DESCRIPTION DU GHETTO
abattait, suivant le rite judaïque, les animaux destinés aux boucheries du ghetto (1), d'où son nom. La célèbre et antique famille <lei Branca de Clausura, d'origine juive, y possédait plusieurs maisons c2i. Ensuite, lorsque traversant la petite rue Délie Azzinelle 3) , on remontait vers la Via Hua, on trouvait, presque à la jonction des deux, voies une antique maison dont la façade, bizarrement ornée de sculptures, semblait avoir appartenu jadis à une église; autour de la porte d'entrée, en effet, on comptait non moins de 198 sujets différents gravés dans la pierre (i). Il faut voir apparemment dans ce porche le dernier vestige d'une église depuis longtemps détruite, l'église S. Cecilia de'
(1) Ces boucheries étaient au nombre de six ou sept. (Ilvcro Stato, p. 21.) On lit dans les statuts de Rome, Liv. II, art. cxxxvin Cod. Ottol». 741 et Milliniano del Archivio segreto) : « Nul lus màcellarius vendat hebreis nisi bestiam vivant et ipse hebveus non interficiat in macellis christianorum ipsus bestias et christiani dictas bestias ab i is non emant si ipsa bestia esset oxcisa et ipsam bestiam non maccllent inter christicuios, qui contrafeccrit puniatur in X lib. prov. et accusator vel denunciator habeat medittatem pêne et teneatur privâtes . (Ca.miixu He, p. 163.)
(2) Archivio délia Santissima Trinità de' Pellegrinie Convalescent], Libro délie Fiante antiche di case e siti, p. 12, f. 2.
(3) Ou «Del Porno délie Azzinelle » Bernahdim), p. 180, ce qui montre que c'est là que se fabriquaient les pains azymes. L'archicon fraternité de' Pellegrini y possédait une maison; l'église S. Maria in Monticclli, ainsi qu'un certain (iiulio de' Magistris, des boutiques donnant sur la rue. (Archivio délia S. Trinità de' Pellegrini, Piante antiche di case, p. 35, f. 2.)
(4) P. Adinoi.fi, Notes inédites.
Pantaleôni ou <le Pantaleis, voisine de la porte de < e nom I .
En résumé, on peut diviser le ghetto en deux régions distinctes : l'une formée par la place Giudea, la place du Temple et la Via Hua; c'était le quartier opulent : les banques, les boutiques riches, les plus belles maisons, c'est-à-dire les moins délabrées, s'y voyaient; 'autre, qui comprenait les places Délie Fontanelle et Quattro Capi et les rues avoisinantes Délia Stufa, Délia Torre (2), De' Savelli, toute la partie basse, était le quartier pauvre, laborieux et sale(3). Entre ces deux groupes, un fouillis de ruelles étroites, tortueuses, puantes, bordées de boutiques misérables et de hautes maisons, toutes branlantes, épou\ antablement sombres, ou \ ivaient entassées, des caves au grenier, dans d'infects réduits, sans distinction ni d'âge, ni de sexe, ni de condition, des familles entières et souvent plusieurs familles à la fois.
Ce fut l'honneur de Pie IX d'abattre, dès les pre-
(1) On ne trouve, en effet, trace d'aucune autre enlise dans le voisinage, dit Adinolfi. Xotes inédites.) Dans l'Archivio del Salvatore (1419, p. (>6), elle se trouve mentionnée comme située dansle quartier juif et près de la place Macello. [Ex instrumenta locationis stanziolœ in favorem magistri gottardi sub indictione IX a dû' 7° Martii 1551 rogat apud Aristotelem Tusculanum not.) L'épithète « de Pontaleonibus » lit qu'on lui donna quelquefois, par erreur, le nom de S. Pantaleone. Voyez un acte de vente cité parBicci, doc. VII, G07.
(2) Faussement appelée « Tour des Pierleoni ». en Bibl. Vat.Cod.Ottob. 2648.
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miers jours de son pontificat, la muraille qui élreignail
les juifs (1); ee sera L'œuvre du maître actuel de Rome de faire disparaître les derniers vestiges de cetopprobre. Bientôt le ghetto aura cessé d'exister; cette partie de Home
perdra, à son tour, son cacliet d'âpre et sévère vétusté. La pioche du démolisseur tue et vivifie. L'hygiène assurément a ses droits imprescriptibles et ce cloaque affreux devait être transformé, mais ceux que charment les antiques traditions, ceux qui aiment à remonter le cours des Ages et à se ressouvenir des événements passés dans le milieu même où ils se sont déroulés, assisteront avec quelque tristesse à la disparition de ce coin de la ville éternelle si pittoresque en sa laideur, si gracieux en sa décrépitude, si intact en son délabrement, qu'en le parcourant, on pouvait se croire transporté aux plus lointaines années du moyen âge, et ils diront un peu tristement avec le poète (2) :
« Etiam pcriere ruimv ».
(1) Cependant les juifs ne se hâtèrent pas de se prévaloir de la liberté qui leur était accordée; ils continuèrent d'habiter, avec une étonnante persévérance, ce quartier malsain et ne l'ont abandonné définitivement que lorsque l'édilité romaine en a décidé l'expropriation.
(2) Llcain, Pharsale, liv. IX.