LIVRE SECOND. CHAPITRE IX 1 6 I
contemplation qui ressemblait plus à la manière de prier propre aux Anges qu'à celle des hommes mortels. Je traitais avec eux de mes affaires et de celles d'autrui, non comme j'avais coutume de le faire, mais comme le font au Ciel les Bienheureux et les Anges. J'étais tout occupé en leur très douce et très précieuse vue. Je leur demandais plusieurs faveurs, et particulièrement la santé du Père recteur, qui était malade. Ils me commandèrent de ne m'en point mettre en peine, et me promirent d'avoir soin de lui. »
V. Nous, pouvons trouver plusieurs oraisons jaculatoires en ces différentes sortes de prières. Mais pour agir avec plus de méthode, je les réduirai à trois espèces. Les unes sont propres à ceux qui commencent, les autres à ceux qui font du progrès et les troisièmes aux parfaits.
i. Celui qui commence à marcher dans la voie des commandements de Dieu, et qui depuis peu a quitté celle du dérèglement, doit s'exercer aux aspirations qui servent à la détestation des péchés et au propos d'une meilleure vie. Il peut dire, par exemple : Ah ! mon très honoré Seigneur ! je suis très fâché de vous avoir offensé. — Ah ! mon Dieu! mon Créateur! plutôt mourir que de faire jamais aucun péché. — O bonté infinie ! je déteste de tout mon cœur tout ce que j'ai fait contre vous. — O mon Père très aimable ! je confesse que j'ai péché contre le ciel et contre vous, et que je suis digne d'un très rigoureux châtiment. — Hélas ! mon Juge, n'ayez pas égard à la rigueur de votre justice et au mérite de mes offenses. — O Roi et Empereur de tout le monde ! je vous remercie de ce que je ne suis pas mort en péché mortel. — Hélas! mon Créateur, que je vous ai de très grandes obligations
de ce que je ne brûle pas maintenant dans les enfers!
O Jésus, mon Sauveur ! ayez pitié de moi, selon votro très grande miséricorde ; car je suis un très misérable pécheur. — O médecin très charitable! guérissez mes plaies, et remettez-moi dans une parfaite santé pour vous mieux servir. T. I.
— O Pasteur de mon âme ! ne permettez plus que je m'égare du sentier de vos commandements. — Ah ! très puissant Rédempteur ! lavez-moi de votre sang très précieux. Un frère convers de l'Ordre des Chartreux n'avait jamais pu apprendre que ces trois mots de latin : Miserere mei, Deus ; Seigneur, ayez pitié de moi. Encore en oublia-t-il bientôt une partie, disant à contre-sens : Miserere tui, Deus ; Seigneur, ayez pitié de vous. Il les prononçait néanmoins avec tant de bonté et de simplicité cent et cent fois le jour, que l'on sentait une odeur céleste dans sa chambre, Dieu voulant montrer combien cette oraison jaculatoire lui était agréable.
2. Ceux qui profitent dans la vie spirituelle et qui sont entrés dans la voie illuminative, doivent tirer toutes leurs aspirations d'un désir sincère et parfait de renoncer totalement à eux-mêmes, d'acquérir les vertus et de s'avancer courageusement vers Dieu, pour se donner à lui sans réserve. Mettons-en des exemples : O la lumière de mon âme ! quand est-ce que je suivrai de cœur et d'affection vos saintes inspirations? — O le trésor de mon cœur ! faites que je méprise tous les biens de la terre comme de la boue. — O mon cher Maître ! parlez à mon cœur, et donnez-lui le courage de mettre en exécution vos saints commandements. — O mon très aimable protecteur ! donnezmoi le moyen de dompter toutes mes passions et toutes mes affections désordonnées, et de surmonter tous mes ennemis. — O mon Père nourricier ! fortifiez-moi de vos grâces, afin que je pratique toutes les vertus en perfection. — O la vie de mon cœur ! faites que je meure à moi-même et à tout ce qui est en ce monde. — O le bonheur des hommes et des Anges ! venez en mon âme, prenez-en possession, illuminez-la, enrichissez-la de vos faveurs et des trésors du paradis.
3. Enfin, ceux qui sont parfaits, et qui vivent déjà dans la vie unitive, ont des aspirations d'amour, d'action de grâces, d'offrande d'eux-mêmes et de tout ce qu'ils ont,