‹ Le saint travail des mains (volume 2)Chapitre 140 sur 308 · LIVRE SECOND. CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. CHAPITRE XII

dempteur, qui se plaît à être adoré sur nos autels, lui donna une si haute élévation de vertu qu'après sa mort, il fut vu par saint Alphonse Rodriguez,très éclairé serviteur de Dieu, dans le paradis, proche du trône de la Mère de Dieu, en signe d'une très grande affection et comme preuve d'une éminente gloire. Et comme Alphonse continuait de dire son chapelet à son intention, cet heureux frère l'avertit qu'il pouvait appliquer ses prières à un autre, et qu'il n'en avait plus aucun besoin ; tant les grâces et la gloire se donnent avec promptitude et avec abondance, à ceux qui se plaisent à entendre et à servir des Messes avec une assiduité et une ferveur religieuses.

Le même feu céleste se rencontra dans le bienheureux Rodriguez, qui entendait quelquefois toutes les Messes qui se disaient au, collège, lorsque son loisir et l'obéissance le lui permettaient. Tenant les clefs de la maison, il faisait ses dévotions près d'une porte qui lui donnait vue sur les autels de l'église. Il servait le plus grand nombre de Messes qu'il pouvait, et même la vieillesse lui ayant ôté les forces pour y demeurer à genoux, il rendait ce devoir en se tenant debout. L'extrême caducité de l'âge l'ayant jeté dans une telle faiblesse, que les pieds ne pouvaient plus seconder son affection, il s'approchait de la muraille, dans la chapelle, afin que par ce soutien il pût obtenir la persévérance dans le service qu'il désirait rendre à son Sauveur ; tant il s'était imprimé la croyance que ce ministère angélique lui était agréable.

La récompense de cet aimable et libéral Seigneur surpassait encore l'ardeur de son fidèle serviteur. Il sanctifiait son âme par des grâces toujours plus abondantes, et la consolait avec des goûts de jour en jour plus divins. Il lui donnait des désirs d'un amour très brûlant et d'un service sans réserve. Il lui versait des lumières du ciel, dont l'éclat brillait d'une splendeur de plus en plus éblouissante. Ces faveurs ne se resserraient pas de telle sorte au fond de l'entendement et de la volonté, que l'imagination et les

yeux du corps n'y eussent leur part dans plusieurs très notables visions.

Un jour, comma il donnait le vin de l'ablution aux communiants après la Messe, Jésus-Christ lui apparut dans toutes les hosties, comme un enfant d'une ravissante beauté qui montrait, une face riante et un amour très grand à tous ceux qui s'approchaient de sa sainte Table pour le recevoir. Bien que le nombre des personnes fût très considérable, il vit toujours ce Dieu de bonté emchaque hostie que le prêtre distribuait.

Une autre fois, il aperçut ce charitable Rédempteur, qui, après la Consécration, consolait et embrassait un prêtre de notre Compagnie, lequel était dans une haute vertu, et vivait cependant, pour un plus grand mérite, dans de fâcheuses angoisses de plusieurs scrupules.

Lorsqu'il servait la Messe, un autre jour, il vit son Sauveur au pied de l'autel du côté de l'Evangile, qui jetait les yeux sur lui, et paraissait dans la même figure qu'il avait en conversant parmi les hommes. Il avait une très belle et très vénérable attitude, et une gravité et sérénité de visage très charmante. Surtout la modestie de ses yeux était très ravissante. Il lui sembla qu'il lui voulait déclarer par cette vue quelle serait sa beauté dans le ciel. Ce spectacle pénétra au plus profond de son cœur, et l'éclaira d'une particulière lumière, afin qu'il vît les immenses trésors qui sont cachés en lui comme dans un lieu d'assurance. Les y voyant comme dans un très beau miroir, il se recueillit et s'humilia d'autant plus que les consolations divines inondaient son âme avec plus d'abondance.

III. Ne prétendons point à ces visions et à ces faveurs extraordinaires, de crainte que notre vanité et notre curiosité ne nous jettent dans des illusions dangereuses. Ayons seulement le soin d'ouïr et de servir des Messes, afin d'être agréables à notre Rédempteur qui est sur l'autel,utiles au peuple qui est dans l'église, charitables envers nous-mêmes, qui en pouvons retirer des grâces signalées.

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