IV. — Jésus est Tunique Prêtre, source de tout Sacerdoce
En consacrant son Fils Prêtre, Dieu le Père a déposé en lui tout le Sacerdoce, non seulement le Sacerdoce plénier en vue de la mission confiée au Verbe incarné, mais encore le Sacerdoce dans son essence, destiné à être communiqué sans changement à tous ceux qui devront y participer ^
De même qu’il n’y a qu’un Fils éternellement engendré et devenu Prêtre dans le temps, de même il n’y a qu’un Sacerdoce, et ce Sacerdoce est en Lui. De même qu’il n’y a qu’un Verbe incarné, d’où découle toute grâce et toute vie de même il n’y a qu’une source du Sacerdoce, et cette source c’est Jésus
1 « Caracter Sacraraentalis est quædam participatio Sacerdotii Christi. Christus habet plenam spiritualis Sacerdotii potestatem : et propter hoc Christo non competit habere caracterem, sed potestas Sacerdotii ejus comparatur ad caracterem sicut id quod est plénum et perfectum ad aliquam sui participationem. » S. Thom., 3 p., q. 63, a. 5.
2 « De plenitudine ejus nos omnes accepimus, et gratiam pro gratia. » Joan., i, i6.
3 « Christus est fons totius sacerdotii ; nam sacerdos legalis erat figura ipsius ; sacerdos autem novæ legis in persona ipsius operatur. » S. Thom., 3 p., q. 22, a. 4.
PREMIER PRÊTRE ET PREMIER SACRIFICE 3l
Il appartient à Jésus d’appeler qui II veut à cet honneur suprême ^ : mais ce choix comme cet honneur prennent naissance dans son cœur de Prêtre. Ce qu’il donne à ses Prêtres, Il l’a Luimême reçu de son Père ; et de même que son Père n’a point épuisé sa puissance en Le faisant Prêtre, de même II n’atténue en rien la plénitude de son Sacerdoce en le communiquant à d’autres.
Ce dont Jésus a été divinement gratifié, c’est d’un Sacerdoce éternel ^ ; ce qu’il communique à ses Prêtres, c’est un caractère sacerdotal indélébile qui demeurera éternellement
Tous les Prêtres du monde, en tant que Prêtres, sont égaux, car Jésus les rend également participants de son Sacerdoce. Il est Lui-même Prêtre en eux, et ils ne peuvent rien opérer que par sa puissance sacerdotale Même, lorsqu’il s’agit pour eux d’exercer leur pouvoir sur la Personne de Jésus, ils ne peuvent le faire qu’en son
1 « Non vos me elegistis, sed ego elegi vos. » Joan., xv, i6.
* « Ex eo quod manet in æternum, habet sacerdotium sempiternum. » Hebr., vu, 24.
3 « Esse sacerdotem convenit homini ratione animæ, in qua est ordinis caracter. Unde per mortem homo non perdit ordinem sacerdotalem, et multo minus Christus, qui est totius sacerdotii origo. » S. Thom., 3 p., q. 5o, a. 4, ad 3.
^ « Sine me nihil potestis facere. » Joan., xv, 5. — « Solus Christus est verus sacerdos, alii autem ministri ejus. » S. Thom., In epist. ad Hebr. Lect. 4.
nom et en puisant en Lui l’efficacité divine de leur action sacerdotale.
Et cela, parce qu’il n’y a qu’un Sacerdoce, et que Jésus seul en est l’essence et la source.
Quelle considération profonde pour un Prêtre, qui peut se dire à tout instant : je ne suis Prêtre que par Jésus ; mon Sacerdoce, c’est le sien ; je dépends de Lui et éternellement je serai son Prêtre. Comment alors ne pas vivre de mon Sacerdoce et ne pas aimer souverainement le Jésus-Prêtre qui m’a tant aimé ^ et tant honoré ? ^
V. — Jésus, Prêtre de l’unique Sacrifice, se perpétuant par les Prêtres.
Un seul Prêtre, un seul Sacrifice, conséquence toute logique. Parce qu’il n’existe qu’un seul Sacerdoce, tout autre Sacrifice qui ne puiserait pas en lui sa puissance et sa vie, serait un Sacrifice illusoire auquel il manquerait le Sacrificateur autorisé ; c’est-à-dire qu’il n’y aurait absolument aucun Sacrifice.
Par cela seul que Dieu le Père ne nous a envoyé qu’un Prêtre, il n’a imposé qu’un Sacrifice,
^ « Nos ergo diligamus Deum, quoniam Deus prior dilexit nos. » I JoAN., IV, 19.
2 « Nimis honorati sunt amici tui Deus. » Ps. cxxxviii, 17.
le seul qui puisse Thonorer dignement et accomplir efficacement la mission qu’il lui a confiée.
Tous les sacrifices antérieurs ont été abolis, parce qu’ils étaient inefficaces, ne reposant pas sur le Sacerdoce de Jésus. Tous les Sacrifices nouveaux qui sont offerts dans la sainte Eglise, sont agréables *à Dieu et produisent leur effet sanctificateur, parce qu’ils ne sont qu’une répétition et un prolongement de celui de Jésus.
Ce n’est ni un Prêtre diminué, ni une Victime partagée, ni un Sacrifice tronqué, que le Prêtre offre chaque jour à l’autel ; mais sa Messe a la même valeur infinie que celle qu’a célébrée Jésus Lui-même, le Pontife suprême. Sacrificateur de la Victime divine, sur l’autel de la Croix ^
Toutes les Messes du passé et toutes celles du présent et de l’avenir ne sont qu’un même et unique Sacrifice qui ne sera jamais changé ni annulé. Il repose sur l’unique Sacerdoce du temps et de l’éternité.
Et dire que c’est un simple mortel qui opère une œuvre aussi divine ! Quelle ne doit pas être l’humilité du Prêtre qui monte si souvent au
^ « Sicut celebratio hujus sacramenti (Eucharistiæ) est imago repræsentativa passionis Christi, ita altare est repræsentatio crucis ipsius, in qua Christus in propria specie immolatus est, » S. Thom., 3 p., q. 83, a. i, ad 2.
saint autel, pour opérer chaque fois la même merveille !
Mais aussi quel amour doit accompagner son humilité, en se voyant si miséricordieusement privilégié !
VI. — Jésus, Prêtre du premier Sacrifice commencé à la Cène et consommé sur le Calvaire.
Considérons Jésus, le Souverain Prêtre, arrivé au terme de sa course et se préparant plus immédiatement à offrir le Sacrifice en vue duquel Il avait été consacré Prêtre par son divin Père.
Unissant dans sa pensée le Sacrifice sanglant au Sacrifice mystique eucharistique. Il se dirige d^abord au Cénacle où II a décidé d’instituer avant de mourir les deux grands Sacrements de l’Eucharistie et du Sacerdoce. Par la même puissance sacerdotale qui Lui fera, le lendemain, offrir sa vie sur la Croix, Il se renferme sous l’apparence d’un peu de pain, afin de pouvoir • plus facilement s’universaliser sur la terre, et 11 commande à ses Prêtres de renouveler le même rite sacramentel jusqu’à la fin des temps, pour perpétuer le Sacrifice de la Cène et de la Croix *.
* « Hoc facite in meam commemorationem. Quotiescumque enim manducabitis panem hune, et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis donec veniat. » I Cor., xi, 25-26.
Le corps qu’il donne en nourriture sera tout à rheure broyé, le sang qu’il offre en breuvage sera bientôt versé, dans la même pensée de purifier l’humanité de ses péchés ^
C’est l’heure suprême, l’heure tant désirée l’heure de l’amour ^ l’heure pour laquelle II est venu l’heure que Lui a marquée son Père en Le consacrant Prêtre l’heure dé la grande réconciliation du ciel et de la terre % l’heure, en un mot, de son Sacerdoce, que couronne le Sacrifice de sa mission divine ^
Prêtre, il fallait qu’il sacrifiât ; Victime, il fal-
1 « Hoc est corpus meum, quod pro vobis datur... Hic est calix novum testamentum in sanguine meo, qui pro vobis fundetur. » Luc., xxii, 19, 20.
* « Desiderio desideravi hoc Pascha manducare vobiscum, antequam patiar. » Luc., xxii, i5.
3 « Ante diem festum Paschæ, sciens Jésus quia venit hora ejus ut transeat ex hoc mundo ad Patrem, cum dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dilexit eos. » Joan., xiii, 1.
4 « Propterea veni in horam hanc. » Joan., xii, 27.
5 « Ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut mandatum dédit mihi Pater, sic facio. Surgite, eamus hinc. » Joan., XIV, 3i.
6 « Nunc judicium est mundi ; nunc princeps hujus mundi ejicietur foras. Et ego si exaltatus fuero a terra, omnia traham ad meipsum. » Joan., xii, 3i, 32.
« Ego te clarificavi super terram, opus consummavi, quod dedisti mihi ut faciam. Et tune clarifica me tu, Pater, apud temetipsum claritate quam habui, priusquam mundus esset, apud te, » Joan., xvii, 4, 5.
lait qu’il s’oflfrît en Sacrifice. Les deux phases du même Sacrifice se complètent : la première, mystique et non sanglante, pour se perpétuer ensuite sous une forme appropriée aux conditions de l’humanité et à l’état glorieux du Souverain Prêtre ; la seconde, sanglante, mettant fin au Sacrifice et conservant sa vertu expiatrice à tous les autres Sacrifices mystiques qui ne feront que renouveler celui de la Croix.
Le Cénacle et le Calvaire, l’Eucharistie et la Croix, théâtre sublime du plus grand Sacrifice offert par l’unique Prêtre du ciel et de la terre.