IX. — Esprit de sacrifice dans le Prêtre qui célèbre
Cet autre fruit pour le Prêtre qui célèbre est inséparable de celui de l’amour. Le caractère de l’amour de Jésus est un amour crucifié. Lorsqu’il s’est agi de traduire en acte l’amour qu’il nous portait, Il a eu recours à la souffrance et au sacrifice La Messe, qui est dans l’Eglise la manifestation prolongée de son amour, n’a pas d’autre caractère.
Aimer, pour Jésus, c’est se sacrifier. L’amour du Prêtre doit ressembler à celui de son Maître. Pour accomplir sa mission à l’autel, il ne le peut faire qu’en offrant un Sacrifice. Celui par la puissance de qui il sacrifie, c’est Jésus ; la Victime qu’il immole, c’est Jésus. Il ne peut, à vrai dire, rien tirer de l’amour de Jésus, qu’en L’im-
1 « Tout ce que dit le prêtre, tout ce qu’il pense, tout ce qu’il souffre, tout ce qu’il fait, soit qu’il célèbre, soit qu’il prêche ou qu’il prie, tout doit être amour et rien qu’amour, parce qu’il ne doit rien entreprendre que pour plaire à Dieu. » S. Alph., Le Prêtre, t. 1.
2 « Dilexit me, et tradidit semetipsum pro me. » Gal., ii, 20.
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molant. Comment pourrait-il opérer une telle œuvre d’amour crucifié, sans s’immoler luimême avec Jésus ? ^
Comme Prêtre, il est donc voué au sacrifice. Comme Prêtre-Sacrificateur, il doit donc aimer et vouloir tout ce qu’aime et tout ce que veut sa Victime. Montant tous les jours au saint autel, il ne peut perdre, dans l’espace de vingt-quatre heures, ce caractère de sa condition sacerdotale. C’est donc un état chez lui, un état d’amour et de sacrifice, qu’il alimente chaque fois à la Messe
1 « S’il est donc vrai que le prêtre n’est qu’un même prêtre avec Jésus-Christ, et qu’il n’exerce son sacerdoce dans le sacrifice de la messe, qu’en la personne de Jésus-Christ même, n’est-il pas clair aussi qu’il ne le doit offrir que dans son esprit et dans ses dispositions ? Il doit l’offrir comme lui dans l’esprit de sacrifice, dans l’amour de la croix, et dans la disposition de se sacrifier et de mourir lui-même pour Dieu. Car c’est dans ces dispositions et dans cet esprit que Jésus-Christ institua ce sacrifice de son corps et de son sang, qu’il les offrit à son Père, et qu’il les donna à ses apôtres lorsqu’il était sur le point de se livrer aux bourreaux, et d’aller mourir sur la croix.
« Cette disposition n’est pas l’ouvrage d’un quart d’heure, ni, si vous voulez, d’une heure que l’on peut prendre pour se préparer à célébrer le saint sacrifice de la messe. Elle ne peut être que l’effet de la grâce de Jésus-Christ en nous, et du travail de plusieurs années, qu’on aura employées par son secours à mortifier ses sens, à combattre tous les mouvements de la cupidité et à crucifier sa chair avec ses convoitises, pour pouvoir être conformes à Jésus-Christ comme victime, avant de lui être associés comme prêtre. » P. de Condren, Idée du Sacerdoce et du Sacrifice.
et qui doit Tinspirer sans cesse dans le cours de sa vie.
Avec un tel exemple sous les yeux, avec une prédication aussi vivante d’amour crucifié, comment le Prêtre négligerait-il d’accroître en lui l’esprit de sacrifice, et comment sa Messe ne serait-elle pas la source féconde où il viendrait l’alimenter ? ^
Il ne peut y avoir de considération plus propre à faire du Prêtre un être sacrifié, que de réfléchir à ce qu’il fait chaque matin au saint autel. Il est bon qu’il revienne souvent sur ce sujet, dans ses méditations, comme dans ses prières.
Il ne peut pas ne pas être un homme de renoncement, de mortification, de pénitence et de sa-
1 « Quand le Fils de Dieu se sert de nous pour offrir à son Père son corps et son sang, quand nous demandons chaque matin pour tous les fidèles la grâce de s’associer à cette immolation, et d’être reçu avec le Sauveur, comme une même hostie : « Hostiam viventem, puram, Deo placentem », pouvonsnous manquer de résolution pour nous dévouer à son service et nous immoler à sa gloire aussi parfaitement qu’il le désire ?
« Aussi le Pontife qui nous a conféré le sacerdoce, voulant nous exhorter à faire généreusement tous les actes de vertu qu’exige notre caractère, s’est-il borné, dans notre ordination, à nous mettre devant les yeux le mystère de l’autel en nous recommandant d’en acquérir l’intelligence et d’en conserver le souvenir : « Agnoscite quod agitis ; imitamini quod tractatis ; quatenus mortis dominicæ mysterium célébrantes, mortifîcare membra vestra a vitiis et concupiscentiis omnibus procuretis. » Bacuez, Du divin Sacrifice.
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crifîce, à moins de n’être pas le vrai disciple de son Maître ^ Son Ordination Ta consacré Prêtre et victime à la fois : sa Messe le lui rappelle sans cesse. Imitamini quod tractatis,