‹ Le Saint Sacrifice de la Messe pour le PrêtreChapitre 20 sur 43 · I. — Dispositions intérieures · texte numérisé non relu

I. — Dispositions intérieures

Les dispositions intérieures du Prêtre qui célèbre se tirent de Tessence même du Sacrifice qu'il offre. Il a été institué Prêtre pour offrir le même Sacrifice que Jésus a offert sur la Croix ; il est par là même tenu d'agir dans les mêmes sentiments et pour la même fin ^ Il n'a pour cela qu’à se figurer qu'il monte au Calvaire avec Jésus et à considérer ce qui porte ce tendre Maître à s'offrir en Victime.

Jésus n'a alors qu'une pensée, celle de toute sa vie : Il est venu pour mourir, et II se dirige librement vers la mort. Il a été constamment animé d'un seul désir, celui de glorifier son divin Père, et II accourt au Sacrifice pour couronner dans son sang l'œuvre de la glorification divine. Il s’était fait Homme pour expier à la place de l’humanité et la sauver, et la Croix se dresse devant Lui comme l’étendard de son triomphe sur l'enfer et le péché.

Tout est fini pour Jésus; Il est attiré par la mort destinée à devenir la source de la vie. Son Père Lui demande le sacrifice suprême,

^ « Inter missariim solemnia, semper passio Domini miscenda est, ut ejus, cujus Corpus et Sanguis conficitur, passio celebretur. » Alex, pr, Pap., Epist. i.

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et ramour qu’il lui porte Lui donne la force d’accepter le plus terrible des supplices.

Jésus meurt, mais II ne veut pas que son Sacrifice disparaisse avec Lui. Il a pris toutes ses précautions et la veille, à la Cène, Il a institué un Sacrement pour perpétuer d’une manière précise son Sacrifice. Le Prêtre demeurera dans l’Eglise le Sacrificateur du Calvaire. Il offrira la même Victime et dans les mêmes intentions.

Serait-il admissible que ses sentiments ne soient pas les mêmes que ceux de Jésus ? Toute considération pieuse peut lui être utile pour célébrer ; mais quel est le Prêtre, conscient de ce qu’il opère à l’autel, qui pourrait s’en contenter? Il s’agit d’un Sacrifice offert à deux ; l’unisson doit être complet entre eux.

Si ce Sacrifice n’était encore qu’une figure et qu’un simple mémorial, des pensées simplement pieuses suffiraient ; mais il y a ici un vrai Sacrifice, un Prêtre agissant, une Victime vivante, qui commandent le Prêtre et réclament sa coopération parfaite de pensée, de sentiment et de volonté.

Autrement, le Prêtre ne prêterait qu’un concours purement extérieur. Mais peut-on admettre que la Messe ne soit que cela, et qu’elle ne devienne pas pour le Prêtre une association com-

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plète d’action et de vie avec le Souverain Prêtre, dont le célébrant est le coopérateur nécessaire? ^

Cette première disposition intérieure en entraîne une autre, inséparable de la précédente, mais qui demande une mention spéciale pour exprimer plus complètement l’obligation du Prêtre de ne faire qu’un spirituellement avec Jésus, dans l’offrande de son Sacrifice : c’est l’amour.

Evidemment, Jésus ne s’est pas offert sur la Croix par un autre motif que l’amour C’est l’amour qui L’avait fait descendre du ciel et L’avait inspiré pendant toute sa vie, c’est encore l’amour qui Le conduit à la mort Mourir pour Jésus, c’était donner à Dieu et aux hommes la plus grande preuve de son amour

* « Summe Sacerdos, et vere Pontifex Jesu Christe, qui te obtulisti Deo Patri hostiam puram et immaculatam in ara crucis pro nobis miseris et peccatoribus, et qui dedisti nobis Carnem tuam ad manducandum, et Sanguinem tuum ad bibendum, et posuisti mysterium istud in virtute Spiritus Sancti tui, dicens : Hæc quotiescumque feceritis, in mei memoriam facietis... ego, memor venerandæ passionis tuæ accedo ad altare tuum, licet peccator, ut offeram tibi sacrificium, quod tu instituisti, et offerre præcepisti in commemorationem tui, pro sainte nostra. » S. Ambr., Preces ante Missam.

2 « In hoc cognovimus charitatem Dei, quoniam ille animam suam pro nobis posuit.» 1 Ep. S. Joan., ni, i6.

3 « Dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis.» Ephes., v, 2.

'♦ « Majorem bac dilectionem nemo habet, ut animam suam ponat quis pro amicis suis. » Joan., xv, i3.

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Le Prêtre doit partager ces sentiments dans la célébration de sa Messe L Ne serait-il pas étrange que Tamour n’occupe pas la première place dans son Sacrifice, lorsque ce Sacrifice n’est autre que celui de Jésus, lequel est tout amour ? Ce ne serait sûrement pas l’offrir à l’unisson, si cette disposition faisait défaut.

Il n’est pas nécessaire que cet amour s’exprime extérieurement par des émotions sensibles, des soupirs et des larmes, — tous sentiments dont il faut laisser la liberté à l’Esprit-Saint, — mais il suffit qu’il soit un des principaux moteurs au fond du cœur. Il se manifeste d’ailleurs forcément par l’attitude plus respectueuse et la ferveur plus grande, dont il est le principe.

Pas n’est besoin de longues considérations pour comprendre cette vérité élémentaire. Le Prêtre aime Jésus et aime tout ce qu’il aime. Il doit donc aimer sa Messe plus que tout ; l’aimer pour s’y préparer avec soin, l’aimer pour la célébrer avec tendresse, l’aimer pour s’y unir plus intimement à Jésus qui ne s’y immole que par amour.

Une dernière disposition, conséquence des deux autres, c’est le recueillement profond dans

1 « Disce a Christo quemadmodum diligas Christum. » S. Bern., In Gant., s. 20.

lequel Tâme sacerdotale doit se plonger pour célébrer^. Un recueillement de surface ne suffit pas ; c’est dans ses profondeurs que l ame doit se recueillir, pour y trouver Jésus, partager ses sentiments, agir par le même mobile, tendre à la même fin.

Le silence intérieur, Tabstention de toute pensée étrangère, la fixation de l’esprit sur l’acte sublime du Sacrifice, l’adhésion intime aux sentiments de Jésus : quelle admirable disposition pour assurer la ferveur et la perfection de sa Messe ! ^

1 « Si le prêtre a une foi vive, cette foi l’accompagnera à l’autel et se manifestera durant le saint Sacrifice par une fervente religion et un profond recueillement. Elle tiendra ses yeux tellement ouverts au monde surnaturel que le monde terrestre et visible disparaîtra à ses regards. » Baguez, Du divin Sacrifice.

2 « Quelle prédication pour les fidèles que la vue d’un saint prêtre, ainsi recueilli devant Dieu, absorbé par son respect, paraissant avoir le Calvaire sous les yeux, le ciel ouvert sur la tête et l’Eglise entière devant lui ! Personne à l’entour qui ne se recueille et ne garde le silence. La majesté infinie qui lui est présente semble planer sur les fidèles et fait partager ces sentiments à tous ceux qui l’approchent. On voit Dieu par ses regards. On découvre, comme lui, la divinité sous les espèces qui la voilent. On prie avec lui et par lui. On s’associe à son humilité, à sa confiance, à sa ferveur ; et lorsqu’on le voit descendre de l’autel, plus recueilli encore qu’il n’y était monté, chacun se retire édifié d’un si bel exemple, et disant en lui-même ce qu’on disait après avoir vu saint Vincent de Paul offrir le divin Sacrifice : « Mon Dieu, que ce prêtre dit bien la Messe ! Avec quelle ferveur il prie et comme il fait prier ! » Baguez, Ibid.

LA CÉLÉBRATION DE LA MESSE

Que Ton n’objecte pas que c’est là une condition trop difficile, du moins dans le ministère actif, où il y a tant de sollicitudes d’état, qui vous saisissent à la première heure et qui vous suivent jusqu’à l’autel. Nous admettons que cette vie intérieure, que nous regardons comme une condition indispensable à la célébration parfaite des saints Mystères, soit moins facile pour quelques-uns et suivant les situations ; mais cela n’infirme pas le principe. Autrement, il faudrait soutenir que les difficultés justifient de ne pas pratiquer la vertu.

Que le Prêtre, qui se trouve dans ces conditions, redouble d’effort, et la grâce qui accompagne toujours la pratique du devoir l’aidera à triompher. Ce que l’on ne pourrait soutenir en aucune manière, c’est que le recueillement exigé pour célébrer saintement, ne serait pas nécessaire, par le fait qu’on le prétend impossible parce qu’il est difficile.

Un moyen bien pratique d’y réussir, c’est de ne pas poser des actes contraires ; soit la veille, par des délassements prolongés, des divertissements plus ou moins ecclésiastiques, des entretiens animés et profanes, sans préparation pieuse pour la Messe du lendemain ; soit le matin, en se préoccupant activement de son ministère ou des travaux de la journée, en négligeant

sa méditation, en se prêtant trop facilement à des occupations inopportunes, et en écourtant sa préparation.

Soyons logiques, entourons notre Messe d’attentions délicates en rapport avec son excellence, et Jésus permettra que nous arrivions, malgré les obstacles, à la célébrer saintement.

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