‹ Le Saint Sacrifice de la Messe pour le PrêtreChapitre 8 sur 43 · CHAPITRE TROISIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIEME

La Messe dans la vie du Prêtre

Lorsqu’on réfléchit tant soit peu à ce qu’est la Messe et au caractère sacré de celui qui la célèbre, on ne peut hésiter à lui attribuer la première place dans la vie du Prêtre L La Messe étant l’acte suprême de religion et renouvelant, avec la même efficacité, le Sacrifice qui a sauvé le monde, ne peut être égalée ni en excellence ni en vertu Elle est le centre du culte dans l’Eglise et aucune autre forme de piété et de religion ne peut lui être préférée. Elle contient en elle-même tout le Sacrifice de la Croix : et le même divin Prêtre, et la même divine Victime,

^ « Audite et obstupescentes admiramini : nulli angelorum, nullîs spiritibus supernis, sed hominibus ; nec tamen omnibus, sed ordini vestro, o sacerdotes, tantum mandatam esse tanti sacramenti celebrationem in altari, quod Christus fecit manibus suis in cœna paschali. » S. Bern., Serm. In Cœna Domini.

2 « Unum et idem sacrificium esse fatemur et haberi debet, quod in Missa peragitur, et quod in cruce oblatum est : quemadmodum una est et eadem hostia, Christus videlicet dominus noster qui seipsum in ara crucis semel tantummodo cruentum immolavit. Neque enim cruenta et incruenta hostia sunt duæ hostiæ, sed una tantum ; cujus sacrificium, postquam dominus ita præcepit. Hoc facite in meam commemorationem, in Eucharistia quotidie instauratur. » Catech. Rom., II p., c. 20, art. 8.

et la même glorification divine, et les mêmes mérites sauveurs.

Ajoutez à cela la perpétuité de la Présence personnelle de Jésus dans TEucharistie, et la rénovation constante du pain de vie dont se nourrissent les âmes, qui toutes deux prennent naissance dans Pacte même du Sacrifice eucharistique, et vous donnerez à la Messe toute sa valeur divine, que rien ne peut dépasser ^

En regard de la Messe, mettez le Prêtre qui la célèbre, le Prêtre qui a reçu Ponction sacerdotale par un caractère indélébile le constituant Prêtre pour Péternité, le Prêtre dont la principale fonction est de renouveler chaque jour le Sacrifice du Calvaire, le Prêtre qui seul a été choisi pour remplacer Jésus à Pautel et pour Le conserver au monde ; et appréciez, en conséquence, la place que la Messe doit occuper dans sa vie

^ « O præclara, o reverenda potestas vestra ! Certe non est potestas post Deum, sicut potestas vestra, cui nihil in cœlo vel in terra valeat comparari, consecrare videlicet corpus et sanguinem Domini. » S. Bern., Serra. De Convers. ad clericos., c. 3o.

2 « Tout prêtre est pris d’entre les hommes, et il est chargé des intérêts de Dieu, afin d’offrir pour les hommes des dons et des sacrifices d’expiation » (Hébr., v, i). Ainsi d’après l’Apôtre Saint Paul, offrir des sacrifices, telle est la fin pour laquelle Dieu donne les prêtres à son Eglise, et telle est la loi de grâce, l’office propre des prêtres. » S. Alph., Le Prêtre, t. i.

LA MESSE DANS LA VIE DU PRÊTRE Sg

Un Prêtre qui ne mettrait pas sa Messe audessus de tout, serait un Prêtre inintelligent de son Sacerdoce ou qui y aurait été infidèle. Il lui faudrait réapprendre son catéchisme sacerdotal et commencer par se demander pourquoi il s’est fait Prêtre, puisqu’il l’ignore ou qu’il oublie aussi facilement la fin principale de son Sacerdoce.

Il n’est point ici question de dévotion ou de degré de piété ; l’appréciation ét l’amour de sa Messe plongent leurs racines dans les profondeurs de Tâme sacerdotale. La seule pensée de sa Messe doit émouvoir le bon Prêtre ; la simple réflexion de ce qu’il accomplit à l’autel doit l’attendrir. Jamais homme ne fera rien de plus grand, jamais mortel ne pénétrera plus avant dans les cieux, jamais saint du ciel n’exercera une fonction plus divine. C’est être presque un Dieu, pour commander ainsi à Dieu lui-même L

Aussi, avec quel regard de complaisance Dieu le Père considère-t-il le Prêtre montant à l’autel ! Il revoit en lui le Sacerdoce même qu’il a conféré à son Fils, et il assiste au même Sacrifice que celui-ci lui a offert pour la rançon de l’humanité et dont il attend les mêmes fruits de salut.

^ « O venerabilis sanctitudo manuum ! O felix exercitium ! Qui creavit me (si fas est dicere) dédit mihi creare se ; et qui creavit me sine me, ipse creavit se mediante me ! » S. Aug.

Et le Prêtre ne serait pas à Tunisson des pensées divines et des sentiments que fait naître dans le cœur de Dieu Toffrande renouvelée du Prêtre Eternel lui sacrifiant la Victime rédemptrice ! Il célèbre sa Messe sur la terre, mais la gloire divine qui en résulte est dans les deux. A lui de maintenir ce contact entre le ciel et la terre par la ferveur qui convient à un aussi sublime Sacrifice.

I. — La Messe doit tenir dans la vie du Prêtre la même place que le Sacrifice de la Croix dans la vie de Jésus.

Jésus a vécu toute sa vie dans la vision du Calvaire. Il était venu pour mourir et s’offrir en Sacrifice. Son immolation était le terme fixé par son divin Père pour mettre fin à sa mission sacerdotale ^

Pendant trente-trois ans II a vécu dans l’attente de son Sacrifice. Il ne l’a pas perdu de vue un seul instant. Dévoré du zèle de la gloire de Dieu et du salut du monde, 11 vivait par le désir l’heure suprême de sa mort ; et s’il ne versait pas encore son sang. Il s’offrait sans cesse en Victime à son divin Père, afin qu’il apaisât sa

* « Misit Filium suum propitiationem pro peccatis nostris. »

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