‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 110 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE VIII

et la fertilité des moissons compensa les pertes passées. Dieu est un Père trop tendre et trop affectueux pour nous laisser périr de faim et de soif. Pleurons et crions, comme Agar et comme son fils Ismaë'l, et Dieu nous enverra ses Anges pour nous montrer et nous donner des sources d'eau vive qui satisfassent à notre nécessité.

Le second moyen pour nous délivrer de l'aridité et stérilité de notre âme, est une grande patience et longanimité. Ne délaissez jamais votre oraison, mais continuez-la dans une plus héroïque constance et dans une plus religieuse ponctualité. Notre père saint Ignace conseillait même de la faire un peu plus longue, lorsque cet abandon nous veut persuader de l'abréger ou de l'abandonner tout à fait.

Cette victoire de soi-même et cette force d'un esprit immuable et inébranlable étonneront le démon, qui trouvera sa perte et son abattement dans son triomphe prétendu ; et l'âme rencontrera sa force dans sa faiblesse, et ses richesses au milieu de sa pauvreté.

Souvent un seul grain, recueilli avec travail et avec humilité, apportera plus de profit dans le cours de la journée qu'une moisson très abondante envoyée du Ciel sans aucune peine. Plusieurs Saints ont rempli de vin plusieurs tonneaux et de grandes cuves avec un seul raisin. Dieu peut faire un monde entier de vertus dans notre âme, le tirant du néant de notre bassesse et de notre sécheresse.

IV. La troisième maladie qui nous afflige en l'oraison, est la désolation.

i. La désolation arrive lorsque l'entendement et la volonté ont de bonnes pensées et de saints désirs, et que l'appétit inférieur en appréhende l'exécution comme trop difficile et trop contraire à son contentement. De là vient qu'il se laisse aller à de si fâcheuses tristesses qu'elles abattent le cœur, et changent en fiel toutes les douceurs que le paradis y versait. L'homme désireux de son salut, se voyant tombé dans cet état de misère, entre quelquefois dans de telles frayeurs qu'il se juge comme abandonné de Dieu.

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Cette affliction est très sensible, et pénètre jusqu'à la moelle des os d'un religieux de cœur et de ferveur ; et cependant il s'en trouve fort peu que Dieu n'éprouve de temps en temps par ce rude exercice.

L'homme vertueux, durant la désolation, est comme un malade qui manque d'appétit et a la langue chargée de mauvaises humeurs. Il mange pour la conservation de sa vie, bien qu'il ne sente ni plaisir ni goût, mais plutôt une amertume rebutante dans la viande. Son esprit est prompt, quoique sa chair soit infirme.

2. Dieu permet que ses plus intimes amis gémissent quelquefois dans la désolation, par des raisons très justes et qui sont toutes dirigées à leur profit et à leur plus grande perfection.

Il agit de la même sorte qu'une mère passionnée et attendrie d'un excès d'amour envers son enfant. Elle se cache à lui et ;le laisse quelque temps tremper dans ses larmes, afin que cette perte fortifie son amour, augmente son désir de la rechercher, et le jette avec plus d'ardeur et de tendresse entre ses bras et dans son sein.

Dieu permet quelquefois la désolation aux plus vertueux, afin qu'ils portent compassion aux faibles et aux affligés dans les tentations et les agitations de l'esprit ; qu'ils ne s'élèvent point pour les tendresses qu'ils ressentent d'ordinaire, et qu'ils les prennent comme une singulière et purement gratuite faveur de sa bonté.

Le dessein du Ciel est souvent de conserver la santé corporelle. Les larmes, les actes brûlants de la volonté et les sentiments impétueux de l'appétit sensitif, durant les consolations de l'oraison, épuisent et consument beaucoup d'esprits vitaux, et affaiblissent notablement les forces du corps, dont les frères occupés aux offices extérieurs ont grand besoin.

Dieu permet quelquefois la désolation aux frères convers durant leur méditation, de crainte qu'ils ne soient paresseux dans l'action, et dans l'exercice des travaux néces-

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