I. — Pour Jésus, dont le Prêtre est le Sacrificateur
Un triple mystère préside à ce que le Prêtre opère à l’autel : l’Eucharistie, la Croix, le Sacerdoce. Jésus, après avoir offert son Sacrifice, en donnant sa vie, devait logiquement quitter l’humanité qui L’avait rejeté de son sein. Il l’avait sauvée, et les fruits de son Sacrifice lui étaient acquis pour toujours. Sa présence ne paraissait plus nécessaire. Oui, quant à la justice, mais non pour son amour.
Poussant la charité et la miséricorde jusqu’à l’extrême. Il se fait Sacrement et le Mvstère eucharistique L’enchaîne pour toujours au milieu des hommes. Ses Prêtres sont là pour se porter garants de sa promesse et pour Lui forger chaque jour des chaînes nouvelles qui Le maintiennent dans sa Prison d’amour L
* « Il est de foi que lorsque le prêtre consacre, le Verbe incarné s’est obligé à lui obéir, à se livrer à ses mains sous les e8[>èces sacramentelles. >» S. Alph., Ibid.
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Toutefois, il ne suffit pas simplement d’une présence, mais d’une présence fruit d’un Sacrifice. Tout l’amour de Jésus mourant va se perpétuant dans l’Eglise sous la même forme du Sacrifice. Jésus-Eucharistie reste toujours le divin Crucifié s’offrant, par les mains du Prêtre, à la gloire de Dieu et pour le salut du monde.
Hoc facite in meam commemorationem, avaitil dit à ses Apôtres. Hoc, c’est-à-dire ce que je fais, ce corps que je livre à la mort, ce sang que je vais verser, ce Sacrifice que j’institue et dont vous serez, vous et vos successeurs, les continuateurs, avec la même puissance pour l’offrir et la même efficacité pour en conserver au monde tous les fruits ^
Voilà ce qui rehausse la dignité du Prêtre. Voilà aussi ce qui grandit ses responsabilités. A l’autel, il porte vraiment sur lui tout le poids du Sacrifice du Calvaire, toute l’œuvre divine de la Rédemption du monde. Lors même qu’il ne
^ « N’est-il pas étonnant qu’au moment où le prêtre prononce ces courtes paroles : Hoc est corfyus meurriy Dieu se fasse obéissant jusqu’à descendre du ciel ! Partout où son ministre l’invite à venir, et autant de fois qu’il l’appelle, fût-il son ennemi, il se confie à ses mains. Descendu sur l’autel, il y reste entièrement à sa disposition ; et dès lors, libre au prêtre de le transporter d’un lieu à un autre, partout où bon lui semble, de le renfermer dans le tabernacle, de l’exposer sur l’autel, de le porter hors de l’église, de s’en nourrir lui-même ou de le donner aux autres en nourriture. » S. Alph., Ibid.
tire point de son propre fonds la puissance qui le fait agir, il la reçoit officiellement et il en est responsable.
Il est le coopérateur nécessaire de l’action divine. Il est le co-sacrificateur divinement qualifié pour permettre à Jésus de perpétuer son Sacrifice dans l’humanité. Peut-il y avoir des intérêts plus grands que ceux-là ? Dans quelle auréole de sainteté le Prêtre ne doit-il pas monter à l’autel ! ^
11. — Pour l’Eglise, dont le Prêtre est le représentant officiel.
C’est à son Eglise que Jésus a confié les fruits de son divin Sacrifice, mais dans la personne des Prêtres. C’est dans cette intention que Jésus a institué le Sacerdoce ; c’est pour la même fin que l’Eglise consacre les Prêtres
Les Prêtres appartiennent donc à la fois à Jésus et à l’Eglise, ou autrement dit, à Jésus
' « Le sacrifice eucharistique, dans lequel s’immole la Victime immaculée qui enlève les péchés du monde, exige d’une façon particulière que le prêtre, par une vie sainte et droite, se rende le moins indigne possible du Dieu à qui, tous les jours, il offre cette Victime adorable, le Verbe de Dieu lui-même incarné par amour pour nous. » Encyclique de Pie XI, « Ad Catholici Sacerdotii fastigium ».
^ « Solus sacerdos habet actus immédiate ad Deum ordinatos ex parte totius Ecclesiæ ; quia ipse solus potest gerere personam totius Ecclesiæ, qui consecrat Eucharistiam, quæ est sacramentum universalis Ecclesiæ.» S. Thom., Suppl., q. 37, a. 4.
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dans TEglise. Par sa mission divine, l’Eglise choisit ses Ministres, elle les appelle, les consacre, leur communique ses pouvoirs et leur donne leur mission. Elle se repose sur eux de ses intérêts et des obligations sacrées qu’elle a contractées à l’égard de son divin auteur.
Aussi, est-ce au nom de l’Eglise, à laquelle il appartient de droit, que le Prêtre offre le Saint Sacrifice de la Messe. L’Eglise lui confère la dignité du Sacerdoce, mais afin d’en user pour ses propres besoins. Elle a reçu le dépôt des mérites infinis de son Législateur et Sauveur, mais c’est par ses Prêtres qu’elle en fait la dispensation. Elle est chargée de perpétuer le Sacrifice rédempteur, mais elle se consacre des Sacrificateurs qu’elle destine à cet office sublime ^ Eux seuls porteront cette responsabilité ; eux seuls seront armés du glaive mystique qui immolera de nouveau la divine Victime ; eux seuls seront les délégués officiels qui représenteront l’Eglise à l’autel de leur Sacrifice.
Si le Sacerdoce disparaissait, l’Eglise serait dépouillée de ce qui fait sa grandeur. Si le Sacrifice cessait dans l’Eglise, la source des grâces, dont elle est la gardienne, serait tarie.
^ « Accipe potestatem ofFerendi Sacrificium in Ecclesia, sive pro vivis sive pro defunctis, in nomine Patris et Filii et Spiritus Sancti. » Pontif. Rom.
La célébration des saints Mystères est donc toute la vigueur et la vie de TEglise ; et ce sont les Prêtres qui en sont les agents et les foyers. Faut-il chercher ailleurs les causes et les raisons de Tétât du monde ? Il y a plus de trois cent mille Prêtres dispersés sur tous les points du globe; ce qui représente un nombre considérable de Messes célébrées chaque jour. Un seul Sacrifice du Prêtre Eternel a obtenu le salut du monde ; le même Sacrifice offert par un Prêtre a la même valeur ; et des centaines de mille Messes ne parviennent pas à relever le niveau moral et spirituel de la Société !
Ne craignons pas de dire toute notre pensée. Les Prêtres eux-mêmes, pour un trop grand nombre, sont-ils à la hauteur de leur Sacerdoce? Sont-ils vraiment, partout et toujours, des hommes de Dieu ? Sont-ils en tout Thonneur de TEglise? Sont-ils des observateurs fidèles de ce qu’ils enseignent ? Sont-ils préoccupés uniquement de la gloire de Dieu et du bien des âmes ? ^
Et, pour pénétrer davantage dans leur vie spi-
^ « Certains prêtres, disons mieux, la plupart des prêtres, que font-ils pour se sanctifier? Ils disent la Messe et l’Office, voilà tout; pas d’oraison, pas de mortification, pas de recueillement. — Mais, dira l’un d’eux, il suffit que je me sauve ! — Non, cela ne suffit pas. « Car, remarque saint Augustin, si vous dites ; c’est assez, vous êtes perdu. » S. Alph., Le PrêtrCt t. 1.
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rituelle, sont-ils animés toujours d’esprit surnaturel, sont-ils préoccupés de leur propre sanctification ? Ont-ils sérieusement à cœur d’être, non seulement des Prêtres, mais encore de saints Prêtres?^ Pourquoi, dès lors, manifester si peu de ferveur apparente ? Pourquoi si peu de vie intérieure ? ^ Pourquoi tant d’indifférence à l’égard du Jésus de leur Sacerdoce, qu’eux-mêmes enferment dans le Tabernacle de leurs églises? Pourquoi enfin tant de laisser-aller et d’absence de piété dans la célébration de leur Messe quotidienne ? ^
Cette dernière considération ne serait-elle pas la cause de tout? Si le Prêtre disait saintement
1 « Ad idoneam executionem Ordinum, non sufficit bonitas qualiscumque, sed requiritur bonitas excellens. » S. Thom., Suppl., q. 35, a. i.
« llli qui in divinis mysteriis applicantur, perfecti in virtute esse debent. » S. Thom., In 4 Sent. d. 24, q. 3, a. 1.
2 « Si le prêtre est le vicaire du Rédempteur, il doit vivre comme le Rédempteur a vécu. Si le prêtre est la lumière du monde, il doit briller par Téclat des vertus. Bref, s’il est prêtre, il doit être saint. Que s’il ne se sanctifie pas, alors plus les dons qu’il a reçus de Dieu sont considérables, plus terrible aussi sera le compte qu’il devra lui rendre.» S. Alph., Ibid.
3 « O mon Dieu, quand on pense à la manière dont la plupart des prêtres disent la Messe, on sent le besoin de répandre des larmes, mais des larmes de sang. C’est un crève-cœur ; oui, je le dis, de voir quel mépris plusieurs prêtres et religieux font de Jésus-Christ. Voyez avec quelle inattention pour l’ordinaire ils célèbrent l’auguste Sacrifice. » S. Alph., Ibid,
sa Messe, n’aurions-nous pas la solution à tout ce que nous venons de dire? Ne se produirait-il pas un changement, une amélioration et, disons le mot, une réforme dans la vie du Prêtre?
N’est-il pas logique d’attendre ce résultat des Messes mieux célébrées ? N’est-ce pas avant tout de cette source de vie, qu’il faut espérer le salut? Tant que la négligence, l’indifférence, la légèreté et la routine feront de la Messe du Prêtre comme un simulacre de Sacrifice, pourronsnous être étonnés de voir la ferveur déserter l’âme du Prêtre et sa vie devenir une cause de malédifîcation dans l’Eglise, sinon de scandale?
Remettons la sainte Messe en honneur, donnons-lui la première place dans notre vie, préoccupons-nous de la célébrer saintement, faisons-en l’objectif de nos efforts de vertu et de nos désirs de sanctification, ne négligeons rien pour la dire toujours mieux, vivons en harmonie avec la sainteté de ce grand Sacrifice ; et le Clergé sera saint. Là est le salut.