LIVRE SECOND. CHAPITRE X I
gode, ou idole, sur un grand char de triomphe, fort bien orné et tiré par plus de cinq cents personnes. Ceux qui ont le désir de se sacrifier se jettent sous les roues lorsqu'il marche, afin d'être écrasés par sa pesanteur. Ils sont estimés si grands Saints, que le peuple les déchire en plusieurs pièces pour en avoir des reliques. Ainsi le rapporte Pierre du Jarric, en son Histoire des Indes.
O l'heureuse fête pour nous, et très agréable à Dieu et à ses Saints, où nous mettrons à mort cet homme de péché qui veut régner dans notre corps ! Si nous ne pouvons pas le sacrifier tout d'un coup, retranchons-en du moins les membres peu à peu, et il mourra bientôt. Immolons nos craintes à saint Xavier, qui était un homme sans peur, dès qu'il s'agissait du salut des âmes. Immolons notre colère à saint Louis de Gonzague, qui vivait dans une paix et une tranquillité d'esprit admirables. Immolons notre orgueil et nos ambitions à saint François de Borgia, qui de Grand Duc devint un très humble religieux. Immolons enfin toutes nos langueurs et toutes nos infirmités à notre père saint Ignace, qui s'est toujours montré très ardent pour l'acquisition de toutes les vertus, et très zélé pour l'avancement de la plus grande gloire de Dieu. C'est ce que chaque religieux peut et doit faire en l'honneur des Saints de son Ordre.
Désirons avec sincérité, et efforçons-nous avec ferveur d'agir et de souffrir comme les Saints, si nous désirons être récompensés et couronnés avec eux. Quelques-uns d'entre eux ont demandé à Dieu et obtenu avec profit d'endurer tous les jours de l'année tous les tourments des Martyrs. Le jour de Saint-Etienne, ils étaient lapidés ; le jour de Saint-Barthélémy, ils étaient écorchés ; le jour de Saint- Laurent, ils étaient rôtis et grillés, et ainsi du reste. Ce sera bien assez pour nous de fortifier notre cœur pour nos travaux ordinaires, à la vue de ces grandes âmes et de leurs généreuses souffrances.