‹ Le Saint-Siège et les Juifs: le ghetto à RomeChapitre 7 sur 67 · LE QUARTIER DES JUTFS Â ROME · texte numérisé non relu

LE QUARTIER DES JUTFS Â ROME

Le poète juif, Fuscus Aristius, s'y rendait lorsqu'il rencontra, près du temple de Yesta, Horace en proie à Pimportun (1). Au temps de Théodoric, lors d'une émeute, la populace la détruisit, et les juifs perdirent jusqu'au simulacre de ce qui leur était cher (2), mais ils la reconstruisirent aussitôt.

C'est non loin de là aussi, dans quelque réduit du Transtévère, au milieu de ce que Rome comptait de plus vil et de plus misérable, que se réunirent timidement les premiers apôtres d'une foi qui allait transformer et régénérer le monde, et plus d'un épisode des actes des martyrs s'est déroulé dans ce quartier fangeux.

42), une autre en Afrique (Theophan.). C'est là que Bélisaire retrouTa, quatre-vingts ans plus tard, quelques-uns des vases sacrés, qu'il se bâta de rapporter à Constantinople. Lesjuifs réclamërentà grands cris leur restitution et l'obtinrent. On les transporta en grande pompe à Jérusalem; mais, quelque temps après, les Musulmans s'emparaient de la ville et la pillaient. Cette fois les reliques furent définitivement perdues.

Benjamin de Tudela croit fermement, néanmoins, qu'elles se trouvaient encore à Rome de son temps (douzième siècle) ; il indique le souterrain où Titus les a déposées. L'auteur de la Graphia Aureie UrlHs n'est pas moins affirmatif; il énumère les objets conservés à Rome et il en trouve même beaucoup plus que Josèphe : l'arche sainte, les vêtements d'Âaron, la verge de Moïse, etc. (Voir Grego- Rovius, I, 234).

R. Eliezer b. R. Yossé raconte avoir vu le fivntal à Rome, parmi les dépouilles apportées de Jérusalem. (Talmud, trad. M. Schwab.)

(!) Horace, Sot., liv I, ix. 60. Le temple de Yesta était situé entre le Palatin et le Tibre, près du Pons Senatorum,

(2) Vitale, Storia diplomaticay 1. 1, 9.

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A Taube du moyen âge, nous y retrouvons les juifs, moins nombreux, plus pauvres et surtout plus méprisés, mais attachés, ex)mme à une terre natale, à ce triste séjour. Ils se pressent autour de leur synagogue; ils ensevelissent leurs morts tout près de là, dans un vaste souterrain attenant à la porte Portuense (actuellement Porta Portese) (1), et que Bosio découvrit, le 14 décembre 1602, beaucoup par intuition et un peu par hasard, comme Colomb T Amérique (2). L'ornementation des parois, où se trouvait fréquemment répété le chandelier symbolique à sept branches, de nombreuses inscriptions en langue grecque, alors en usage, plus encore que l'hébreu, parmi les juifs dispersés (3), montrent que ce souterrain, malgré une frappante ressemblance avec les catacombes chrétiennes, était bien un lieu de sépulture pour les juifs; son étendue prouve qu'il fut longtemps utilisé ( ij .

(1) Au lieu dit Colle Rosato.

(2) BosiOy Roma sotterraneaf 1631, p. 142.

(3) Par exemple, les mois « ENOAIE KITE EN EIPHNH » ou a Cï'NAFûr ». Comparez ces cpitaphcs à celles que citent Basnage, liv. vu, 281 et Garrucci.

(4) Benjamin de Tudela fait sans doute allusion à ce souterrain lorsqu*il parle d'un caveau, voisin du Tibre, où Ton voit les tombeaux des <( dix martyrs du Royaume »^ c'est-à-dire de ces dix juifs, propagateurs de la Misnah , qui périrent en Judée pour défendre leur foi. (Voyez Basnage^ liv. VI, C46.)

On ne doit point confondre ce cimetière juif avec un autre que Bosio découvrit seize ans plus tard, au même endroit, et qui était chrétien. (Chap. xxi.Cf. Eschinardi, p. 43et P. Adixolfi, 1. 1, 59.). 11 y

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En 1219, une rue du Transtévère, voisine de S. Cecilia portait encore le nom de Rua Judci^orum (1\

La légende veut que la très vieille église S. Salvatore délia Corte ait été ainsi appelée à cause de sa proximité du quartier habité par lesjuifs, ce Curti Judan », comme disait irrévérencieusement Horace (2); elle veut aussi, et avec plus de vraisemblance, que la petite rue «c délia Pal ma » au Transtévère, ait tiré son nom de la synagogue voisine; enfin, la tradition, dont on ne doit jamais négliger les avis, parce qu'elle a la mémoire longue encore que vacillante, a conservé le souvenir de la présence des juifs dans cette région durant une longue période (3) .

Mais, de ce que les juifs habitèrent certainement, durant les deux ou trois premiers siècles qui suivirent

avait, au reste, plusieurs catacombes analogues le long de la voie qui parlait do la porte Portuense pour aboutir à Porto.

Le cîmetièrejuiraété détruit lors d'une réfection des murs delà ville (Mautinklli, Roma ricrrcata, 1 000, p. 20), peu d'années après que Bosio en eut dévoilé rexisteiice; il n'y a donc pas lieu de s'étonner, comme Font fait certains auteurs, de n'en plus trouver trace.

(1) Acte de cession par Pietro, fils de Bovone di Oddone Capo di Ferre, d'une partie de sa maison à Paolo di Adeluca, en date du 15 avril 1210. {Arrhivio di S. Maria in Via Lata, actes de Giui\ di JacopOy an lll dupontifirat dHonorinsIll.)

(2) Horace, Sa^ liv. I, i\, 70. Voyez ce que dit fort sensément, au sujet de cette étymologie plus ingénieuse que solide; IIi!>olkino Coh- TnNESE, Dcscnzioiit' topoQ. d\ Roma moderna, p. i.*i2.

(.1) Gregorovius, t. ], 304; Arint.ui, Roma subtnranea. Toutefois on sait qu*à Rome, plus que partout ailleurs, il convient de ne tenir que fort peu de compte de la tradition.

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la chute de Tempire romain, sur la rive droite du Tibre, s'ensuit-ii que tous y aient séjourné durant toute la durée du moyen âge et jusqu'à leur internement dans le ghetto, sous le pontiGcat de Paul IV ?

Certains historiens l'ont admis, parmi les plus autorisés, tels que Bosio, Basnage, — celui-ci, il est vrai, plus curieux souvent d'intéresser que de bien informer le lecteur — , le scrupuleux Cancellieri, Gregorovîus et même M. Renan (1). Qu'il me soit permis néanmoins d'examiner ici la valeur de cette hypothèse.

A l'époque dont nous venons de parler, au dixième siècle, Rome, quoique fort déchue, était encore populeuse; s'étendant au loin sur les deux rives du fleuve, elle occupait, bien qu'imparfaitement, toute la vaste enceinte d'Aurélien. C'était encore la Rome d'Auguste. Les juifs, au Transtévère, n'étaient pas isolés. Mais bientôt survinrent de nouvelles calamités plus terribles que les précédentes, inondations, tremblements de terre, incendies (2), guerre civile, invasions (3). L'antique cité disparut peu à peu; sa population, dit-on, tomba à vingt-huit mille habitants (i). Dans cette œuvre de

(1) Bosio, Roma sotterranca^ lib. Il, c. xs.ii, p. 142; Basnage, liv. VII, 210; Cancellieri, p. 224; Gregokovics, 1. 1, 304; Renan, Vie de saint Paul, p. lOI, note 3.

(2) Sous les pontificats de Léon IX et d'Alexandre II, le feu causa de terribles ravages dans la ville.

(3) Consultez Gibbon, The Décline and Fall of thc Homan Empire, chap. Lxxi.

(4) Castiglione, De la population de Rome, 1878.

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destruction, ce ne fut pas la nature qui eut le plus de part. Les hordes lombardes , les Sarrasins, les reitres conduits par les empereurs allemands, lui portèrent les coups les plus funestes. Sa ruine cependant n'eût pas été complète si un capitaine venu pour la défendre, Robert Guiscard, ne Pavait traitée comme jadis ses ancêtres les bonnes villes de France. Quand il pénétra dans la ville, par la porte ce del Popolo », sous prétexte d'en chasser l'empereur Henri IV qui n'y était plus, il détruisit tout sur son passage et n'arrêta la fureur de ses soudards que lorsque la cité fut aux trois quarts saccagée. Grégoire VII en mourut de douleur et sa mort fut peut-être une expiation. Avec lui, périt définitivement l'ancienne Rome (1084) (1). Il a fallu huit siècles pour eifacer la trace de ce jour de pillage. Le Celius, l'A ventin, jadis si peuplés, devinrent des solitudes où s'élevaient çà et là, comme aujourd'hui , au milieu de monceaux de ruines, une église croulante, les débris d'un palais ou d'un temple. La vie se retira de la périphérie pour se resserrer autour du Gapitole et du Campo di Fiore, Le quartier duTranstévère, ruiné,

(1) Chron. de Kob. Viscakt, c. VII : ^ Une grant part de la cité fu arse. » Cf. Petr., Diacox. III, c. 53. Ânon. Hist, SicuL dans Muratori, R. L Script, t VIII, 773. Gregorovius, t. IV, 238. Flavius Bloxdus, qui Tivait au quatorzième siècle , dit (Huit. Decad, 11) : « £a nos et alla Henrici temporibus gestii considérantes conjicimus urbem jRomam tune primwn eid hanc quw nostris inest temporibus rerum exiguitatem esse perductam » .

saccagé, fut abandonné de presque tous ses habitants (1). Quand Frédéric II vint par deux fois mettre le siège devant Rome, ii y campa ses troupes au milieu des champs, et, bien plus tard, au seizième siècle, on n'y voyait encore que de rares habitations et quelques églises (2). II n*y avait même plus d'eau, car Taqueduc construit par Auguste avait été rompu. Quelle apparence que les juifs soient restés bénévolement dans ce quartier, seuls, en butte aux agressions des bandes pillardes qui parcouraient sans cesse la campagne romaine, en dehors de la vie commune!

Sans doute, môles au reste de la population romaine, ils suivirent le mouvement de concentration qui s'opérait alors et traversèrent à leur tour graduellement le Tibre, non sans s'être arrêtes quelque temps dans l'ile S. Bartolomeo, l'Insula Lycaonia des anciennes cartes, ainsi que le laisse supposer un passage d'Albert Mussato (3). Les tanneurs leur avaient donné l'exemple de cette migration (i).

(\) Benjamin de Tudela et l'auteur des Mirabilia^ qui vivaient l'un et Tautre vers celle époque, parlent du Transtévère comme d'une région en grande partie inhabilée.

(2) B. Gamucci^ le Antiquiià délia città di Roma, 1565, p. 1G9^ dit : « Les Romains n*y habilent point et y ont seulement des jardins ». Il est vrai qu'ensuite le Transtévère se repeupla fort rapidement.

(3) « Trans et intra Tyberim morabantur », dit Mussato, VIII, 7. Peut-être faut-il voir une confirmation de cette hypothèse dans le passage suivant d'une bulle de Léon IX (1049-1054) : « Médium pontem ubi JudaU habitare videntur ». Voyez Canlellieri, p. 224.

(4) Nardlnï, Roma antiqiia, p. 169.

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