‹ Le Saint-Siège et les juifsChapitre 18 sur 72 · DÉ\ ELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTÉ · texte numérisé non relu

DÉ\ ELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTÉ

ils rappellent qu'il est défendu ;m\ femmes de parcourir la nuit les rues en chantant, ni soûles ni surtout en compagnie d'hommes; de se tenir, de façon provocante, à leurs fenêtres ou sur le pas de leurs portes; de lier commerce avec certaines commères, de se montrer en public avec elles, etc (1). D'autre pari, les souverains pontifes se virent plus d'une fois obligés de rappeler aux chrétiens les lois que la morale, à défaut de la religion, aurait dû leur imposer, car il parait que le mal ne s'étendait pas seulement au ghetto et que, quelque bien fermées qu'en fussent la nuit les portes, elles s'ouvraient cependant devant certaines solliciteuses (2). Tandis que les courtisanes chrétiennes surprises par les officiers pontificaux en étaient quittes, en général, pour le fouet, châtiment auquel les Romains assistaient avec un plaisir lascif et toujours nouveau, et dont on usait et abusait pour leur complaire, en temps de carnaval (3), les juives échappaient rarement au

(1) Pragmatiques de IGGI elde IG73, art. IX; de 108.'i, art. XVIII. Voyez chapitre suivant.

(2) Décret du cardinal de Sabine, vicaire de Rome, ."> août 1712. « Les femmes juives, y est-il dit, sortent seules du ghetto la nuit; on les rencontre dans les rues et dans les auberges avoisinantes «.Parmi sesnombreuses maîtresses, le poète Molzaeutune juive dont il chanta la beauté. (Tiraboschj, t. Vil, 1050.)

(31 (Vêtait un des amusements presque obligatoires des fêtes carnavalesques. Il était alors défendu aux femmes de mauvaise vie, comme aux juifs, de sortir masquées; le bourreau se tenait en permanence près du Corso et, pour la plus légère infraction, on lui

bûcher. En 1628, par exemple, une femme de mauvaise vie ayant été surprise avec un jeune Homain allait être châtiée, suivant l'usage, de trois coups de corde, quand survint un passant qui la reconnut pour une juive; sur quoi, elle fut, sans plus, brûlée vive. Une autre fois, une jeune fille de naissance israélite mais qui avait abjuré, était sur le point d'être fouettée en place publique; reconnue, elle subit le supplice du feu (1).

Il est vrai que les papes se montraient aussi fort sévères pour les chrétiens qui ne s'étaient pas souvenus à temps de leurs ordonnances (2). Sixte-Quint, en général plus indulgent, était sur ce point d'une excessive sévérité (3).

amenait tics victimes. La foule faisait ardemment la chasse aux délinquantes et en créait au besoin. Lisez, à ce sujet, dans Ademollo, p. 152, l'épisode fort curieux et fort bien conté dont Cecca Buffonafutriiéroïne et qui faillit provoquer un incident diplomatique.

(1) Natali, Il Ghetto, 143.

(2) A Pérouse, les crimes de ce genre étaient punis avec la dernière rigueur; les coupables avaient tous deux le nez coupé, étaient battus de verges et exilés à jamais de la ville. [DocumenlidiStm i<> Perugiana, 1887, doc. Ml, an. 1342, communiqués par M. le Prof. G.Sanesi.) En France , par contre , on se montrait plus tolérant : les juives étaient seules battues de verges et exilées; les chrétiens s'en tiraient avec une amende. (Basnagb,Hv. I\. 4i4.)

3 L'exemple suivant en fait foi : ce pape ayant ouï dire que le due de Parme entretenait depuis longtemps des relations avec une femme israélite, le fit arrêter, et, sa faute avouée, le condamna, malgré de puissantes interventions, à avoir la tète tranchée. L'instant approchait où le jeune duc allait être exécuté. Son oncle, le cardinal Parnèse, voyant que ses efforts pour le sauver ne servaient de rien, s'avisa d'un stratagème fort ingénieux. Il fit mettre en retard toutes

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