LIVRE SECOND. CHAPITRE IX
comme les enfants et les épouses du Roi des rois. Ils disent, par exemple : O l'ami de mon cœur ! si je vous aimais de toute mon àme ! — O ma joie, mon amour! faites que je n'aime plus rien que vous. — O mon unique et mon souverain bien ! ôtez de mon esprit tout ce qui l'empêche de s'unir intimement à vous. — O la félicité de tous les Saints ! que ne portez-vous efficacement tous les hommes à vous connaître, à vous aimer et à vous adorer ! — O Jésus, le Dieu de mon cœur ! soyez loué et adoré de tous les Chérubins et de tous les Séraphins du paradis. — Ah ! si je pouvais donner tout le sang de mes veines pour votre amour ! — O la paix de mon cœur et toute ma consolation ! venez en moi, bénissez-moi, embellissez-moi, afin que je vous sois agréable. — O Epoux très suave et infiniment aimable ! je ne veux plus rien que vous. Tirezmoi à vous, et je courrai à l'odeur de vos parfums. — O ma louange et ma gloire ! opérez tellement en mon âme, que toutes vos volontés me plaisent et que je n'aime rien que vous. — O mon unique béatitude ! quand est-ce que je vous verrai face à face ?
Chacun pourra faire ces oraisons, ou celles que Dieu lui inspirera, suivant la disposition où il se trouvera. Tantôt il s'occupera en celles qui sont propres à la vie purgative, tantôt en celles qui servent à la vie illuminative ou unitive, selon ce qu'il jugera le plus utile et le plus convenable. Nul n'est si imparfait qu'il ne doive souvent exercer des actes d'amour de Dieu, et nul n'est si parfait qu'il ne doive faire plusieurs actes de- contrition.
Il est très utile de prendre occasion de ses offices et de ses exercices pour ces saintes élévations de cœur en Dieu. Ce nous sera comme une mémoire locale qui les présentera sans peine à nos yeux. Un portier, en ouvrant la porte de son monastère, pourra dire : O Jésus, qui m'avez donné entrée dans la Religion, fortifiez-moi de vos grâces, afin que je vous y serve saintement. O mon Sauveur! mon doux Jésus ! soyez béni à jamais d'avoir donné votre pré-
cieux sang pour m'ouvrir le paradis. Un cuisinier, à la vue du feu de sa cuisine, s'écrie : O juste vengeur des péchés! ne me précipitez point en enfer pour les miens. O feu infini ! qui embrasez les Séraphins de votre amour, brûlez mon cœur et réduisez-le en cendre par la connaissance de lui-même. Un jardinier dira : O mon Dieu, mon Maître ! arrachez toutes les racines de mes imperfections. O mon Créateur ! plantez en mon âme toutes les vertus, et faites qu'elles y produisent des fleurs belles et odoriférantes. Je ferai diverses remarques à ce dessein dans chaque office, en la seconde partie de ce Traité.
Ce qui frappe nos yeux peut élever notre cœur en Dieu. Une Sainte, voyant les arbres bien fleuris, s'écriait : Hélas ! tout fleurit, excepté moi.
Quelques Saints se sont souvent servis de certaines aspirations qui les touchaient le plus. Saint François se plaisait particulièrement en ces paroles : Deus meus et omnia. Saint Félix de Cantalice, frère lai capucin, disait avec un saint transport et avec une joie indicible : Deo gratias ; de sorte qu'allant à la quête par les rues de Rome, il excitait les petits enfants à prononcer ces beaux mots : Deo gratias. Ces petits innocents, s'étant aperçus du grand plaisir qu'il y prenait, principalement dans les dernières années de sa vie, s'écriaient lorsqu'ils le rencontraient : Deo gratias, frère Félix, Deo gratias. Ces saintes paroles l'attendrissaient très sensiblement. Quand il devait répondre Deo gratias, en servant la Messe, souvent il était si fort touché au cœur et versait tant de larmes qu'il ne le pouvait prononcer en aucune façon.
VI. Le moyen le plus fructueux et le plus agréable pour avoir toujours au cœur et à la bouche des oraisons et aspirations saintes, c'est de vivre en la sainte présence de Dieu.
i. Cet exercice a été pratiqué avec soin par tous les Saints ; et par son aide ils ont évité les péchés, surmonté les tentations, dompté leurs passions, acquis les vertus et l'union avec Dieu.