DÉVELOPPEMENT DE LA COMMUNAUTÉ
famille. Acosta, il est vrai, paya cher son audace et son goût pour la discussion (1); son exemple c'était guère pour encourager les imitateurs, il en trouva pourtant, car l'esprit de contradiction, l'amour de la lutte, la passion de la vérité et aussi je ne sais quelle soif du martyre exercent sur les hommes un bien puissant et mystérieux attrait : la souffrance, elle aussi, a ses ambitieux.
Il arriva ainsi que, loin de s'éteindre, la communauté alla sans cesse en augmentant depuis les premiers temps du moyen âge (2).
Au douzième siècle, on comptait à peine à Rome deux cents juifs, c'est Benjamin de Tudela qui nous l'apprend (3) ; au temps de Grégoire XIII, leur nombre s'élevait à cinq cents au moins ( i) ; après cette époque, la population juive croit rapidement, et il est à remarquer que cet accroissement coïncide avec son interne-
« Quamplurimi christiani, disaient les papes, veritatcm catholicx fiilri abnegantes se damnabiliter ad ritum judaîcum transtulerunt ». Cf. Renan , le Judaïsme comme race et comme religion.
(1) Voyez plus loin, p. 101, note I.
(2) Très importante sous les empereurs, comme on verra ci-après, elle avait considérablement diminué lors des invasions des barbares.
(3) La population totale de Rome s'élevait de son temps à 35,000 habitants environ. Les autres juiveries italiennes étaient, on l'a vu , bien plus importantes.
(4) Ce pape ordonna que le tiers de la population juive assistât aux prédications du samedi contre le judaïsme et fixa à centeinquante le nombre des assistants (1584). Voyez chap. xx, Prédication obligatoire. La population de Rome était alors de cent mille habitants.
70 LE SAINT-SIÈGE ET LES Jl IFS
m. Mit dans le ghetto, En 1668, le chiffre des familles qui y séjournaient est officiellement fixé à huit cent cinquante, celui des habitants, à quatre mille cinq cents (1). Vasi, à la fin du siècle dernier, estime a sept mille le nombre des juifs romains (2) ; Gibbon, à huit mille, en 1709 (3); Basnage, à douze et même à quinze mille, en 1710 (i). Ces chiffres sont manifestement exagérés, bien que certains documents, d'origine juive, semblent les confirmer (5), et témoignent surtout de l'encombrement qui régnait au quartier israélite. Le nombre des habitants du ghetto n'a jamais dépassé certainement quatre mille à quatre mille cinq cents. Lors du premier recensement officiel opéré le 1er février 1809, on ne trouve à Rome que 3,070 Israélites. L'accroissement rapide de la population romaine dans la seconde moitié du siècle a entraîné naturellement un accroissement parallèle de la population juive.
nuées.
Population juive.
Population totale,
il)Bibl. Vat. Cod. Vat. 77U. Bvero Stato, p. 7,23.
(2) MamhoVasi, Itùu raùre instructif, 1804, p. 614.
(3) The Décline and l'nll <>fthe Roman Empire, chap. un.
(4) Liv. IX, 896.
(o) Recueil « AU' Illustrissima », doc. 04.
DÉVELOPPEMENT I)K LA i:o\i\i( \.\l TÉ
années.
Population
juhr.
Population toi. ii.'
(1) Cet accroissement subit est dû, sans doute, aux libertés plus grandes aecordéespar le pape Léon XII auv juifs résidant à Home et aux entraves apportées à leur expatriation.
(2) A ce dernier chiffre, il faut ajouter environ 000 juifs venus à Rome depuis son annexion au royaume d'Italie et non encore inscrits sur les registres de la communauté.