FORMATION M GHETTO
avec quelques éclaircissements, sur les principales places de la ville (I); et le surlendemain, dit Cola Coleine dans son journal, tous les juifs étaient enfermés dans une même rue (2). On construisit aussitôt autour de l'enceinte affectée aux juifs, alin de l'isoler complètement, une haute et épaisse muraille, percée seulementde deux portes, ainsi que l'avait ordonné la bulle pontificale; le travail fut si activement poussé que, dès le 3 octobre, le pape en ordonnançait le payement (3). C'est de ce jour que date le ghetto (4).
Les juifs se récrièrent, comme c'était naturel; l'un d'eux, David d'Ascoli, publia même à cette occasion un pamphlet (5), et il employa de si bons arguments pour défendre la cause de ses coreligionnaires qu'il perdit la sienne et se vit condamné à la prison perpétuelle (6).
(1) Bibliothèque Casanatense, édit. 91,
(2) Moroni, Dict. eccïes., t. XXI, 17.
(3) R. Archivio di Stato. Divers. Camer. Cent écus à paver aux maçons qui ont construit le mur du ghetto.
(4) Le vocable ghetto a exercé longtemps la sagacité des étymologistes : les uns le font venir du toscan guitto, ou du modenois ghitto, qui, tous deux, ont le sens de sale, sordide; d'autres y voient une transformation de la racine talmudique ghet qui signifie : divorce, séparation, relégation; ou gouddat, séparation, haie, cloison; soit encore ghetto, troupeau. Quelques auteurs admettent, et c'est l'explication qui semble la plus probable, que ghetto est l'abréviation du motitalien borghetto, petit bourg, quartier. (Voyez Littré, Suppl. ; Moroni, Dict. eccles., etc.)
(o) Apologia Hebraeorum. Argentorati, I ob'J. (6) Cinelli, Biblioteca volante, scanzia XIV, 19.
LE S UNT-SIEG1 i i LES il IFS
Mais peu importait que les juifs murmurassent; ce qui était autrement grave, c'est que les chrétiens euxmêmes s'insurgèrent. Pour constituer le ghetto tel que
l'entendait le pape, on avait dû \o< faire déguerpir, sur l'heure, desnombreuses maisons qu'ils possédaient dans cette région et on \ avait installée leur place des juifs ?
d'où leurs plaintes fort légitimes, en somme. Cependant ils se ravisèrent bientôt, songeant au parti qu'ils pourraient tirer de leur mésaventure : les juifs étaient forcés de rester leurs locataires puisqu'ils ne pouvaient ni acheter les maisons où ils habitaient ni aller vivre ailleurs (1 . Il était facile de se montrer exigeant envers de tels locataires. Et, de fait, les propriétaires se montrèrent si exigeants que le pape fut promptement forcé d'intervenir. Si les juifs devaient être molestés, il ne fallait pas que ce fût pour le plus grand avantage de quelques propriétaires. Un édit amena une entente, bien précaire, il est vrai, car, peu d'années ensuite, le pape Pie IV était obligé d'interposer de nouveau son autorité entre les possesseurs trop rapaces des maisons du ghetto et leurs locataires obligés 2). Il trancha la question, sans la résoudre, en décidant que le taux des locations serait dorénavant lixé par le camerlingue,
i La bulle < Cumnimis abmwdwn •• <l»'-fen<l aux juifs de posséder des biens immeubles, § 2.
2 Cf. Carxkvau, Il Ghetto diMantova, p. 29, où l'on voit que le
duc de Mantoueeut à lutter contre le> mèmea difficultés