I JOAN., IV
LA MESSE DANS LA VIE DU PRÊTRE 4i
justice et que roblation qu’il lui faisait de Luimême touchât sa miséricorde L
Sachant qu’il n’avait été consacré Prêtre qu’en vue du Sacrifice rédempteur, Il puisait sans cesse dans son Sacerdoce les grâces qui Le préparaient à l’immolation suprême. Tout ce quTl faisait comme Prêtre était ordonné au dernier Sacrifice, au point que l’effet de tous ses mérites restait en suspens jusque là L’on comprend, après cela, le cri d’amour s’échappant de son cœur, au soir de la Cène, lorsque commençait sa passion, « desiderio desideravi ». Tout va être bientôt consommé : Il aura célébré sa Messe !
Ces considérations indiquent au Prêtre de
^ « Depuis le moment où Jésus s’est fait homme et où il a pris sur lui tous nos péchés, il n’a jamais cessé d’embrasser sa croix et de la porter ; la lumière dont son âme était éclairée ne lui permettait pas d’ignorer les moindres circonstances de l’immolation qui l’attendait, ni d’en perdre le souvenir, et la charité qu’il avait pour son Père lui faisant accepter d’avance tout ce qu’il savait être conforme au bon plaisir divin : « Proposito sibi gaudio sustinuit crucem, confusione contempta » (Hebr., xii, 2). Baguez, Du divin Sacrifice.
2 « Nobis etiam singulæ passiones et operationes fuerunt proficuæ ad salutem, non solum per modum exempli, sed etiam per modum meriti, in quantum propter abundantiam charitatis et gratiæ nobis potuit gratiam promereri, ut sic de plenitudine capitis membra acciperent. ...Non tamen fuit per quamlibet consumata humani generis redemptio, sed per mortem, quam pati voluit, ut genus humanum redimeret a peccatis. » S. Thom., Op. 2, c. 23i.
Jésus dans quelle lumière il doit entrevoir sa Messe quotidienne, quelle place elle doit occuper dans Tensemble de sa vie, avec quel soin il doit s’y préparer, avec quelle ferveur il doit la célébrer. Il ne dirait qu’une Messe, que, à l’exemple de Jésus son Maître, il devrait employer sa vie entière à s’y préparer
Ce n’est donc pas parce qu’il la célèbre tous les jours, qu’il lui est permis de la moins bien dire. Le Sacrifice qu’il offre ne perd rien de son excellence à être réitéré souvent. Son Sacerdoce n’est point diminué, parce qu’il l’exerce quotidiennement. Ses dispositions ne dépendent pas d’une facilité plus grande à accomplir le rite sacramentel, mais bien plutôt et uniquement de l’excellence du Mystère en lui-même. Son amour n’est pas à la remorque d’une habitude qui semblerait expliquer une moins grande ferveur, mais il doit plutôt s’accroître à chaque Messe célébrée, tant que le cœur n’a pas atteint le degré de charité qui anime la divine Victime qu’il immole.
Quel sujet de réflexion et d’examen pour un Prêtre qui a à cœur de ne pas donner de déception à Jésus qui l’a associé à son Sacerdoce, et
^ « Non modica res est unam missam facere, et valde felix est qui unam digne celebrare potest. » Alex. VII, Pap.
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qui comprend qu’il ne deviendra jamais un saint Prêtre, s’il ne donne pas la place d’honneur à sa Messe et s’il ne s’applique pas à la dire toujours saintement !
IL — La fin pour laquelle le Prêtre offre le saint Sacrifice de la Messe, est la même que celle de Jésus s’offrant en Victime sur la croix.
L’unique raison de l’Incarnation est de fournir à l’humanité un Prêtre et une Victime capables de la sauver. Il y avait le péché à expier, une réhabilitation complète à opérer. A cette condition seule. Dieu pardonnerait à l’humanité coupable, incapable de se réhabiliter elle-même L
Pour arriver à ce résultat. Dieu le Père n’a pas hésité à donner son Fils Mais en l’envoyant dans le monde, il l’établit dans des conditions appropriées au mode de rédemption qu’il avait décrété : il sera Victime pour s’immoler, il sera Prêtre pour offrir la Victime en sacrifice.
Tous les péchés des hommes appellent une réparation totale et une expiation parfaite. Jésus en assume la responsabilité complète C’est
1 « Omnis Humana natura redimi nullo modo potest, nisi per sacramentum Sanguinis Christi. » S. Aug., De nat. et gr., c. 2.
2 « Sic enim Deus dilexit mundum, ut Filium suum unigenitum daret... ut salvetur mundus per ipsum.» Joan., iii, i6, 17.
3 « Ipse est propitiatio pro peccatis nostris, non pro nobis autem tantum, sed etiam pro totius mundi. » I Joan., ii, 2.
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pour les hommes pécheurs qu'il se fait Tun d'eux ^ ; c'est pour les laver de leurs souillures, qu'il devient leur rançon ^ ; c’est pour les remettre dans l’amitié de Dieu, qu'il s'offre en Sacrifice ^ ; c’est pour les rendre au ciel qu'il leur ferme les portes de la mort éternelle
Le Prêtre est appelé à remplir les mêmes fonctions. Il a reçu un Sacerdoce assez puissant pour produire les mêmes effets. Il a à sa disposition la même Victime, pour l’offrir avec la même efficacité
Ce n’est pas trop dire que d'affirmer qu’à l'autel le Prêtre tient dans ses mains le salut du monde. Jésus est mort pour tous les hommes, quoique ceux-là seuls seront sauvés qui le voudront. Le Saint Sacrifice de la Messe a la même efficacité de salut éternel mis à la disposition de
^ « Christus venit peccatores salvos facere. » I Tim., i, i5.
2 <( Dilexit nos et lavit nos a peccatis nostris in sanguine suo.» Apoc., I, 5.
3 « Ego claritatem quam dedisti mihi, dedi eis : ut sint unum sicut et nos unum sumus. » Joan., xvii, 22.
* « Pater, quos dedisti mihi, volo ut ubi sum ego, et illi sint mecum. » Joan., xvii, 24.
« Sacra oblatio sive illam Petrus, sive illam Paulus, sive cujusvis meriti oflferat, eadem est quam dédit Christus ipse discipulis : quamcumque sacerdotes modo conficiunt, nihil habet ista quam ilia minus. » S. Joan. Chrys., Hom. 2, super 2 Tim. in Moral.
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tous les pécheurs repentants. C’est pour cela qu’il est offert, comme c’est pour cela que Jésus est mort.
Ne serait-ce pas en tremblant que le Prêtre devrait monter à l’autel, lui qui porte les mêmes effroyables responsabilités qui pesaient sur les épaules de la divine Victime du Calvaire ! Tout au moins qu’il comprenne la grandeur de son Sacrifice, en considérant la multitude des péchés pour lesquels il l’offre. Sauveur comme son Maître, il doit être saint comme Lui L
III. — La coopération que le Prêtre apporte à Jésus, par le Saint Sacrifice de la Messe, pour continuer l’exercice de son Sacerdoce.
Jésus-Prêtre est toujours Prêtre. Jésus-Victime est toujours Victime. Il aurait pu offrir son Sacrifice une fois et ne pas le renouveler sous la forme sacramentelle. Mais avec le même amour qu’il est monté au Calvaire, Il a voulu instituer un Sacrement où II se réserve d’opérer en personne le même Sacrifice offert sur la Croix.
Il n’aura pas recours à une autre puissance sacerdotale que la sienne. Il ne changera rien à
* « Accédât sacerdos ad altaris tribunal ut Christus, assistât ut angélus, ministrat ut sanctus, populorum offerat vota ut pontifex, interpellet pro pace ut mediator, pro se autem exoret ut homo. » S. Laur. Just., De Eucharistia, part. 2,
l’efficacité du Sacrifice de la Victime ; toutefois il devra se faire représenter extérieurement par des Ministres qui n’agiront qu’en son nom et en vertu de son propre Sacerdoce auquel II les fera participer ^
Sans ses Prêtres, Jésus ne peut renouveler son Sacrifice du Calvaire. S’ils refusaient de Lui prêter leur concours, c’en serait fait du Sacrifice de la Messe et de l’Eucharistie.
Lorsque l’on considère la sublimité du Mystère et les fruits incalculables de purification, de sanctification et de salut, dont la Messe est la source pour le monde entier, combien apparaît grande et divine la coopération du Prêtre apportée à l’exercice du Sacerdoce en Jésus
Si Jésus demeure la grande Victime expiatrice, s’il renouvelle constamment le Sacrifice
^ « Le Prêtre est à l’autel l’image du Fils glorifiant son Père et s’immolant pour lui. Car ne se conduit-il pas à l’autel comme un autre Jésus-Christ ? Il exerce le même ministère, il se propose la même fin, il immole la même victime, il rend à Dieu le même honneur, il en sollicite les mêmes grâces. C’est par son ministère que le Sauveur continue à rendre à la Majesté suprême une gloire infinie. » Baguez, Du divin Sacrifice.
* « O sacrum, o cœleste ministerium vestrum, laudabile desiderium, insigne spectaculum, solemne miraculum ! Deus, qui mirabilis est in omnibus, seipso, certe mirabilior, quantum ad vos ostenditur, dum mirabiliora per vos operatur. » S. Bern., Serm. 1 in Cœna Dom.
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de l’éternelle glorification divine, s’il ne cesse de sauver les âmes et d’en peupler son Paradis : c’est à son Prêtre qu’il le doit, c’est à son co- Sacrificateur que revient une partie de sa gloire et de la félicité des bienheureux.
Et cet honneur fait au Prêtre n’exercerait pas une influence décisive dans sa vie ? Il pourrait s’habituer à monter à l’autel, sans penser que Jésus y monte avec lui ? Il prononcerait les mystérieuses paroles consécratrices, sans réfléchir que c’est Jésus Lui-même qui les prononce par sa bouche ? Il opérerait une œuvre aussi divine, sans se tenir étroitement uni d’esprit, de cœur et d’âme au Prêtre Eternel qui est toute la puissance et toute la vie de son Sacrifice ?
Il suffit d’y penser pour apporter à sa Messe quotidienne une sainteté qui honore le Souverain Prêtre auquel il coopère.