LE QUARTIER DES JUIFS A ROME
phia Àureœ Vrbis Romœ », qui parait être le texte épuré, érudit de l'ouvrage dont les Mirabilia sont la version destinée au vulgaire (Tallure même des titres semble confirmer cette supposition), dit au reste, clairement : c Pons Fabricii in ponte Jud<oorum )>, ou, d'après une leçon qui est préférable : « Pons Fabricii et Judîcorum », et elle ajoute : « Quia ibi Judœi habilani (1) ».
Dans un testament, en date de Tannée 1309, l'église S. Biaggio de' Cacabarii est désignée comme se trouvant au milieu du quartier juif (2). Mais voici qui détermine mieux encore le lieu qu'habitaient les juifs au treizième et au quatorzième siècles : en 13io, survint une terrible inondation dont toute la ville eut a souffrir, mais plus particulièrement le quartier juif qui s'étend, dit le chroniqueur, de la place Cwiudca à Parc par où Pon va à la place des Savelli (c'est-à-dire au Portique d'Octaviej (3). Ce fut aussi non loin de là, au Parione, que les juifs durent longtemps présenter aux nouveaux pontifes le Livre de la Loi et faire acte d'obédience [ t).
(i; OzANAx^ Documents pour V histoire de V Italie, iSoO.
(2) « Ecclesia S. Blasii in contrada Judivorum^ in regionc S. Ang*fli pfope domum Joh, Card. Buccamatii ». Ex testamento auiii M09, inter schedas Panvinii (Archivio segreto Valicano, fol. 5i). l*our Buccamalius, lisez Bicci, p. 20. Voyez la note 2 de la p. 34.
(3) UistorUv Romaniv Fragmenta, dans Muratori, Antiquit. Itali':. t. ni, 391.
(4) Voyez plus loin, cliap. ix.
30 LE SAINT-SlÉCiE ET LES JUIFS
L'ancien cimetière de la porte Portuense avait été remplacé par un cimetière plus proche, situé au Transtévère, à l'intérieur des murs et, à ce qu'il semble, près du fleuve; ce lieu porta même, jusqu'à une époque récente, le nom caractéristique de ce Ortaccio degli Ebrei (1). » Ceci prouve, soit dit en passant, à que! point ce quartier était alors abandonné. Les statuts de Rome, qui datent d'avant le quatorzième siècle, font aux juifs une obligation d'y enterrer leurs morts (2). 3Iais ce cimetière se trouva lui-môme bientôt trop éloigné, et les juifs en créèrent un autre, plus à leur proximité, au versant du mont Aventin, derrière Téglise S. Maria in Cosmedin (3 . C'est là, dans un coin de l'im-
(1) Le lieu en est détermine par l'inventaire des biens d'un certain gentilhomme nommé Luca di Stefano dello Crapulo, du quartier du Capitule, qui possédait sept pièces de terre^ plantées de vignes^ à l'intérieur des murs^ entre le fleuve et la voie publique, au lieu dit « Campo Judei ». (Archivio del Salvatorc, arm. IV, mazzo II, n^ 106, dans les notes inédites de P. Adinolfî.) La dénomination de Campo ou Ortaccio indique bien, ce semble, la présence d'un cimetière et non d'une agglomération, et c'est à tort, selon nous, que Gregorovius y a vu un argument en faveur de sa thèse sur le séjour prolongé des juifs au Transtévère.
(2) « Judei et Paguni in Vrbe et per stratan et Plateas nullatenus Hepclliantur, et si contrnrium fecerit per nUqnem pena V libmiMm prov, îiicurrat, rt corpus eximero teneatur, liceat tamen sepeUire eos in corum campo per ios cmpto iuxta sanctum franciscum de r^ gione transtyberim [S, Francesco a Ripa% ubi est eomm sepultura comunis et in aliis cimiteriis consuetis ». (Statuts de Rome, liv. II, Art. ce).
,3} Et près de l'église S. Prisca. (Morom, Dict. eccles. t. XXI, 40;