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II. — L’action de grâces, besoin du cœur pour le Prêtre

Tout est gratuit pour le Prêtre, dans sa vocation sacerdotale, dans sa mission divine, dans les grâces dont il est comblé ; et c’est pourquoi il doit vivre dans une reconnaissance perpétuelle. Ses plus grandes actions de grâces sont naturellement pour le pouvoir qu’il a reçu d’offrir le Saint Sacrifice et d’immoler la divine Victime.

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Une seule Messe suffirait pour le jeter dans Tadoration et le faire s’abîmer dans la reconnaissance. Ce bonheur, en se renouvelant chaque jour, attendrit son âme et développe dans son cœur des sentiments de tendresse qui font écho à ceux de Jésus pour son Prêtre K

Il est impossible qu’un Prêtre qui s’étudie à dire saintement sa Messe quotidienne, n’éprouve pas un besoin de plus en plus intense d’aimer Jésus et de Lui demeurer uni. Son Sacrifice ravive ces désirs, et c’est surtout à l’autel qu’il ne fait qu’un avec Jésus. Une demi-heure passée ainsi en contact si immédiat avec le Souverain Prêtre, établit entre eux une union tellement étroite, que le besoin se fait sentir de la prolonger le plus longtemps possible.

Tout au moins, que les trop courts moments réservés à l’action de grâces ne soient pas écour-

^ « Quel bonheur que vous soyez venu dans mon âme, ô mon Jésus, et combien je vous en remercie. Ah ! que ne puis-je vous remercier dignement ! Du moins aurais-je dû brûler d’amour envers vous à partir de ce jour où, pour la première fois, j’offris le saint Sacrifice. Vous m’aviez choisi parmi tant de millions d’hommes pour votre ministre et votre ami particulier ; dès lors, que pouviez-vous faire de plus pour obtenir que je vous aime ? Soyez béni, ô mon amour, de m’accorder du temps pour que je me mette enfin à vous aimer. Je veux vous aimer de toute mon âme. Non, je ne veux pas que dans mon cœur il y ait aucune affection sinon pour vous qui m’avez tant obligé de vous aimer. » S. Alph., Ibid.

l’action de GRACES

tés, mais qu’ils soient rigoureusement sauvegardés

Si le Prêtre n’éprouvait pas ce besoin, il pourrait se demander si cela ne provient pas d’un manque de ferveur, d’une certaine froideur de cœur, d’une absence de recueillement intérieur, qui l’empêchent de goûter la présence de Jésus et son intimité d’amour

Aimer Jésus, c’est aimer sa Messe ; aimer sa Messe, c’est aimer son action de grâces.

III. — Lacune profonde dans la vie spirituelle du Prêtre, due au manque d’action de grâces.

Il est nécessaire de donner à chaque chose sa valeur, sans cependant rien exagérer ni en bien ni en mal. Nous devons toutefois mettre au premier rang le Saint Sacrifice de la Messe, avec

^ « Ce grand silence de Tâme, où tout mouvement cesse, où tout se fait devant Dieu en la plus haute partie de nousmêmes, ne dure guère. Mais pour peu qu’il dure, qu’il s’y dit de choses et que Dieu y parle ! Tenez-vous donc avec lui dans le secret. Ne vous laissez troubler par quoi que ce soit. Quand ce serait une âme sainte, une Marthe qui viendrait vous appeler pour le service de Jésus, demeurez enfermé dans ce saint et délicieux repos. Jésus ne vous demande pas pour le moment de service extérieur. Tout ce qu’il veut, c’est que vous demeuriez avec lui seul à seul et que vous prêtiez l’oreille du cœur à sa parole. » Bossuet, Acte d’abandon à Dieu.

2 « O Dieu ! comment Jésus-Christ vous est-il sitôt à charge, et comment vous ennuyez-vous d’être en sa compagnie aussitôt après que vous l’avez reçu ? » S. Bern., Ep. 2.

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ses obligations sacrées et ses conséquences inévitables.

On ne doit pas s’y préparer à la légère, on doit encore moins Taccomplir d’une façon défectueuse, et on doit tenir compte des conditions dans lesquelles il peut produire les résultats attendus. Si l’absence de préparation a son contrecoup sur la Messe, nous pouvons bien dire aussi que l’absence d’action de grâces a son contrecoup sur la journée du Prêtre. Pas de préparation habituelle. Messe sans ferveur ; pas d’action de grâces habituelle, vie sans piété.

Ou l’absence d’action de grâces provient de la légèreté, et alors cette légèreté se fera sentir dans le reste de la vie quotidienne. Ou elle provient de la tiédeur et de la négligence voulue, et sûrement cette infidélité s’infiltrera dans une quantité d’autres exercices de piété.

Pourquoi aimerait-on à entrer en rapport assidu avec le Jésus de son Sacerdoce, lorsqu’on Lui refuse les moments les plus favorables pour traiter cœur à cœur avec Lui ? Sur quoi pourrait-on s’appuyer pour mener une vie pieuse et recueillie, si l’on sacrifie si volontiers les têteà-tête que favorise l’action de grâces \

^ « Il faut, disait le vénérable Jean d’Avila, regarder comme extrêmement précieux le temps qui suit la communion. » Oui,

l’action de GRACES

Ce manque d’égard et de délicatesse envers Jésus mettra inévitablement obstacle aux rapports d’intimité divine avec Lui. Et pour peu qu’on néglige délibérément ce devoir, on n’appréciera bientôt plus la prière, la lecture pieuse et la méditation. Que restera-t-il alors au Prêtre pour se recueillir, pour réagir contre les tendances frivoles de la nature, pour mettre un frein à la légèreté du tempérament ?

L’idée lui viendra peut-être de se ressaisir et de mener une vie plus en harmonie avec la sainteté de son état sacerdotal, mais la pensée de son infidélité à l’action de grâces se présentera comme une tentation et mettra obstacle à ses pieuses résolutions. Il comprendra qu’il faut commencer par là, et tant qu’il ne l’aura pas fait, il restera dans le statu quo ^

le précieux temps que celui-là ! Car nous pouvons alors négocier avec Dieu lui-même et acquérir des trésors de grâces. Sainte Thérèse disait : « Ne perdons pas la bonne occasion qui se présente alors de traiter avec Dieu. Sa divine Majesté n’a pas coutume, quand nous lui faisons bon accueil, de mal payer notre hospitalité. » Après la sainte communion, ajoutait-elle, Jésus se tient dans notre âme comme sur un trône de grâce, et il semble nous dire ce qu’il disait à l’aveugle de l’Evangile : « Dis-moi, que veux-tu que je fasse pour toi ? » car je suis disposé à t’accorder les grâces que tu me demanderas. » S. Alph., Ibid.

1 « Quel malheur et quel désordre de voir tant de prêtres, aussitôt leur messe dite, prendre à peine le temps de réciter

l36 LE SACRIFICE DE LA MESSE POUR LE PRÊTRE

Une habitude, déjà condamnable en ellemême, mais qui, en plus, peut mettre de tels obstacles à la sanctification de Tâme, doit être déracinée sans merci. C’est pourquoi tous les Prêtres doivent craindre de s’y laisser entraîner, et réfléchir sérieusement à l’importance de l’action de grâces après chacune de leurs Messes

Nous savons qu’il y a certains prétextes fallacieux que l’on met parfois en avant. Nous y répondrons bientôt.

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