‹ Le Saint-Siège et les juifsChapitre 27 sur 72 · I.A PRAGMATIQUE M · texte numérisé non relu

I.A PRAGMATIQUE M

trait exigeant et sévère, plus d'ingéniosité on mettait à éluder ses prescriptions; les Pragmatiques suivantes

en sont la preuve; on y prévoit des cas toujours nouveaux, des subtilités, pour ne pas dire des subterfuges, de plus en plus raflinés. Les juifs tenaient à se divertir et à se montrer généreux, et ils trouvaient presque toujours moyen d'y réussir, en dépit de la loi.

Le milieu dans lequel ils vivaient leur eut rendu, au reste, la vertu bien difficile; ils ne voyaientautourd'eux, môme lorsqu'ils regardaient par delà le Tibre , que des exemples de prodigalité et de faste. Les Italiens de la Kenaissance aimaient passionnément le luxe et quelque peu l'ostentation; malgré tous les efforts des législateurs et des moralistes, on ne parvint jamais à convertir ces élégants, ces délicats, ces amateurs de bonne chère et de bon temps, à l'austérité un peu problématique et assurément fort exagérée, de leurs lointains ancêtres. La vie se passait en fêtes et en massacres. On se ruinait pour un tournoi, pour un banquet. Quand Charles VIII et sa brillante armée pénétrèrent en Italie, ils durent leur facile conquête autant à l'éclat qu'à la terreur de leurs armes.

an mille florins, au temps de Villani, pour assurer le respect des règlements somptuaires; « autant lutter contre des murailles », disait mélancoliquement un des prieurs chargés do cet office. On sait les efforts aussi constants qu'impuissants que firent en France les rois et les parlements pour s'opposer aux modes extravagantes qui s'introduisirent à la Renaissance.

I s banquiers du ghetto devaient éprouver un douloureux serrement de cœur en se voyant contraints au nom de la Pragmatique à \ ivre si pauvrement, tandis que

les jeunes Romains dépensaient à pleines main- l'or qu'ils leur empruntaient ; et les femmes juives trouvaient sans doute non moins cruelle une loi qui les condamnait à faire si triste figure à côté de ces Italiennes dont un seul vêtement aurait suffi a payer le budget d'une petite ville ou à entretenir quelque temps une année 1 . Aussi la Pragmatique se montrait-elle impitoyable envers ceux qui enfreindraient ses ordres. Ce c'est pas, comme ailleurs, une amende, variable suivant la gravité du délit, qui est infligée au coupable, c'est un châtiment terrible et solennel, l'excommunication majeure.

Le conseil des soixante avait seul droit de la prononcer; on réunissait ensuite la communauté tout entière dans la synagogue, on allumait des torches noires, puis, au son d'un cor, l'anatnème était lancé contre celui qui avait fait ou ferait telle ou telle chose, et l'assemblée, éteignant les torches , répétait « Amen d :> . Des ce

I Comme il a été <iit p. 97, Dote.

J 11 y avait plusieurs «Mites d'excommunications : d'abord la ire ou de réprimande qui c'était point publique; on ne la proclamait à la synagogue que si le coupable persistait à ne pas s'amender; il perdait des lors -es droits matrimoniaux; puis le niddoui un tckamata, anathème dont les effets duraient trente jours; enfin le tïherem qui était un retranchement absolu delacom-

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jour, l'excommunié était exclu dé tout commerce avec ses coreligionnaires ; on ne pouvait lui parler, ni l'approcher d'une toise, il n'avait plus le droit de lire la sainte Écriture au temple, dont l'entrée même lui était fermée, et il devait s'asseoir pieds nus par terre, comme s'il lui était mort quelque parent, jusqu'à ce qu'un ou plusieurs rabbins l'eussent absous et béni de nouveau (1). La Pragmatique de IfiGl devait rester en vigueur cinq ans; elle servit de prototype aux Pragmatiques

munauté. Dans les contrées où les chrétiens repoussaient absolument les juifs, il fallait prendre des mesures pour que les coupables frappés du cherem ne mourussent pas de faim. C'était, comme on le voit, un châtiment redoutable. Il y avait, en outre, une excommunication volontaire que s'imposaient ceux qui s'étaient vus en songe frappés de cette peine, car on croyait que c'était là un avertissement ou plutôt un arrêt de Dieu. On devait se réjouir à la mort d'un excommunié, et l'on mettait une pierre sur son tombeau pour marquer qu'il aurait mérité d'être lapidé. (Picart, Cérémonies et coufumes religieuses.)

L'usage de l'excommunication remonte très haut, et l'on en trouve des traces dans les Livres saints. Voyez, Léon de Modène, 2e partie, ebap. m; Basnage, liv. VI, chap. xxi et M. Arox, l'Excommunication (1882).

(I) Le cas de Uriel Acosta, qui, de chrétien se fit juif et voulut ensuite réformer le judaïsme, montre bien toute l'horreur de ce châtiment. Il fut excommunié. On le regardait comme un hibou ; les petits enfants couraient après lui dans les rues avec des buées et le chargeaient de malédictions; « mes propres frères, dit-il, dont j'avais été le convertisseur, ne voulaient plus me reconnaître sur la place publique ». Il ne pouvait jouir du repos ni dans sa maison ni dehors. De guerre lasse, il rétracta les opinions qu'il avait soutenues.

Ceci se passait à Amsterdam en plein seizième siècle (Bayle).

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suivantes I : parfois même, on se contentait, lorsque la période quinquennale était expirée, de proroger la Pragmatique précédente en lui faisant subir simplement quelques retouche- 2 . Ce n'est que de nos jours, au commencement du siècle, que cette réglementation si vexatoire a été définitivement abolie.

(i) Bibl. Casanatense, t. I\. Mil. xvi.

j Confirma e proroga délia Pragmatica e Regola da osservarsi air Ehrei dimoranti in Koma. Ibid., t. \\l.

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