I.A PRAGMATIQUE
bre de femmes accompagnaient la fiancée, en chantant,
en criant, et en agitant des sonnettes; puis on se livrait à toutes sortes de réjouissances (1). La Pragmatique met bon ordre à tout cela : le bain s'accomplira dorénavant sous la surveillance de quatre femmes seulement, et on ne profitera plus de l'occasion pour lestiner.
(IVtait aussi l'habitude de conduire en gala l'épousée chez elle; la Pragmatique autorise l'usage d'un carrosse, mais à la condition que les stores en demeureront baissés. Les papes, à vrai dire, n'aimaient pas voir les juifs en voiture, ni les Romains non plus, d'ailleurs. Une ordonnance interdit aux habitants du ghetto ce luxe, qu'on qualifiait d'indécent et de scandaleux, sous peine des galères pour les hommes et du fouet pour les femmes (2) . A cette défense s'en ajoutait une autre assez bizarre : les chrétiens ne devaient pas prendre à leur service de cochers juifs, sous peine de se voir confisquer voitures et chevaux.
Si la naissance d'une fille passait inaperçue dans une famille, la venue d'un (ils était, en revanche, un
(1) J.-P. Stephelin.
(2) Rando contro l'Hebrei circa l'andar in carrozza per Ruina 20 juillet 1654. (Cf. Moroni, Dict. eccles., art. Lusse)
Pour clore la série des cérémonies nuptiales, les nouveaux mariés se rendaient à la synagogue le samedi suivant, accompagnés de leurs familles; le mari faisait la lecture d'un passage du Pentateuque, et distribuait d'abondantes aumônes; « après quoi, dit notre narrateur, Léon pe Modène, chacun se sépare en se faisant bien dis civilités ».
LE SAIN! -SIEGE I l LES II [FS
sujet de joie et de réjouissances. La mai raine, qui portait, entourée de toutes B6S amies, le nouveau-né jusqu'au >euil île la >ynagogne; le parrain, qui le tenait pendant la cérémonie, le Mohel ou circonciseur, les parents et jusqu'à la nourrice, échangeaient en cette circonstance de riches présent- I . Le père avait table ouverte, puis on allait, à pied ou en carrosse, faire une promenade dans les vignes qui entouraient la ville, on soupait copieusement, on dansait, on faisait de la musique. La Pragmatique supprime tout cela. C'est à peine si les législateurs permirent d'envoyer au Mohel et au\ chantres quelques confiseries, aux enfants et aux femmes, des œufs, des gâteaux, des échaudés. On ne put plus donner au nouveau-né de cadeaux qu'en de rares occasions et ne dépassant, en aucun cas, la valeur d'un écu.
Autant les femmes luttaient jadis de magnificence dan- leur habillement, autant elles durent désormais rivaliser de modestie et de simplicité ~l . Plus de bijoux
I Voir Appendice.
J Pour comprendre toute la grandeur du sacrifice qu'on exigeait des femmes juives, il faut se reporter au\ descriptions des costumes que portaient les Italiennes de ce temps. Giovanni Musso, citoyen de Plaisance, qui vivait vers la fin du quatorzième siècle, raconte Kotutom, Script. Berum Italie., t. XVI. 579 qu'il avait vu telle robe pour laquelle on avait dépensé, rien qu'en ornements, cent florins d'or, et il en donne une description qui fait penser aux modes les plus extravagamment luxueuses dont des époques puis récentes aient gardé le souvenir. Il ajoute que les femmes portaient habituel-
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précieux, de colliers a rinq et six rangs «le perles, de bagues à tous les doigts.; un seul collier au cou, un seul bracelet au bras, un seul anneau sans chaton au doigt (1), à l'éventail, une chaîne d'argent fort simple; le tout ne dépassant pas la valeur de quatre-vingts écus; plus de résille d'or ornée de perles dans les cheveux, ni d'épingles richement travaillées; un filet de quatre écus, une épingle surmontée d'une seule perle de six écus au plus; plus de perruques (2), plus de franges gracieuses sur le front, plus de plumes au cha-
lement dans les cheveux de riches parures, et, au cou, des colliers à cinq ou six rangs de perles qui valaient parfois jusqu'à cent cinquante florins. Or, il n'est pas sans intérêt de rappeler qu'un ambassadeur du pape, en mission, touchait, pour lui et sa suite, en 1339, un florin et demi par jour; que le recteur du Patrimoine de Saint- Pierre, le noble seigneur Giordano Orsino, n'en recevait que quatre (Theiner, Codex diplom. S. Sedis, t. II, 373); qu'un cheval de guerre coûtait cent florins, un tonneau de vin, neuf florins. Le florin valait, suivant les uns fr. 1 1,70 (Passekini), suivant les autres fr. 12,36 (TheineRj t. II, 383). Cantu fournit, t. VII et VIII, d'abondants détails sur le luxe que déployaient les femmes d'Italie dans leur habillement; mais il est inutile d'insister, si la femme est changeante, ce n'est pas sur ce chapitre.
(1) Pour les femmes mariées seulement. A Metz, on autorisait quatre bagues.
(2) « Les femmes couvrent leurs cheveux d'une perruque ou de quelque coiffure qui ressemble à des cheveux naturels, gardant la mode du pays pour l'extérieur, mais elles se précautionnent fort pour ne point laisser voir leurs propres cheveux ». (Léon de Modène, I11' partie, p. 1 1 .) A Metz , seules les jeunes filles au-dessous de onze ans pouvaient sortir en cheveux. Toutefois, en 1(590, les perruques y furent défendues.
peau; des robes sans passementeries d'or ou d'argent, sans broderies, sans dentelles, ou très simples, en laine ou, à la rigueur, en soie, pourvu qu'on pût arguer que l'étoffe était de seconde main. Les vêtements du dessous ne devaient pas être plus luxueux I . A ces règles, les femmes étaient obligées de se conformer dès L'-âge de treize ans, où on les considérait comme nubiles (2).
C'était bien pis pour les hommes. On ne leur permettait de posséder que des vêtements ayant déjà servi ! Les jarretières en ruban de soie ou en taffetas sont défendues (3), ainsi que les justaucorps, les manteaux garnis de boutons ou de franges d'or et d'argent, les rubans aux chapeaux, les fourrures; on ne dut porter désormais que des habits couleur sombre, noirs, bruns, tabac. Les jeux de dés furent défendus, et ce ne fut pas là, sans doute, pour les juifs une des moindres rigueurs de la Pragmatique.
Mais les lois sont impuissantes contre les mœurs, les lois somptuaires surtout ( l). Plus le législateur se mon-
(1) Même défense à Metz : « Pendant la semaine, on ne doit porter aucun vfHcment de velours, de soie, ou de taffetas, quel que soit le vêtement, quelle que soit la couleur, quelle que soit la personne ».
(2) L'âge où l'on unissait les jeunes gens avait beaucoup diminué en Italie: au onzième siècle, on se mariait ù trente ans; au seizième, il fallut défendre les unions entre enfants ayant moins de onze ans.
(3) La Pragmatique ordonne de ne plus se servir de deux paires de jarretières à la fois.
(4) A Florence, pour ne citer que cet exemple, on dépensait par