DÉVELOPPEMENT DH LA COMMUNAUTÉ
de persuasion énergiques dont les convertisseurs étaient coutumiers en ce pays, niais chaque année amenait. régulièrement un certain nombre de défections parmi la population juive, dix à douze en moyenne (1). Ainsi, de 1634 à 1700, on baptisa 1.195 juifs, et 1.237 durant le siècle suivant (1700-1790).
Dans ces conditions, la petite juiverie des bords du Tibre aurait promptement disparu, n'eût été cette souplesse, cette malléabilité grâce auxquelles la race israélite a pu s'acclimater en des milieux si divers, cette ténacité qui lui a permis de résister à tant d'assauts et de se perpétuer, alors qu'elle n'avait d'autre patrie que la tradition, enfin, à Home, une très grande fécondité (2) . De plus, elle recevait parfois des recrues du dehors : des étrangers qui, venus pour trafiquer, renonçaient au retour; des étudiants, des savants qu'attirait la renommée de ses écoles; des fugitifs, aussi, séduits par la mansuétude relative du gouvernement pontifical. En 1492 notamment, un grand nombre de juifs, chassés d'Espagne (3) , vinrent chercher asile à
(11 Voyez le chapitre intitulé : Catéchuménat.
(2) Le nombre des enfants était considérable au ghetto. « En s'y promenant, dit Abolit, on craint à chaque pas d'y commettre un infanticide ».
(3) Cent soixante-dix mille familles durent s'expatrier; beaucoup de juifs furent vendus comme esclaves, un plus grand nombre périt de faim; l'Europe tout entière eut compassion de cette misère. Voyez Kaynaldus, 1 192, VIII), qui ne peut être suspect de partialité.
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C8 LE SAINT-SIÈGE ET LES Jl IFS
Rome, où on ne les aurait pas reçus (Tailleurs -nus quelque hésitation, >i Alexandre VI, en lin politique qu'il était, n'avait donné à la communauté l'ordre péremptoire de les accueillir favorablement I . Lorsque les juifs durent quitter le royaume de Xaples,
en 1510, quelques-uns émigrèrent également à
Rome (2); et plus tard, lors de leur expulsion des États de l'Église, Rome etAncône exceptées, les juiveries de ces deux villes en reçurent un notable accroissement 1569-1592 3 .
En outre, quelque surprenant que cela puisse paraître, il arrivait parfois, à Rome comme ailleurs, que des chrétiens, malgré l'exécration à laquelle ils se vouaient infailliblement, malgré les châtiments terribles qui les attendaient, abandonnassent la foi chrétienne pour embrasser le judaïsme. Les papes le reconnaissent, dès le milieu du moyen âge, pour s'en indigner, et la fréquence de leurs bulles à ce sujet révèle la gravité du mal (4). Il y eut des exemples retentissants de ces apostasies ; celle d'Acosta, entre autres, et de toute sa
(1) Bashage, liv. IX, 8o4. Cette froideur fut sans doute i par la multitude des nouveaux venus. Les Israélites romains passaient généralement pour bons, hospitaliers, très enclin- à s'entr'aider et à secourir leurs coreligionnaires. ! Raynaldis, loiO, XXIV.
Voir plus loin, chap. xm.
♦ Voir les bulles « Turbato cor<l> » de Clément IV, îîG juillet i 267 ; de Grégoire X, \rr mar- 1274; d'Innocent IV, o septembre 1288: