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CHAPITRE HUITIEME

Rapprochement entre la première Messe et les suivantes dans le cours de la vie

Si Ton voulait proposer aux Prêtres un modèle de Messe, on en trouverait difficilement de plus indiqué que la Première Messe qui a suivi rOrdination. Rien alors des lacunes et des négligences qui ont pu se présenter dans la suite; mais la ferveur, le recueillement, la joie intérieure, Tobservance attentive des rubriques, le sentiment de la sublimité du Sacrifice, la reconnaissance intime du cœur, Tintensité de Tamour, Tunion intime avec Jésus le Souverain Prêtre, et l’offrande sincère de tout soi-même en harmonie avec la divine Victime.

Aucun souvenir n’est plus consolant que celuilà. Aussi tout bon Prêtre célèbre-t-il chaque année, avec reconnaissance et avec amour, ce plus grand des anniversaires. 11 y revient avec joie comme au plus beau jour de sa vie, de même qu’à celui de son Ordination sacerdotale. Ce double anniversaire évoque le souvenir de la Cène et du Calvaire, où Jésus, après avoir institué l’Eucharistie et le Sacerdoce, les couronne le lendemain par son Sacrifice sur la Croix.

Ce retour à son premier Sacrifice devient toutefois pour le Prêtre un sujet de réflexion et d’examen. Depuis lors, combien de Messes célébrées, dans quelles dispositions, avec quelle ferveur ? Quels fruits en a-t-il retirés ? Où sont les lacunes ? Que faudrait-il faire pour revenir à la piété et à la ferveur de sa première Messe?

Ces considérations s’imposent dans le cours de la vie sacerdotale. Le Prêtre a dans les mains tous les éléments d’une comparaison pratique et instructive. S'il y a des différences, il faut les atténuer ; s’il y a des contrastes, c'est le temps de les faire disparaître.

Recommencer à dire sa Messe et continuer à la célébrer comme au jour béni où l'on est monté pour la première fois au saint autel, c’est une grâce, c'est un devoir, c’est un idéal autrefois rêvé et qu'il faut faire revivre pour la gloire de Jésus et la sanctification de son âme.

1. — Préparation fervente de la Première Messe, et abstention de préparation de tant d’autres.

Il n’y a pas, à vrai dire, de Prêtres qui ne se soient préparés avec soin à l’Ordination sacerdotale et à la célébration de leur première Messe. Ceux qui auraient eu le malheur de le faire, n’auraient jamais dû être Prêtres ; car, qu'attendre d’âmes si coupables qui baigneraient ainsi dans

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l’infidélité les premières grâces de leur Sacerdoce ?

Le Sacerdoce longtemps entrevu par les Lévites du Sanctuaire leur apparaissait comme une étoile lumineuse qui les orientait vers la sainteté de leur vocation. Mais de tous les attraits qui les attiraient, aucun n’égalait celui de leur premier Sacrifice. Tout leur était déjà sacré de ce qui touchait à leur idéal rêvé et leur devenait un sujet de pieuse préparation, jusqu’au jour où l’onction sacerdotale les transforma en d’autres Christs.

Ils étaient alors assez purs et assez saints, pour offrir le grand Sacrifice du salut ; ils étaient assez puissants pour parler au nom de Jésus et pour immoler la divine Victime. Pas une ombre dans leur âme, pas un regret dans leur cœur, pas une pensée étrangère dans leur esprit, pas un souci autre que celui de célébrer saintement et de glorifier Jésus par le renouvellement de son même divin Sacrifi ce.

Tout cela était logique, tout cela s’imposait de soi, tout cela était réclamé par les besoins du cœur, tout cela était l’effet naturel de leur longue et pieuse préparation.

Mais les années se sont écoulées, il n’a plus fait aussi clair dans l’âme, les préoccupations de la vie ont amoindri la ferveur d’autrefois, la

négligence s’est infiltrée peu à peu dans la vie spirituelle, et ce qui auparavant était sacré apparaît maintenant sans importance ^ Et c’est ainsi qu’insensiblement la sainte Messe nous a moins parlé au cœur et que la préparation qu’on y a apportée a été moins sérieuse, moins soutenue et moins fervente.

Tirons vite la conclusion : pour retrouver toute la ferveur et toutes les joies de notre Messe, hâtons-nous de nous y préparer chaque jour comme nous l’avons fait pour notre première Messe.

II. — Piété profonde de la Première Messe, et tiédeur de tant d’autres.

Il suffit de voir monter à l’autel un nouveau Prêtre venant y offrir son premier Sacrifice, pour être édifié de son recueillement et de sa piété. C’est bien ce que tous nous avons éprouvé

1 « Naguère encore, imprégnés de Fonction sacerdotale toute récente, ils se préparaient avec soin à Toffice divin... Mais aujourd’hui quel étrange changement ! C’est à peine s’il réside encore en eux quelque chose de cette vive piété qu’ils ressentaient devant le mystère divin... Avant le saint Sacrifice, que de purifications, que de prières d’une âme remplie de désir ! Alors, dans son accomplissement, combien grand était leur respect pour l’intégrité du rite des augustes cérémonies ! Quelles effusions de cœur dans l’action de grâces, et comme heureusement dans le peuple se répandait la bonne odeur du Christ ! » Exhortation de Pie X au clergé.

et ce qui a fait notre bonheur à ce moment solennel de notre vie.

Nous n’avons qu’à nous rappeler nos dispositions d’alors, le soin avec lequel nous avions purifié notre âme et l’avions ornée de toutes les vertus, le recueillement dont nous avions enveloppé toute notre personne, et les pieux sentiments qui nous attendrissaient, pour expliquer notre bonheur et notre ferveur.

Il devait en être ainsi ; car, que trouver de plus élevé et de plus capable de nous émouvoir et d’exciter notre amour, que de nous dire : je monte à l’autel, comme Jésus est monté au Calvaire, je vais offrir le même Sacrifice. Jésus va parler par ma bouche et mes paroles vont avoir une vertu divine. Je vais tenir dans mes mains Celui qui soutient les mondes, je vais donner la vie sacramentelle à la divine Victime qui l’a perdue pour sauver l’humanité, et ce Jésus, Prêtre Eternel, qui règne dans la gloire, je vais avoir la puissance de l’enchaîner dans l’Eucharistie.

Est-il possible, avec de semblables pensées, de n’être pas intérieur et plongé dans le ravissement ? Rien n’est changé pourtant dans la nature et la divinité du Sacrifice. Pourquoi donc ne suisje plus aussi pieux et aussi fervent ? Que s’est-il passé dans ma vie ? Pourquoi la légèreté a-t-elle

remplacé la réflexion et le recueillement? Pourquoi la tiédeur s’est-elle emparée de mon âme ? ^

La piété qui m’accompagnait à ma première Messe aurait dû s’accroître après tant d'autres que j’ai célébrées. Quelle en est la cause ? Il me faut la rechercher et y mettre ordre sans retard. Il est inadmissible que tant de Messes ne me rendent pas plus pieux et plus intérieur que ne l’a fait celle que j’ai célébrée à l'origine.

Coûte que coûte il faut que notre Messe quotidienne nous rende saints, et que nous soyons saints pour la célébrer toujours mieux.

III. — Esprit de foi dans l’observance des rubriques de la Première Messe, et négligence dans tant d’autres.

Nous avons tenu, et avec raison, à accomplir parfaitement toutes les rubriques du missel à

* « Ce n’est pas tout d’un coup ni en peu de temps qu’on tombe en cet état, mais lentement et peu à peu. Dans les premières semaines qui suivirent l’ordination, durant des mois et des années peut-être, on ne pensait jamais avoir assez fait pour se disposer à monter au saint autel. On y pensait la veille, on s’en souvenait la nuit. C’était la première pensée qui se présentait au réveil. L’oraison ordinaire ne suffisait pas pour se préparer : on y ajoutait des prières spéciales et de saintes pratiques. On se reprochait les moindres distractions. Mais insensiblement cette ferveur s’est refroidie, le relâchement, la dissipation, la langueur, ont succédé à la dévotion. Avec les douceurs de la piété on a perdu le goût du recueillement et l’amour de la prière. » Baguez, Du divin Sacrifice,

notre première Messe. Nous les avons étudiées soigneusement, comme un devoir sacré, persuadés que l’Eglise, en nous les imposant, prétendait justement nous voir en prendre un solennel engagement.

Nous nous y sommes appliqués dans des répétitions fréquentes, et notre esprit de foi sur ce point n’a rien laissé à désirer. Comprenant que ces rites sacrés étaient exigés par la grandeur même du Sacrifice que nous nous préparions à offrir, nous avons mis tout notre cœur à les observer comme nous l’avons fait pour nous pénétrer des sentiments du Souverain Prêtre, avec lequel nous ne voulions faire qu’une seule et même Victime.

Nous aurions dû conserver ce même respect des rubriques pour toutes les Messes successives que nous avons ensuite célébrées. Pouvons-nous nous rendre le témoignage de l’avoir fait ?

N’avons-nous pas pris des habitudes déplorables qui déflorent la sainteté des cérémonies de la Messe ? Négligence, nonchalance, inexactitude, oubli, précipitation, déformation des signes, innovations, etc. : et tout cela accompagné peut-être de légèreté dans l’attitude et d’inconvenance dans le maintien : tout un ensemble qui fait contraste avec l’observance pieuse et attentive de la première Messe.

Rappelons-nous que la digne célébration des saints Mystères exige cette exactitude des rubriques et que, pour aucun motif, nous ne pouvons être excusables de les négliger

Une Messe célébrée pieusement avec le souci des cérémonies imposées par TEglise, c’est si beau ! Une Messe dans laquelle les cérémonies sont tronquées et remplacées par l’arbitraire et le caprice, est une Messe qui ne peut édifier.

Revenons à l’esprit de foi qui a présidé à notre première Messe, et soyons les fidèles observateurs des prescriptions de l’Eglise.

IV. — Attention soutenue de la Première Messe, et distractions dans tant d’autres.

En montant à l’autel, pour y offrir notre premier Sacrifice, nous nous sommes efforcés de n’avoir point d’autre pensée que celle du grand acte que nous allions accomplir.

Nous nous y préparions depuis trop longtemps, pour ne pas ressentir alors les heureux effets de notre préparation. Arrivés à cette heure

1 « Suarez enseigne à bon droit qu’on ne peut, sans se rendre coupable d’un péché véniel, omettre une cérémonie quelconque prescrite par les rubriques. Benoît XIII l’a du reste déclaré ; car nous lisons dans le concile romain au sujet de la célébration de la messe : « Les prêtres ne peuvent, sans péché, omettre ou changer fût-ce la plus petite rubrique. » S. Alph., Le Prêtre, t. 2.

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tant désirée, tout en nous nous portait à prêter une attention parfaite aux moindres détails de notre Messe : pensées surnaturelles, union d’esprit et de cœur à Jésus, recueillement intérieur, exactitude des cérémonies, application aux rubriques. Sous rimpression de ces sentiments, notre attitude corporelle même, modeste et recueillie, reflétait les dispositions intérieures de notre âme.

Il aurait dû en être toujours ainsi, puisqu’il y a aujourd’hui comme alors les mêmes motifs de le faire. Hélas ! avec le temps, nous sommes devenus moins attentifs et moins soucieux du devoir. Souvent notre irréflexion n’a pas laissé place au recueillement, les distractions nous ont envahis sans rencontrer une sérieuse réaction, et elles ont fini par nous occuper du commencement de la Messe à la fin

^ « Je regarde comme une grave irrévérence que, dans le temps même où l’on fait profession de rendre à Dieu les suprêmes honneurs, on lui manque de respect en se laissant volontairement distraire. » Tamburini, De Sacrif. Miss., 1. 2, c. 3, n. 9.

« La première règle du prêtre doit être de ne prononcer aucune parole sans y appliquer son esprit, sans se pénétrer de la pensée ou des sentiments qu’elle exprime. Agir autrement, se laisser aller à des idées étrangères au divin Sacrifice, ce serait manquer de sagesse en même temps que de religion. Le respect pour les saints Mystères interdit au prêtre toute distraction volontaire. » Bâclez, Du divin Sacrifice.

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Tout peut n’être pas de notre faute dans cet état d’inattention pendant le Saint Sacrifice ; mais encore faut-il nous rendre compte exactement de la part de responsabilité qui nous revient. Les distractions à l’autel sont la grande épreuve d’un bon nombre de Prêtres pieux et fervents ; ils y trouvent un sujet d’humilité et une occasion de mérites.

Mais toute autre est la cause chez ceux qui vivent habituellement en dehors de leur âme, et qui tout le jour voltigent de distractions en distractions. Ils portent à l’autel l’effet de leur légèreté ; leur punition, c’est de ne pouvoir alors se posséder suffisamment pour rendre leur Messe méditative. Leur esprit leur échappe, leur tendance les entraîne et, habitués qu’ils sont à se laisser subjuguer par leurs occupations et l’instabilité de leurs pensées, ils deviennent le jouet de leur imagination, et leur Messe, au lieu de les réjouir, leur devient une épreuve.

Il est toujours temps de réagir, surtout quand c’est un devoir sacré. Ne remettons pas à demain ce qu’il s’agit de faire sans retard.

V. — Amour de la Première Messe, et froideur de tant d’autres.

Qui donc n’a pas aspiré ardemment à l’offrande de son premier Sacrifice ? On y voyait la réalisa-

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tion de ses rêves les plus chers et de ses lointaines préparations. A Tavance on jouissait du bonheur intime de pouvoir consacrer le Corps et le Sang de Jésus, comme II Tavait fait Luimême à la Cène.

Aussi quelle émotion dès les premières prières au bas de Tautel ! Quelle ardeur croissante à mesure qu’approchait le moment solennel de la Consécration ! Quel sentiment indéfinissable de suavité divine en voyant apparaître Jésus dans ses propres mains et en Le tenant sous ses yeux jusqu’à la consommation de son Sacrifice par la Communion ! ^

Chaque regard avait sa signification, chaque parole portait le caractère du divin, chaque soupir montait des profondeurs du cœur embrasé de charité divine. Oh ! oui, c’était bien l’heure de Tardent desiderio desideravi. Tout était consommé : et Tamour de Jésus pour son Prêtre, à qui II ne pouvait rien donner de plus *, et Tamour du Prêtre pour Jésus qui scellait pour

' « Vous êtes, ô mon Jésus, mon amour et mon espérance. Faites qu’en vous voyant entre mes mains au saint Autel, je vous dise chaque fois de tout mon cœur ce que disait saint Philippe de Néri à la vue de la sainte Hostie : « Voici mon amour, voici mon amour, voici tout mon amour. » S. Alph.

2 « Cum sit sapientissimus, plus dare nescivit ; cum sit potentissimus, plus dare non potuit ; cum sit ditissimus, plus dare non habuit. » S. Aug.

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toujours le pacte d’amour éternel qu’il venait de contracter avec Lui ^

Toutes nos Messes ont-elles conservé ce caractère d’amour divin ? Nous n’avons pas fait plus à notre première Messe, que ce que nous faisons tous les jours. Jésus n’a point restreint son amour et n’a rien enlevé à notre devoir de L’aimer à notre tour. Logiquement, nous devrions remonter à l’autel avec un amour toujours renouvelé et augmenté ; non pas tant un amour de sentiment qu’un amour raisonné et de volonté.

Sans s’impressionner, on a conscience de son amour comme de sa froideur. Si notre Messe nous laisse froid et indifférent, n’est-ce point parce que notre amour est en partie disparu ? Et si cette froideur est habituelle, n’avons-nous pas raison de craindre que l’amour s’éteigne entièrement dans notre cœur ?

Une première Messe sans amour ne se comprendrait pas ; pourquoi les autres se comprendraient-elles ? Aimons, aimons, et notre Messe

1 « Quid retribuam Domino pro omnibus quæ retribuit mihi ! Calicem salutaris accipiam. » Ps. cxv, i3.

2 « Tanto illud (quod valde magnum est) Sacramentum sumemus capacius, quanto id et fidelius credimus, et speramus firmius et desideramus ardentius. » S. Aug., Epist. i3o, 17.

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quotidienne nous deviendra un foyer permanent de charité divine ^

VI. — Joies intimes de la Première Messe, et indifférence de tant d’autres.

La joie qui s'épanouit sur la figure du nouveau Prêtre montant à l'autel n'est que le reflet du bonheur intime dont il jouit Nous avons expérimenté ces joies du ciel ; et il n’y a qu’à nous rappeler le souvenir de notre première Messe, pour goûter encore des délices vraiment célestes.

Jésus alors agissait directement dans notre âme. Il nous y avait préparés par des grâces de choix ; Il y mettait le comble à l’autel. Son amour nous inoculait son esprit, embrasait notre cœur et exerçait une sorte d’emprise sur tout notre être. Pour n’avoir pas été heureux à ce momentlà, il aurait fallu être complètement réfractaire à l’action divine.

Jésus toutefois n’était pas la seule cause de notre joie, nous y avions notre part. Nous étions heureux d'avoir tout sacrifié à Jésus, de L’avoir

^ « Père éternel, pour l’amour de votre divin Fils que je viens de vous offrir en sacrifice et que j’ai reçu dans mon cœur, accordez-moi la sainte persévérance dans votre grâce et le don de votre saint amour. » S. Alph., Prières.

* « Introibo ad altare Dei, ad Deum qui lætificat juventutem meam. » Okdo Missæ.

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pris comme notre unique part d’héritage ^ et de nous être constitué victime avec Lui pour le salut des âmes

Cette joie personnelle, provenant de la plénitude de notre donation et de notre appartenance totale à Jésus, nous devons réprouver encore à la Sainte Messe, si nous sommes fidèles Audessus de toutes les peines et les épreuves de la vie, il reste le bonheur incomparable dont notre Sacerdoce est le principe, il reste les ineffabilités

1 « Dominus pars hæreditatis meæ et calicis mei, tu es qui restitues hæreditatem meam mihi. » Ps. xv, 5.

2 « Si le prêtre n’avait d’autre dessein que de rendre à Dieu une gloire infinie, il pourrait se borner à lui immoler l’auguste Victime et lui offrir sur l’autel le corps et le sang de son Fils ; mais s’il veut se conformer totalement aux desseins du Sauveur et prendre sa part au mérite et aux fruits de son immolation, il est nécessaire qu’il s’immole d’esprit et de cœur avec son divin chef et qu’il se dévoue lui-même à tous les sacrifices qu’il plaira à la Majesté suprême de lui demander. Il faut que chaque matin, en allant à l’autel, il se dise avec sincérité ce que saint Thomas disait aux apôtres à l’approche du Calvaire (Jean, xi, 16) : « Eamus et nos et moriamur cum illo. » Bacuez, Du divin Sacrifice.

3 « Les joies de la première Communion peuvent donner aux fidèles une idée des délices que Dieu a coutume de faire goûter au prêtre la première fois qu’il monte à l’autel ; mais qui dira quelle mesure de grâces vaut à un ministre fidèle l’avantage qu’il a de renouveler cette première messe chaque matin pendant toute la durée de sa vie ? Car s’il persévère dans sa ferveur, si sa foi conserve son ardeur, s’il ne cesse de veiller à la pureté de son âme, Notre Seigneur ne fera qu’accroître ses faveurs envers son ministre. » Id.

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de joie spirituelle dont le Saint Sacrifice est la source quotidienne^.

Si notre cœur n’éprouve aucun sentiment de cette joie intime, que rien ne peut nous enlever si ce n’est notre infidélité, c’est qu’il s’y est infiltré d’autres joies, terrestres celles-là, ou que Jésus n’est pas resté pour nous l’unique tout de tout.

Nous n’aurions pas d’autre bonheur ici-bas que celui de célébrer la sainte Messe, qu’il devrait nous suffire. Jésus a trouvé la réalisation de tous ses désirs et le principe de sa glorification dans le Sacrifice de la Croix ; nous offrons le même Sacrifice, puisons-y les mêmes motifs de bonheur éternel.

1 « Que si quelqu’un doit être touché de ce mystère et s’en montrer reconnaissant, n’est-ce pas celui que Dieu en a fait le dispensateur? Qui contemple ce prodige d’aussi près? Qui est mieux à même d’en apprécier les merveilles et d’en recueillir les fruits ? Ce sacrifice et ce sacrement, dont une charité infinie a pu seule donner l’idée, ce n’est pas seulement pour le prêtre l’objet de sa foi et de son culte, c’est son œuvre, c’est son partage, c’est sa gloire. Ce trésor inestimable, il le possède comme un bien propre, ou du moins à un titre particulier et tout personnel. Ce foyer de charité, c’est lui qui l’entretient ou qui le rallume tous les jours. Comment ne sentirait-il pas le besoin d’aimer et d’honorer ce divin Sauveur plus que personne? Comment serait-il possible qu’il ne fut touché ni de sa présence ni de sa bonté? Une telle froideur se conçoit-elle en présence d’un tel amour ? N’accuserait-elle pas un défaut de foi ou une insensibilité incompréhensible ? Id.

VII. — Influence surnaturelle de la Première Messe, et insufflsance d’action de tant d’autres.

Tout ce qui s’est déroulé autour de notre première Messe a été marqué d’une impression surnaturelle et divine. On éprouvait l’action plus immédiate de Jésus et on s’y livrait avec une générosité amoureuse. L’offrande de notre premier Sacrifice a rempli notre âme d’une vie nouvelle, qui a accru en nous le désir de la perfection.

Nous considérant comme d’autres Christs, que le même Sacrifice confondait dans une commune mission, nous avons résolu de n’agir toujours que dans la sainteté de notre état. Nos paroles ont porté l’empreinte de l’esprit de Jésus, tous nos actes ont respiré la pureté d’intention qui les a rendus surnaturels, notre attitude est devenue un sujet d’édification, et tout l’ensemble de notre vie a fait honneur à notre Sacerdoce.

C’était là l’influence prolongée de l’action sublime accomplie à l’autel de notre première Messe, et qui nous avait ouvert le sillon de sainteté dans lequel nous nous étions engagés à marcher pour sanctifier et sauver les âmes.

La source d’influence morale et spirituelle que contient le Saint Sacrifice de la Messe ne peut être détournée et tarie que par la conduite du Prêtre, Si nous, qui célébrons la Messe tous les

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jours, nous n'exerçons plus d'influence autour de nous, n'en sommes-nous pas la cause directe ou indirecte? Cela ne vient-il pas de ce que nous la célébrons avec moins de ferveur ? ^ Les fidèles en sont-ils édifiés et, en nous voyant à l'autel, sont-ils portés à nous imiter et à croître en piété ?

1 « Arrive-t-il jamais qu’on puisse reprocher à un prêtre tout récemment ordonné, de se laisser aller à la précipitation ou à la négligence en célébrant la Messe ? Non, on lui reprocherait plutôt le défaut contraire. Pourquoi ? Parce que dans les premiers jours de son sacerdoce, ce prêtre est tout pénétré des instructions qu’il a reçues, et que la lumière de la foi qui rayonne en son âme lui montre à l’autel comme à découvert la majesté de Dieu qui attend son sacrifice, la Victime adorable qui se remet entre ses mains, et les grâces inestimables qui seront le fruit de son immolation. Aussi longtemps qu’il conservera ces lumières et ces sentiments, il sera digne, recueilli, édifiant. 11 ne commencera à céder à la routine, à se montrer négligent et dissipé, qu’au moment où, les premières impressions de son sacerdoce cédant aux préoccupations du ministère extérieur, les vérités de la religion et les enseignements du séminaire commenceront à se voiler à ses yeux.

« Que faudrait-il donc pour qu’il persévérât dans sa ferveur et qu’il continuât de porter au saint autel la même dévotion, le même recueillement que dans les premiers jours ? Une seule chose : qu’il ne laissât pas s’éteindre ou se voiler dans son âme le flambeau de la foi ; qu’il fût assidu à s’éclairer de sa lumière et à s’échauffer de son ardeur ; qu’il ne manquât pas de ranimer chaque matin sa ferveur par de bonnes considérations ; en d’autres termes, qu’il persévérât fidèlement et généreusement dans la pratique de l’oraison quotidienne. Penser à ce qu’on va faire et tenir à le bien faire, voilà la condition essentielle et le moyen infaillible pour honorer les saints mystères et pour en profiter. » Baguez, Ibid,

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N'oublions point que la première édification que doit donner le Prêtre, c'est celle qu'il donne à l'autel ; car c'est là, en raison de la grandeur du Sacrifice, que la grâce doit agir plus fortement en lui et que les âmes viennent puiser à la même source de vertu et de salut.

Disons notre Messe quotidienne avec la même ferveur que nous avons dit la première, et nous ferons rayonner la sainteté dans le Clergé.

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