écus 10.192.73 écus
C'était donc dix à quinze mille écus que la communauté avait ù débourser chaque année, en plus
(1) Nota d**' dthiti (Source juive). Les chrétiens prétendaient qui» la communauté ne devait que 234.479 écus; quant à l'intérêt de 4.030 écus, il fallait le réduire, d'après eux, à 2.709 écus; toutefois le chiffre de 7.470 n'était |)as discuté, un bref d'innocont .\ en date du 7 septembre lGi7 le coiilirme.
25* LE SAIM-SIÉr.E ET LES JllFS
des redevances fix.es exigées par le Saint-Siège, lourde charge à laquelle il lui était dîllicile de faire Tace, d'autant que, ainsi qu'on le verra au chapitre prochain, les ressourues dontelle pouvait disposer allaient chaque année diminuant. On ne l'ignorait pas en haut lieu, et le mont-de-piété inscrivait la dette de lajuiverîe parmi lescr^a/iccï douleusns, a dipoca speranza » (1).
Cette situation s'aggrava encore vers la fin du siècle.
Il était de l'intérêt des juifs de la laisser empirer. En 1098, Innocent XII chargea une commission, composée d'un certain nombre de cardinaux, d'examiner l'état financier du ghetto et l'avis des prélats fut qu'il était déplorable. On proposa des palliatifs: rendre à la communauté le droit exclusif de fournir les lits militaires {i', diminuer de douze pour cent le montant des locations payées aux propriétaires chrétiens conformément au compromis du « Jus gazagà d, permettre enfin au mont-de-piété d'ouvrir à la communauté un certain nombre de comptes nouveaux (1388 ['-5; moyennant un intérêt réduit de 3 pour cent (3) . Mais, comme le pape
(I) Recueil « Air Ittustrissimii u, doc. 4<J, et le bref d'IonocenlKI en date du 30 avril 169S où il est dit : ■ Il medesimo (le gheUoI era gîunloascgoo di non rimaoervi alcuna speranza, ne modo probabile di poterlo sodisfare, ne di stuggire il total e»tprniimo, e rovîna di essa Iniversilà. n
(i] Le profit est Sxé ici h biiit cents écus par an, inais la communauté n'en pouvait disposi^r, et la Chambre Apostolique l'appliquai! dircclemont au payement des intérêts dus au mont-de-piélé.
OJBretdu 30 avril 1698.
LES DÉPENSES EXTRAORDINAIRES DU GHETTO 2o:i
craignait que la communauté ne contractât de nouvelles dettes, il lui défendait en même temps d'emprunter ù qui que ce fût, sans autorisation, même dans le cas de la plus grande nécessité, et la mettait sous la tutelle économique du trésorier pontifical (1).
Une année ne s'était pas écoulée cependant, que les juifs empruntaient encore. Cette fois, c'était à une de leurs associations pieuses, u la Compagnie de la Mort, et la somme ne s'élevait pas à plus de six mille cinq cents écus (2). Voici pourquoi, afin de profiter de ce monopole de la fourniture des lits qu'on venait de leur accorder, il fallait d'abord désintéresser les précédents concessionnaires, puis acheter le matériel nécessaire; après de longues et épineuses négociations, force fut donc de se résigner à ce nouvel emprunt.
En l'an 1702, les dettes de la communauté étaient ainsi réparties (3) :
Capital. Intm'ts.
Au rcont-dc-piétc, anciens comptes. lou.ooo rcus «i.()40
— nouveaux comptes
3 pour cent . . . . i:i-2.082 - :i.83f A une jeune fille mineure du nom de
Francesca Cittadini 1 . 000 — :\^
A diverses banques à 3 pour cent. . . H . "ifO — 337. Jo
il) Voyez bref du 1*' septembre i6'.»8 et R. Archivio di Stato.
{2j Ces compagnies étaient fort riches. Lo taux est lixê à 3 pour cent par an «dans le contract, daté du 10 novembre iOOO. Recueil AW Ulustrissimay doc. 33.
(3 R. Archivio di Stato. Misrrlluneo, Ebroi.
2S6 LE SAIKT-SIÊGE ET LES ICIFS
La situation, en 1720, semblait désespérée, c'est ainsi que le pape lui-tri>}me la jugeait (I); unecommission fut de nouveau nommée qui proposa quelques accommodements, le SaiDt-Siége les accepta. En 1732, en 1713, on eut recours au même procédé; la communauté fut exonérée temporairement de certaines cliarges, les poursuites des créanciers chrétiens suspendues d'oftice (2).
Durant tout le siècle, le ghetto ne se créa pas, à ce qu'il semble, de nouvelies dettes, du moins ouvertement, mais comme la pauvreté augmentait, il était déplus en plus en retard dans le pavement des arrérages. Ainsi, en 1798. l'arriéré ne s'élevait pas à moins de 80.337, 10 i écus (3) .' En 1801. le déficit annuel était encore de 2.791, 93. (Dépenses O.0I7. 37, comme il a été dit; intérêts des sommes avancées, 3.864,36; total à débourser chaque année 8.881,93; produit des impôts et ressources diverses ti.090 ; différence 2.791,93.)
Cette situation fâcheuse se prolongea. En 1806, les charges s'élevaient à 8.863 écus et les revenus ne dépassaient pas 3.830 écus (4) ! Le lise veut prendre des mesures de rigueur (o). En 1810, d'après un rap-
(i; Bref de Clémenl XI, du30 Janvier 1720.
(2) R. Archivio Uî Stato, Are/iwio Cnmemic.
(3)n»i'(, SUtoaltivoe pasaivo doiri'niversità degrEt)rei ililloaia.
|i) Stalo anauo AeW Uaiversitâ degli Ebrei dî Ronia.
{ô)R. Arcbivio di Slaio, Miscellanea, Ebrei.
port fait au gouvernement français, la situation de la Corporation des juifs était la suivante :
Dû aux monts-de-piété suivants :
Saint-Pierre. 128.812 écus à 3 pour cent, productifs d'un
intérêt annuel de 3.864
Annona 166.000 écus à 4 pour cent, productifs d'un
intérêt annuel de 6.640
<c La susdite corporation, dit le rapport, a seulement payé des acomptes sur les intérêts. Ces intérêts s'élèvent a 644.685 écus sur lesquels 32.691 écus seulement ont été versés; il reste donc un arriéré de 611.994 écus, dont une partie, il est vrai, a été considérée et passée comme irrecouvrable. Néanmoins, poursuit le rapport auquel nous laissons toute la saveur de son style administratif, d'après ce qui résulte par les registres de la comptabilité générale des États-Romains et par tous les renseignements concernant la dette dont il s'agit, il parait que la corporation des juifs doit solder cette <lette et ((u'on doit adopter les mesures nécessaires pour contraindre la dite corporation au payement de sa dette i). »
On n'en fit rien. Cet extraordinaire enchevêtrement de prêts et d'emprunts, d'avances et de restitutions, de fictions et de réalités avait rendu la question obs-
[\) Dette de lu corporation des juifs envers les Lieux des Monti; rapport du 10 octobre 1810. K. Archivio di Stato.)
LE SiI?CT-SlkGE. 17
258 LE SAlNT-SIÉGE ET LES JUIFS
cure, insoluble. La dette écrasante du ghetto fut peu à peu oubliée, considérée comme perdue; mais ce n'est que de nos jours que la juiverie, délivrée enfin complètement du joug qui l'opprimait, eut le moyen et le désir de sortir de l'impasse où elle s'était engagée (1).
(i) Voulant garder cette stricte impartialité dont rhistorien sincère ne doit jamais se départir, nous nous sommes abstenus, ici comme ailleurs, de pousser plus loin notre examen et de traiter de questions que leur contemporanéité aurait pu rendre irritantes ou sujettes à polémique.