‹ Le Saint-Siège et les juifsChapitre 19 sur 72 · DÉVELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTÉ · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTÉ

Les maladies endémiques, dont le voisinage du Qeuve, l'humidité constante du sol et le manque d'air favorisaient le développement, faisaient de grands ravages dans la population Israélite, mais les épidémies surtoul s'y déchaînaient avec une violence inouïe. En 1656, par exemple, lors d'une peste qui fit partout beaucoup de victimes, le ghetto devint un tel foyer d'infection qu'on dut en fermer les portes et n'en plus laisser sortir, durant près de trois mois, les malheureux habitants. Ensuite on procéda, non sans peine, à une désinfection générale de tout le quartier par des moyens fort analogues à ceux usités, il y a peu d'années encore, lors les grandes épidémies, et tout aussi peu efficaces (1).

31ais ce n'étaient pas là les seules causes de dépopulation au ghetto. Il arrivait souvent que des familles

les horloges du palais et se présenta chez le souverain pontife, dont la pendule marquait seule l'heure vraie, quelques instants avant le moment fixé pour le supplice; il intercéda longtemps mais en vain. A la fin, le pape, croyant que justice était faite, feignit de se laisser toucher et accorda au cardinal la grâce du coupable, « s'il en était encore temps ». Celui-ci de courir aussitôt à la prison où le bourreau, trompé par les horloges, attendait toujours que l'heure eût sonné. Quand on s'aperçut de la supercherie, le coupable était loin. (Natali, il Ghetto, p. 144.}

(1) Décrets du cardinal Sachetti, o décembre 1656; du cardinal Chigi, 4 février et 18 août 1637. Ordonnances pontificales en date du 20 juin, du o juillet et du 20 août 1050. Les chefs de la communauté durent promettre le remboursement de tous les objets détériorés durant l'opération de la désinfection. Le choléra de 1837 causa également une grande mortalité au ghetto.

entières s'expatriassent, comme celle dos Hannaarim, une des plus vieilles pourtant et des plus riches de la colonie qui quitta Home, en 1394, pour aller s'établir ;\ Bologne où une plus grande liberté était laissée aux juifs (1). Cependant les papes, qui n'aimaient pas à voir leurs sujets israélites transporter au dehors leur activité et leurs richesses, s'opposaient, en général, à ces exodes, et il n'y a pas longtemps qu'une lourde taxe frappait les émigrants (2).

Il arrivait aussi que l'on ne rencontrait pas toujours chez tous les habitants du ghetto cette foi robuste et cette indépendance qui ont fait longtemps la force de la race israélite. Il ne faut pas sans doute donner trop de créance aux écrivains ecclésiastiques lorsqu'ils évaluent complaisamment à trois cents le nombre des juifs qu'entraîna l'exemple du célèbre rabbin Elia dont Pie IV obtint lui-même l'abjuration (3); on ne saurait nier toutefois qu'à Home les conversions ne fussent relativement fréquentes. On n'y voyait point ces abjurations en masse, dont l'Espagne a fourni des exemples fréquents, parce qu'on n'y employait guère les moyens

(t) Basnage, liv. IX, 5o8.

(2) Impôt personnel, perçu au profit de la communauté juive mais par les officiers pontificaux, pour éteindre la dette du ghetto envers les monts-de-piété, et impôt mobilier de 2 1 -! pour cent sur tous les capitaux israélites qui sortaient des États de l'Église. (Ordonnances de Léon MI

(3) Moroni, hict. Ecoles., t. XXI, 26. A ce compte, la communauté tout entière eût été convertie.

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