CHAPITRE SIXIÈME
La Célébration de la Messe
De tous les actes du culte catholique^ il n’en est aucun qui ait autant de valeur que le Saint Sacrifice de la Messe. Il n'en est, par conséquent, aucun qui mérite autant l’attention, l’estime, le respect et la ferveur du Prêtre
Il suffit de réfléchir un instant sur cet ineffable Mystère, pour en comprendre la particulière excellence et pour vouloir en faire l'œuvre capitale de sa vie. Au-dessus des considérations de dévotion, il y a ici l’acte le plus sublime de la religion, qui tient à l’essence même du christianisme. Le Prêtre, qui a mission de l’accomplir, doit donc être le premier à l’apprécier et à s'en montrer digne.
Tout, dans sa vie, doit converger vers sa Messe quotidienne. Tout ce qu’il a de vertu, tout ce qu’il a fait d’efforts et acquis de ferveur, doit se concentrer dans le Sacrifice qu’il offre à l’autel. Sans se relâcher en rien de la pratique de ses
1 « Necessario fatemur nullum aliud opus adeo sanctum ac divinum a Christi fidelibus tractari posse, quam hoc tremendum mysterium. » Conc. Trid., Sess. 22, Decr, de observ. in çelebr. Missæ.
autres devoirs, il doit attacher une importance capitale à celui-là, et en faire le centre de toutes les aspirations de son âme.
Nous ne rappellerons jamais trop cette obligation sacrée aux Prêtres du Seigneur. Ils ont reçu le Sacerdoce pour offrir des Sacrifices ^ ; c’est par ce moyen qu’ils obtiennent la purification des péchés, en appliquant aux âmes les fruits de la Rédemption ; c’est en vue de cette action sublime qu’ils doivent se sanctifier ; c’est pour être dignes de l’accomplir mieux, qu’ils doivent en faire l’objet de leurs fréquentes méditations et de leurs incessantes prières.
S’il est requis de s’y préparer de longue date et avec tant de soin, comme nous l’avons démontré au chapitre précédent, que ne devonsnous pas dire de l’importance de la célébration elle-même. De quel respect, de quelle atmosphère de recueillement, de quelle fervente piété et de quel tendre amour, ne doit-elle pas être entourée.
Avec quelle sollicitude toutes les cérémonies du Saint Sacrifice ne doivent-elles pas être accomplies ! Par quelle attitude extérieure irrépro-
* « Omnis pontifex ex hominibus assumptiis, pro hominibus constituitur in iis quæ sunt ad Deum, ut oflferat dona et sacrificia pro pæccatis. » Hebr., v, i.
LA CÉLÉBRATION DE LA MESSE lOl
chable le Prêtre ne doit-il pas se faire remarquer ! Quelle prédication silencieuse ne doit pas être la sienne à Tautel ! ^
Il y remplit un office qui n’est pas concédé aux anges. Ses fonctions sont tellement sublimes que, pour les remplir, il lui faut la présence même de Jésus parlant par sa boucbe et donnant une efficacité divine à ses paroles.
On comprend que les phalanges angéliques s’abîment dans l’adoration autour de l’autel, comme elles le font au ciel devant le trône de l’Agneau Et c’est dans ce spectacle d’adoration et d’amour qu’apparaît le Prêtre, nimbé d’une auréole céleste, pour offrir le grand Sacrifice de la glorification divine !
La conclusion est rigoureuse. Le Prêtre doit être saint pour monter à l’autel et pour y commander au Saint des saints. Qu’il en écarte les moindres imperfections, et qu’il y soit la gloire de Jésus et l’édification de l’Eglise.
^ « Ecclesia cæremonias adhibuit, quo et majestas tanti Sacrificii commendaretur, et mentes fidelium, per hæc visibilia religionis signa, ad rerum altissimarum, quæ in hoc Sacrificio latent, contemplationem excitarentur. » Conc.Trid., Sess. 22, c.5.
2 « Sacerdoti horrendum sacrificium celebranti angeli assident, et cœlestium potestatum universus ordo, et locus altari vicinus in illius honorem, qui immolatur, angelorum choris pienus est. » S. JoAN. Chrys., 1. 6 de Sacerd.