‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 126 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE X

plusieurs Martyrs et autres Saints suivent, pour se trouver à F église de saint Séverin au jour de sa fête.

Quelle joie, quelle dévotion, quelles douceurs du paradis ne sentirent pas ceux qui se trouvèrent dans ce lieu sacré, en la compagnie de ces princes divins ! Si nous faisons de notre côté ce que nous pouvons, on verra plutôt tout le ciel fondre en terre, que les Saints ne pas nous consoler et ne pas nous fortifier aux jours qui leur sont particulièrement consacrés.

2. La seconde raison de l'institution des fêtes est pour contempler à loisir les vertus héroïques des saints Confesseurs et des glorieux Martyrs, et pour prendre une généreuse résolution de les imiter. Nous devons regarder ces valeureux héros, comme les peintres regardent l'Alexandre d'Apelles ou le Crucifix de Michel-Ange, afin d;en tirer un portrait, ettd'en obtenir une copie.

« Toutes les solennités des Martyrs, écrit saint Augustin, nous sont de belles et de pressantes exhortations au martyre, et nulle raison ne nous permet de fuir l'imitation de ce que nous célébrons avec plaisir et avec admiration. »

Saint Flodobert se mettait tellement en dévotion et en ferveur les jours de fêtes, qu'il mourait avec les Martyrs, par des résolutions généreuses de mortifier tous ses appétits, et vivant tout au ciel, il ne vivait plus à la terre.

Saint Jérôme avertit à très juste titre tous les chrétiens, que c'est un abus entièrement hors de raison de ne vouloir célébrer les fêtes des Saints que par des banquets extraordinaires, vu que nous savons que ces Saints ont agréé à Dieu, et obtenu leur sainteté par des jeûnes et par de très rigoureuses austérités. « Voulez-vous, dit saint Éphrem, faire une bonne fête qui soit agréable à votre Rédempteur ? Faites-y pénitence de vos péchés, versez-y des larmes, vivez-y dans l'innocence, ouvrez-v les yeux à la connaissance de Dieu et le cœur aux désirs et aux soupirs des biens éternels. »

Si vous désirez savoir quand Dieu fait la fête avec nous, adressez-vous à Origène. « La fête de Dieu, dit-il, est la conversion des pécheurs, lorsque d'impudiques ils deviennent chastes, que d'injustes ils se font justes, et que d'impies ils se font dévots et fervents. »

Saint Ambroise, au Traité des Vierges, nous fait cette exhortation : « C'est la fête d'une Vierge, aimons la pureté. C'est la fête d'une Martyre, offrons à Dieu des victimes. Nous n'avons d'autres victimes que nous-mêmes, ne nous épargnons pas, mourons à nous-mêmes, pour vivre à Dieu et à ses Saints. »

Au royaume de Calicut, on célèbre une fête qui doit couvrir de honte et de confusion les Religieux qui ne cherchent que leur repos aux jours destinés à l'honneur et au culte de Dieu. Le grand Zamorin, ou roi de Calicut, se pare des plus beaux ornements qu'il peut, et se charge de si grande quantité de pierres précieuses et de joyaux, qu'il lui faut deux gentilshommes pour les soutenir. Il monte sur un théâtre fait exprès. Cent cinquante éléphants fort richement ornés passent devant lui, chacun porte une des idoles du pays, qui ont diverses figures. Les unes ont la figure d'homme, les autres de chèvre, les autres de bélier et de semblables animaux. Ceux qui se veulent immoler à ces idoles, les suivent le plus superbement vêtus qu'ils peuvent. Les uns portent deux épées nues en leurs mains, et lorsque leur idole est arrivée près du roi, ils font la révérence à l'un et à l'autre, et se mettent à sauter et à faire des gambades ; puis ils posent l'une des épées sur leurs têtes, et avec l'autre donnent tant de coups dessus, et l'enfoncent si avant, que souvent ils tombent raides morts. Ils croient fermement que par cette mort ils vont tout droit en paradis. Les autres se tuent à coups de poignard. Une personne digne de foi assure qu'en une fête où elle assista, elle en vit mourir près de mille.

Ils font encore une autre fête où plusieurs se meurtrissent d'une autre sorte. Ils mènent par la ville leur pa-

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