toujours plus grande dans l’accomplissement de ses devoirs d’état.
Afin d’avoir l’esprit et le cœur plus libres dans la célébration des saints Mystères, le Prêtre doit aussi s’abstenir de toute préoccupation terrestre et d’affections trop vives. Ses forces, son temps, ses talents, sa vie appartiennent à son Sacerdoce. Il ne doit rien en soustraire pour des fins purement humaines.
S’il est totalement dégagé des sollicitudes terrestres, et s’il ne tient qu’aux intérêts de son Maître qui se l’est réservé comme Prêtre, il pourra sans crainte se présenter à Lui pour offrir à deux l’auguste Sacrifice de la Messe.
VII. — Le Prêtre doit se considérer à l’autel comme le médiateur entre le ciel et la terre.
Le Prêtre ne peut offrir son Sacrifice que comme Jésus a offert le sien. Quand le Prêtre Eternel était suspendu au gibet de son Sacrifice, il exerçait solennellement son office de médiateur. D'un côté son Père à glorifier et sa justice à apaiser, de l'autre l'humanité à purifier et à sauver. Les péchés du monde. Il les purifiait dans son sang; et une fois lavée de ses iniquités, l'humanité pouvait traiter avec le ciel, et c'est Jésus qui se faisait son intercesseur ^
La mort du divin Crucifié rendait à Dieu tout l'honneur que le péché lui avait ravi ; une fois sa justice apaisée. Dieu était prêt à se montrer miséricordieux, et c’est Jésus qui en obtenait les grâces dont l'humanité avait besoin.
A l'autel, le Prêtre remplit le même office
1 « Ad mediatoHs officium proprie pertinet conjungere et unire eos inter quos est mediator : nam extrema uniuntur in medio. Unire autem homines Deo perfective quidem convenit Christo, per quem homines sunt reconciliati Deo, secundum illud (11 Cor., v, 19) : « Deus erat in Christo, mundum reconcilians sibi ». Et ideo solus Christus est perfectus Dei et hominum mediator, inquantum per suam mortem humanum genus Deo reconciliavit. » S. Thom., 3 p., q. 26, a. 1.
2 « Sacrificium quod quotidie in Ecclesia offertur, non est aliud a sacrificio quod ipse Christus obtulit, sed ejus commemoratio. Unde Augustinus dicit (De civit. Dei, 1. 10, c. 20): «Sa-
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en se couvrant des mérites de Jésus et en se présentant à la Divinité pour se faire l’intermédiaire entre le ciel et la terre
Il offre son Sacrifice à Dieu et en faveur de l’humanité. Il représente les deux extrêmes, mais avec une mission précise pour le faire Il intercède par le sang de la divine Victime qui a sauvé le monde ^ ; il oblige Dieu à écouter la voix de son Fils et à Lui accorder ce qu’il a payé de son sang.
Médiateur nécessaire, car l’humanité ne cessera d’avoir des besoins, et Dieu ne cessera de pardonner et de bénir.
Que le Prêtre garde profondément gravé dans son âme le sentiment de la mission de puissance et de miséricorde dont il est chargé à la Messe; et
cerdos ipse Christus ofFerens, et ipse oblatio : cujus rei sacramentum quotidianum esse voluit Ecclesia sacrificium. » S.Thom., 3 p., q. 22, a. 3, ad 2.
^ « Médius stat sacerdos inter Deum et naturam humanam : illinc venientia bénéficia ad nos deferens, et nostras petitiones illuc perferens. » S. Joan. Chrys., De verbis Is., Hom. 5.
2 « Proprie officium sacerdotii est esse mediator inter Deum et populum, in quantum scilicet divina populo tradit, unde dicitur sacerdos, quasi sacra dans, in quantum preces populî Deo offert, et pro eorum peccatis Deo aliqualiter satisfacit. » S. Thom., 3 p., q. 22, a. l.
3 « Avant de monter au ciel, notre divin Rédempteur mit à sa place les prêtres, afin de continuer ici-bas son office de médiateur entre Dieu et les hommes, mais surtout lorsqu’ils sont à l’autel. » S. Alph., Le Prêtre, t. i.
que, tout en se faisant humble et petit, il reconnaisse que son Sacerdoce Ta intimement consacré à la mission rédemptrice de Jésus, son Maître.