I. — Les fruits de la Messe sont infinis en euxmêmes
Vérité de foi, la Messe étant la répétition du Sacrifice de la Croix et rien ne pouvant être ajouté aux mérites de la Rédemption. Depuis la mort du Sauveur, la coupe des grâces déborde, comme auparavant celle du péché. La Rédemption est complète : tout ce qui en découle n’est qu’une application des fruits qu’elle contient. De sorte que s’il entrait dans les desseins de la Sagesse divine d’appliquer totalement les fruits d’une seule Messe, ces fruits seraient d’une valeur infinie, comme ceux du Calvaire.
LES FRUITS DÜ SAINT SACRIFICE DE LA MESSE i'ji
Quoique tous les hommes ne soient pas sauvés, parce que tous ne veulent pas profiter des fruits de la Rédemption, Jésus toutefois est mort pour tous et il n’est plus besoin d’autre Sauveur ^ Il en est de même du Saint Sacrifice de la Messe ; l’application de ses mérites appartient à Jésus, qui en fait la distribution selon sa volonté, et s’il voulait les appliquer tous, ils seraient les mêmes que ceux de la Croix, par conséquent infinis.
Si l’on ne peut calculer la valeur d’une seule Messe, parce qu’elle est infinie, comment apprécier celle du nombre considérable de Messes qui sont chaque jour célébrées sur tous les points du globe ? ^
Dès lors, quelle gloire en revient à Dieu ! Toute la gloire divine que Jésus a donnée à son Père, en mourant pour le salut du monde, les Prêtres qui célèbrent la lui rendent de nouveau des millions et des millions de fois Quel
1 « Qui omnes homines vult salvos fieri... Unus et mediator Dei et hominum homo Christus Jésus, qui dédit redemptionem seipsum pro omnibus. » (I Tim., ii, 4-6.) — « Pro omnibus mortuus est Christus. » (II Cor., v, i5.)
“2 « Ab ortu solis usque ad occasum, magnum est nomen meum in gentibus, et in omni loco sacrificatur, et offertur nomini meo oblatio munda, quia magnum est nomen meum in gentibus, dicit Dominus. » Mal., i, 11.
3 D’après de récentes statistiques, on évalue à près de trois cent mille le nombre actuel des Prêtres.
l'72 LE SACRIFICE DE LA MESSE POUR LE PRÊTRE
concert sublime et universel de louange, d’ado ration et d’action de grâces, à l’honneur de la Divinité, dirigé par Jésus Lui-même, l’unique Prêtre agissant par ses Ministres !
En montant à l’autel, le plus humble des Prêtres peut se dire : Je vais glorifier Dieu autant qu’il peut l’être sur la terre ^ je vais obliger la divine Victime à s’immoler comme sur le Calvaire, et je vais de nouveau sauver le monde.
O Prêtre, ton pouvoir est divin ! En donnant la vie sacramentelle à la Victime que tu immoles, tu opères aussi divinement ce que ta Victime opérait en offrant sa vie sur la Croix. Gloire à Dieu au plus haut des deux !
II. — Les fruits de la Messe sont incalculables pour l’Eglise.
Par le fait de l’infini des mérites de la Messe, l’Eglise peut y puiser constamment, sans jamais s’exposer à en tarir la source. Elle en use abondamment, car ses besoins sont immenses. De
^ « L’Eglise tout entière ne peut procurer à Dieu autant de gloire qu’un seul prêtre par la célébration d’une seule messe. ...Par une seule messe, le prêtre honore Dieu bien plus que ne l’ont honoré et que ne l’honoreront jamais tous les anges et tous les saints du ciel, sans même excepter la très sainte Vierge Marie ; car tous ensemble ne peuvent lui rendre un culte qui soit inhni comme le culte rendu par le prêtre quand il célèbre à l’autel. » S. Alph., Le Prêtre^ t. l.
tout temps et dans tous les lieux, c^est à ce trésor infini qu’elle a eu recours.
Elle délègue ses Prêtres à l’autel, mais c’est en son nom et pour elle qu’ils célèbrent. Si elle leur recommande la sainteté et si elle les supplie d’apporter au Saint Sacrifice les mêmes dispositions que Jésus montant au Calvaire, c’est qu’elle veut que chaque Messe glorifie son divin Epoux et devienne pour elle la source de toutes les grâces
Les Prêtres augmentent ainsi sans cesse le patrimoine des biens spirituels de l’Eglise. En les consacrant Prêtres, elle s’en fait des multiplicateurs des dons divins. Aussi est-elle en droit de compter sur la fidélité de tous ses Sacrificateurs, à qui elle confie ses intérêts les plus sacrés.
Toute la vie de l’Eglise se renouvelle sans cesse sur les autels où s’oflFre le divin Sacrifice. Ce sont ses Prêtres qui la vivifient. Son Chef invisible opère par eux ; et pour demeurer dans son Eglise jusqu’à la fin des siècles. Il lui a donné ces autres Lui-même qui détiennent, par état, toutes les grâces du salut.
^ « Missæ vero omnes quantumvis privatim dicantur, communes censeri debent ; eo quod a publico Ecclesiæ ministre, non pro se tantum, sed pro omnibus fidelibus qui ad corpus Christi pertinent celebrantur. » Conc. Trid., Sess. 22, c. 6.
174 le sacrifice de la messe pour le prêtre
Comme ces pensées grandissent le rôle du Prêtre dans TEglise, et font comprendre quelle plaee unique occupe le Saint Sacrifice de la Messe dans la liturgie sacrée. Tant que TEglise, dans les missions lointaines, n’a pas élevé un autel, sur lequel le Prêtre offre la divine Victime du salut éternel, son culte est incomplet et son action fort limitée.
Pareillement, dans tous les milieux où l’Eglise exerce son divin apostolat, tous ses efforts se concentrent sur l’Eucharistie et sur le divin Sacrifice qui la perpétue dans l’humanité.
Considérons tous les autels du monde et voyons-y dressée la Croix libératrice du Sauveur mourant et entr’ouvrant son Cœur pour établir et vivifier son Eglise. Pas d’Eglise sans Sacrifice, pas de Sacrifice sans Prêtre !
III. — Les fruits de la Messe sont considérables pour les âmes.
L’Eglise n’a été instituée par son divin fondateur qu’en vue de la même glorification divine par le salut du monde, que celle qui L’avait fait descendre du ciel et mourir sur le Calvaire. Jésus lui a confié la même mission, qu’elle exerce par le ministère des Prêtres, et lui a fourni les mêmes sources de sanctification et de sa lut.
Dieu ne sera glorifié et l’œuvre rédemptrice ne sera fructueuse, que si les âmes sont sanctifiées et sauvées. La fin suprême de l’Incarnation, c’était la Rédemption ; le but essentiel de l’Eglise, c’est d’en appliquer les mérites suivant les besoins des âmes. Le Saint Sacrifice de la Messe devient ainsi comme une rédemption partielle pour chaque âme en particulier L
C’est à la Messe que les âmes viennent puiser les grâces dont elles ont besoin. C’est au banquet eucharistique qu’elles sont conviées pour se nourrir du pain de vie. Plus leurs besoins sont grands, et plus elles trouvent de secours dans cet abîme insondable de toutes les grâces. A mesure que la piété s’accroît en elles, elles se sentent portées vers une assistance plus fréquente à la sainte Messe. De sorte que le Saint Sacrifice de la Messe est le centre divin autour duquel tout gravite dans la piété et la vie spirituelle des fidèles.
Enlevez la Messe, et les âmes seront errantes, sans foyer pour alimenter leur amour et sans assurance de secours efficaces et opportuns.
^ « Memento, Domine, famulorum famularumque tuarum... pro quibus tibi offerimus, vel qui tibi offerunt hoc sacrificium laudis, pro se suisque omnibus, pro redemptione animarum suarum, pro spe salutis et incolumitatis suæ. » Ordo Missæ.
C’est pourquoi l’Eglise en fait un devoir hebdomadaire ; c’est pourquoi les âmes ferventes en font un idéal quotidien, qui est leur plus grande consolation et un gage précieux de persévérance.
Comme le Prêtre est puissant au saint Autel, et quelle œuvre de salut il y accomplit ! C’est Jésus qui parle à sa place, c’est Jésus qui y attire les âmes, c’est Jésus qui les baigne dans son Sang, c’est Jésus qui les vivifie ^ Quoique ignorant de la dispensation personnelle des grâces qui y est faite par Jésus, il sait qu’il est riche de la richesse du Calvaire et que c’est par son ministère que Jésus sanctifie et sauve les âmes N’en est-ce pas assez pour apprécier divinement sa Messe ?
^ « Considérez que jamais Dieu n’exauce les prières des prêtres comme à la sainte Messe. Il est vrai qu’en tout temps Dieu dispense ses grâces, chaque fois qu’on les lui demande par les mérites de Jésus-Christ. Mais, dit saint Jean Chrysostome, c’est dans le temps de la messe qu’il les accorde plus abondamment, attendu qu’aux prières du prêtre s’ajoutent alors, pour leur donner force et vertu, les prières de Jésus- Christ, prêtre principal, qui, dans ce sacrifice, s’offre luimême afin de nous obtenir les grâces de Dieu. » S. Alph., Le Prêtre, t. 2.
2 « Quasi communis quidam totius orbis pater sacerdos est : dignum igitur est, ut omnium curam agat, omnibusque provideat, sicut et Deus, cujus ministerio servit et fungitur vice. » S. JoAN. Chrys., Hom. 6 sup. I Tim.
IV. — Les fruits de la Messe sont précieux pour les âmes du purgatoire.
Le Saint Sacrifice de la Messe a été institué pour appliquer aux âmes les fruits de la Rédemption. Les âmes du purgatoire sont susceptibles d'en profiter, — non par une acquisition de mérites personnels, puisque n'étant plus in via elles ne peuvent plus mériter, — mais par des secours spirituels qui leur sont appliqués dans le lieu de leur expiation, soit par une diminution de leurs souffrances, soit par une abréviation du temps de leur purification.
L'église souffrante a les mêmes droits que l'église militante aux fruits du Saint Sacrifice. Le Prêtre les représente toutes deux au saint autel, les offre avec leurs besoins respectifs et leur obtient des grâces que la miséricorde divine leur dispense à son gré ^
La Messe envisagée relativement aux âmes du purgatoire, prend un caractère de touchante compassion. Ces âmes n'étant plus en possibilité de mériter, ne peuvent plus être secourues que par d'autres. La charité nous en fait un devoir, et c'est le Prêtre qui le premier en porte la responsabilité. Réunissant, en quelque sorte,
* « Accipe potestatem offerendi, tam pro vivis quam pro defunctis. » Pont. Rom.
toutes les prières de l’Eglise, il intercède auprès de la miséricorde en faveur de ces détenues de la justice divine^, et il dresse la Croix de la grande expiation où il immole de nouveau la divine Victime.
Comment une telle supplication, qui a coûté tout le sang de son Fils, ne toucherait-elle pas le cœur de Dieu, qui n’en a fait sa Victime que pour pouvoir pardonner et sauver ?
Comment le Prêtre ne serait-il pas lui-même touché, en voyant qu’il a été choisi pour un tel ministère ? Ministère qu’il renouvelle tous les jours, et chaque fois avec la même assurance d’efficacité divine.
Qu’il apprécie donc sa Messe plus que tout, à la pensée que Jésus compte sur lui pour secourir ces âmes souffrantes et les introduire plus vite au séjour de la Béatitude, où elles Le loueront éternellement.
V. — Les fruits de la Messe sont d'un prix inappréciable pour le Prêtre qui célèbre.
La simple réflexion du rôle que le Prêtre remplit à l’autel suffit pour donner l’intelligence des biens immenses qui lui reviennent personnellement dans le Sacrifice qu’il offre. Déjà. Jésus l’a honoré de son Sacerdoce, et cette faveur est d'un prix inappréciable. Jésus a constamment
son Prêtre devant les yeux ; Il Tassiste en tout, et avec un amour tout de tendresse. Il agit puissamment dans son âme, pour le purifier, le détacher de la terre, l’attirer fortement à Lui, et le préparer ainsi à coopérer avec Lui au grand Sacrifice.
Si Jésus se montre si bon pour son Prêtre, en vue de sa Messe, comment ne le serait-Il pas davantage encore, lorsqu’il le voit monter à l’autel et célébrer les saints Mystères. Il s’établit forcément alors entre eux des relations tellement intimes qu’ils partagent la même puissance spirituelle et qu’ils ne peuvent opérer l’un sans l’autre.
C’est par Jésus qu’opère le Prêtre, c’est par le Prêtre qu’agit Jésus. Le Prêtre acquiert, par là, comme un droit spécial aux grâces de son Sacrifice 1 ; de même que Jésus contracte, en quelque sorte, une obligation morale de bénédictions plus grandes envers son Prêtre.
Le premier aimé par Jésus, le premier sanctifié, le premier comblé de grâces, c’est naturel-
1 « Quicumque autem Sacrificium offert, debet sacrificii fîeri partîceps, quia exterius sacrificium quod offertur, signum est interioris sacrificii, quo quis seipsum offert Deo, ut Augustinus dicit (De Civit. Dei, c. 5). « Unde per hoc quod participât sacrificio, ostendit ad se sacrificium interius pertinere. » S. Thom., 3 P*, q* ^2 y a.
l80 LE SACRIFICE DE LA MESSE POUR LE PRÊTRE
lement le coopérateur nécessaire qu’il s’est Luimême choisi pour perpétuer dans l’Eglise le Sacrifice sauveur du Calvaire. De sorte que le Prêtre qui célèbre, bénéficie abondamment de chacune de ses Messes ; il n’a qu’à y puiser pour parvenir à la sainteté de son état.
Tous ses autres moyens de sanctification ne valent pas celui-là. Sa Messe quotidienne doit donc occuper la première place dans son estime, dans ses préoccupations, dans son amour. Une seule Messe pourrait le rendre saint, et si elle ne le fait pas, cela ne peut dépendre de Jésus qui aime tant son Prêtre, mais uniquement du Prêtre qui n’aime pas assez Jésus.
Nous allons voir plus en détail, dans les pages suivantes, les grâces principales dont la Messe est la source pour le Prêtre.
VI. — Développement de l’esprit de foi dans le Prêtre qui célèbre.
Le Sacrement de l’Eucharistie est appelé avec raison le mystère de la foi, rnysterium fidei. Tout y est mystérieux, parce que tout y est invisible ; tout y est objet de la foi, parce que tout y dépasse les lumières de la raison.
Jésus a dit : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang » ; il faut le croire. Le Prêtre répète
LES FRUITS DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE l8l
les mêmes paroles, qui produisent les mêmes effets ; il doit le croire. Sa foi repose sur Tautorité de Jésus qui parle et sur le pouvoir qu'il lui a conféré par fonction sacerdotale. Il doit croire à son Sacerdoce comme au Sacerdoce même de Jésus Il doit croire à l’efficacité divine de son Sacrifice, comme il croit au Sacrifice rédempteur de Jésus sur la croix
Chaque Messe que le Prêtre célèbre devient un véritable exercice de foi qui ravive ses croyances, qui l’oblige à poser des actes formels de cette vertu, et qui lui procure les joies les plus pures de son Sacerdoce. En effet, croire fermement à la vérité de ce grand Sacrifice, en faire comme la protestation la plus solennelle de sa foi en Jésus et en son propre Sacerdoce, et cela dans l’ombre du mystère et malgré toutes les apparences contraires ^ ; n’est-ce pas la plus belle profession de foi que puisse faire une âme ?
Après cela, comment douter des autres articles de foi ; comment n’être pas fort pour résister
1 « Si dormit fides vestra, dormit Christus in vobis ; in quo autem non dormit fides, vigilat Christus. » S. Aug., Sup. Ps. 120, V. 4.
2 « In fide vivo Filii Dei, qui dilexit me, et tradidit semetipsum pro me. » Gal., ii, 20.
3 « Mysterium fidei, qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum. » Can. Missæ.
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aux tentations du doute ; comment, en partant d’un tel point de départ, ne pas marcher vaillamment et intrépide dans la voie de la foi, qui est pour nous la voie préparatoire à celle de la vision au ciel ?
Qui plus que le Prêtre doit être un homme de foi ? Qui a plus d’occasions de pratiquer la foi ? Qui a plus de raisons de se montrer ferme dans ses convictions ? Qui est plus tenu de vivre d’esprit de foi en toute sa vie ?
Une Messe, c’est la réunion de tous les Mystères. Y croire, c’est la bien dire. La bien dire, c’est l’affirmation de toutes ses croyances et un gage précieux de persévérance.
VIL — Purification de Tàme pour le Prêtre qui célèbre.
Célébrer la Messe, c’est traiter avec la Divinité, c’est toucher le Saint des saints, c’est manier des miracles de sainteté. Comment un Prêtre oserait-il monter au saint autel, s’il n’était pur et sans péché ? ^ Comment pousserait-il l’audace jusqu’à oser commander à Jésus avec une conscience souillée ? Comment emprunterait-il
^ « Aufer a nobis, quæsumus, Domine, iniquitates nostras, ut ad Sancta sanctorum puris mereamur mentibus introire. » Ordo Missæ.
LES FRUITS DU SAINT SACRIFICE DÉ LA MESSE l83
les paroles de vie pour les prononcer dans un état de mort ? Comment s’emparerait-il de la puissance de son Sacerdoce pour en faire une œuvre d’iniquité ? ^
Toutes ces considérations font horreur, parce que le Sacrifice qui s’accomplit à l’autel est le grand Sacrifice de la réconciliation lequel réclame la pureté parfaite et la sainteté sans tache. Le Prêtre le sait ; aussi s’applique-t-il à être, par sa pureté, le plus agréable possible au Dieu auquel il sacrifie. Comprenant qu’il ne sera jamais trop pur et trop saint pour un tel ministère, il fait de sa Messe quotidienne comme une école de purification. Il y puise l’esprit de réparation
1 « Quand le prêtre en état de péché monte à Tautel, quand il récite Toraison : « Aufer a nobis, quæsumus. Domine, iniquitates nostras »,... et qu’il baise l’autel, je me représente Jésus- Christ qui lui dit sur le ton du reproche : « Eh quoi ! Judas, c’est par un baiser que tu livres le Fils de l’homme » ? Quand ensuite, au moment de la communion, le prêtre avance la main, il me semble, dit saint Grégoire, entendre Jésus-Christ s’écrier comme autrefois en face de Judas : « La main de celui qui me trahit, voilà qu’elle est avec moi sur cet autel. » Aussi, conclut saint Isidore de Peluse, « puisque ces malheureux ne craignent pas, dans leur audace sacrilège, de profaner de si augustes mystères, il en est d’eux comme de Judas : le démon les possède entièrement. » S. Alph., Le Prêtre, t. i.
2 « Omnia autem ex Deo, qui nos reconciliavit sibi per Christum, et dédit nobis ministerium reconciliationis. Quoniam quidem Deus erat in Christo mundum reconcilians sibi, non reputans illis delicta ipsorum ; et posuit in nobis verbum reconciliationis. » II Cor., V, i8, 19.
pour toutes les fautes de sa vie, le courage de l’expiation que réclame la sainteté de son état, la générosité du sacrifice pour marcher sans défaillir dans la voie de la perfection, et par-dessus tout Tamour qui le rendra délicat et le gardera fidèle à ses saints engagements.
La vie étant une lutte continuelle contre soimême et contre l’enfer, et le Prêtre étant souvent plus exposé que les autres, parce qu’étant la tête il est le premier visé par l’ennemi, il a besoin de plus de grâces et d’énergie personnelle ; sa Messe lui devient un talisman et un arsenal de toutes les armes de combat. Mieux il la célèbre, et plus il en tire des grâces précieuses de purification et des assurances de victoire L
Pur pour se préparer à célébrer, plus pur encore en célébrant, toujours pur après avoir célébré : tel est le Prêtre qui apprécie justement
1 « Indépendamment de toute intention et sans qu’il ait besoin de faire aucune réserve en sa faveur, l’office que le prêtre exerce lui assure une part privilégiée dans les fruits du Sacrifice. De même que c’est lui qui consacre, c’est lui qui offre, c’est lui qui immole, c’est lui qui intercède et qui supplie. S’il agit au nom du Sauveur qu’il représente, et au nom de l’Eglise dont il est le ministre, il agit aussi en son propre nom, sous sa responsabilité et dans son intérêt. Le sacrifice qu’il présente à Dieu est son sacrifice avant d’être celui des fidèles... Ainsi son office lui assure de droit divin une part privilégiée dans les fruits du sacrifice. » Baguez, Du divin Sacrifice.
LES FRUITS DU SAINT SACRIFICE DE LA MESSE l85
sa Messe et s’en fait un moyen fécond de purification ^
VIII. — Accroissement de l’amour divin dans le Prêtre qui célèbre.
Tout parle d’amour dans le Saint Sacrifice de la Messe : et le Sacrifice en lui-même qui est la manifestation suprême de l’amour, et le Prêtre Eternel que l’amour pousse au Sacrifice, et la divine Victime qui renouvelle son immolation, et les motifs miséricordieux pour lesquels ce Sacrifice sera offert jusqu’à la fin des temps
Le Prêtre qui célèbre met son âme à l’unisson des sentiments de Jésus : il aime. Il coopère à l’action toute d’amour de Jésus : sa coopération devient une coopération d’amour Il offre la Victime qui s’immole par amour : son offrande ne peut être agréable que si elle est faite par amour.
Il serait difficile, et également étrange, de considérer un Prêtre opérant une telle œuvre d’amour et de miséricorde, qui ne serait pas
^ « Quis ascendet in montem Domini, aut quis stabit in loco sancto ejus ? Innocens manibus et mundo corde. » Ps. xxiii, 24.
2 « Propter nimiam charitatem, qua dilexit nos, et cum essemus mortui peccatis, convivificavit nos in Christo. » Ephes., ii, 4.
3 « Ut dilectio qua dilexisti me, in ipsis sit, et ego in ipsis. » JoAN., XVII, 26.
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mû par les mêmes motifs et embrasé du même amour Une célébration froide, quoique digne extérieurement, d’un semblable Mystère, serait déjà une condamnation, si elle dépendait uniquement des dispositions intérieures du Prêtre.
Il est admis que les sentiments affectueux correspondant à la sensibilité du cœur ne sont pas ici en cause, parce qu’ils ne sont pas Teffet de la volonté ; de sorte qu’il n’y a pas lieu de les éprouver pour aimer sincèrement. A leur défaut, il reste toujours l’amour effectif de volonté : celui-ci est indispensable.
Aussi, le Prêtre qui célèbre doit vouloir aimer Jésus et sa Messe par-dessus tout, désirer croître en amour, être prêt à tout sacrifier pour préserver et défendre son amour, soupirer après un amour qui le garde généreusement fidèle à tous les devoirs sacrés de son état
S’il a des ambitions et des désirs, que ce soit pour aimer, pour devenir un Prêtre ardent au service de son Maître, pour s’embraser toujours plus au contact de Jésus le Souverain Prêtre, et pour être en état de célébrer sa Messe animé
^ « Estote ergo imitatores Dei, sicut filii carissimi ; et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos. » Ephes., v, i, 2.
* « Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dilatasti cor meum. » Ps. cxviii, 32.
d’un amour qu’il confonde avec celui de la divine Victime ^
C’est sur l’autel du Sacrifice que se consument les victimes- Que l’amour fasse du Prêtre Sacrificateur une victime d’agréable odeur.