I. — La préparation d’état au Saint Sacrifice de la Messe
Le Prêtre est Prêtre partout et toujours. Il est étroitement uni, par son Sacerdoce, à Jésus Luimême ; mais à aucun moment de sa vie, il ne
^ « Le prêtre ayant à célébrer la Messe, que tout, actions, paroles et pensées, lui servent de préparation. » S. Alph., Ibid.
2 Eccli., xviii, 22.
l’est autant qu’au moment de son Sacrifice, à l’autel. C’est dans cette vue qu’il doit vivre et se conserver pur. Voilà son premier et essentiel préparatif : vivre sans péché.
Une faute grave ou légère aura certainement un contre-coup sur sa Messe. S’il n’emploie pas tous ses efforts pour fuir le péché mortel, il est condamné à l’avance à célébrer sans piété et sans ferveur ; si encore il ne s'aveugle pas jusqu’au point de le faire avec une conscience douteuse ou même coupable
Si le péché véniel devient chez lui une habitude, il se créera une âme froide et indifférente ^ qui l’empêchera de goûter sa Messe et d’y apporter les soins élémentaires pour la bien dire Quelle tristesse alors de posséder un tel trésor et de ne pas savoir mieux l’apprécier ! Quel châtiment déjà pour n’avoir pas plus à cœur de se préserver du péché, que d’enlever à sa Messe ce
^ « Heu, Domine Deus, quia ipsi sunt in persecutione tua primi, qui videntur in Ecclesia tua gerere principatum. » S. Bern., In conv. S. Pauli, viii, i.
2 « Ce n’est pas assez que le prêtre n’ait à se reprocher aucun péché mortel ; il doit encore être exempt du péché véniel, au moins volontaire : autrement Jésus ne le traitera pas comme un ami. » S. Alfh., Ibid.
3 « Nescio qua fronte, aut qua conscientia optât in altaris consecratione gaudere, qui in cordis sui altari non studet munditiam custodire. » S. Auc., Serm. 4 Ded. Eccl.
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cachet divin de ferveur et d’amour qui fait toute la joie du Prêtre ! ^
Le premier et capital devoir du Prêtre qui se prépare à célébrer est donc de se garder de tout péché. Le deuxième est de mener une vie conforme à l’état qu’il a embrassé. Son Sacerdoce l’a consacré l’homme de Dieu, le Ministre du Seigneur, le représentant officiel de Jésus. Tout à l’heure, on va le voir monter à l’autel comme Jésus montait au Calvaire, pour offrir le même divin Sacrifice ; et sa vie ne prêcherait pas la sainteté de son état, sa conduite ne serait pas conforme à la grandeur de la mission rédemptrice qu’il remplit à l’autel ! ^
Il n’apportera évidemment à son Sacrifice que la ferveur qui l’anime dans l’ensemble de sa vie. Sa Messe ne peut pas être un office qui se dé-
^ « Pour dire la Messe, disait le saint Curé d’Ars en pleurant, il faudrait être un séraphin. »
2 « Diversitas statuum, officiorum et graduum secundum diversa sumitur. Contingit tamen quod ista tria in eodem concurrant, puta cum aliquis deputatur ad aliquem actum altiorem, simul ex hoc habet et officium, et gradum et ulterius quemdam perfectionis statum propter actus sublimitatem, sicut patet de episcopo. Ordines autem ecclesiastici specialiter distinguuntur secundum diversa officia. Dicit enim Isidorus in lib. Etymolog. : « Officiorupi plurima généra sunt, sed præcipuum illud est quod in sacris divinisque rebus habetur. » S. Thom., 2 2, q. i83, a. 3.
clanche automatiquement et qui s’interrompt quand le ressort a fini de se dérouler. Avant et après, il doit y avoir comme une atmosphère de piété sacerdotale dans laquelle le Mystère s’accomplit^. Au point qu’à un moment quelconque de la journée, le Prêtre puisse trouver, dans les heures qui précèdent, une préparation foncière à la célébration de sa Messe.
Ce qui exclut nécessairement bien des actions peu conformes à l’état ecclésiastique, bien des attitudes qui sont plus laïques que sacerdotales, bien des laisser-aller qui dénotent une vie spirituelle plutôt molle et relâchée, qu’une vie mortifiée et vigoureuse comme celle qui caractérise le Prêtre conscient de la dignité et de la sainteté de son état 2.
Une troisième préparation qui enveloppe pour ainsi dire toute la vie du Prêtre et qui est l’expression des dispositions habituelles de son âme, c’est l’esprit de foi. Le Prêtre est l’homme des
1 « Il faut que, dans le prêtre, une vertu exemplaire précède et accompagne l’exercice de son sacerdoce. Si elle manquait à la célébration de son Sacrifice, elle ne saurait en être le fruit. » Baguez, Du divin Sacrifice.
* « Decet omnino clericos, in sortem Domini vocatos, vitam moresque suos componere, ut habitu, gestu, sermone, aliisque rebus, nihil nisi grave ac religione plénum præ se ferant. » CoNC. Trid., Sess. 22, c. 1,
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choses éternelles. Tout ce qu’il dit, tout ce qu'il enseigne, tout ce qu’il fait, porte le cachet d’une mission toute surnaturelle. Le premier, il doit vivre de foi et apporter dans tout l’ensemble de sa vie cet esprit surnaturel qui le ramène sans cesse aux choses du ciel, et qui, à l’autel du Sacrifice, trouve sa plus haute expression L
Le Mystère de foi qu’il renouvelle à la Messe, suppose une longue préparation de foi et d'esprit surnaturel qui établit l’âme dans la grâce de son état. Il y aurait une contradiction douloureuse dans la vie du Prêtre, s’il en était autrement. Comment pourrait-il livrer son âme à tous les sentiments de foi et d’amour que fait naître en lui la célébration du plus grand Sacrifice, s’il n’était pas déjà disposé, par une habitude acquise, à tout voir, à tout apprécier et à tout faire dans le même esprit ?
Si un esprit plus ou moins naturel s'infiltrait dans sa vie, quels efforts ne devrait-il pas faire pour entrer subitement dans l’esprit de foi profonde que réclame l’office qu’il remplit à l’autel !
Que l’on ne dise pas que ce Sacrifice est telle-
^ « Sine fîde impossibile est placere Deo ; credere enim oportet accedentem ad Deum. » Hebr., xi, 6.
« Et ideo primum principium purificationis cordis est fides, qua purifîcatur impuritas erroris, quæ si perficiatur per charitatem formatam, perfectam purificationem causât. » S. Thom., II II, q. 7, a. 2.
ment grand dans TEglise, qu’il réveille forcément la foi dans le Prêtre, et qu’à moins d’avoir perdu totalement la foi, il en reste suffisamment pour accomplir, comme • il convient, cet acte suprême de la religion. Mais sur quoi peut-on s’appuyer pour croire alors à l’existence d’une vertu que l’on aura si peu pratiquée auparavant ? Il faut plutôt craindre qu’une infidélité semblable, dans un Prêtre dont toute l’existence doit respirer la foi et le surnaturel, ne conduise, par voie de conséquence et par châtiment, à une diminution de foi dans le plus grand des mystères
On a vu des Prêtres qui perdent la foi, et souvent la première vérité à laquelle ils ont cessé de croire, est celle de la Présence réelle et de la réalité de leur Sacrifice. S’ils avaient vécu de foi, ils auraient évité le crime de l’apostasie. Nous avons donc raison de dire que la vie de foi est une préparation indispensable à la préparation habituelle à la Sainte Messe
Il reste une dernière et non moins importante préparation d’état, c’est celle de la pratique cons-
^ « Impossibile est, qui vitam impuram ducit, in fide non vacillare. » S. Joan. Chrys., Serm. i De verbis apost.
2 « Fides hominem salvat, mentem purgat, postulata impetrat, perseverantiam dat, temporalia contemnit, hominem justificat et beatibcat. » S. Bonav., 1. 5 Comp. Theol., c, 20.
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tante de la vertu et du travail généreux de sa perfection.
C’est précisément ce qui établit l’âme dans des dispositions habituelles préparatoires à célébrer la Sainte Messe avec une ferveur toujours croissante ^ On a sa Messe devant les yeux, on voudrait la célébrer saintement et y apporter tous les moyens susceptibles de s’assurer un tel résultat. Or, la pratique de la vertu nous fait non seulement éviter le péché, mais développe en nous la vie spirituelle qui donne de la valeur à tous nos actes.
Si, à cette vie vertueuse en général, on ajoute un désir sincère de sa perfection, on acquiert des mérites nouveaux et une vigueur d’âme qui rend généreux et même héroïque dans la vie d’amour qui est le couronnement de la sainteté
Ce travail qui se fait journellement prédispose naturellement l’âme à apporter une ferveur plus grande dans l’acte le plus important de la vie. Quelle admirable préparation à l’action la plus
^ « Prenez garde à vous, et considérez quel est le ministère qui vous a été confié par l’imposition des mains de l’évêque.
« Un prêtre doit être orné de toutes les vertus, et donner aux autres l’exemple d’une sainte vie. » Imit. de J.-C., 1. 4, c. 5.
2 « Ouanto magis est charitas in homine, tanto magis est virtute præditus ; quanto autem minus, tanto minus inest ei virtus ; et quanto minus inest virtus, tanto magis est vitium. » S. Aug., Op. 29 ad Hieron.
sainte et qui réclame le plus d’amour, qu’une vie toute de vertu et de sacrifice ! ^
Si elle faisait défaut, la Messe ne pourrait être célébrée avec la dignité et la perfection qu’elle réclame. Prétendre arriver à bien dire la Messe et négliger en même temps sa perfection, c’est mépriser le plus grand des Mystères, c’est outrager le Souverain Prêtre qui nous fait l’honneur de nous associer à son Sacerdoce c’est rendre inutile pour soi-même le sang de la Victime qui ne peut purifier que les âmes de bonne volonté.
Que le Prêtre ne soit jamais assez léger et si peu réfléchi, pour dire qu’il n’est point tenu de tendre à la perfection, lui qui cependant accomplit dans l’Eglise la fonction la plus sublime. Vouloir se justifier d’une telle infidélité, serait le comble de l’inconvenance, et le signe d’une étrange incompréhension de son devoir le plus sacré
^ « Hoc eniin est sacrificium primitivum, quando unusquisque se ofifert hostiam, et a se incipit, ut postea munus suum possit offerre. » S. Amb., De Abel, 1. 2, c. 6.
* K Celui qui n’est pas saint ne mérite pas de monter à l’autel, parce que les souillures de son âme rejaillissent sur le sanctuaire de Dieu. » S. Alph., Ibid.
« Nec accedat ad altare, quia maculam habet, et contaminare non debet sanctuarium meum. » Lev., xxi, 23.
3 « Dominum fefellisti, si perfectus non es. » S, Hier., Ep. l ad Heliodor.
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O Jésus, donnez-nous des Prêtres saints, et le Sacrifice de nos autels sera votre gloire et notre salut !
II. — La préparation éloignée au Saint Sacrifice de la Messe.
Nous avons fait une distinction entre la préparation d’état, qui touche davantage à la condition du Prêtre en général, et la préparation éloignée qui consiste plutôt dans les actes précis de la vie spirituelle du Prêtre. On remarquera néanmoins l’importance de ces derniers, et on devra leur accorder la même attention qu’aux devoirs indiqués précédemment.
Pour se mettre en état de célébrer saintement la Messe, le Prêtre doit tout d’abord mener une vie sérieuse et réfléchie qui cadre avec ce qu’il accomplit chaque jour à l’autel ^ Il serait tout au moins inconvenant qu’il n’apparaisse pas, selon l’expression ordinaire, un homme sérieux et digne ; non pas d’une gravité telle qu’il éloigne
1 « La préparation éloignée, requise pour célébrer dignement, consiste dans la vie pure et vertueuse que doit mener le prêtre. Si Dieu exigeait la pureté des prêtres anciens, seulement parce qu’ils devaient porter les vases sacrés : Mundamini, qui fertis vasa Domini (Is., 52, il), combien ne doit-il pas être plus pur et plus saint, observe Pierre de Blois (Ep. 123), le prêtre qui doit porter dans ses mains et dans son corps le Verbe incarné, Jésus-Christ lui-même. » S, Alph., Ibid,
les âmes plutôt que de les attirer, mais d’un ensemble d’attitudes qui lui conserve le cachet de son caractère sacerdotal.
On s’attend à bon droit à trouver dans la vie journalière du Prêtre, le cachet du Ministre que l’on a contemplé à l’autel. Une vie qui n’aurait rien de sérieux et de pondéré, serait l’occasion de bien des remarques désobligeantes. Le Prêtre serait, en outre, le premier à le regretter ; car il en souffrirait, lorsqu’il s’agirait pour lui d’accomplir l’action la plus sublime que peut accomplir une créature humaine.
Ce ne serait plus le temps alors de se composer une attitude digne, à laquelle il ne se serait pas habitué, d’essayer de rentrer en lui-même pour y trouver le calme et la réflexion qu’il aurait négligés jusque là. Ses efforts pourraient avoir un certain mérite, mais les difficultés et probablement l’insuccès seraient la conséquence inévitable de ses infidélités.
Le Prêtre est consacré, par vocation, à des choses trop élevées et trop sérieuses, pour qu’il soit habituellement léger et irréfléchi. Si d’ordinaire son esprit ne se fixe pas, si ses attentions se portent sur des choses frivoles, si son imagination a libre cours, si sa curiosité le tire de tous côtés, si ses préoccupations se concrètent
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dans les choses purement mondaines, si ses loisirs sont de préférence employés à des futilités, si, en un mot, il s’extériorise facilement et ne rentre que rarement en lui-même, il trouvera ensuite péniblement le chemin de son intérieur.
Ses prières, ses méditations et surtout sa Messe s’en ressentiront. S’il ne veut pas s’exposer à agir comme un automate dans les choses les plus saintes, qu’il se ressaisisse bien vite et qu’il devienne sérieux et réfléchi.
Etre sérieux dans sa vie sacerdotale, c’est beaucoup; être pieux, l’est davantage ^ Une habitude d’irréflexion ne va pas de pair avec une vie recueillie, et un manque habituel de recueillement ne favorise pas la prière. Et pourtant le Prêtre est, par état, l’homme de la prière. Il prie pour lui et pour les autres. Il prie officiellement dans l’Eglise. 11 prie par son bréviaire, et surtout par sa Messe.
Si son âme n’était pas habituellement recueillie et priante, avec quel fruit pourrait-il
^ « Si les rapports du prêtre avec Dieu sont si intimes, si fréquents et si délicats, ils doivent être accompagnés et comme embaumés du parfum de la piété ; si « la piété est utile à tout », elle est utile par dessus tout pour bien exercer le ministère sacerdotal. Sans la piété, les plus saintes pratiques, les plus augustes rites du ministère sacré seront exécutés mécaniquement et avec routine. Il leur manquera l’esprit, l’onction, la vie. » Encyclique de Pie XI «Ad catholici sacerdotii fastigium».
remplir une mission comme la sienne ? S’il n’aime pas la prière, s’il n’y apporte pas toute l’attention qui convient, s’il prie plutôt des lèvres que du cœur, s’il ne s’applique pas à s’abstraire des choses terrestres pour traiter des choses célestes, s’il entre rarement en contact avec Jésus, s’il n’établit pas avec Lui des rapports d’intimité comme en réclame son Sacerdoce ; comment pénétrera-t-il dans l’intime du Mystère eucharistique ? ^
Comment son âme, qui n’aura pas été préparée par la prière et le recueillement, jouira-t-elle d’un ascendant suffisant sur son esprit et son cœur pour s’unir efficacement à la sublime prière du divin Sacrificateur s’immolant par l’intermédiaire de son Prêtre ?
En vue de sa Messe, le Prêtre doit donc être attentif dans ses prières 2, et surtout s’eflforcer
^ « Aussi, ajoute le Pape Pie XI, la piété dont nous parlons, n’est pas cette fausse piété inconstante et superficielle qui plaît, mais ne nourrit pas ; qui flatte, mais ne sanctifie pas. Il s’agit de cette piété solide, qui n’est pas soumise aux fluctuations incessantes du sentiment, mais s’appuie sur les principes de la doctrine la plus sûre, et est faite de convictions solides qui résistent aux assauts et aux séductions de la tentation. » Encycl. « Ad catholici sacerdotii fastigium ».
2 « In conspectu Dei orat, qui orat, undecumque colligens mentem suam, nihil habens cum terra commercii, sed ad ipsum Deum totus commigrans, omni cogitatione Humana ab animo depulsa. » S. Joan. Chrys., Hom. 2, De fîde.
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d’acquérir l’esprit de prière. Qu’il ne se fasse pas illusion ; cette préparation à sa Messe doit devenir un état habituel. A lui de demander sans cesse cette grâce et de la mériter.
Il est une autre préparation, aussi nécessaire que les deux autres, c’est la fidélité aux devoirs d’état. Comment se préparer à sa Messe, sans chercher à plaire à Jésus, et comment plaire à Jésus si l’on n’est fidèle à faire en tout sa sainte volonté ? 1 Les devoirs que Jésus nous impose sont avant tout ceux qui correspondent à notre condition, à nos obligations, à nos responsabilités, à nos occupations journalières.
Le Prêtre a les siennes, et elles sont d’autant plus importantes, qu’elles ont un caractère sacré résultant de l’état le plus saint qu’il y ait dans le monde, l’état sacerdotal. Il en a assumé la responsabilité, son honneur y est engagé, et sa sainteté en dépend.
C’est ce qu’il doit faire passer avant tout, le reste étant surérogatoire relativement à ce qui est essentiel à son état et à sa mission. Négliger ses devoirs d’état, c’est négliger ce sans quoi il ne peut absolument pas se sancti-
^ « Si vere Christum diligimus, nihil magis velle, nihil omnino debemus agere, quam quod ilium velle cognoscimus. » S. Hier., t. 1, Ep. 14 ad Celantiam.
88 LE SACRIFICE DE La MESSE POUR LE PRÊTRE
fier ^ Etre positivement infidèle à ses devoirs d'état, c'est commettre une faute grave qui charge sa conscience et qui, dès lors, est diamétralement opposée à la préparation éloignée qu'il doit apporter à la célébration de sa Messe.
Comment, en effet, prétendre se trouver disposé spirituellement à monter au saint autel, quand auparavant on a vécu sans souci de son devoir et dans une torpeur spirituelle où la conscience s'est endormie dans l'infidélité ? Serait-on sincère avec soi-même, si l'on s'imaginait avoir l'âme assez en paix pour célébrer, lorsque l'on n'a pas craint précédemment de se mettre en désacccord formel avec les volontés de Jésus nous imposant des devoirs et nous obligeant à les accomplir?
Tout cela se tient dans la vie d'un Prêtre. Il doit vivre en vue de son Sacrifice. Sa Messe n'aura de valeur pour lui que dans la mesure où il sera préparé par la sainteté de sa vie, laquelle dépend de l'accomplissement fidèle des devoirs de son état sacerdotal.
Un dernier secours pratique pour rendre plus efficace la préparation éloignée à la célébration
^ « Negligentia importât defectum debitæ sollicitudinis ; omnis autem defectus debiti actus habet rationem peccati. >» S. Thom., II II, q. 54.
LA PRÉPARATION A LA MESSE 89
des Saints Mystères, est la fidélité aux exercices de piété. Outre ceux qui lui sont imposés, le Prêtre en ajoute souvent d’autres qui correspondent à son état d’âme particulier et qui alors revêtent le caractère d’un élément quasi indispensable à sa piété.
Ces exercices de piété qui, au premier abord, semblent laisser une certaine liberté d’appréciation suivant les occurrences, sont néanmoins pour l’âme une véritable nourriture qui l’aide puissamment à la garder dans la ferveur.
Il en est de sacrés qui découlent des engagements mêmes de son Sacerdoce, par exemple le bréviaire. Qu’il apporte à le réciter toute l’attention, toute la piété et tout le recueillement qu’il convient, et son âme se fortifiera dans une ferveur croissante, dont les influences se feront sentir à l’autel. Le réciter sans piété, au milieu des distractions, mêlé à toutes sortes de préoccupations, à la hâte, pour ne pas dire à grande vitesse, c’est le réciter matériellement, mais d’une manière inconvenante et évidemment sans grand profit spirituel ^
1 Le Pape Pie X, dans son Exhortation au Clergé, à l’occasion du cinquantième anniversaire de son Sacerdoce, écrivait : « On voit des hommes chez lesquels « le sens du Christ », ce bien si précieux, est à peu près éteint. Ils sont tout entiers à la terre, ils ne poursuivent que la vanité et la frivolité, ils remplissent leurs fonctions saintes avec relâchement, avec tiédeur,
Rien d'étonnant alors qu’on puisse contracter une semblable attitude au saint autel ; on s’y sera habitué par la récitation défectueuse de l’Office divin. Tandis qu’un Prêtre qui a à cœur d’accomplir cette obligation liturgique avec une ferveur soutenue, dans des conditions de temps et de lieux propices à la prière, se maintient dans un état spirituel qui est une des meilleures préparations au Saint Sacrifice de la Messe.
Un autre exercice spirituel, qui n’est pas l’objet d’un engagement formel comme le bréviaire, mais qui fait partie de la vie de tout bon Prêtre, c’est la méditation quotidienne. L’expérience est là pour démontrer sa nécessité et les fruits précieux qui en résultent L
quelquefois même d’une manière indigne. Naguère encore, imprégnés de l’onction sacerdotale toute récente, ils se préparaient avec soin à l’office divin, pour ne point ressembler à ceux qui tentent Dieu ; ils cherchaient les temps les plus propices et les lieux les plus recueillis ; ils s’appliquaient à pénétrer le sens des paroles divines ; avec le Psalmiste, ils louaient, ils gémissaient, ils étaient dans l’allégresse, ils répandaient leur âme dans la prière. Mais aujourd’hui quel étrange changement ! »
1 « Si l’oraison mentale est, moralement parlant, nécessaire à tous les fidèles, elle est encore plus nécessaire aux prêtres; car les prêtres ont besoin de grâces et de secours plus abondants, obligés qu’ils sont de tendre à une plus haute perfection, à raison de la sainteté qu’exige leur état, et du devoir qu’ils ont de travailler au salut des âmes. » S. Alph., Ibid.
LA PRÉPARATION A LA MESSE
Sans méditation, peu de vie intérieure S* et la vie intérieure est nécessaire pour célébrer saintement la Messe. Sans méditation régulière, grand danger de Tomettre facilement et de finir par la négliger totalement ; et, par suite, réel préjudice pour Tâme, qui finit par perdre le goût et même la possibilité de la réflexion sérieuse. De là, la négligence de tant d'autres exercices que la piété s'était d'abord naturellement imposés, comme la visite quotidienne au Très Saint Sacrement, les examens de conscience, les lectures spirituelles, certaines prières vocales, quelques pratiques de dévotion, etc.
Si tout cela s'en va à la dérive, comment espérer un emploi sérieux du temps et une vie spirituelle qui maintienne l'âme dans les dispositions voulues pour accomplir le plus grand acte de la vie du Prêtre ? ^ Il est donc vrai qu'il
1 « Absque meditationis exercitio, nullus (secluso miraculo Dei speciali) ad perfectionem contemplationis dirigitur aut pervenit. » JoAN. Gers., De médit., consid. 7, part. 3.
2 « Le prêtre doit être doué d’une certaine aptitude à s’élever et à tendre vers les choses d’en haut, lui qui a pour mission essentielle de goûter, d’enseigner et d’inculquer les choses célestes ; lui qui doit régler toute sa vie d’une manière si surhumaine que, quoi qu’il fasse dans l’ordre de son ministère, il le fasse selon Dieu, sous l’inspiration et la direction de la foi. Et ce qui surtout établit et consacre le prêtre dans cet état d’âme, dans cette union pour ainsi dire naturelle avec Dieu, c’est la pratique de la méditation quotidienne : cela est telle-
ne suffit pas de passer quelques courts instants de recueillement forcé et de prières écourtées, avant de monter à Tautel, mais qu'il est de toute nécessité de s'y préparer plus sérieusement et de plus loin par une vie de régularité à ses exercices habituels de piété.
Petits moyens, pourrait-on oser dire. Oui, pour ceux qui, en les négligeant, ont mérité de ne plus en comprendre la valeur ; mais non, pour les bons Prêtres qui y sont restés fidèles et qui leur attribuent, pour une grande part, la ferveur qui les accompagne à l'autel K Oui encore, pour ceux qui s'habituent malheureusement à dire leur Messe, comme ils font toutes les autres actions de la journée, sans piété, parce qu'ils ne prient plus, sans recueillement, parce qu'il leur est impossible de rentrer en eux-mêmes ; vrai châtiment d'une habitude prise de tout faire à la bonne, même les exercices qui ne se doivent faire que dans l'attitude du respect et de la prière. Mais grands moyens pour ceux qui, voulant se sanctifier en vue de leur Messe quotidienne, en apprécient l'importance pour faire
ment clair pour tout homme sage, qu’il est inutile d’y insister plus longuement. » Exhortation de Pie X au Clergé.
* « Ex frequenti meditatione ignis charitatis in corde accenditur. » S. Thom., Sup. Ephes., c. 5, lect. 7.
LA PRÉPARATION A LA MESSE 93
contrepoids à la légèreté de Tesprit et aux tendances d’une nature plutôt molle et distraite.
A n’en pas douter, cette préparation habituelle d’une vie vraiment sacerdotale, s’impose rigoureusement à tous les Prêtres du Seigneur, s’ils veulent être à l’autel les vrais représentants de Jésus, le Souverain Prêtre
ÏII. — La préparation prochaine au Saint Sacrifice de la Messe.
Le Prêtre n’a plus qu’un temps restreint avant sa Messe. La veille, il s’est endormi dans la pensée de son Sacrifice du lendemain. A son réveil, sa première pensée s’est portée vers l’autel où il va tout à l’heure célébrer. S’il a été fidèle à tout ce que nous avons indiqué dans les deux paragraphes précédents, son âme est toute à la joie.
^ « Tenons donc pour certain et prouvé que le prêtre, pour pouvoir soutenir son rang et son office, a besoin de se donner profondément au soin de la prière. Trop souvent il y a à déplorer que lui-même prie plus par habitude que par ardeur de cœur ; qu’il y vaque sans attention aux heures prescrites, et qu’ensuite il ne se souvienne en aucun autre moment du jour, d’offrir à Dieu, avec ses pieuses aspirations, le tribut de son oraison. Et cependant le prêtre, beaucoup plus que tout autre, devrait obéir au précepte du Christ : « Il faut toujours prier ». Le point important est qu’il soit concédé chaque jour un temps déterminé à la méditation des choses éternelles. Il n’est aucun prêtre qui puisse négliger cela, sans encourir la note d’une imprudence grave, et sans un détriment pour son âme. » Exhortation de Pie X au Clergé.
94 le sacrifice de la messe pour le prêtre
Sa Messe vaut tout le Sang du Calvaire. Jésus, le Prêtre Eternel, se prépare à la célébrer avec lui.
Ces pensées jettent du calme autour de lui et du recueillement dans son âme. C’est le moment de faire une provision plus abondante de vie intérieure, et le devoir s’en impose indispensable et rigoureux. Plus de pensées étrangères, plus de distractions volontaires, plus de préoccupations d’aucune sorte. Tout cela doit être renvoyé à plus tard ; et s’il n’est pas vigilant pour chasser aussitôt tout ce qui est étranger à sa Messe, il risque fort de ne pas y réussir ensuite, et peutêtre d’en être assailli pendant le Saint Sacrifice.
Etant donné la versatilité de l’esprit humain, il est important de se prémunir contre soi-même, dès la première heure, en entrant dans un profond recueillement qui favorise les pieuses réflexions. Car le simple recueillement ne suffit pas ; le Prêtre qui va célébrer doit s’entretenir en lui-même de l’action sublime qu’il va accomplir ^
1 « Le prêtre ne peut pas convenablement se contenter, pour dire la Messe, d’avoir fait sa méditation. Il regardera toujours comme un devoir de se recueillir quelque moment, pour considérer la grande action qu’il va faire. C’est ce qu’ordonne le premier Concile de Milan, tenu du temps de saint Charles Borromée : « Qu’avant de célébrer les prêtres se recueillent et qu’ils prient pour se bien pénétrer du sublime ministère qu’ils vont accomplir. » S. Alph., Ibid.
LA PRÉPARATION A LA MESSE
Sa méditation va d'abord le prédisposer à des réflexions plus spéciales sur sa Messe. Elle peut même fructueusement lui servir de préparation immédiate, le sujet choisi pouvant toujours se tourner en quelques applications pratiques en rapport avec sa Messe ^
Quoi qu’il en soit, la Messe doit être précédée d’un moment suffisant de réflexion, environ un quart d’heure. On ne monte pas à l’autel, sans avoir préparé son âme à cette grande prière Rien ne malédifie autant que de voir la légèreté et l’absence de piété d’un trop grand nombre de
* « La préparation fyrochaine exige, premièrement, l’oraison mentale. Comment voulez-vous qu’il célèbre dévotement la sainte Messe, le prêtre qui monte à l’autel sans avoir fait d’abord sa méditation ?... De là tant de Messes dites d’une manière si indévote et si désordonnée, que cela fait pitié à voir. » S. Alph., Ibid.
^ « Les prêtres devraient s’appliquer et mettre en pratique d’une manière consciencieuse la première des rubriques qu’on lit à la tête du Missel : « Sacerdos celebraturus, Matutino cum Laudibus absoluto, orationi aliquantulum vacet. » — L’Eglise ne détermine ni la nature ni la durée de la prière qu’elle exige. Que cette prière soit vocale ou mentale, il n’importe ; mais elle est de précepte. Il faut que le prêtre ait prié avant de monter à l’autel, qu’il ait recueilli son esprit et son cœur, qu’il ait pensé à la sainteté du divin Sacrifice, qu’il se soit rendu compte de ses dispositions, et qu’il ait pris les pensées et les sentiments que demande une si haute fonction. — En traçant cette règle à ses prêtres, l’Eglise n’entend pas ajouter aux obligations que leur ministère leur impose ; elle se borne à leur rappeler ce qu’exige la loi de Dieu et à leur en demander l’observation. » Baguez, Du divin Sacrifice,
Prêtres qui s’en vont à l’autel, sans avoir consacré même quelques minutes à s’y préparer ^ Ils donnent à penser qu’ils disent leur Messe par suite d’une sorte d’habitude acquise ou par une nécessité de ministère. Ce n’est pas leur âme qui vibre et qui agit : c’est le mouvement quasi automatique d’exercices journaliers, dont le premier se trouve à être leur Messe
Aussi, il faut voir avec quelle précipitation tout cela se fait. Si on ne court pas, la démarche en a presque l’allure. La curiosité des yeux accompagne l’immodestie des mouvements. La sacristie n’est plus le vestibule du sanctuaire. Il y a bien d’antiques affiches réclamant le silence, mais pourquoi tenir tant à ces choses de disci-
^ « Peut-être se tiendra-t-on à genoux pendant quelques minutes dans le sanctuaire, avant de prendre les ornements sacrés ; peut-être récitera-t-on quelques prières, mais on ne sera pas touché d’aucune pensée de foi. Ainsi on montera à l’autel sans préparation et, après avoir célébré sans dévotion, il est à croire qu’on en descendra sans consolation. » Baguez, Ibid.
2 « Si certains prêtres disent la messe avec tant d’irrévérence, c’est en premier lieu parce qu’avant de célébrer, ils ne pensent pas même à ce qu’ils vont faire, et qu’ils se contentent de dire la messe pour un misérable stipendium ou pour quelqu'autre motif humain. Il est donc convenable et même nécessaire de se préparer à l’oblation du saint Sacrifice par une demi-heure, ou du moins par un quart d’heure d’oraison mentale. » S. Alph., Le Prêtre» t. 2.
LA PRÉPARATION A LA MESSE
pline, lorsqu’on en néglige de bien plus importantes et qui regardent plus directement les dispositions de l’âme ? Alors, on parle, on parle sans raison, on parle à haute voix, on parle sans retenue ; et c’est ainsi qu’on quitte la sacristie pour aller offrir le grand Sacrifice du Calvaire K Ce triste tableau hélas ! n’est pas une chimère. Que l’on établisse des statistiques, que l’on observe le nombre de Prêtres qui sont en défaut sur l’un ou l’autre de ces points, et qu’on nous dise ensuite s’il n’y a pas là matière à verser des larmes et à crier miséricorde à Jésus pour ceux de ses Prêtres qui outragent leur Sacerdoce au lieu de l’honorer.
Il est évident que les Prêtres qui apportent à leur Messe les préparations antérieures appelées préparations d’état et préparations éloignées, ne tombent pas dans les fautes de préparation prochaine signalées ici ; néanmoins, pour eux comme pour les autres, il faut ajouter la pratique rigoureuse de tout ce qui concerne l’ultime * préparation au Saint Sacrifice de la Messe.
1 « En entrant dans la sacristie, le prêtre doit congédier toutes les pensées du monde, et dire avec saint Bernard : « Attendezmoi ici, affaires et sollicitudes terrestres, jusqu’à ce que je vienne vous reprendre après avoir célébré la Messe ; car il faut que j’y apporte toute mon attention. » S. Alph., Ibid,
Est-ce trop demander, lorsqu’on est Prêtre comme Jésus, lorsqu’on accomplit à Tautel l’acte le plus sublime de son Sacerdoce, lorsqu’il suffirait de n’avoir qu’une seule Messe à dire, pour employer toute sa vie à se préparer à la célébrer.
O Jésus, donnez-nous des Prêtres, mais des Prêtres saints qui vivent pour leur Messe !