Un des meilleurs moyens pour apporter remède à ce
malheur, est de connaître les causes de nos distractions, qui quelquefois viennent de notre négligence, et quelquefois sont purement naturelles.
La principale et la plus ordinaire cause des distractions en l'oraison, est le manquement d'une bonne et sérieuse préparation. Si, lorsque le préfet des choses spirituelles nous assigne la matière et les points de notre méditation, nous lui donnions bien notre oreille et notre cœur ; si, étant retournés en nos chambres, nous prenions notre livre et repassions en notre esprit ce qui nous a été dit ; si nous nous couchions dans cette pensée, si la nuit nous jetions quelque soupir au ciel, si au réveil du matin nous tournions aussitôt l'œil à notre oraison ; si, étant levés, nous prenions encore notre livre, et gardions avec soin et avec humilité ce que j'ai dit au sujet de la préparation des méditations et des oraisons, il serait moralement impossible que notre cœur ne se remplît pas de plusieurs saintes et utiles pensées, et que la mémoire et l'imagination ne fussent pas suffisamment attachées à cet Objet sacré et divin, qui serait souvent et si fortement imprimé dans notre esprit. Maison se fie à sa mémoire, au désir qu'on a de prier, à la bonté de Dieu, à la vivacité de son esprit, à sa longue expérience et à des choses semblables. De là vient que ce sage et juste Maître nous laisse dans nos imperfections et dans les évagations de notre imagination, afin que notre misère et notre pauvreté nous humilient et nous rendent plus soigneux.
La seconde cause des distractions vient de la volonté, qui est affectionnée d'une manière désordonnée à quelque chose, et n'est pas puissamment touchée de l'amour de son Dieu et des choses divines. La pensée suit toujours l'affection, et ne s'en peut détacher qu'avec violence.
Archimède, excellent mathématicien, était dételle sorte abîmé dans les figures et dans les inventions de ses machines, que nul bruit ne l'en pouvait détourner. Il n'entendit pas même les cris des Romains victorieux qui entraient dans sa ville l'épée au poing, et qui tuaient tout ce