IV. — Lenteur convenable
Il convient d’attirer l’attention sur ce point. Bien des Messes sont mal dites, parce qu’elles sont dites trop vite ; et elles sont dites trop vite, parce qu’elles sont mal dites. Ces deux choses se tiennent. Qu’un Prêtre ne soit pas animé des dispositions intérieures qu’il doit apporter au saint autel, et il sera porté à aller vite afin d’en
^ « Pour éviter ce danjjer, il serait bien utile de solliciter les observations d’un confrère charitable et capable de remarquer ce qui ne convient pas. » S. Alph., Theol. mor., 1. 6, tr. 3.
LA CÉLÉBRATION DE LA MESSE
finir plus tôt. Que par tempérament ou tiédeur, il se hâte de faire les cérémonies, et il sera privé du calme et de la ferveur d’une Messe bien célébrée.
La précipitation, voilà le grand mal d’une multitude de Messes L Ce qui fait qu’après des milliers de Messes, certains Prêtres ne sont pas meilleurs qu’au commencement et qu’au contraire ils ont perdu successivement le respect et le sens de leur Messe Leur esprit n’ayant pas le temps de s’arrêter aux cérémonies qu’ils accomplissent et aux paroles qu’ils prononcent, la Messe perd de son attrait et devient une espèce de routine. Ils la disent trop vite pour la goûter ; et hélas ! elle leur devient parfois un fardeau.
Ce qu’ils auraient évité si, par esprit de foi et de piété, ils s’étaient habitués à conserver à leur Messe son cachet divin par la lenteur digne et
^ « Le malheur est qu’on veut arriver bien vite à la fin de la Messe. Comment certains prêtres célèbrent-ils ? Tout à fait comme si l’église allait crouler... Un prêtre passera deux heures dans des conversations inutiles ; à quoi va-t-il ensuite appliquer toute son ardeur? à expédier sa Messe.» S. Le Prêtre, t.2,
2 « Il est malheureusement d’expérience que tous ces ecclésiastiques avec leurs messes si mal dites croupissent dans leurs défauts : toujours tièdes, toujours colères, toujours orgueilleux, amis de la bonne chère, attachés à leurs intérêts, pleins d’euxmêmes, avides de plaisirs et d’amusements mondains. Quel fruit retirent-ils de tant de messes, et que leur sert de recevoir chaque matin le corps de Jésus-Christ ? » S. Alph., Ibid.
Il8 LE SACRIFICE DE LA MESSE POUR LE PRÊTRE
posée avec laquelle ils auraient dû la célébrer. On raconte qu’un jour le vénérable Jean d’Avila voyant un Prêtre qui célébrait la sainte Messe avec une précipitation inconvenante, s’approcha de lui et lui dit doucement ces paroles capables d’émouvoir un cœur de Prêtre : « Traitez-Le bien, c’est le digne Fils d’un bon Père.»
Cette lenteur ne doit pas être exagérée, au point de fatiguer les assistants et de dépasser le temps normal d’une demi-heure ^ ; mais sous aucun prétexte la Messe ne peut être précipitée. C’est la Messe ! Par conséquent, tout ce qu’il y a de plus grand et de plus solennel dans l’Eglise. Et il serait justifiable d’y apporter une précipitation que l’on ne souffrirait pas dans une quantité d’offices publics, évidemment beaucoup moins importants que la Messe ?
Ne devrait-on pas craindre de fausser par là la dévotion des fidèles et, disons plus, de dénaturer l’excellence du Saint Sacrifice delà Messe ? ^
^ « D’après Benoît XIV (Inst. 34, n» 3o), et en général tous les auteurs, la messe ne doit point durer plus d’une demi-heure; aller au-delà, c’est se donner le tort d’ennuyer les assistants. » S. Alph., Ibid.
2 « C’est précisément parce que les messes se disent si vite et n’inspirent aucune dévotion, que les séculiers s’y conduisent, à l’exemple des prêtres, sans respect et presque sans foi. » S. Alph., Ibid.
LA CÉLÉBRATION DE LA MESSE
Aucun Prêtre sérieux et comprenant la majesté divine de son Sacrifice, ne peut reléguer ainsi sa Messe au second plan et lui refuser Tauréole de sainteté qu’elle possède.
Il n’y a pas davantage aucune réglementation d’office ou de ministère qui puisse exister au détriment de la Messe. Si l’on veut que le Prêtre la célèbre dignement, ne lui mettons pas l’épée dans les reins et ne lui enlevons pas le droit qu’il a de prendre le temps voulu. Si l’on veut que les fidèles soient édifiés par les Messes auxquelles ils assistent, ne leur donnons pas le spectacle de Prêtres qui célèbrent en vitesse, parce que l’heure les talonne et que le service le veut ainsi.
Sauvegardons la piété de nos Prêtres. Sauvegardons l’édification des âmes. N’en obligeons pas à courir les sanctuaires, pour y trouver des Messes pieusement et lentement célébrées.