LIVRE SECOND. CHAPITRE XI
cher Alphonse ? Je ne vous ai point abandonné et je ne vous abandonnerai jamais. Il lui montra ensuite ses plaies sacrées, et par cette vue, l'encouragea et le fortifia, lui donnant à entendre que, puisqu'il avait tant souffert pour son amour lorsqu'il était pécheur, maintenant qu'il avait de si bons et de si fervents désirs de l'aimer et de le servir, il était aussi résolu à ne le jamais quitter, ni l'oublier, s'il se prévalait de sa grâce.
Notre Sauveur Jésus-Christ n'aide pas seulement les frères convers au temps des tentations; mais il leur fait des faveurs très signalées pour qu'ils puissent acquérir les plus éminentes vertus, et s'élever aux plus hauts degrés de la contemplation, comme nous l'avons dit au premier livre de ce Traité, et ailleurs. J'ajoute seulement ici que saint Gilles, compagnon de saint François, après quarante jours de jeûne, se mit en prières trois jours avant la Nativité de Notre- Seigneur, afin de se mieux disposer à une fête si auguste et si dévote. Jésus lui apparut alors, montrant son Humanité à ses yeux corporels, et sa Divinité aux yeux de son esprit. De sorte qu'il disait qu'il n'avait plus de foi, et que s'il célébrait la Messe, il ne dirait pas: Je crois en Dieu, mais : Je connais Dieu Créateur du ciel et de la terre.
Le bien principal et le plus important que le Rédempteur des hommes fait aux frères convers qui lui sont dévots, c'est l'assistance qu'il leur donne à l'article de la mort. Il s'est montré spécialement, en cette heure si redoutable, leur père, leur protecteur, leur avocat et leur consolateur.
Bernardin d'Eugubio, frère laïque parmi les capucins, étant proche de la mort, se dressa sur son séant avec joie et avec ferveur. Les Religieux y accoururent pour le remettre dans son lit; mais il s'écria plein de Dieu •.Laissezmoi, mes frères, laissez-moi aller à la rencontre de mon Seigneur, qui vient vers moi. En disant ces paroles, il lui remit son esprit entre les mains pour être présenté dans le ciel au Père éternel.
Donat d'Alècc, frère laïque du même Ordre, entendit à l'article de la mort Jésus-Christ qui lui disait : Courage, mon bon et fidèle serviteur, parce que vous avez été fidèle en peu de choses, je vous donnerai puissance sur plusieurs; entrer dans la joie de votre Seigneur. Son corps rendit une si suave odeur après sa mort, qu'il semblait qu'on eût apporté des parfums du paradis dans la chambre où il était.
Comme le Sauveur du monde a montré un amour très tendre et très enflammé aux frères convers, aussi l'ont-ils aimé et honoré très cordialement. Parère François de l'Enfant-Jésus avait un très tendre amour envers ce très aimé Jésus, l'avait sans cesse dans le cœur et à la bouche, et faisait plusieurs choses pour son service, comme nous le verrons en sa Vie. Le bienheureux Félix, capucin, avait un amour très cordial et très ardent envers son Rédempteur. S'il buvait, s'il mangeait, s'il cheminait, s'il travaillait, s'il traitait de quelque affaire, il avait toujours Jésus à la bouche. Il avait fait des cantiques d'amour à son honneur, à l'imitation de saint François. Il se disposait surtout à bien célébrer la fête de sa Nativité, en faisant dans le chœur une crèche où il représentait tout le mystère. Le B. Jacques l'Allemand mettait sa principale dévotion à la Passion de ce Dieu d'amour. Il était convers de l'Ordre de Saint-Dominique. Il se levait d'ordinaire le premier pour aller à Matines ; une fois Matines dites, il se retirait dans un coin de l'église pour vaquer à l'oraison mentale et vocale. Il ne se passait aucun jour qu'il ne se remît en mémoire tous les principaux mystères de la Passion, et qu'il ne versât beaucoup de larmes dans la considération des douleurs et des tourments de son Sauveur qu'il aimait tendrement. Après de longues prières, il avait coutume de dire : Gloria tibi, Domine, qui natus es de Yirgine, succurre mihi hodie, cum Pâtre et sancto Spiritu, in sempiterna sœcula. Amen. C'est-à-dire, que chacun vous rende la gloire qui vous est due, béni Fils né de la Vierge; secourez-moi aujourd'hui,