SUR LA RIVE GAUCHE DU FLEU>'E
La CitU de' Ravennati. — Arrivée des premiers juifs au TranstéTère. — Leur synagogue. — Sa destruction au temps de Tliéodoric. ~ Destinée étrange des objets sacrés enlcTés au temple de Jérusalem. — Les juifs demeurent dans la région transléyérine jusqu'au commencement du moyen âge. ^ Leur cimetière de la porte Portuense. — Sac de Rome par Robert Guiscard. — Leur émigration au onzième siècle sur la rive gauche du Tibre.
Entre le mont Janicule et le Tibre s'étendaient, aux premiers temps de Rome, des marais pestilentiels. C'est là que le sénat internait les populations qui avaient osé lui résister et dont il souhaitait l'anéantissement. Les habitants deTelleria, de Ficane, de Medullia» les principaux citoyens de Capoue, après la rébellion provoquée par Hannibal, y furent relégués (1) ; on y envoyait parfois aussi les esclaves affranchis ; si beaucoup succombèrent, il en survécut assez cependant pour que, peu à peu, au milieu des marécages, un faubourg s'élevât, pauvre et infect, fort malfamé, mais populeux. 1^6 but du sénat se trouvait doublement atteint. Les matelots de la flotte de Ravenne s'y fixèrent, grâce à
(!) TiTE-LivE, I, 33; VHI, 12, 14; XXVI, Vt.
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la générosité d'Auguste, quand l'empereur n'eut plus d'ennemis, et ce quartier prit, dès lors, le nom de « Vrbs Ravennatium » qu'il a conservé jusqu'au siècle dernier.
Sa population porta longtemps l'empreinte des éléments qui avaient servi à la composer; c'était une population servile, le rebut de Rome. Les bateliers, les charretiers, les tanneurs, les porteurs de litières (Syrt), les vidangeurs, y vivaient pèle-mèle avec les mendiants, les vagabonds et les étrangers accourus de toutes parts dans la capitale de l'ancien monde pour y chercher fortune ou refuge ; le Romain ne s'y aventurait pas sans crainte (1) et la police impériale y pénétrait le moins possible, quand elle ne pouvait faire autrement. C'était une banlieue sacrifiée h des classes méprisées et à des besognes infectes (2) ; mais, de même que les villes ont besoin d'égouts, il leur faut de ces cloaques humains.
Les premiers juifs qui arrivèrent à Rome étaient de pauvres hères, chassés de leur patrie par le dénuement ou amenés esclaves derrière le char des triomphateurs romains. Tout naturellement, ils se réfugièrent dans ce quartier misérable, où les Syriens, leurs congénères, les avaient précédés (3). Ceux qui suivirent, quoique
^l) Martial. I, xlii, 3; VI, vcni, 4. Juvknaf., V, s.
(2) Renan, Vie de saint Paul, p. 103.
(3) Stage, Sikes, I, vi, 7*2-7 i.
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moins malheureux » vinrent habiter auprès de leurs compatriotes (1). Déjà méprisés et quelque peu haïs, ils se trouvaient à Taise au mih'eu de cette population de parias. Cependant, quelques-uns d'entre eux s'enrichirent y parvinrent aux honneurs , et , abandonnant ce faubourg abject, ils allèrent se fixer dans les quartiers les plus fastueux de Rome; mainte inscription l'atteste (2). Plus tard, une troupe d'émigrants juifs campa près de la porte Capouanne, dans le bois de la nymphe Ëgérie, où Juvénal s'irrite de les rencontrer. Misérables, vivant de métiers infimes, ils n'avaient, dit-il, pour tout mobilier, qu'une corbeille suspendue à un arbre et une boite de foin (3). C'est ce qui explique pourquoi l'on trouve en tant d'endroits difTérents, à Rome, des traces de la présence des juifs.
Le noyau de la population israélite n'en restait pas moins dans la région transtévérine, près du port où venaient accoster les galères grecques et phéniciennes et où, mieux que partout ailleurs, on pouvait trafiquer (i). Là, se trouvaient des écoles fort suivies, le tribunal
(1) Jo»., Ant, XVII, III, o; Tacite, Annales^ II, 85; Renan, Ioc. cit,
(2) R.Garrucci; Renan, Corps., n<>* 9905, 9900. (.1) Juvénal, Sat, HI, 14.
(4) Filone, (De légat. adCaium), dit, parlant d'Auguste : « AVc</mfimulamprobari sibiJucUros, alioquin non passus fuisset TranstylfCrùn bonam Vrbùtpartem teneri a Juckris ». Bonam est ici dans le seos de considérable et non pas d'agréable, comme on Ta dj^ à tort (Bona librorum copia, écrit Horace.^
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juif (le Betli-Dim; (1), et, dans le voisinage de Téglise S. Ceciiia in Trastevere, l'antique synagogue où les exilés se plaisaient à retrouver la parfaite mais décevante image <le leur temple vénéré.
Les tapis précieux dont elle était décorée, les pierreries, les ornements d'oretd'argent qu'elle renfermait, attestent l'opulence et surtout la dévotion des juifs romains de ce temps. Mais, ce qui la rendait célèbre et vénérable entre toutes, c'est qu'elle possédait une reproduction singulièrement exacte du fameux chandelier mosaïque. Quoique les juifs sussent trop bien que le véritable objet de leur culte se trouvait non loin de là, sous la garde vigilante de leurs oppresseurs, ils aimaient à oublier les malheurs du présent dans l'illusion du passé (2) !
(1) Sans doute les Gradi Aureliani qvic l'on prétend avoir élu élevés pour complaire aux juifs. (Voyez dans la collection Lemaire, Cicéron, t. IV, 182, note 2).
(2) Le candélabre de Jérusalem avait été, en effet, rapporté ù Home où il était précieusement conservé. L*historien Josèphe nous rapprend : « On y mit (dans le temple de la Paix) la table, le chandelier d*or, et autres riches dépouilles du temple de Jérusalem, comme un trophée qui était si glorieux. Mais quant à la loi des juifs et aux voiles du sanctuaire qui étaient de pourpre, Tcmpereur les déposa dans son palais. » {Guerre des Juifis contre les EomainSf liv. VII, chap. XIX, trad. d'Arnaud dWndilly.; La destinée de ces reliques fut étran^^'c. Peu d'années après leur arrivée à Home, le temple où elles étaient déposées brûla, mais elles purent être sauvées et, pendant plusi(!urs siècles, restèrent ignorées. Lors du pillage de Rome par Alaric et Genséric, les vainqueurs s'en emparèrent; une partie passa en Gaule, et notamment à Carcassonne 1*rocope, De Dello yoth., I, c.