IV. — Temps employé à l’action de grâces
Le temps employé à l’action de grâces est à la fois un devoir et un droit pour le Prêtre : un devoir vis-à-vis de lui-même, un droit vis-à-vis des fidèles.
Ce devoir ne peut être régulièrement accompli, que si le Prêtre prend les moyens pratiques de s’assurer un temps convenable et un lieu pro-
quelques courtes prières, rentrer dans la sacristie sans recueillement ni piété, et se mettre tout de suite à parler de choses inutiles et d’affaires mondaines. Il en résulte que nombre de prêtres ne retirent aucun profit de leurs messes. » S. Alph., Le Prêtre, t. i.
* « Quelque prétexte qu’on invoque, l’omission habituelle de l’action de grâces est un abus intolérable qu’il faut éviter ou retrancher à tout prix. L’édification des fidèles le demande ; notre intérêt spirituel l’exige et l’honneur de Notre Seigneur ne permet pas d’hésiter. » Hacuez, Du divin Sacrifice.
l’action de GRACES
pice pour y être fidèle. L’action de grâces de la Messe ne doit pas être laissée au hasard des circonstances ; car alors elle sera souvent abrégée «
et même totalement négligée. Ce n’est pas parce que rien ne se présente de contraire, que le Prêtre fait son action de grâces ; mais c’est par devoir et par une conséquence logique de ce qu’il vient d’accomplir à l’autel. Autrement, les occasions et les prétextes abonderaient pour l’en exempter.
Il est donc important de se fixer le temps voulu. Tout d’abord, comme la nature de l’action de grâces le réclame, c’est immédiatement à la suite de sa Messe. La renvoyer à plus tard, outre que c’est illogique, cela équivaut infailliblement à ne pas la faire du tout. La conséquence en est plus inévitable encore que pour la méditation ; car on peut toujours trouver des sujets de méditation dans le cours de la journée, tandis que plus le temps s’écoule après la Messe, moins le sujet de l’action de grâces est actuel et paraît opportun.
Quel temps faut-il employer à l’action de grâces ? Il ne s’agit naturellement ici que d’un temps matériel déterminé, car spirituellement l’action de grâces est un état d’âme qui ne souffre point de limites. Le moins que l’on puisse exiger est
l38 LE SACRIFICE DE LA MESSE POUR LE PRÊTRE
un quart d’heure ^ Trouver ce temps trop long n’indiquerait évidemment pas beaucoup de ferveur et dénoterait même un degré insuffisant de piété L’empressement à vouloir se livrer plus vite au ministère doit être alors réprimé énergiquement ; sinon l’action de grâces n’aura pas le calme voulu, elle sera agitée et distraite, et conséquemment produira peu de fruits.
C’est pourquoi il faut la faire le plus possible dans un lieu solitaire, afin de n’être pas troublé par le va-et-vient de ceux qui nous entourent et même par les sollicitations silencieuses d’un milieu où s’agitent déjà des questions d’administration ou de ministère.
Si l’on fait son action de grâces à la sacristie, que l’on prenne résolument une attitude de réserve et de prière, qui enlève aux sacristains et aux fidèles la tentation de nous déranger. Le mieux est de se retirer dans le sanctuaire et de
^ « C’est peu d’un quart d’heure ; c’est vraiment trop peu. Au moins qu’on n’y manque jamais ; et qu’on ne mette pas d’interruption dans cet exercice, car lorsqu’on l’interrompt il est rare qu’on le reprenne, ou si on le reprend, il est rare qu’on l’achève avec la même dévotion. » S. Alph., Praxis, confess.. Il, i55.
2 « Si les prêtres abrègent leur action de grâces, à plus forte raison s’ils l’abandonnent, ils n’ont pas d’excuse : c’est la tiédeur et l’indévotion qui en sont la cause. » Baguez, Du divin Sacrihce.
l’action de GRACES 1^9
passer tout près de Jésus ce temps consacré à Le remercier.
Quoi qu’il en soit, le Prêtre soucieux de se garder fidèle à ce devoir de Faction de grâces doit s’ingénier à s’en assurer les moyens, sans se laisser influencer par la négligence et l’habitude des moins fervents que lui.
Nous avons dit que le Prêtre a acquis un droit, vis-à-vis des âmes, à se réserver un moment d’action de grâces. Il serait le premier à condamner les fidèles qui prendraient l’habitude de sortir de l’Eglise immédiatement après la Messe où ils auraient communié. Comment les fidèles, de leur côté, trouveraient-ils étrange que le Prêtre fasse ce à quoi il les oblige ^
Ce ne sont pas tant les fidèles qui sont la cause de l’absence d’action de grâces chez les Prêtres, que les Prêtres eux-mêmes qui ne leur font pas
1 « Les fidèles ne crient pas sans doute au scandale, quand ils voient un prêtre s’éloigner de l’église ou s’occuper de choses étrangères au divin Sacrifice, aussitôt qu’il est descendu de l’autel ; néanmoins, ils en sont toujours malédifiés. Si peu éclairés qu’ils soient sur les règles de la vie spirituelle et sacerdotale, ils savent bien que tel n’est pas l’usage des ecclésiastiques fervents. N’est-ce pas assez pour juger que ceux qui se conduisent autrement qu’eux n’ont pas la même ferveur et qu’ils ne célèbrent pas avec la même piété ? Cette pensée se présente d’elle-même, et l’on ne peut nier qu’elle ne soit fondée. » Bacuez, Ibid.
comprendre qu’ils ont les mêmes devoirs qu’eux. Qu’on leur dise que les Prêtres ont un droit personnel à n’être point dérangés pendant le quart d’heure qui suit leur Messe, et ils n’en seront qu’édifiés.
En voyant la facilité, pour ne pas dire l’empressement, avec laquelle un certain nombre de Prêtres accourent aux œuvres de zèle, aussitôt qu’ils sont descendus de l’autel, il est naturel que la pensée de l’obligation de l’action de grâces ne vienne pas aux fidèles qui en sont témoins. Il y a là une mentalité nouvelle à établir, comme d’ailleurs elle existe heureusement en certains endroits, où on a habitué les fidèles à respecter ce moment précieux de prière à leurs pasteurs K
^ « Il faut que le public soit convaincu que l’action de grâces est aux yeux des prêtres une suite nécessaire et comme une partie intégrante du saint Sacrifice, et qu’ils n’entendent pas plus y manquer qu’à la Messe elle-même. Par conséquent, ils doivent prendre de bonnes mesures pour n’en être pas détournés, et, à moins d’une nécessité urgente, se refuser, avant de l’avoir achevée, à toute conversation et à tout ministère, soit à la sacristie, soit au confessionnal. — La fidélité sur ce point est essentielle, car, encore que la confession et la communion soient des fonctions fort saintes et qu’on puisse en retirer beaucoup de fruits, elles ne sont pas l’action de grâces, et elles n’ont rien de ce qu’il faudrait pour y suppléer. Or, si l’on voit qu’un prêtre ne fait aucune difficulté pour se rendre au saint tribunal aussitôt qu’il est descendu de l’autel, on croira qu’il n’est pas occupé, qu’il attend des pénitents, et ce moment est celui qu’un grand nombre de personnes choisiront pour venir à lui. Ainsi l’action de grâces, abrégée d’abord ou différée par charité, sera
l’action de GRACES
Nous ne voulons pas employer le mot de réforme, mais si nous le faisions, qui donc pourrait nous taxer d’intransigeance ? Est-ce par une dévotion personnelle, ou par une mentalité spirituelle erronée, que nous prônons si haut l’importance de l’action de grâces pour le Prêtre ? Les motifs que nous avons fait valoir sont-ils imaginaires, ou ne reposent-ils pas plutôt sur l’excellence incomparable du Saint Sacrifice et sur les moyens à prendre pour en assurer de plus grands fruits dans les âmes sacerdotales ?
Soit, que l’on retranche l’action de grâces après la Messe ; mais alors, que mettra-t-on comme équivalent à la place, si l’on veut conserver tout au moins au Prêtre l’impression de l’œuvre sublime qu’il accomplit à l’autel, et le sentiment de l’obligation sacrée qui lui incombe de faire le premier ce qu’il enseigne aux autres.
bientôt négligée, puis omise plus ou moins fréquemment, et peut-être abandonnée de parti pris, comme inconciliable avec les exigences du ministère. » Baguez, Ibid.