LIVRE SECOND. CHAPITRE XI
avec le Père et le Saint-Esprit, afin que j'arrive à la bienheureuse et éternelle félicité de votre paradis. Ainsi soit-il.
III. La bienheureuse Vierge Marie a montré aussi tant de tendresse et de familiarité aux convers de diverses Religions, que ceux qui les considéreront en seront ravis d'admiration. Mettons-en ici quelques exemples, en en réservant plusieurs autres pour le reste de ce Traité.
Un saint religieux de Cîteaux qui portait une grande dévotion à cette Reine du ciel, vit dans une extase tout le paradis. Il admirait tous les chœurs des Anges, des Patriarches, des Prophètes, des Apôtres, des Martyrs, des Confesseurs et des Vierges, qui avaient des marques différentes afin qu'on les pût distinguer les uns des autres. Il voyait les chanoines réguliers de Saint-Augustin, les religieux de Prémontré, de Cluny et ceux de plusieurs autres Ordres et Congrégations. Il jetait les yeux de tous côtés pour tâcher d'apercevoir quelque religieux de son Ordre, et il n'en vit pas un seul. Alors, plein de confusion et de douleur, il s'écria : Qu'est-ce à dire, très sainte Vierge, que je ne vois dans ce lieu'de bonheur aucun religieux de mon Ordre? Tant de fervents et d'admirables serviteurs que vous y avie\,qui ont blanchi dans l'exercice des vertus les plus héroïques, en sofit-ils exclus ? Cette Mère de charité, à la vue de ce trouble, lui dit : Je porte un si particulier amour aux Religieux de Cîteaux, que je les serre dans mon sein. Elle ouvre son manteau royal, qui était fort ample, et lui montre une multitude innombrable de Moines et de Religieuses, mais nommément de frères convers, qu'elle tenait sous sa protection. Etant revenu à lui, il s'en alla plein de joie trouver son abbé, à qui il raconta sa vision, comme le rapporte Chrysostome Henriquès en la Vie de saint Albéric, abbé de Cîteaux.
Le Père Gutiérez vit aussi sous le manteau royal de Notre-Dame, toute la Compagnie de Jésus, et par conséquent les coadjuteurs temporels qui y sont occupés aux offices extérieurs.
La même Vierge commanda à Thomas de Lorette d'entrer dans la même Compagnie en qualité de coadjuteur temporel, comme l'assure Sacchini dans son Histoire.
Elle y confirma Jean-Baptiste, lui donnant la certitude de son salut, s'il continuait de servir Dieu dans les exercices corporels. Cette parole chassa une forte tentation de sortir à laquelle il succombait, au rapport de Lanciski, en l'Epître qu'il écrivit à Casimir.
Elle donna courage à frère François du Jardin dans une bonne œuvre qu'il exerçait envers les prisonniers, comme je le dirai ailleurs.
Elle parlait souvent avec beaucoup de familiarité à frère Donat d'Alèce, capucin, et elle assura frère Bernard Offida, qui l'avait prise pour son avocate auprès de Dieu, que tous ses péchés lui étaient remis : ce qui lui donna un tel repos et un tel contentement d'esprit, qu'il ne faisait autre chose que bénir et que remercier son Rédempteur et sa très sainte Mère.
Le bienheureux Paul, convers de l'Ordre de Cîteaux, étant près de la mort, se prit à rire avec une agréable douceur. Les assistants lui ayant demandé pourquoi il riait, il répondit : Comment ne rirais-je pas, vu que la glorieuse Vierge Marie vient à moi pour recevoir mon âme ? Ayant dit ce peu de mots, il expira dans une extrême allégresse au fond du cœur.
Le saint frère Alphonse Rodriguez fut un des plus favorisés. La sainte Vierge l'aimait d'une telle tendresse qu'elle ne lui put dissimuler son affection. Ce bon frère, étant un jour dans la chaleur de son oraison, et voyant sa bonne Mère, lui dit avec un cœur tout attendri : Oh ! Madame, si vous m' aimiez autant que je vous aime! Cette Mère d'amour et de miséricorde ne souffrit point ce reproche : Tu te trompes, dit-elle, tu te trompes, mon Jils Alphonse, je f aime plus que tu ne m'aimes. D'autres fois elle lui disait avec beaucoup de tendresse : Ne veux-tu pas que je t'aime, mon/ils Alphonse, puisque tu m'aimes tant ? O mon fils Al-