III. — Observances des rubriques
L’Eglise, soucieuse de la sainteté de l’adorable Sacrifice de la Messe, a pris un soin jaloux de réglementer les moindres cérémonies qui s’accomplissent à l’autel Ceci est naturel, et nous en déplorerions la lacune, si elle ne l’avait pas fait.
Ce qu’elle a réglé ne peut évidemment pas
' « Rappelons ce décret du Pape Innocent III : « Nous ordonnons que les églises, les vases, les corporaux, les ornements soient tenus bien propres, car il semble par trop absurde de supporter jusque dans le sanctuaire des taches qui feraient honte dans les choses profanes. » Hélas ! ajoute saint Alphonse, combien le Souverain Pontife avait raison de parler ainsi î Car certains prêtres n’ont pas honte de célébrer avec des corporaux, des purificatoires, des calices dont il leur répugnerait de se servir à table. »
■2 « L’Eglise, en instituant les rites sacrés, dit le Concile de Trente, ne s’est proposé d’autre but que d’inspirer à ses enfants la haute estime due au Sacrifice de l’autel et aux sublimes mystères qu’il renferme, »
LA CÉLÉBRATION DE LA MESSE
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rester lettre morte. Elle a légiféré, pour rendre sa liturgie uniforme et pour donner une ligne de conduite à tous les Prêtres qui offrent le même divin Sacrifice Il n’est permis à personne de s’en exempter et de se justifier de ses oublis ou négligences, sous prétexte qu’on ne se rappelle pas suffisamment les rubriques. Si on les ignore, il faut les apprendre ; si on les a oubliées, il faut les relire ; si on a à cœur de les observer exactement, il faut les repasser, partie par partie, pour être bien sûr de ne rien en omettre
D’où vient qu’il y a tant de différences dans la manière de dire la Messe, si ce n’est de ce que les rubriques ne sont pas fidèlement observées?
1 « Les rubriques, d’après la vraie doctrine, sont toutes de précepte ; car, dans la bulle placée en tête du missel, le pape Pie V prescrit et exige, de par la sainte obéissance, que la Messe se célèbre selon les rubriques du missel. « Juxta ritum, modum ac normam quæ per missale hoc a nobis traditur ; districte, in virtute sanctæ obedientiæ. » De ces paroles résulte qu’on ne peut excuser de péché celui qui manque aux rubriques, et s’il y manque en matière grave, on ne peut l’excuser de péché mortel. » S. Alph., Ibid.
2 « Le prêtre qui veut observer les rubriques doit avant tout les connaître. N’est-ce pas une chose honteuse de passer bien des années dans le sacerdoce sans avoir lu peut-être une seule fois bien attentivement les rubriques de la Messe ? Cependant, ce n’est pas assez de les avoir connues, il faut ne pas les oublier, et pour cela les revoir de temps en temps. » S. Alph., Theol. mor., 1. 6, tr. 3.
114 le sacrifice de la messe pour le prêtre
Dès que Ton sort de la réglementation établie par TEglise, l’on tombe dans l’arbitraire et l’initiative personnelle. Les mauvaises habitudes se prennent presque inconsciemment ; et comme la Messe se renouvelle chaque jour, les abus prennent racine et deviennent en pratique incorrigibles L
Ajoutez à cela que ces manquements réitérés aux rubriques prennent vite le cachet du tempérament, du caractère, de la nervosité, ou même de la spiritualité du sujet. Mouvements quasi incontrôlés, gestes exagérés, poses prolongées ou brusquées, signes déformés, prononciation capricieuse, excentricité d’attitude, etc. ; toutes choses qui déforment la beauté des cérémonies de la sainte Messe
^ « Reprobata quamvis contraria consuetudine, sacerdos celebrans accurate ac devote servet rubricas suorum ritualium, caveatque ne alias cœremonias aut preces proprio arbitrio adjungat. » Can. 878.
« Il est facile de prendre de mauvaises habitudes dans la célébration de la sainte messe, et d’adopter des manières qui choquent les assistants et jettent une sorte de ridicule sur nos augustes mystères. Rien n’est plus difficile que de s’en corriger quand elles se sont, pour ainsi dire, naturalisées en nous. » S. Alph., Theol. mor., 1. 6, tr. 3.
2 « C’est un péché de faire les cérémonies trop vite, selon ce qu’enseigne Lacroix, d’accord avec Pasqualigi, ou de ne les faire qu’à moitié, dit Concina en parlant de ces prêtres qui ne fléchissent pas le genou jusqu’à terre comme le veulent les rubriques, qui font semblant de baiser l’autel, qui forment mal
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Rappelons ici la juste sévérité du grand saint Alphonse de Liguori, qui avait fait dresser un autel dans la pièce voisine de son bureau et où il faisait célébrer devant lui les Prêtres qui ne disaient pas bien la sainte Messe. C’est ainsi qu’un jour il fît faire une répétition à un jeune Prêtre qui reçut une verte leçon, et qu'il fit venir le Directeur qui lui avait enseigné les rubriques de la Messe, mais qui la disait plus mal encore, au point que le saint lui en interdit la célébration pendant plusieurs jours.
Afin d’éviter ces inconvénients, il est fortement recommandé de relire de temps en temps les rubriques du Missel, de les lire au moins une fois l’an, par exemple à l’époque de la retraite annuelle Pourquoi même les Confrères ne s’entr’aideraient-ils pas, comme cela se fait dans certaines Communautés, en s’observant
les signes de croix ; car, dit Gavantus avec Ledesma, mal faire les cérémonies prescrites, c’est comme si on les omettait, d’après cet axiome du droit : « C’est tout un d’omettre ou de mal faire les choses ». S. Alph., Le Prêtre, t. 2.
1 « Il est des prêtres qui ont l’excellente pratique de les relire chaque année, à l’époque de leur retraite annuelle. Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que celui-là ne saurait être excusé de péché qui, vivant dans une ignorance crasse des cérémonies, néglige de les apprendre. En effet, puisque c’est une obligation de les observer, c’en est une aussi de les connaître et de les apprendre. » S. Alph., Theol. mor., 1. 6, tr. 3.
Il6 LE SACRIFICE DE LA MESSE POUR LE PRÊTRE
mutuellement et en s’avertissant des manquements remarqués ? ^
Lorsqu’il s’agit de la sainte Messe, l’on ne peut prendre trop de moyens de la bien dire ; et la fidélité aux rubriques est un des plus indispensables.
Il est d’expérience que l’on remarque parfois certaines fautes contre les rubriques, qui ne nous avaient pas frappés jusque là et dont il nous est difficile de reconnaître l’origine. Probablement une première inadvertance a été suivie d’une seconde, et ainsi de suite. C’est pourquoi la lecture des rubriques ne peut se faire à la course, mais elle doit être attentive et accompagnée d’un certain examen sur la manière actuelle dont on les observe.