‹ Le Saint-Siège et les Juifs: le ghetto à RomeChapitre 34 sur 67 · LES FINANCES DU GHETTO LES CHARGES. DÉPENSES ORDINAIRES · texte numérisé non relu

LES FINANCES DU GHETTO LES CHARGES. DÉPENSES ORDINAIRES

Les joifs ne payent aucun tribut au temps de Benjamin de Tudela.— ImiK>sition de la dîme. — Impùt des jeux. — Son accroissement rapide. — Les autres communautés des États de l'Église obligées de participer au payement de cette taxe. — Dissentiments qui s'ensuivent. — Nouvelles impositions sous les pontificats de Paul III et de Jules 111. ^ Bulle clémente de Sixte-Quint. — Tableau des charges de la communauté à diverses époques.

Quand il visita Romey au douzième siècle, Benjamin de Tudela apprit de ses coreligionnaires, non sans surprise, qu'ils ne payaient de tribut à personne. Peutêtre les juifs romains se vantaient-ils un peu dans le naïf désir d'étonner Tillustre voyageur, car, quelque soixante ans auparavant» Innocent III avait fait décréter par le quatrième concile de Latran, qui sur tant de points régla la condition des juifs^ qu'ils seraient tous astreints à payer aux évèques la dime de leurs biens. Un peu plus tard (123ij, Grégoire IX demandait au concile d'Arles la confirmation de cette décision. Quelle apparence qu'à Rome môme les papes, tou-

2Si LE SAiNT-StÈr.E ET LES iUIFS

jours à court d'argent, aient négligé une suurce aussi fructueuse de revenus, d'autant plus «jue dans une ville aussi pauvre et aussi misérable que l'était alors la capitale du monde clirétleu, oii une moitié de la population passait son temps à dépouillei- l'autre, le seul élément (le richesse un peu stable était la colonie israélite.

Dès les tenipti les plus lointains, elle se livrait au commerce, et il devait être assez lucratif; c'était presque un monopole; quand le Saint-Sit'ge voulut fournir des armes et des vivres au condottiere Giovanni Acuto, ce fut à une marchande juive qu'on eut recours ( I ) . Les banquiers juifs disposaient déjà de certains capitaux. N'était-il pas tout à fait dans les mœurs du temps qu'on s'adressât aux juifs, quand il fallait de l'argent, au peuple pour ses plaisirs, à l'Église pour ses besoins?

Quoi (ju'il en soit, s'il est vrai qu'il y eut uu moment oii les juifs furent à Home exempts d'impôts, cet heureux temps dura peu sans doute et assurément ne revint jamais.

C'était, dès 13 12, une vieille coutume que les juifs devaient payer une redevance à l'occasion des jeux Agonaux et du Testaccio (2). ils donnaient eux-mêmes à

(() Tot['i.E Lj:adeii et Mahcotti, Gimaiti Aatlo, p. oïl.

(2) « Imprimi» statuimus et ordlnamus quod illi X {tweni ori, quof ikbent habere et recipfii-e comules meTcatonim a judtis, de facUi huit Testatk, et ludi Agonis, vmiiint jierpelvo ad mm e Vrbii » , Slaluli dei Hercauti di Itonia, p

LES DÉPENSES ORDINAIRES Dl CIIETTO 23H celle institution une origine aussi étrange qu'invraisemblalile. u Au temps tles Romains, racontent leurs suppliques, lors des ri^jouissances populaires, les juifsservaîenl de bètes de somme aux coureurs, et c'est pour se racheter de cette ignominieque l'impôt des jeux fut consenti par eux » ()j. La ta.xe était, au début, fort modique : dix florins; elle ne tarda point à s'accroître. Au quinzième siècle, elle s'élevait à onze cent trente florins de quarante-sept solidi. les trente florins étant uniquement ri^clamés. paralt-il, en compensation et en expiation des trente pièces d'argent remues Jadis par Juda de Kérioth (2). il est vrai qu'en revanche, on accordait à la juiverie le libre exercice de son culte et que le puissant empereur d'Allemagne avait daigné garantir lui-même le contrat (3).

Les consuls des jeux étaient chargés de veiller à l'encaissement de celte somme, ce qui leur donnait un certain droit de surveillance et d'ingérence au ghetto, dont ils ne se faisaient pas faute d'user et d'abuser à l'occasion (4). Les statuts de la ville précisent l'emploi de

(<) Recaeil n Air Uliutriîsimn », doc. Sâ,h(i. Rira dans les leiles aaciena ne justlUe cette explication.

(S] Les toliJi ou limiurii provisini étaient UDe monnaie d'ai-gent <|ui représeala à l'ori^niie la vingtième partie du Qoria d'or, mais dont la valeur relative diminua ensuite rapidement à cause de l'avi^ liBsemenl de l'argeut au i)uatonii.-uie el an quinzième siècle.

(3) Blbl. Vat. Cod. Val. Lit, CT!i->, L'acte ue dit pas malheureu- «emenl lequel.

(if Recueil ■ AU' Ulustrisnîmu «, ii" l'J.

9Î6 LE KAINT-SIËGE ET LES JUIFS

cet impùl ; ils se montrent même particulièrement minutieux sur ce point : a Les achats d'étoffes brodées (pour le cheval du sénateur et pourses chanceliers), disent-îts, seront payés directement par les consuls aux marchands», et ils ajoutent, peut-être avec une pointe de malice, « car la gloire du peuple romain exige que c sommes soient employées à rehausser l'éclat des fête et ne servent pas à autre chose (I), »

Tous les juifs étaient également astreints ii payer leuJ quote-part de l'impôt (2) ; maïs il n'est rien de tel qu'uD^ principe hautement proclamé d'égalité pour abriter les inégalités. Bon nombre de juifs échappaient, sous des prétextes divers, îi cette taxe, notamment les médecioi assez habiles pour entrer dans les bonnes grâces de) souverains pontifes, et l'on a vu que leur nombre fui grand. Bonifiace IX et Innocent VIE, entre autres, exonérèrent presque dans le même temps leurs médecin) qui étaient Israélites (3).

Cet impôt des jeux était alors, ii ce qn'il semble, seul qu'on exigeâtdo la communauté; il nen constituai pas moins une chargcdiflicile, parfois impossible pouj elle à supporter. Les juifs romains l'aflirmaient du moins. Ils demandèrent ;i s'en décharger en partie sur les autres communautés soumises au Saint-Siège.

(l)ljv. 111, arl. Lsxv.

{a) ibid., li». m, an. lis\h.

(3)MAniN[, ATclmtfi, t. Il, G£; Tiieineh, Codex diflomaticM, t id

LKS DKI'E-NSES OIIUINAIRKS DU GHETTO a»7 excellent pape, si plein de compassion pour enx, Martin V, se laissa tonchei' par leurs supplications et consealit à ce que toutes les juiveries situées dans les États de l'Eglise fussent ohligées de participer au payement de cette taxe. Lui mort, celles-ci se refusèrent à en supporter plus longtemps le poids à la place de h seule juiverie de Home. On nt'gocia; enfm, en lii3,'la communauté, â bout de ressources, s'Iiumilia; les temps étaient très durs, Etiiçéne IV venait de fulminer sa terrible bulle, on réclamait rigoureusement un impiït nouveau, ou plutôt renou\e!é des anciens jours, la dlme. Moïse, lilsd'Isaac, partit pour aller implorer, au nom de ses coreligionnaires romains, la cliarîté des autres communautt's (1).

It semble toutefois qu'on ne tarda pas à avoir quelque

regret au ghetto de cette démarche, car on rail la plus

extrême répugnance à livrer par la suite auxofiiciers

^ (Hpalins la pièce qui nous en a conservé le souvenir (2).

Ins cet acte, on se disait ruiné, dans l'impossibilité Ce quêteur devint plus tanJ, ainsi qu'on l'a vu, médftcio du 'le 11.

>ostL'rieureinGn[ .i ces tivi'Demenu, les juiveries des États de Vf.iirentde nouveau contraintes à participer au payement de celle laie. De là des diflicullés sans nombre, surtout au munient des expulsions géniirales. En i:i8t,par exemple, la communauléd'Ancûne re- Cusiabsolumonl saconlriliution. Il y eut un commencement de procès qui se termina par un compromis entre les juiveries, conclu sous les auspices de la Cliambre Apostolique (IJ juillet toSI). La question cependant resta longtemps un sujet douloureux de discordes enlri.' les communautés. (Recueil ■ AU' Illustrisumii».)

(le faire face aux charges écrasantes imposées par le pape; et cependant, par suite d'une illusion d'optique assez facile à comprendre^, il parut plus tard aux juifs qu'à cette époque bénie ils n'avaient point de charges, qu'ils ignoraient le hsc romain. Le temps des grandes exigences du Saint-Siège n'était pas encore arrivé!

Au temps de Paul lit et de Jules III, les choses se gâtaient déjà; d'autres taxes furent créées et l'irritante question de la participation de toutes les communautés au payement des impositions de l'une d'elles se trouva de nouveau posée. Voici a quel propos :

Comme la maison des néophytes (1) était fort à court d'argent, Jules III s'avisa d'un expédient que l'on dut qualiQer de machiavélique dans le ghetto : il décréta qu'à l'avenir elle serait entretenue aux frais des juifs (31 août 1534) (2). « C'était justice, disait le pape; ceux qui renoncent au judaïsme sont pauvres pour la plupart, la communauté les avait à sa charge; il ne faut pas que leur conversion soit pour elle une source de profit ». En conséquence, toutes les juiveries situées sur le territoire de l'Église, tant en Italie que dans le Comtat Venaissin, durent verser cliaque année, à la Toussaint, entre les mains du cardinal protecteur, en bonnes espèces sonnantes, dix ducats par synagogue ou lieu de culte qu'elles possédaient. On leur

(t) Voyez chapitres XIX et xï.

(a) BoWb '• tastorit xtemi vices »

laissa seulement la liberté de répartir entre elles cette taxe, a afin, disait avec bonhomie la bulle, que les plus riches payent pour les plus pauvres »; en réalité, pour rendre les communautés solidaires; et c'est ce qui advint à la communauté de Rome quand celle d'Ancône refusa de payer (1).

Force fut de s'exécuter, bien que la cliarjje filt lourde (2).

L'année suivante (I.'!55), Paul IV défendait aux juifs de posséder plus d'un lieu de culte par communauté; en leur malheur, les juifs pensèrent avoir trouvé un sujet de consolation : la taxe allait être diminuée en proportion des synagogues détruites. Point; on leur expliqua que le nombre des synagogues n'était, dans l'esprit du décret, qu'une base d'évaluation de l'importance de chaque juiverie, et qu'ils auraient à payer la taxe comme devant (3). Bon ou mauvais, l'argument dut être accepté sans murmures, et Paul IV se montra inflexible sur son recouvrement.

Jules III avait introduit, enoutre, dans le but d'encourager les conversions, une habitude qui dut coûter aux juifshien des larmes et pas mal d'argent : lorsqu'un des leurs abjurait, pour peu qu'il eût quelque influence, on

(1) Recueil <• All'IUustriinima », doc. 35ct 38. (!) Le nombre des sjnagogues était, au temps de Pic IV, de cent (lii-sept. (Ammli iti xlalùlka. Série III, vuL IX, p. SO(I.) {3] Bulle <• Dudum potiquam •,Paul IV, 23 mars l'iS9.

M(i LE SAINT-SIÉC.E ET LES JlIFS

lui allouait, eu récompense de son apostasie, une pension (juepayait la communauté (1); elle perdait un contribuable et retrouvait un pensionnaire. C'est ainsi qu'il créa aux dépens des juifs une pension annuelle de deux. cents ducats en faveur de Jacobo Giraldino, un néophyte, avec mission de fouiller les bibliothèques de la ville pour y trouver de nouvelles armes contre ses anciens coreligionnaires; les juifs protestèrent et le pape, irrité, convertit la pension en une rente perpétuelle au profit des catéchumènes a dont le nombre augmente sans cesse n, disait-il (2).

Les impositions, on le voit, se multipliaient, s'enchevêtraient, s'accumulaient surtout.

Sous le pontificat de Pie IV, les juifs se trouvèrent terriblement en retard, les agents du fisc les poursuivaient sans trêve; ils demandèrent un accommodement et parvinrent à se libérer moyennant le versement immédiat d'une somme de quinze cents écus d'or (3).

Mais, vingt ans plus tard , la communauté aux abois était de nouveau dans la nécessité de demander grâce au pape; Grégoire XIII se montra fort accommodant; il consentit adiminuer de moitié l'impôt du ving-

(1) Voyczchap. xix.

{2} BiblJothL'qLic Casanateose, ùd, 114.

(31 Compromis intervenu le 8 janvier liiSî entre la communaulê uive et la Chambre Apostoliiiue.

LES ntPENSES OKOrNAIRES liU (iHETTII •''il tième (iltme) qui avait été ilxé par innocent VIII (1188) à mille écuspar an (I).

Plus généreux encore, Sixte-Quint abolit complètement cet impùt ainsi que les autres taxes pajées par le ghetto, et les remplaça par une capitation annuelle de douze giuli, soit un écu par tète, pour les juifs résidant à Home, et par un droit d'entrée de vingt giuli pour ceux qui viendraient se fixer dans ses États (â). Seul, l'impùt du Testaecio fut maintenu; il servait ii amuser le peuple, il était sacré.

Il est bon toutefois de faire remarquer que, mi^nio ainsi transformée, celte taxe, dont les habitants du quartier juif étaient tous solidaires alors igu'un quart à peu près se trouvaient hors d'étal tle la payer, constituait une charge assez lourde à supporter. Néanmoins, lors de ses édits d'expulsion. Clément VIII obligea les juifs romains à lui verser, à la place de leursroreligionnaires exilés, le montant total de la taxe de dix écus par synagogue que lui payaient, auparavant, toutes les juîveries de ses lïtats (l*i93) (3). Il voulait bien chasser les juifs, mais prétendait no pas se priver des ressources que leur présence procurait à l'Église. C'était une imposition nouvelle de deux mille cinq cents écus par an; la communauté était incapable d'y faire face, ou.

(1) Bref du 22 octobre 1383. lArchitio Vaticano, Reg. 693.) (3) Bulle (CAn'itiaHiifiVdiSD, du ï2oclobrelS8G. (3; Taie on faveur de l.i maison ilcs nùopliytes.

232 I.E SAINT-SIEf.E ET LES JLIFS

tout au moins, sut le persuader au pape qui finit par se contenter de huit cents écus seulement (Ij. Clément VIII était sujet, on l'a vu, à ces accès de rigueur intermittente.

En résumé, voici quel a été, durant les trois derniers siècles, le détail des exigences ordinaires, annuelles du fisc romain, autant du moins que permet de l'entrevoir la confusion, l'obscurité voulues, dont juifs et chrétiens se plaisaient à embrouil 1er ces questions. On examinera ensuite les exigences exceptionnelles, extraordinaires du Saint-Siège, celles-ci plus ordinaires peut-être que les autres, remarque l'auteur d'un des manuscrits du Vatican où nous avons puisé (2).

Impositions exigées de la communauté :

Taie en faveur de l'Insiitution des catéchumènes a.HOO l.atii l.24o

A reporler 2 . 500

H) Brefen (laie duijanvier 1004,

(2) Bibl. Val. Cod. Otlob. 2483. Les tableaux ci-dessous sont le résultat de la confrontaUon des textes suivaots : pour le aeiiiëme siÈcle, n vero5(a(o et les suppliques auxquelles répond ce pamphlet; pour le dix-septièroe, le même ouvrage et un Ms. du R. Archmo di Stato, Archivio Ciitnerak, intitulé Statodegli Ebrei di iioma, en date de I70'2; pour le dix-huitiëine siècle, un Hs. provenant des mêmes archives et daté de 1743, le Recueil " AK lUmtrisMma », \tStat\i attivo e passivo delC Université degV Ebrei dUtama, 1 796, etc.

Report H.noo 1.240 1 2iH I non

T&ie en faveur de t'Inslitulion

des Jeunes Qiles ncopliyles. n .300 ilDO DOO

Tue pour l'entretien du port deFiumicino (I) 300(2) Wi 30n

Tue des jeux (3) i>JI (3) :>8I 531,37 531.37

Hachai de l'obli^atioD de participer auK courses (4) ■■ ■■ 300 300

Taie pour l'extiDction du Quat rri'n«liiiip6tde5p3tfQles)(S). TM J.ïO » »

A reporter 3.;i8( 2.627 î.GT6,5: 2.131,57

1 1,< Cou foriDc ment ix la bulle de l'ie V « <'am iirbes et oppida >. Une première Tois, en IIi83, les juifs avaient eu à payer une coq- Iribution de 300 êcus ù. l'architecte Fontana pour la construction d'uneestacade au port de Fiumicino, situé h l'embouchure du Tibre, et pour l'appro fondisse ment de la passe. A partir de I GSO, cette contribution devint anouclle. R, Archivio di Stato, CAiroflm/f, série A.:

2: Uea deux impositions, ù h dilTérence des autres dont le montant devait tm remis à la Chambre Apostoliiiuc, étaient dues au iTi^rier du (^apitoie.

(31 Recueil » AU' lllustriisima >, doc. 38, 00, :ifi. H trro Slalo, p. 22. Les slatuls de la ville (liv. U. art. c^cix) défendent d'eiiger une contribution plus élevée, soit à l'occasion de ta Ule du <" août (Kerragosto, soit même pour rémunérer les consuls des jeui.

\i. Voir ci-dessus, p. 204.

(3) Siite-Quint ayant décrété par la bulle <i Humanarum rci-um •• que l'impôt s des Arts s, qui était un droit de patente dont le produit s'élevait à 4,0aii écus, serait dorénavant n'parli entre les diiïérrnts quartiers selon leur activité commerciale, on lixa ii 250 écus la quotité du ghetto, en raison des diverses industries qui s'y pratiquaient. Les marchands chn'iiens payaient généralement six écus par an pour cet impùt. Statuti dti Uetcanti tlUluma, Giiscjtb Gatti, p. 108.)

234 LE SAliNT-SIÈGE ET LES JUIFS

An su En £n

XVI* siècle. 1668. nos. 1790.

écox. écn». éen*. éeus.

Report 3.581 2.627 2.676,57 2.131,57

Traitements des répartiteurs

et collecteurs de taxes (I) . . 80 180 200 370 (2) Contribution annuelle désignée

sous le nom de u Subside

triennal » (ancien impôt du

vingtième) 500 500 500

Tiers du droit perçu sur les

boucheries du ghetto par la

communauté, conformément

à la bulle « Nuper cupientes »

de Jules II, coj^irmce en

marge par Clément VIII (3) . 700 » » »

Charge résultant de Tobliga-

tion imposée au ghetto de

nourrir les juifs retenus en

prison pour dettes par des

chrétiens. ( Ordonnances

d'Urbain VIÏI) » 600 (4) 250 1 50

A reporter 4.861 3.907 3.026,57 2.651,57

{{) Il semble qu'ils mettaient parfois un peu trop de zèle à remplir leurs fonctions, si Ton en juge parles recommandations contenues dans les statuts de la ville (liv. II, art. cxaviii} : « Ils n'exigeront (les percepteurs) aucune somme des juifs s'ils n'en ont reçu préalablement Tordre du sénateur ou des juges compétents, à peine de dix florins d'amende ».

(2) Y compris, cette fois, les frais de bureau, le traitement du computiste (80 écus), du collecteur, sorte d'huissier (60 écus), etc.

(3) Après lui, on laissa à la communauté l'entière disposition de cette somme.

(4) Le chiflre de 600 écus est peut-être enflé à dessein; les chrétiens le contestaient fort et relevaient, par exemple, ce fait qu'en 1067, on n'avait du emprisonner pour dette que vingt-deux juifs dont

Au En En Kn

XVI'slèole. I66S. 170}. 1790.

écui. éco*. ^ciM. éciu.

Report 4.801 3.907 3.026,57 2.651,o7

Charge résultant du compromis du Ju$Gazagà » 800 450(1) »

Traitement du frère prêcheur (2) » » » 85,60

Entretien et nettoiement des rues » 50 » 1 50

Entretien et garde des portes du ghetto » 100 80,80 82,80

Dons et offrandes obligatoires, à l'occasion de Noël, du carnaval, du 1« août » » 234,22 198,30

Loyers des maisons appartenant à certaines paroisses (3). » » » 107,50

Dépenses décennales » » » 1 04,96

Divers » »» 01 799,20

Totaux 4.861 4.857 4.482,59 4.179,99

Ces dépenses décennales, que l'on voit apparaître à la fin du siècle dernier, étaient des dépenses extraordinaires, il est vrai, mais qui, étant donné le cours des choses, acquéraient une périodicité telle qu'on

l'entretien n'avait pas coûté en tout plus de treize écus, d'après les livres mêmes des directeurs des prisons.

Cette mesure, qui donna heu à bien des controverses, avait été prise par Urbain VIII (Bulle « Cum sicut aecepimus », 18 octobre 1635}, malgré l'avis fort sagement motivé du tribunal de la Rota.

(1) Depuis la réduction de 12 pour cent sur les loyers consentie par Innocent XII.

(2) Voir ci -dessous, chapitre xix.

(3) S. Angelo in Pescheria, S. Tommaso, S. Maria in MonticelH.

i'JG LE SAINT-SiKr.t: ET LES JL'IFS

pouvait les considérer comme normales : il s'agit ( dépenses imposées à la communauté à chaque élel tion d'un pape. Le détail en est intéressant.

Coupe et aiguière oiïerles au vicaire lors de son

entrée solennelle diins la ville 130 éctis

Solde des soldats chargés de veiller â 1^ sùrelé

du sacré collège, en Icmps de conclaTc 272, M

Dépenses diverses lors de l'élection d'un pape.. 86,38

Dépenses Tailes à Toccasion do l'intronisalion. . S70,30 Dépenses pour l'ameulilemenl et rometoenta-

tion des chambres des conclavtstes. ... . 130

Diïerf 130

Total 1.049,(13

Soit, par période de di\ ans, durée moyenne de chaque pontificat 104,^6

Donc, le montant des dépenses ordinaires oscillaite tre quatre et cinq mille écus, tendant plutôt à dimit mesure que s'appauvrissait le ghetto. D'autres chargQJj non pas obligatoires mais tout aussi indispensables, rent toulefois compenser et au delà cette diminua et rendirent critique la situation financière du ghel

Faisons observer, avantd'aller plus loin, que la toi lité de ces Impositions n'incombait pas à l'univert juive; par exemple, les loyers des maisons apparl nant aux paroisses voisines étaient remboursés les locataires de ces maisons; la communauté ne se^ vait que d'intermédiaire, intermédiaire responsable, i est vrai. D'un autre cùié, une partie des débours re^

LES DEl'ENSKS ORDINAIRES DU CMETTO 237

tait dans le ghetto, telles que les appotntoineiils de certains rouclioQuaires, les d(.^penses faites pour l'entretien des rues, etc. On e^^Iiaiait à cinq ceats ëcus la somme ainsi employée annuellement.

Les dépenses nécessaires, mais non oliligatoires dont il vient d'être parlé, étaient les dépenses charitaltles, dont le montant s'accrut avec la misère générale et fmit par atteindre le chiiïre exorbitant ile huit mille éc\a par an, ainsi répartis (ITOâ) :

AumAnes distribuées chaque semaine... S.SOOéciis

Secourt doDt le irêsorier de la cooiniunButc

avait lalitire disposiiiua S.SOO

Achats de pain, de vin, de liandi! el de ylle-

meiits pour les indigenU 1.200

Acbatsde viande et de médicameots pour les

malades cl salaire du ehirurgien-barbier. . . 90o

Dots aui jeunes lilles pauvres 600

Divers 900

ToUl B.OOO

Celte somme considérable n'c-lalt pas. au dél)ut. prélevée sur les ressources du ghetto, mais sur les revenus des quatre institutions pieuses que possédait la juiveric etquedc nombreux legsavaient enrichies; de plus, douze quêteurs parcouraient journellement lequarlier[)our solliciter la charité publique, l ne bulle de Clément Vlil ( 1 ) et les lois romaines s'opposaient, en effet, ii ce qu'on pourvût à ces dépenses au moyen d'une taxe.

[I ) Bulle « Df liono reyimine »,

53fi LE S\INT-SlftGE ET LES JUIFS

Miiis, avec le temps, le chiffre des aumônes atteignlfl neiifinilteécus (1). Des lamilles opulentes jadis étaieiM réduites à implorer la charité publique (2); ainsi, lel Deodato, qui possédaient, au dix-septième siècle. ptB de douze mille écus, les Emmanuel Todesco. qui < avaient sept mille, étaient absolument ruinés (3). cliarges augmentaient en m^me temps que les ressour^ ces diminuaient.

On fut contraint d'enfreindre quelque peu la loi < d'imposer aux tralieants du ghetto un droit nouvead de dix baiocchi par cent écus sur tous les achats ( toutes les ventes qu'ils faisaient; encore, malgré i expédient, dut-on bientôt recourir de nouveau au quêtes faites par les fattori (4). C'était donc une nouvelle et très forte charge qui ineoiidtait ù communauté.

{{) Dons faits chaque semaine par les cinq sjnago- ^ea à leurs pauvres respectifs :

A la Compagnie de la Mort pour veuir en aide aux malades et pourvoir aui cnterremeaU.

Subvention à l'école des jeunes genBetdesjeuneii filles.

I!:ntretien de l'hospice des vieillards .30 pensioanaires coûtant en moyenne de 20 à 30 baiocchi par semaine .

SuliTentionfL des congrégations liospitaliéri'sct autres •euvres pies.

12) Recueil « AH' Ilhtstriëfàna p.

(3) R. Archivio di Sialo.

(4) Recueil << AU' tllmlrissima a, doc. 44, 49.

Le total de ses dépenses annuelles se trouvait donc porté, de ce chef, à quinze mille écus en moyenne. Or, nous verrons plus loin que ses ressources étaient fort loin d'atteindre ce chiffre et tendaient, tout au contraire, à diminuer

La révolution française, qui bouleversa tant de choses en Italie, ne modiûa pas cette situation lamentable. Voici l'état des dépenses du ghetto en 1801 (1).

Charges fixes :

Redevance due chaque année au Capitule (impôt des jeux , entretien du port

de Fiuniicino) 83i,57

— aux catéchumènes U 00

— aux néophytes 300

— au gardien des portes 27,60

— au prêcheur 73,60

Taxe pour l'eau 3,60

A divers fonctionnaires 723,20

Dépenses obligatoires :

Pour les juifs étrangers 120 écus.

— — prisonniers 280

— les frais de justice 1 70

— les lits fournis aux pauvres 160

— les aumônes 530

— les offrandes (Nool, {•' août) 250

— l'entretien des fontaines publiques i80

Report 3.059,57

Divers 268

ToUl 5.017,57

(i; R. Archivio di Stalo.

N'est-ce pas un fait curieux et digne de remarque, de voir la comoiuDauté israélite de Rome vivre ainsi, pendant près de trois .cents ans, dans un état de défi' oit permanent et trouver cependant moyen de faire face à ses charges et même à ses aumônes? Avec qxuàî Avec l'argent des chrétiens, ainsi qu'on va le voir.

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