‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 135 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XI ICI · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XI ICI

phonse ! Combien je t'aime! Combien Je t'aime, mon fils Alphonse ! Elle l'aidait et le consolait visiblement dans ses tentations. Elle le fortifiait et l'éclairait dans ses craintes et dans ses obscurités. Elle le récréait, l'entretenait à table, 'et l'assistait en tout lieu et en tout temps.

La faveur qu'elle lui fit le jour de sa glorieuse Assomption est très signalée. Ce bon Erère se mit à contempler dans sa chambrette, la pompe triomphale avec laquelle l'âme de la glorieuse Vierge, au sortir de son corps, fut reçue en paradis. Il voyait avec une indicible joie de son cœur cette Reine de l'univers richement ornée, qui s'élevait de la terre au ciel, entourée d'un cortège innombrable d'Anges et de Saints qui l'accompagnaient, et qui faisaient une musique très harmonieuse. Le ciel s'entr'ouvrit, et elle commença à entrer dans cette Cité de sainteté et de gloire. Les Anges et les Saints qui y étaient restés, lui chantaient de très beaux cantiques, et faisaient retentir des accords très mélodieux avec des instruments de musique. Cette sainte Dame s'étant présentée devant le trône de la très sainte Trinité, la joie de toirt le paradis fut inestimable, et les Anges qui étaient épars en tous les quartiers du monde, joignirent leurs voix à celles de leurs compagnons restés dans les cieux, et firent avec eux un aussi délicieux concert que s'ils eussent été tous ensemble. Alphonse était parmi eux, les voyait, les entendait et était comblé d'une inexplicable allégresse. N'est-ce pas là passer une fête d'une manière tout à fait angélique et divine ?

Les frères convers ont mutuellement porté un très grand amour et une très spéciale révérence à la Mère de Dieu, et ont fait plusieurs dévotions à son honneur. Le bienheureux Félix jeûnait au pain et à l'eau toutes les veilles de ses fêtes, tous les samedis de l'année, et tout le carême ; saint François jeûnait à la même intention, depuis l'octave de la fête des apôtres saint Pierre et saint Paul jusqu'à l'Assomption. Chaque jour il récitait le rosaire de Notre- Dame. Il célébrait ses fêtes avec une très particulière dé-

votion. Il faisait de petits cantiques sur l'excellence de la maternité divine, sur la gloire d'avoir conçu le Créateur dans ses entrailles, de l'avoir nourri de son lait, et sur de pareils mystères. Quelquefois il prenait pour sujet de ses chants divins, sa bonté et sa miséricorde maternelles envers les pécheurs, ou quelques privilèges de cette Reine des cieux.

IV. Les Saints du paradis ont fort souvent montré qu'ils se plaisent dans la conversation des Religieux qui s'occupent aux exercices d'humilité ; et qu'ils se font gloire de les secourir dans toutes leurs nécessités. Saint Antioque apparut à notre frère François du Jardin, qui lui était fort dévot, et lui révéla qu'il ne mourrait point d'une maladie que les médecins tenaient pour mortelle, pendant laquelle on se préparait à lui donner les derniers Sacrements. Saint Alphonse Rodriguez, pleurant ses péchés durant son oraison, vit Notre-Seigneur avec onze ou douze Saints. Il ne reconnut que saint François, qui, s'approchant de lui, le consola par ces paroles : Pourquoi pleurez-vous tant ? Ce peu de mots chassa toute sa tristesse, et embrasa son cœur de plus en plus de l'amour de Dieu et de ses Saints, et surtout de son consolateur, qu'il honorait beaucoup, et qu'il priait souvent. Il avait choisi vingt-quatre de ces princes du paradis pour les vingt-quatre heures du jour, et leur faisait à chacun quelque prière et quelque dévotion.

Nous devons mettre particulièrement notre confiance dans les Saints de notre Ordre. Il est donc véritable que tous les Saints sont le trésor de l'Eglise, comme les appelle saint Chrysostome ; qu'ils sont les astres qui guident tous ceux qui voguent sur la mer orageuse de ce monde, comme parle l'auteur de la Vie de sainte Eusébie ; que leur mémoire anime à la vertu et retire du vice, comme nous en avertit saint Antoine. Mais tout cela est beaucoup plus véritable pour ceux qui nous touchent de plus près, étant nos frères, avec qui nous sommes entrés en communauté de biens et de fortune.

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Ils assistent dans les plus grands besoins, et surtout à l'article de la mort. Augustin de Laterce, frère laïque capucin, aimait et honorait fort les Saints de son Ordre. Étant au lit, malade, il vit, étant éveillé, la nuit qui précéda sa mort, une belle et longue procession de capucins, conduite par la Vierge et par saint François. Il contemplait avec joie cette sainte multitude, pleine de gloire et de lumière, montant au Ciel. Frère Sylvestre de Tarente, qui était mort peu auparavant, et qui était avec eux, s'approcha de lui, et lui dit : Courage, frère Augustin, vous sere^ demain délivré des misères de cette vie, et vous monterez en paradis avec nous. Nous sonwies venus ici pour vous y mener en honneur. Il raconta sa vision à son confesseur, et mourut le lendemain.

Les frères convers ont montré leur dévotion envers les Saints, en honorant et en tâchant de faire honorer leurs saintes reliques et leurs images. Us savent que les empereurs Michel, en Orient, et Henri, en Occident, les rois Thierry, en France, Ladislas, en Hongrie, et d'autres, ailleurs, ont tant révéré les Saints, qu'ils ont porté sur leurs épaules les reliques de saint Nicéphore, de saint Romuald, de saint Thierry, de saint Gérard et de semblables amis et serviteurs de Dieu. Ils savent aussi que Dieu fait de grandes grâces à tous ceux qui mettent leur confiance en ces Princes de la cour céleste.

François du Jardin, coadjuteur temporel de la Compagnie de Jésus, avait une très notable dévotion envers les saintes reliques, et s'efforçait de tout son pouvoir à ce qu'elles fussent connues et respectées selon leur mérite. C'est une merveille tout à fait prodigieuse, que par son moyen on trouva environ deux cents Corps saints en diverses églises de Sardaigne, où souvent il n'avait jamais mis le pied. Il en obtenait la connaissance par de ferventes oraisons et des mortifications; et Dieu lui en faisait une particulière révélation, ou par lui-même, ou par les Saints. Ainsi il découvrit le corps de saint Antioque, de saint Gavin, de T I. i3

saint Saturnin, de saint Luxurius et des saintes Olympie et Restitute.

Sainte Olympie lui dit un jour : Pourquoi ne vous employez-vous pas à ôter r herbe qui couvre mon tombeau, et à découvrir au monde mon corps pour la plus grande gloire de Dieu ? Je m'appelle Olympie ; J'ai gardé ma virginité, et je fus martyrisée pour la foi de mon époux. Je suis née en la ville de Sélargie. Prenez garde de ne point oublier ce que je vous dis. Aussitôt sainte Restitute lui prit la main et l'exhorta à faire ce que sainte Olympie lui ordonnait. Elle le chargea aussi de retirer ses reliques de l'oubli, et l'avertit qu'elles étaient dans l'église souterraine de Caller, qui lui était consacrée. Elles lui enseignèrent le lieu de ces dépôts sacrés : et on les trouva, selon qu'elles l'avaient assuré.

Il enseigna aussi le lieu où reposaient les Corps des saints évêques Janvier, Louis, Eugène; des saints martyrs Espérât, Maturie, Guisitan, Edisie ; des saintes Juste, Justine, Aquila, Prisque, Erasine, Thècle, Théodosie, Catherine, Dorothée, Barbe et Agnès, vierges et martyres ; et on les reconnut par les écriteaux que l'on trouva avec ces saints Corps.

N'est-ce pas une singulière consolation pour les coadjuteurs de notre Compagnie, et pour tous les frères des autres Ordres, que Dieu ait choisi ce bon frère cuisinier pour faire honorer les princes de son palais, plutôt que tant de doctes professeurs en théologie, tant de célèbres prédicateurs, tant de sages recteurs, et d'autres Pères et maîtres signalés en vertu, en science et en expérience?

Les images ont sensiblement touché le cœur et enflammé la dévotion des convers. Saint Alphonse Rodriguez, coadjuteur de notre Compagnie, leur portait une affection très ardente, et les appelait le Livre de ceux qui n'ont point étudié. Il ressentait une particulière tendresse pour une image de Notre-Seigneur Jésus-Christ attaché à la colonne. On le vit, un jour, la contempler avec un visage si lumi-

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