‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 136 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XI ig · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XI ig

•neux, qu'il semblait que deux flambeaux sortaient de ses yeux. Il avait aussi de très doux et très extraordinaires mouvements de dévotion lorsqu'il priait devant une certaine image de Notre-Dame. Souvent en la contemplant il était ravi au ciel, et se trouvait en la présence de cette sainte Reine et de son Fils, sans rien sentir des douleurs qui le tourmentaient.

Saint Anastase Persan, frère convers, avait été païen. Il fut converti à la vue des images de divers Martyrs, et fut si fervent chrétien et religieux, qu'il désira ardemment et souffrit constamment un très douloureux martyre. Un démoniaque fut délivré, par le moyen de son image et de ses reliques, quoiqu'il fût fort tourmenté et en grand danger d'être suffoqué.

V. Nous devons parler des Anges comme des Saints. Ils ont aimé les frères convers et ont été aimés d'eux. Ils visitaient et consolaient saint Anastase en prison. Ils fortifiaient le cœur du B% Jacques l'Allemand, lorsque les démons l'importunaient et le tourmentaient. Une fois entre autres, son Ange gardien lui dit : Serviteur de Dieu, soye^ fidèle jusqu'à la mort. Attende^ l'aide et la grâce de Dieu votre souverain Seigneur. Montrez-vous toujours généreux, et fortifie^ votre courage. Les récompenses qui vous sont proposées pour un petit travail, et pour un combat qui passe bientôt, sont très grandes et éternelles.

Gérekin, de l'Ordre de Cîteaux, demeurait au monastère d'Alvastre, et n'en sortit jamais pendant l'espace de quarante ans. Il vaquait à l'oraison dans une très grande assiduité et dans une très grande ardeur, jour et nuit. Et les Anges se plaisaient si fort en sa compagnie, que durant ses prières il voyait presque toujours les neuf chœurs de ces bienheureux Esprits.

Jean Lauretan, sacristain en notre Compagnie, étant incommodé du mal d'esquinancie, que l'on ne jugeait pas mortel, différait sa confession générale au temps de sa santé. Mais son Ange gardien lui apparut avec un visage

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courroucé. Il le menaça avec une lance qu'il tenait à la main, et lui ordonna de ne pas différer plus longtemps sa confession générale. Il la fit et mourut peu après.

Lorsque Françoise de Saint-Dominique, sœur converse, rendit son âme à Dieu, les Anges entonnèrent des airs de musique qui furent entendus de plusieurs Religieuses, comme le rapporte Jean de Sainte-Marie, en sa Vie.

Mutuellement, les frères convers de divers Ordres ont une très tendre affection envers les bons Anges, dans la considération que les Anges sont des esprits qui servent les serviteurs de Dieu, comme eux sont occupés au service de leurs frères. Jean Carrera, coadjuteur de notre Compagnie, était fort adonné à l'oraison, aux exercices de pénitence et aux offices de piété, et surtout à la dévotion de la Mère de Dieu et de son Ange tutélaire, avec qui il était si familier, qu'il lui communiquait comme à son ami intime tousses desseins. Il lui manifestait ses doutes et ses- difficultés, et lui en demandait son avis. Et l'Ange lui répondait avec une grande promptitude et une grande affection, et les lui éclaircissait et les facilitait.

VI. Concluons de tout ce chapitre : Que les frères convers doivent avoir une très haute estime de leur vocation, vu qu'elle est si privilégiée de Notre-Seigneur, de Notre- Dame, des Saints et des Anges ; — qu'ils se doivent rendre dignes, par la pureté de leur cœur et par l'activité de leurs mains, d'en être aidés et consolés ; — qu'ils doivent s'efforcer d'avoir un très brûlant amour envers eux. Ils l'obtiendront par la considération des faveurs qu'eux et les autres en ont reçues, et par la lecture de leurs Vies et de leurs miracles.

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